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Analyse - 18/05/2018

L’opportunité de dissoudre la Délégation à la Sécurité Routière

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché. Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Detroit.

Il paraît loin le temps de Christian Gérondeau. L’époque de la réduction des accidents par l’amélioration de la gestion du trafic et la technologie est bien révolue. Les gouvernants imaginent peut-être s’inscrire dans cette continuité en réduisant la vitesse mais leur démarche néglige toute considération scientifique pour assurer l’efficacité d’une mesure que l’on peut croire fiscale. La complexité de la situation nécessite une démarche bien plus globale englobant constructeurs, équipementiers, start-up et tous les autres acteurs de la mobilité. Le dogme est dépassé quand il s’agit de lutter contre la mortalité routière et l’électeur pourrait malheureusement être dubitatif quant à la démarche actuelle.

Les politiciens sont encore capables de bonnes initiatives comme la mission parlementaire intitulée l’Offre automobile française ou encore le rapport Idrac publié cette semaine. Malheureusement, les fruits de telles missions et rapports sont souvent maigres puisqu’ils ne considèrent pas de démarche intégrée de mobilité incluant infrastructure, équipement, parc roulant, environnement et sécurité. Aujourd’hui, l’automobile n’est plus considérée par les pouvoirs publics que pour ses revenus, quitte à en tarir la source, paupériser le marché et limiter la liberté de mouvement sans aucun bénéfice ni sanitaire, ni environnemental. La mortalité routière n’est plus analysée et les politiques actuelles pourraient trop facilement être récupérées par quelques populistes comme un thème de campagne et un prétexte fiscal.

La filière représentant conducteurs et acteurs économiques est bien trop concurrentielle et politisée pour s’organiser et faire valoir ses améliorations en termes de sécurité, d’émissions et de confort. Le fameux lobby automobile scandé et accusé çà et là n’existe pas et, pour le bien des Français, on finirait presque par le regretter car l’automobile offre un emploi à un grand nombre de Français et permet aux autres de se rendre sur leur lieu de travail ou de loisirs. D’une certaine façon on pourrait dire qu’elle fait vivre bien plus de Français qu’elle n’en tue, y compris dans le monde politique. L’automobiliste français est l’otage d’une situation ubuesque, il est culpabilisé.

Une Sécurité Routière limitée
A l’heure où l’automobile devient connectée, autonome, partagée et électrifiée les discours évoquent vitesse et restrictions. Les airbags, l’ABS, les barres de renfort, le freinage d’urgence, le radar de distance, les caméras de recul, l’alerte de franchissement de ligne et, récemment, l’appel d’urgence sont tous passés sous silence. Aucun ne figure aujourd’hui dans les analyses de l’ONISR. Dans sa forme actuelle, la Sécurité Routière est devenue un instrument de justification des décisions des ministères de l’environnement et de l’intérieur ou du Premier ministre. La technologie et les infrastructures sont presque totalement ignorées.

Pourtant, à sa création, la Délégation à la Sécurité Routière tenait compte non seulement de la limitation de vitesse mais aussi de la ceinture de sécurité et de la gestion de la circulation. Les investissements en direction de la mobilité devraient faire réfléchir le gouvernement et l’inciter à dissoudre les organisations actuelles.

Pour sauver des vies, il est impératif d’investir pour favoriser la mobilité et les technologies de réduction de la pollution, d’amélioration de la sécurité (passive et active) ainsi que celle du partage et de la fluidification du trafic. Le rapport Idrac n’est pas qu’un acte de santé public, il convient de le considérer comme un acte fondateur d’une nouvelle lutte contre l’insécurité routière. L’emploi et l’excellence technologique feront bien plus que de rouler à 80km/h. Ce dont la France a besoin, c’est d’un représentant à la tête des Mobilités issu du domaine privé nommé de concert par les industriels et les agences de l’Etat et doté d’un support technique et scientifique à la hauteur de la fonction.

Il faut décentraliser cette instance et la dégager des ministères pour promouvoir des actions efficaces. Cela permettrait en outre aux ministres de bénéficier d’une expertise complète et non plus d’un système borgne dont on ne sait plus très bien s’il lève l’impôt ou bien s’il sécurise les usagers de la route. La Délégation à la Sécurité Routière fonctionne aujourd’hui en boucle fermée entre GIPSR, ONISR, CISR, DISR. Ces organisations sont déconnectées des usages de la route, de la réalité du parc automobile dont on sait finalement peu de choses, la faute à un SIV bourré de failles (http://www.autoactu.com/siv---systeme-irremediablement-vulnerable.shtml).

En effet, entre les cartes grises en retard, les véhicules accidentés remis sur la route, les véhicules sans contrôle technique ou sans assurance et les conducteurs sans permis, il est presque impossible de savoir quel est le parc roulant réel entre une estimation basse autour de 31 millions de véhicules et les 65 millions de cartes grises encore "actives". Face à cela, la restriction à 80km/h n’aura, au mieux comme au pire, aucune influence. Par ailleurs, l’alcool, les stupéfiants ou l’assoupissement sont loin devant la vitesse dans les causes d’accidents mais la vitesse rend l’approche complexe car elle peut être un caractère aggravant dans certains cas.

Au contraire de bien des pays, la France ne se soumet à aucun collège d’experts. Au départ, le CNSR est censé jouer un rôle consultatif utile, représentatif ou équilibré en intégrant également le CCFA, la Fiev ou même la FIA via son président. Malheureusement, il est simplement un instrument du pouvoir utilisé a posteriori pour justifier les décisions prises par les ministères.

Plus de 60 organisations et associations siègent dans ce comité où l’émotion pèse plus que les réalités humaines, scientifiques, technologiques et économiques. Finalement, le gouvernement a les mains libres et souffre d’une absence de renseignements tangibles et supportés par des faits quantifiables. Le Président de la République lui-même semble peu convaincu par la dernière mesure de réduction de la vitesse. Il faut bien admettre que la pauvreté de l’argumentaire a de quoi faire douter de l’engagement de ses promoteurs. L’ONISR lui-même peine à justifier la voix de son maître (http://www.securite-routiere.gouv.fr/la-securite-routiere/l-observatoire-national-interministeriel-de-la-securite-routiere).

Une nécessité technologique évidente
Au contraire de nombreux pays, nous ne savons pas faire confiance aux organisations non affiliées à l’Etat. Qu’il s’agisse des think tanks, des fédérations et conseils professionnels ou des associations d’usagers, peu sont considérées par les gouvernants en dehors de rares missions parlementaires. EuroNcap, la Société des ingénieurs de l’automobile (SIA), la Plateforme automobile (PFA) sont pourtant des organisations en mesure d’apporter des éléments importants de réponses aux préoccupations en matière de mobilité, donc de sécurité routière. Certains articles techniques de la revue de la SIA (Ingénieurs de l’Automobile), comme l’interview de Pierre Castaing par Laurent Meillaud, permettent de remettre l’église au centre du village en matière de sécurité routière. Mais ces institutions peinent à faire entendre leur voix puisque les gouvernants préfèrent jouer dans le registre émotionnel quitte à négliger l’impact réel de leur démarche en matière de sécurité routière.

Aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, les organisations, associations, fédérations et institutions intervenant dans les process législatifs, sécuritaires et environnementaux sont nombreuses et compétentes dans leurs domaines. Toutes siègent à la table des discussions pour améliorer la sécurité des usagers de la route en prenant en considération les besoins de mobilité, les réalités économiques, sanitaires et environnementales. Leur influence est suffisamment importante pour créer des équilibres stables.

De la même façon, la considération que l’on donne à son industrie apporte des gains importants en matière d’emplois, d’investissements et d’influence. Aujourd’hui, Israël investit lourdement en direction de la mobilité et les start-up qui émanent de cette volonté de croissance sont nombreuses comme en témoignent Waze ou Mobileye pour ne citer que ces deux-là. Il faut espérer que le rapport Idrac va permettre de prendre la mesure de ces opportunités et que les mots du gouvernement seront suivis d’actes. Le pays possède d’importantes ressources et des compétences en ingénierie et en informatique.


Une mise à jour impérative
Le Conseil Interministériel à la Sécurité Routière n’est plus que le résultat d’une dérive lente vers du tout répressif portant la marque de celui qui a réanimé le CNSR en 2012. Ce système dépassé coûte de l’argent au contribuable pour des résultats au mieux nuls et au pire incohérents avec les démarches entreprises. La France prend du retard et reste autocentrée.

La modernisation doit passer par une considération des mobilités dans leur ensemble en bénéficiant en premier lieu aux Français. Il me semble d’ailleurs l’avoir déjà dit ici, l’automobile mérite de figurer parmi les domaines d’intelligence stratégique. L’exploitation des données de mobilité, la connectivité des véhicules, la conduite autonome, la mobilité multimodale ainsi que les technologies de réduction des émissions sont des clés économiques, industrielles et technologiques majeures. Par ailleurs, une telle marque de considération permettrait certainement de calmer les luttes d’ego et de capitaliser sur un esprit de corps qui caractérise parfois un peu trop les diplômés français. D’un point de vue diplomatique, il devient difficile d’imaginer exceller dans une approche dite de soft power sans considérer la mobilité. C’est une clé d’influence économique, technologique et sociale majeure.

Le gouvernement serait bien inspiré de considérer un électorat qui navigue entre sentiment de culpabilité et de tirelire mobile. Le positionnement actuel comme dernier rempart face aux extrémismes détient là une chance supplémentaire de prouver sa volonté de progrès et de la considération. Il ne faudrait pas se rendre vulnérable vis-à-vis des populistes qui pourront fustiger les motivations fiscales liées à une baisse de la vitesse infondée. Il est temps de considérer la mobilité dans sa globalité.
Bertrand Rakoto

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Réactions

Tout est dit. Bravo Bernard !
Malgré cela avons nous la moindre chance que l’automobiliste Français ne soit plus la Tirelire dont ont tant besoin nos politiques. Rien n’est moins sûr !
Alain RIZZO, Le vendredi 18 mai 2018

Bien vu
Jean-Michel CAVRET, Le vendredi 18 mai 2018

Il faudrait donner des noms dans cet article et ne pas parler á mots couverts.
Psst zavez entendu le ministre de l'intérieur sur la question des 80 km/h..il répond "joker !"
En voila une vraie politique de la route..
Comme disait Pompidou, il faut arrêter d'emmerder les Français...
;0)
Lucos, Le vendredi 18 mai 2018

L'avantage d'avoir une sécurité routière inclue dans le gouvernement permet de donner des moyens. En cas de dissolution, la question du financement se pose d'une façon moins évidente. Et à part les automobilistes, je ne vois pas qui pourra le faire.
Franck Isho, Le vendredi 18 mai 2018

Très bon article objectif.

Enfin un texte sensé qui contraste avec les communication de notre gouvernement responsable directement de la destruction de nombreux emplois dans le secteur automobile. La décision de limiter à 80 km/h est un coup dur pour cette industrie qui n'en avait pas besoin.

Je ne suis pas prêt de reprendre un véhicule conçu pour ce marché car au dessus de 133 km/h sur autoroute, il deviendra dangereux. Malheureusement je devrais me contenter de la mauvaise qualité des infrastructures ici en France.


.
CR-Expert, Le vendredi 18 mai 2018

Ils nous emmerdent avec le nouveau controle technique mais sont même pas foutu d'entretenir leurs ponts a Gennevilliers,tout est pourri,vont mettre 1 Miliard pour boucher les trous mais pris dans quelle poche?
alain boise, Le vendredi 18 mai 2018

Je suis admiratif, ils sont tous bons aujourd'hui et pleins de bon sens...
Remarquez l'Italie pour les trous sur la chaussée fait beaucoup mieux que la France. Visez l'anecdote vrai suivante:
Un quidam automobiliste Italie dans la région des Pouilles, porte plainte contre l’état Italien et l’accuse d'être fautif lors d'un accident causant la destruction du train avant de sa voiture dans un trou énorme non réparé depuis deux ans!
Le juge a débouté l'automobiliste car la région avait changé le panneau de limitation de vitesse de 80 km à 30 km avec signalement de trous en formation, tout en ne réparant rien depuis deux ans.
C'était à automobiliste de faire attention. CQFD
Plaignez-vous de rouler à 80km/h...
Réparez-les vous mêmes les trous...bande de feignants français!!
Jo Duchene, Le vendredi 18 mai 2018

Comme quoi on peut trouver des trous paumés en pleine agglomération...
clerion, Le vendredi 18 mai 2018

Et le trou de la sécu... routière, qui va le boucher ?
;-)
clerion, Le vendredi 18 mai 2018

Trouver autant de trous sur les routes... cela m'en bouche un coin !
;-)
clerion, Le vendredi 18 mai 2018

Excellent, enfin une vision holistique sur un sujet complexe
LD, Le vendredi 18 mai 2018



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