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Analyse - 13/08/2018

Mitsubishi : un booster pour l’Alliance

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Article publié le 15 janvier 2018

L’annonce de la prise de contrôle de Mitsubishi Motors Corp. (MMC) par Nissan est intervenue le 20 octobre 2016 : pour un peu plus de 2 milliards d’euros, Nissan prenait 34% du capital et le contrôle stratégique de l’entreprise. Carlos Ghosn prenait la présidence tout en maintenant habilement à la direction Osamu Masuko. Au-delà du coup que faisait ainsi Carlos Ghosn et du petit million de véhicule qu’il pouvait ainsi intégrer à son arithmétique  de l’Alliance pour se targuer d’en avoir fait le numéro 1 mondial en volumes, il n’était pas évident de cerner le rationnel de cette opération et certains craignaient que Nissan ait à trainer un boulet. Ainsi, lors de la publication des résultats début mai, l’annonce d’une perte de 1,7 milliard d’euros sur l’exercice fiscal 2016 (clôt en mars 2017) amenait des commentateurs à parler d’une possible "épine dans le pied de Carlos Ghosn". 

Trois mois après, les résultats du premier trimestre rassuraient déjà et amenaient MMC à maintenir prudemment une prévision de résultats à 0,5 milliard d’euros pour l’exercice qui se terminera fin mars. En octobre, l’entreprise annonçait – comme ses alliés Renault et Nissan – un plan très ambitieux et, petit à petit, les synergies théoriques paraissaient susceptibles de devenir réelles, plus rapidement sans doute que ce n’a été le cas entre Renault et Nissan alliés depuis 19 ans bientôt et encore en voie d’intégration, accélérée certes mais encore largement inaboutie.

 En ce début 2018, le consensus semble plutôt s’établir pour considérer que le rachat de MMC a été un excellent deal : Bloomberg a publié par exemple une analyse en novembre qui souligne que la valorisation des titres acquis par Nissan un peu plus d’un an plus tôt correspond à un doublement de la mise initiale, indique que la marge opérationnelle s’établit déjà à 4,7% et que la perte de 44,2 milliards de yens de l’année précédente s’est transformée en un profit de même montant. Aux Etats-Unis, Mitsubishi bien que marginal (103 686 véhicules vendus en 2017) est en progression de 7,7% sur un marché qui a baissé de 2%. Ses parts de marché croissent également au Japon et en Chine. L’objectif annoncé d’une croissance des ventes de 30% sur les trois années à venir semble plutôt tenable.

Tout ceci semble indiquer que MMC avait d’assez bons fondamentaux et/ou que le travail de restructuration permettant d’assurer la profitabilité de l’entreprise avait déjà été conduit avant que le "scandale" de 2016 ne vienne menacer la pérennité de l’entreprise. De fait, entre 2015 et 2016, le chiffre d’affaire avait plongé de 360 milliards de yens (de 2 267 à 1 907) et les volumes de 122 000 véhicules mais, si les profits opérationnels pour 2016  avaient plongé (de 138,4 milliards de yens à 5,1), ils demeuraient positifs. L’entreprise avait en outre fermé son usine américaine en 2016. Ses activités en Asie sont toujours restées profitables.

La question qui demeure ouverte est celle des formes d’intégration ou des synergies que MMC va pouvoir nouer avec Renault et Nissan. En effet, Mitsubishi est, il faut l’avouer, une espèce d’OVNI dans le paysage de la construction automobile mondiale : c’est une espèce de nain protéiforme qui vend 1 million de voitures par an dans plus de 160 pays en développant une variété de produits et de technologies qui paraît incompatible avec l’échelle sur laquelle travaille l’entreprise et qui, malgré cela, a traditionnellement été plutôt profitable. Le phénomène intrigue et a été étudié par certains collègues qui ont souligné par exemple une espèce de génie dans l’organisation des usines qui a permis à l’usine de Mizushima d’assembler sur le même site plus de 10 modèles allant des "kei cars" aux petits utilitaires. Ainsi, ses kei cars au Japon comme ses SUV vendus partout dans le monde sont plutôt convaincants et ses véhicules électriques comme ses hybrides ou ses plug-in hybrides n’ont pas grand chose à envier à ceux de la concurrence.

Ceci renvoie à une culture d’entreprise - et à une culture des ingénieries - très forte qui ne facilitera pas la "commonalisation" des méthodes et des travaux entre les trois composantes de l’Alliance. Néanmoins, pour dépasser les limites inhérentes à sa petite taille, MMC a, de longue date, appris à travailler avec d’autres constructeurs et à proposer ses véhicules ou ses technologies pour qu’ils trouvent leur place sous d’autres marques ou d’autres capots. L’inverse peut également être vrai.

Dans la même perspective, un des joyaux que MMC apporte à ses deux partenaires est indéniablement ses implantations en Asie du Sud-Est. Mitsubishi y vend déjà plus 200 000 voitures avec une part de marché de 8% en Thaïlande, de 15% aux Philippines et de 6,3% en Indonésie. Les véhicules en question sont de plus en plus assemblés sur place puisque Carlos Ghosn a eu l’occasion déjà d’inaugurer une usine aux Philippines et une autre en Indonésie. Elles viennent s’ajouter à celle que MMC a déjà en Thaïlande.

Pour Nissan qui avait laissé Toyota et Honda partir loin devant dans cette région, l’actif MMC (usines et réseaux) est stratégique. Pour Renault, ce devrait être une occasion de faire re-badger Mitsubishi certains de ses produits pour pouvoir augmenter ses volumes sans avoir à se lancer dans le trop coûteux développement d’une marque et d’un réseau si loin de ses bases. Ainsi, avant même que puisse s’opérer un vrai travail en commun, dont l’expérience Renault Nissan a déjà souligné les difficultés et la nécessaire lenteur et que les spécificités de Mitsubishi risquent de rendre tout aussi compliqué, Mitsubishi, bien loin d’être un boulet, est un accélérateur de développement pour l’Alliance.

Bernard Jullien

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Réactions

N'eut-il plutôt pas été plus judicieux de communaliser ?
Ne serait-ce que pour faire plaisir à not' Breton ?
;0)
Lucos, Le lundi 15 janvier 2018

Plutôt que communaliser ... Partager ?

Plutôt consensuelle cette chronique également …
Au-delà des bons résultats financiers, « on« ne peut être que d’accord avec le chroniqueur concernant l’intérêt de l’acquisition de Mitsubishi motors pour Nissan (et « l’Alliance) et, à termes, les synergies qui peuvent découler concernant, notamment, de son implantation commerciale et industrielle en Asie du sud est ainsi que sa grande maîtrise de l’ingénierie et de la gestion de productions multiples sur un même site …. Il a un peu moins insisté sur le savoir-faire de MMC sur les technos PEHV, 4WD (et transmissions intégrales...) et petits formats automobiles, me semble-t-il ( ?) ; autant d’arguments qui peuvent favoriser le développement de l’Alliance sur différents axes …
Bien sûr il faut organiser "tout cela" et l’expérience du chemin parcouru avec Nissan pourra servir sans doute …
MMC … Plutôt une pépite qu’un boulet..
ADEAIRIX , Le lundi 15 janvier 2018

Hello tous ! Bonne année !
Je partage le commentaire "plutôt pépite que boulet", conforté par ce que j'ai pu voir au Chili et en Argentine où les Mitsubishi font florès avec des pick-up à tous les coins de rues, routes et pistes.
J'ai d'ailleurs été très surpris par la très bonne qualité du parc automobile en général dans ces deux pays. Les Duster badgés Renault font un malheur.
Donc oui, l'acquisition des parts de MMC par Nissan est une très bonne affaire.
Bruno HAAS, Le lundi 15 janvier 2018

... Hello Bruno... De retour ici ...Une bonne année également ...
Après le Chili et l'Argentine, peut-être se profile déjà le tour ...
ADEAIRIX, Le lundi 15 janvier 2018

C'est la guerre des petits malins...et les tireurs de ficelles ont les moyens financiers et les leviers pour racheter une boite qui est en difficulté...
Sans le scandale Volkswagen...Mitsubishi probablement ne serait pas tombé !
Maintenant c'est simple, Mitsubishi a la technologie, à savoir, il a un SUV PHEV et même les pick-up qu'il faut, plus toute une gamme.
Vous voulez un exemple: le tireur de leviers Carlos, casse les prix par exemple en Hollande du SUV PHEV Mitsu et voilà que les ventes démarrent en flèche, et ainsi de suite.
Les zozos sont en extase sans se douter de la manip, et voilà que je te roule à fond pour le malin Carlos.
Mais c'est la même chose pour les marques allemandes, car il suffit de dire par ailleurs que Mercedes est le numéro mondial (???) des premium, pour qu'ils boivent du petit lait et Daimler est le plus fort du monde.
Des économistes viennent de signaler que l'économie allemande sans les voitures, le roi est nu et n'a pas grande chose à exporter sauf de la machinerie industriel (machines outils par exemple) et c'est tout!
Malheureusement notre petit lait est frelaté chez Lactalis, et vous allez voir la troche des Chinois et pas mal d'autres.
Nestlé ne va pas tarder à faire de la com...sur notre dos.
Ah ce n'est pas le sujet...zappez!
Jo Duchene, Le lundi 15 janvier 2018

2 en 1 ?

« Aux Etats-Unis, Audi, encore en phase de conquête (+7,8%, à 226 511 unités) »

C’est ce qui s’appelle se "planter" gaillardement ...pour un "visionnaire de compétition Duchene » çà la fout mal … Pourtant c’était la catastrophe annoncée pour le groupe VW sur le marché US si l’on se calait sur vos sacrées prédictions, il y a encore peu… Tel le "Haroun TAZIEFF" d’autoactu …
Je vous laisse vos considérations scatologiques habituelles sur le premium allemand ...
En revanche votre litanie habituelle des ptits malins … Un peu d’humilité et un peu de mesure ?
Qu'attendez vous sinon pour le SUV PHEV Mitsu à prix cassé en Hollande ... ?
ADEAIRIX, Le lundi 15 janvier 2018

Hollande j'ai bien lu Hollande oh non pas lui,mais oû sont mes lunettes .......
alain boise, Le lundi 15 janvier 2018

Il perds son temps l'autre. Je n'ai pas a prouver quoi que ce soit.
Je laisse les feignants cherchez par eux mêmes. Tout le monde connait la différence des prix/équipements par marque et voiture de pays a pays s'il cherche bien. Faux professionnel va!
Il croit qu'ile est crédible vis a vis des autres lecteurs qui viennent sur ce site professionnel en faisant le naïf.
Jo Duchene, Le lundi 15 janvier 2018

L'autre là il faisait mieux de lire par exemple le sondage de l’observatoire Cetelem des français des automobilistes ...et il verrait ce qu'ils disent!
Ça lui changerait de ses idées fixes!
Parmi les constructeurs qui vendent la peau de l'ourse avant de l'avoir tuer ont compte les pipeuteurs de chez Volvo qui promettaient une expérimentation grandeur nature du "Drive me" avec 100 voitures autonomes dans les rues de Göteborg dès 2017, se limite aujourd'hui à un seul XC90 confié en test à une seule famille !
Toyota dit qu'il faut au moins faire 1600 milliards de km pour tester un prototype, avant une éventuelle commercialisation.
Bonsoir le professionnel.
Jo Duchene, Le lundi 15 janvier 2018

Attention aux ignorants qui peuvent contester les statistique dont je peut parler ici et qui viennent du mensuel Automobile...vous feriez mieux de ne pas les contester car ces statistiques viennent de chez Autoactu !!!
Faites gaffe les petites têtes...
Jo Duchene, Le lundi 15 janvier 2018



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