Analyse - 06/03/2020

Pourquoi Waymo a-t-il levé 2 milliards d’euros ?

Alors que les calendriers s'allongent pour la mise en place de solutions de conduite autonome, Waymo vient de lever plus de 2 milliards d'euros pour poursuivre ce développement. Pourquoi un réseau de concessionnaires, un équipementier et des fonds d'investissements s'intéressent-ils à une société qui ne pourra pas être rentable avant plusieurs années ?  

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L’automobile n’est pas morte, elle est même très en vie. Les levées de fonds se poursuivent avec succès. Récemment, Rivian et Waymo ont été capables de lever chacun plus de 2 milliards de dollars pour développer leur activité.

La première société n’a pas encore commercialisé ses véhicules, la seconde avance sur sa solution de conduite autonome en accumulant les kilomètres et en déployant des services pour le transport de personnes et de marchandises. Aucune de ces deux entreprises n’est sous la pression de devoir commercialiser dans l’urgence des solutions inachevées pour satisfaire leurs investisseurs ou bien les marchés financiers. C’est donc avec une certaine sérénité que Waymo a annoncé sur son blog ce lundi sa première levée de fonds externe pour un montant de 2,25 milliards de dollars soit environ 2 milliards d’euros pour poursuivre sa recherche sur la conduite autonome et permettre le déploiement de ses services.

Ce financement fait suite à ceux d’Argo AI qui a reçu plus de 3,6 milliards de dollars de Ford et Volkswagen et de Cruise. Cette filiale de GM, acquise pour plus d’un milliard de dollars a reçu plus de 5 milliards de dollars d’investissements au fil des 3 dernières années grâce à SoftBank (2,25 milliards), GM (1,1 milliard supplémentaire en 2018) et Honda (2,75 milliards de dollars sur plusieurs années).

Pourquoi Waymo séduit les investisseurs ?
Pour bien comprendre l’activité et la relative patience de Waymo, il faut regarder les origines de l’entreprise. Waymo est né il y a une dizaine d’année au sein du X-lab de Google, surnommé un temps Google X avant d’être renommée Waymo en 2016. Comme Google et une dizaine d’autres entreprises, Waymo appartient à la holding Alphabet qui assurait seule son financement jusqu’à ces derniers jours. La récente levée de fonds a été réalisée principalement auprès d’Alphabet mais, pour la première fois, elle a aussi compté trois fonds d’investissements à savoir le Californien Silver Lake Partners, le Canada Pension Plan Investment Board et le fonds d’investissement des Emirats Arabes Unis Mudabal Investment Company. Parmi les investisseurs, Magna et le premier groupe de distribution automobile Nord-Américain AutoNation.

Waymo développe à la fois sur le software et une partie du hardware de sa solution. L’entreprise a commencé ses expérimentations il y a une dizaine d’années avec des Toyota Prius et des Lexus RX "autonomisés" qui circulaient principalement sur le campus de Google et dans quelques zones prévues dans la région de San Francisco. Dans un deuxième temps, Google X a créé son propre véhicule, la Firefly, assemblée chez Roush Industries dans la région de Detroit. Cela a permis à Google de comprendre et d’intégrer les différents modules du véhicule. Aujourd’hui, Waymo développe la partie logicielle et une partie du hardware (LiDAR). L’entreprise intègre l’ensemble des éléments dans une solution adaptée sur des Chrysler Pacifica et des Jaguar i-Pace, FCA et JLR étant les deux principaux partenaires de Waymo.

Au même titre que l’Israélien Mobileye, le Russe Yandex ou le Chinois Baidu, Waymo vise à commercialiser sa solution. En revanche, le Californien se distingue par une approche plus holistique car Waymo propose à la fois sa solution, entière ou non, à destination des constructeurs et des services pour les particuliers ou les entreprises. Par ailleurs, Waymo vise la seconde monte avec une solution qui peut être installée a posteriori sur certains véhicules, ce qui permet de mieux comprendre l’investissement d’AutoNation. Sur ces deux derniers aspects commerciaux, il semble que Toyota cherche également à placer sa solution TRI6P4 présentée l’an dernier aux CES et à Detroit ().

Enfin, du point de vue des services, la filiale d’Alphabet a déployé Waymo One et Waymo Via. Les deux services sont expérimentés dans la banlieue de Phoenix en Arizona où la ville a adouci ses réglementations pour proposer une zone laboratoire élargie aux nouvelles technologies et solutions de mobilité. Waymo One propose un service de robotaxis et Waymo Via est une solution d’utilitaires et de camions dédiés à la logistique (livraisons). Il s’agit d’un stade expérimental car les services ne peuvent pas être commercialisés pour le moment. Cela permet à la fois à Waymo de comprendre les contraintes de circulation et les défis techniques, et de maîtriser les évolutions réglementaires à venir.

La conduite autonome est encore loin
Waymo cultive une approche globale et sans précipitation de la conduite autonome à l’image d’autres concurrents comme Argo AI. Au contraire d’Uber, de Lyft ou même de Tesla dont une partie de la rentabilité dépend de la rapidité à pouvoir commercialiser des solutions de conduites autonomes, Waymo prend le temps de développer une solution beaucoup plus aboutie et vise directement le niveau SAE L4 (désengagement total du conducteur dans certaines circonstances). Pour le moment, les systèmes de niveau 2 sont les seuls systèmes autorisés à être commercialisés et réellement commercialisables.

La conduite autonome ne dépend pas que de la technologie mais aussi de son environnement. Les discours dans lesquels les constructeurs cherchaient à séduire les marchés financiers en parlant de systèmes de niveaux 4 disponibles dès 2023 appartiennent au passé. Le monde est devenu beaucoup plus mesuré et les excès d’enthousiasme ont laissé la place à d’avantage de réserve. Les constructeurs sont conscients des risques et des coûts de responsabilité et vont être fort occupé à perfectionner les systèmes de niveau SAE L2 pendant encore de nombreuses années. Tesla reste plus aventureux mais certaines études et accidents ramènent le constructeur à une certaine réalité. Le constructeur va devoir améliorer son système avec, dans les mois à venir, l’installation d’un système de surveillance du conducteur.

Waymo est parfaitement conscient des risques et des montants liés aux coûts de responsabilité. C’est pour cela que l’entreprise vise à commercialiser une solution dans laquelle le constructeur reste engagé d’une manière ou d’une autre sans transfert de responsabilités. Une stratégie délicate à mettre en œuvre mais il ne faut pas sous-estimer ni Waymo ni son directeur général, John Krafcik, un ancien exécutif de Ford et de Hyundai aux Etats-Unis. L’entreprise poursuit ses expérimentations avec un cumul de plus de 16 millions de kilomètres de test sur route avec des systèmes de mesure et de calculs avancés. Ce cumul passe à plusieurs dizaines de milliards de kilomètres en simulation. L’entreprise prend également le temps d’éduquer le public, un problème dont peu d’acteurs de la conduite autonome ont pleinement conscience mais qui est pourtant incontournable pour comprendre les vertus et les limites des systèmes et améliorer leur acceptation.

Il est urgent de prendre son temps
Dans sa philosophie actuelle, la conduite autonome est moins un outil commercial qu’un moyen de réduire la mortalité routière. Encore une fois, la technologie est un facilitateur et non une fin en soi. Waymo reste un des acteurs les plus sérieux et les plus avancés en matière de système de conduite autonome totalement intégré. Bosch, ZF, Continental, GM, Tesla et Toyota travaillent à leurs propres solutions. Les autres constructeurs suivent à des niveaux divers seuls ou en partenariat avec des équipementiers ou des start-ups.

La législation américaine commence à peine à prendre forme pour la partie test des systèmes de niveau SAE L4 et SAE L5. La législation pour leur libre circulation sans restriction commerciale risque de prendre plus longtemps encore et pourrait limiter leur usage à des zones basse vitesse ou des voies de circulation sans carrefour et avec des chaussées séparées. Les systèmes de niveau SAE L3 pourraient bien s’appeler SAE L2.X pour de nombreuses années afin de préserver la responsabilité des constructeurs et contraindre les conducteurs à rester en veille permanente. Si la technologie fait des progrès, elle n’a pas encore atteint la maturité nécessaire d’autant que l’environnement en termes de véhicules et d’infrastructure doit encore évoluer vers plus d’interaction et de connectivité pour sécuriser l’usage des systèmes autonomes les plus évolués. La technologie ne vaut que si elle apporte un véritable avantage et il faut lui laisser le temps d’y parvenir.
Bertrand Rakoto

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"Dans sa philosophie actuelle, la conduite autonome est moins un outil commercial qu’un moyen de réduire la mortalité routière"
C'est totalement l'inverse non ?
;0)

Lucos de Beuliou el Tipi, Le 06/03/2020 à 07:04

Réduire la mortalité routière ....ce n’est pas l’avis de l’autorité de sûreté routière Américaine concernant l’Autopilot de Tesla.
Quel crash de la X sur le muret,le gars est passé de vie à trépas en regardant son jeu vidéo,le pire c’est que certains ont réessayés au même endroit e5 les Tesla se serait jetés sur le muret ,comme la blonde de la Pub Citroën de l’époque

alain boise, Le 06/03/2020 à 07:43

J'ai la réponse à la question du titre !
Pour faire hurler Jo qui va nous en mettre 20 pages sur le sujet et 30 pages hors sujet.
La barbe.

Bruno Haas, Le 06/03/2020 à 09:39

Bruno, je suis vachement déçu par le ton et le contenu de votre affirmation ci-dessus !! Je commence à être de plus en plus convaincu qu'il n'est pas nécessaire d'être sérieux et d’argumenter avec les connaissances que chacun a sur ce site !
Vous avez peut-être une dernière fois des choses à dire sur la question ?
Sinon dommage...car les experts qui font des articles ici, doivent avoir une haute impression (car ils font leur boulot sérieusement je pense !) des lecteurs d'Autoactu !
Un ramassis quoi ....et je fini par me mettre dans le lot !
Nous sommes lamentables !!

Jo Duchene, Le 06/03/2020 à 10:50

Je me suis déjà exprimé sur la question !!

Jo Duchene, Le 06/03/2020 à 10:51

Finalement pour ceux que la question intéresse et tirer un tant soit peu une leçon (dans l'état actuel des développements) de ce que décrit Bertrand Rakoto, est et pourrai être la CONTRAINTE (administrative et homologation) d'un dispositif qui OBLIGE les conducteurs à être en veille permanente !!
Tout le monde connait la mortalité dû à endormissement au volant...et des dispositifs existent déjà !

Jo Duchene, Le 06/03/2020 à 11:10

Remarquez Bruno, qu'en 3 msg, Jo n'a même pas tapé sur les bagnoles allemandes !
Petite baisse de forme Jo ?
;0))

Lucos de Beuliou el Tipi, Le 06/03/2020 à 11:33

Reste-t-il encore des choses à dire sur "les bagnoles allemandes" ??
J'ai des interrogation sur mes prochaines vacances !

Jo Duchene, Le 06/03/2020 à 11:39

Cher Jo, désolé pour le ton que j'ai employé.

Je ne donne plus d'arguments pour le développement de la voiture autonome car je ne me pose pas la question de savoir si elle va arriver mais quand elle arrivera, tandis que vous n'avez que des certitudes absolues sur l'idiotie de la chose.

Au tout début de ma carrière (chez GM), j'ai connu un ingénieur qui pensait, comme vous, que faire décoller, voler et atterrir un avion commercial (en l'occurrence la Caravelle que pilotait un de ses frères) était impossible, dangereux, inutile et cher.

Il pensait que la présence de 4 personnes dans le cockpit étaient indispensables (pilote, co-pilote, radio, méca-nav).

Aujourd'hui, on sait envoyer des sondes dans l'espace, au mètre près, on sait envoyer des drones en Syrie, au millimètre près, et ce n'est pas un bout de scotch sur un panneau Stop qui est un obstacle insurmontable.

Mais je sais que je ne vous convaincrai jamais. Je m'en remettrai.

Bruno Haas, Le 06/03/2020 à 13:42

Tenez voilà un truc pas barbant...pour une fois !
C'est une histoire à deux balles et pas deux milliards !!
On est chez un patron de bar:
Vous prenez deux Corona et je vous offre une Mort Subite !!

Jo Duchene, Le 06/03/2020 à 13:46

Il y a aussi "la Cuvée des Trolls" en Belgique..
;0)

Lucos de Beuliou el Tipi, Le 06/03/2020 à 14:19

Je ne suis pas Clerion, mais nos cousins belges sont moins bêtes qu’on le pense ... et le charbon est plus près de chez eux !
N’est pas l’artiste ?

Jo Duchene, Le 06/03/2020 à 16:42

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