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Constructeurs - 19/08/2019

Carlos Tavares et Philippe Bihouix discutent de la meilleure manière de baisser les émissions de CO2

Article publié le 24 juillet 2019 -

Dans le cadre d’une série de rencontres où Carlos Tavares dialogue avec un expert sur les "méga trends", le PDG de PSA s’est confronté à la vision de l’automobile de Philippe Bihouix, ingénieur centralien, spécialiste des ressources rares et auteur de “L’âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable”.

Si a priori, Carlos Tavares et Philippe Bihouix (*) pourraient ne rien avoir en commun, ils partagent tous les deux l’idée que la voiture électrique n’est pas une solution écologiquement soutenable. Promoteur des "low tech", Philippe Bihouix explique notamment que les produits "high tech" ne permettent pas de recycler les ressources rares : "On ne sait pas les réintégrer dans le système avec la même performance. Il y a une sorte de down grading dans le cycle", explique-t-il.
Lors d’un débat organisé par PSA dans le cadre des rencontres baptisées "#aCoffeeWithCarlosTavares", le constructeur a diffusé il y a quelques jours le cinquième thème censé être l’économie du partage (**). 
Plus que de "car sharing", il y est question d’économies des ressources rares et de réduction du CO2 dans une discussion assez vivifiante où deux points de vues qui pourraient paraître irréconciliables donnent matière à réflexion.
Au cours de cet échange, après une demi-heure de discussion, Philippe Bihouix a cette remarque assez directe : "Ce qui est terrible, vous êtes ingénieur et je le suis aussi, si le monde était une entreprise et que nous voulions réduire les émissions de CO2 comme vous avez coupé les coûts il y a 5 ans [je ne touche pas le km/personne ou on augmente un peu à cause des marchés émergeants], la seule solution rationnelle que nous trouverions serait de réduire la taille et la vitesse des voitures."
"Possible",
lui répond Carlos Tavares.
Si les deux hommes conviennent que cette solution serait la plus efficace et la plus rapide pour réduire les émissions de CO2, "parce que les équations physiques sont comme ça", souligne Philippe Bihouix, pourquoi s’éloigne-t-on à ce point de cette situation ?
C'est autour de cette question qu'a tourné l'ensemble de leurs échanges qui montrent comment l'organisation actuelle du débat a conduit à cette impasse.
Ces dernières années, les voitures sont devenues plus lourdes et plus grandes parce que les constructeurs ont voulu y mettre "plus de sécurité, plus de confort, plus de plaisir et plus d’équipements", a dit Carlos Tavares.
Ainsi, tous les progrès d’efficacité énergétique réalisés ces dernières années sont annulés par l’enrichissement des voitures. Il faudrait revenir "à un standard basique de 700/800 kg d’une voiture des années 60 début des années 70 avec les progrès pour éviter la pollution locale", estime Philippe Bihouix, ce qui "apporterait aussi la liberté". "Les gens de cette époque ne s’en rappellent pas comme de mauvaises décades en termes de liberté", dit-il.
Plutôt que des véhicules électriques qui pèseront entre 1,5 ou 2 tonnes, il prône des voitures légères, "moins performantes et moins équipées qui apporteraient immédiatement des avantages CO2". "Allez sur une solution unique électrique n’est pas raisonnable", estime Philippe Bihouix.

"Cette notion d’efficacité dans la manière d’utiliser les ressources est quelque chose que nous comprenons bien chez PSA", lui a répondu Carlos Tavares.
"Ce que vous appelez une voiture plus basique à 700 kg et pas 1,3 tonne, cela fait absolument du sens. Mais si je mets sur le marché une voiture à 700 kg (ce que bien sûr nous pouvons faire) sera-t-elle aussi sûre qu’une voiture à 1,2 tonne ? Dans mon entreprise, nous aurions une énorme discussion là-dessus parce que la sécurité est toujours la priorité numéro 1", a dit Carlos Tavares.
L’acceptation sociale est aujourd’hui ce qui freine cette solution avec, d’un côté, un constructeur qui dépend du style de vie de la société dans laquelle il opère et, de l'autre, des politiques qui ont tendance à simplifier leurs discours. Ce qui a donné le mouvement actuel vers le véhicule électrique, considéré comme vert.
"Nous sommes là pour soutenir la société dans laquelle nous opérons et notre mission est d’offrir une liberté de mobilité mais nous devons savoir quel est le changement de style de vie que les citoyens accepteraient pour protéger la planète. Quelqu’un doit décrire comment cela peut être agréable pour que le consommateur naturellement accepte de changer ses comportements pour aller dans cette direction s’il voit une vie meilleure dans l’empreinte bas carbone", a dit Carlos Tavares.
Comment aller vers une société bas carbone désirable ? "La manière de le faire est un mix entre ce que l’on pourrait appeler la perception du consommateur (les choses changent et nous serons probablement surpris par la jeune génération) et aussi cela doit venir de la puissance politique. Nous devons avoir une approche par la règlementation", estime Philippe Bihouix.
Cette vision règlementaire ce serait soit l’interdiction des voitures les plus grosses et "les plus coûteuse d’un point de vue environnemental", soit une fiscalité au kg. Chacun devra "faire un effort" en limitant l’usage de l’automobile.
Philippe Bihouix propose également une idée totalement à rebours de ce qui se fait traditionnellement avec les primes à la casse. "Un point qui serait disruptif serait d’utiliser l’opportunité de tous les progrès que l’on a fait dans l’objet automobile et seulement changer les moteurs et pas entièrement la voiture", propose-t-il. "Pourquoi ne pas faire de l’automobile un produit réellement durable ?"
"C’est quelque chose que nous pourrions travailler",
a dit Carlos Tavares soulignant que PSA avait une business unit économie circulaire.
"Si la société converge dans la même direction à une vitesse raisonnable pour une entreprise mondiale comme nous ce serait possible", a dit Tavares.
"Si nous sommes capables de définir une même destination en termes de ce que signifie la liberté de mobilité sur une perspective mondiale. Bien sûr que ce que vous dites est possible", lui a répondu Tavares.
Le problème estime Carlos Tavares est l’impossibilité de faire converger les règlementations entre l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie.
"Je ne rejette pas l’idée. Pour que cela fonctionne il faut aligner les réglementations et les attentes pour être capable de faire accepter des décisions impopulaires", estime Tavares. Ce qui suppose de faire accepter aux citoyens l'idée que "si vous voulez protéger la planète vous ne pouvez pas vous protéger autant que la planète."
Carlos Tavares a notamment souligné le dialogue impossible avec l’Union européenne et le Parlement européen. "Ils nous disent vous êtes des escrocs, on ne vous parle pas. Ok très bien. Comment pouvons-nous aider la société ? La seule manière pour nous d’aider la société est d’essayer quelques propositions et voir comment le marché répond. Et pour que le marché réponde aujourd’hui, il faut aller vers la sécurité, le confort, la commodité et cette direction, sur les 50 dernières années, c’est plus de poids, plus de CO2 et plus de consommation de ressources rares."
Pour le PDG de PSA, la solution repose sur deux choses essentielles : "quelle est la société à faible empreinte carbone désirable que l’on veut qui protègera la planète" et "comment on aligne les règlementations dans le monde pour mettre la créativité des 400 000 ingénieurs dans le monde qui travaillent dans l’automobile au service des solutions".
Florence Lagarde


(*) Philippe Bihouix est membre du conseil d’administration de l’Institut Momentum (laboratoire sur la transition vers un monde post-croissant, post-fossile et transformé par le climat), et auteur de nombreux ouvrages et articles sur la gestion des ressources non renouvelables. Il a publié en 2014 “L’âge des low tech, vers une civilisation techniquement soutenable” 

(**)

1. entretien avec Hervé Le Treut sur le Changement climatique
2. entretien avec Martha Delgado sur les Evolutions du comportement client
3. entretien avec Lionel Zinsou sur la Divergence des marchés
4. entretien avec Ben Waber sur la Transformation digitale
Deux autres entretiens sur les tendances Autonomie et Connectivité sont à venir

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