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Analyse - 17/06/2019

La moribonde Alliance mérite l’acharnement thérapeutique

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Dans les semaines qui suivirent l’arrestation de Carlos Ghosn en novembre, nous étions nombreux à souligner que, au delà de la personnalité de l’ex-PDG, les intérêts stratégiques, technologiques et industriels étaient désormais tellement entrecroisés que ni d’un côté ni de l’autre, il n’était imaginable que l’on y renonce. Les uns et les autres, acteurs et observateurs, comptaient alors sur la poursuite des projets communs et des travaux sur les convergences pour que, loin des tribunaux, des médias et des Etats, les salariés des deux entreprises poursuivent leur chemin sur la route empruntée depuis vingt ans et imposent de fait l’Alliance à leurs dirigeants occupés à se déchirer.

En juin 2019, force est de constater que tel n’est pas ce qui s’est passé : l’incurie au sommet et l’incapacité de tous à mettre un terme au feuilleton (au singulier ou au pluriel) a mis à l’arrêt les travaux communs et conduit à ce que chacun se remette à travailler dans son coin. A l’image d’une bicyclette, ce que D. Seux appelle "l’architecture byzantine de la construction avec Nissan" implique une instabilité structurelle qui n’a jusqu’ici été soluble qu’en avançant de conserve. A l’inverse, plus longue est la période où rien n’avance plus et plus les doutes s’immiscent, rendent la chute douloureuses et les séquelles difficilement réparables.

De ce point de vue, les trois mois passés ont été catastrophiques. En effet, après avoir tergiversé deux longs mois, Renault et l’Etat, dans son rôle d’actionnaire de référence, se sont enfin décidés en janvier à ouvrir l’après-Ghosn et l’on s’est alors pris à espérer que les nominations de Thierry Bolloré et surtout de Jean-Dominique Senard avec des lettres de mission clairement centrées sur la préservation de l’actif "Alliance" permettent enfin de passer de l’incantation politique des ministres ou chefs de gouvernement exprimant leur attachement au travail poursuivi ensemble depuis 20 ans à la reprise effective de ce travail dans un cadre rénové. Les premiers pas de Jean-Dominique Senard dans ses habits de Président de Renault au Japon puis à Paris furent de ce point de vue plutôt rassurants et l’image des quatre dirigeants scellant le 14 mars leur accord sur le nouveau conseil opérationnel de l’Alliance donna alors l’impression que le casting était bon : c’était l’état de grâce. Il fût bien court et on a appris depuis qu’il ne fût en fait jamais entamé.

En effet, dès la fin avril, on apprenait que, en sous main, les dirigeants de Renault avec l’appui de Bercy avaient déjà réactivé le projet de fusion et fait travailler SMBC Nikko pour imaginer ce que pourrait être les contours d’une holding commune. Sans surprise, la partie japonaise refusait sans ambages de recevoir le banquier conseil et le feuilleton reprenait et douchait l’espoir que l’on avait pu avoir en mars de voir les Renault et les Nissan reprendre leurs travaux en commun. Cette semaine, à l’assemblée générale des actionnaires de Renault, Jean-Dominique Senard, très soucieux de ne pas apparaître comme seul responsable de l’épisode piteux du projet de fusion avec FCA, révélait que, tout en jurant ses grands dieux que la pérennité de l’Alliance était sa priorité, Bruno Le Maire lui avait lui même conseillé de prendre langue avec John Elkann sans s’en ouvrir aux alliés japonais.

En trois mois, Etat et Présidence de Renault semblent ainsi s’être employés activement à approfondir la crise de confiance et à perdre tout crédit lorsqu’il s’agira de réhabiliter l’Alliance et de la remettre au travail. Chacun reconnaît désormais que l’on n’a jamais été aussi près de la rupture et certains vont jusqu’à se demander ce que Renault pourrait faire de la revente de ses 43,4% dans Nissan. Max Warburton, un analyste de Sanford C. Berstein & Co indique ainsi à Reuters que "Renault pourrait vendre ses parts (au gouvernement japonais ou à des banques japonaises). Ensuite, avec ces milliards à la banque et une valeur de ses actions bien plus élevée, le français pourrait rappeler Elkann".

Dans la mesure où les représentants des intérêts de ce dernier semblent avoir pris ces jours ci le chemin de Yokohama, puisque Mike Manley était à Paris vendredi et que, mercredi, Jean-Dominique Senard répétait combien il était enthousiaste par rapport à cette fusion avec FCA, le grand bazar continue et la paralysie de l’Alliance avec lui.
Ceux qui ont cru à l’Alliance jusqu’à ces dernières semaines et ont dû rester l’arme au pied se sentent désavoués et désespèrent. Ils ont, du point de vue de la nouvelle équipe dirigeante, le défaut d’être trop "ghosniens" à leurs yeux et de ne pas pouvoir comprendre les merveilleux projets que le président et le nouveau directeur et ses proches nourrissent pour leur entreprise. Ils ne sont plus sollicités pour faire avancer les projets avec Nissan. Ils ne sont pas non plus sollicités pour examiner le dossier FCA que l’on préfère confier, comme beaucoup d’autres, à de géniaux cabinets de conseil ou banquiers d’affaire qui eux auront l’audace stratégique que les indécrottables "car guys" n’auront jamais.

Puisque, pour avoir tenté de la rendre effective, ces soutiers ont acquis au fil des ans la conviction que, comme l’écrit Claude Patfoort, "l’Alliance est un combat", qu’il vaut le coup et qu’il n’est pas terminé, leur faire avaler que la fusion entre égaux avec FCA dégagerait à n’en pas douter très rapidement de merveilleuses synergies paraît improbable. Alors, on préfère payer, très cher accessoirement, des personnes extérieures.
J’écrivais vendredi dernier que l’Etat avait été dans son rôle en exigeant que le dossier FCA soit examiné de manière plus approfondie en lien avec Nissan et que, si cela avait conduit à la rupture, c’était un signe qui plaide clairement en la défaveur dudit dossier. Il est encore temps d’être plus net encore et de cesser définitivement de souffler le chaud et le froid sur la relation avec Nissan en prétendant y tenir et faire tout pour la pourrir en ne mettant pas par exemple un terme définitif au projet FCA ou en laissant sans réagir Jean-Dominique Senard en vanter les mérites. Oui, l’Alliance et les Nissan et les Renault qui l’ont construite méritent cela et il est grand temps que cesse le double discours pour la réanimer avant qu’elle ne soit plus rien.
Bernard Jullien

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Réactions

Bravo ! bel article, vous voyez très clair !! on entend tellement d'âneries sur ce dossier de gens qui ne le connaissent pas vraiment et plaquent leurs schémas idéologiques dessus.

On espère vraiment que M Senard va enfin se révéler et va remettre à sa place 1 Bercy 2 M Saïkawa (Nissan a besoin d'un nouveau Top Management), avec 43,4% des parts, il faut revenir sur ces lois de 2015 qui sont à l'origine du pb d'aujourd'hui (initié par cette histoire de vote double, encore Bercy et M Macron...). C'est plutôt pour cela qu'il faudrait faire appel à un cabinet d'expertise...
FXLB, Le lundi 17 juin 2019

Bonjour Monsieur Julien. Je ne sais pas si plus de 40 d'activités professionnelles dans l'automobile suffisent pour être qualifié de "car Guy" ! Mais ce qui me paraît très préoccupant, c'est que vous soyez le seul, ou presque, (de ceux qui son dotés d'une audience significative), à tirer la sonnette d'alarme. Et vous avez le courage de le faire sans mâcher vos mots, comme vous l'aviez déjà fait recemment pour dénoncer le piège mortel de cette "fusion" RENAULT/FCA. Pour cele, je ne peux que vous dire moi aussi BRAVO. Mais quand je lis ce même jour lundi 17 juin plusieurs communiqués annonçant la reprise des échanges entre RENAULT et FCA, avec les encouragements de Bercy et de EM, qui n'y connaissent rien et ne comprennent pas le danger, alors là je tremble. On peut penser ce que l'on veut de Carlos GHOSN et de ses forfaitures gravissimes et archi condamnables pour ce qu'elles sont, toujours est-il que les évolutions actuelles ne font que démontrer à quel point sa présence pour tenir l'ALLIANCE à bouts de bras était encore indispensable. Et c'était d'ailleurs bien son "calcul" pour demeurer aussi longtemps que possible indéboulonnable, sauf... Sa responsabilité dans la decapilotade en cours n'en est que plus grande. Quant aux Cabinets d'experts aussi incompétents que nocifs, comment faire pour les neutraliser, voire si possible les éradiquer ? Ce matin, j'attendais que la presse économique se fasse l'écho de votre diatribe si pertinente dans autoactu, notamment de la part de Dominique Seux que vous citez. Hélas, je n'ai rien vu ! Que pourriez vous faire vous même pour que votre "alerte au feu" soit reprise plus largement dans des média "grand public" ? Oui l'ALLIANCE est en grave péril. Pour avoir vécu douloureusement et de près l'échec de la fusion RENAULT VOLVO (que Louis Schweizer lui même avait eu le courage de prendre comme référence des erreurs à ne pas commettre dès le départ du rapprochement RENAULT NISSAN en 1997/98), je redoute le pire. Car cette fois ci, un éventuel naufrage de cette ALLIANCE là aurait des conséquences désastreuses, pas seulement pour l'industrie automobile francaise mais tout simplement pour l'économie française, qui n'en a vraiment pas besoin. Cordialement. Marc TEISSIER 0683786143 marc.teissier@opus-group.fr
Marc TEISSIER, Le lundi 17 juin 2019

Merci Marc.
Tu devrais intervenir plus souvent.
Bruno HAAS, Le lundi 17 juin 2019

… Une amorce de déblocage ?
Il semblerait que du côté de Nissan l'on donne quelques gages de "bonne volonté" (nomination de représentants de Renault à des sièges au sein des différents comités, des rémunérations et de l’audit) vis à vis des "Français" … Attendons la suite
ADEAIRIX , Le mardi 18 juin 2019



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