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Analyse - 28/01/2019

Comment la "Responsabilité Sociale des Entreprises" peut structurer les lettres de mission pour Thierry Bolloré et Jean-Dominique Senard ?

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Le conseil d’administration de Renault s’est implicitement rallié au point de vue de Hiroto Saikawa en décidant de doter le groupe d’un sommet à deux têtes : la trop grande concentration des pouvoirs qui est directement incriminée dans l’analyse des problèmes de gouvernance de Nissan l’est aussi de facto en France où le comportement bien peu intrusif d’un conseil d’administration un peu trop "Ghosnien" est de plus en plus fréquemment évoqué.

De la même manière, comme on l’a perçu depuis deux mois pour ce qui concerne Nissan, la composition des équipes dirigeantes autour de la problématique de la fidélité ou de la docilité au patron fait problème et le fait même que Hiroto Saikawa n’ait réellement contesté Carlos Ghosn que lorsqu’il a été certain qu’il le ferait tomber indique que la diversité des points de vue et leur libre expression n’était pas assurée.
Il a l’élégance aujourd’hui d’envisager sa démission comme une solution pour cette raison  et cela renforce considérablement l’argument de la quête d’une saine gouvernance comme issue de "l’affaire".

Les questions posées aux deux niveaux (conseil d’administration et comité éxécutif) ne concernent pas seulement les rémunérations et/ou la licéité des pratiques des dirigeants. Elles sont plus fondamentales et engagent la qualité des organisations et leurs performances : on peut en effet défendre que de très grandes entreprises multinationales comme Renault et Nissan gagneront beaucoup en efficacité en étant mieux contrôlées par leur conseil d’administration respectif et dirigées par des équipes plurielles choisies pour que les conseils exécutifs maximisent leurs chances d’avoir cerné et pris en compte, avant de décider, l’ensemble des arguments pertinents.
Si l’on adopte ce point de vue, alors on demandera à Jean-Dominique Senard de s’assurer de la capacité technique et politique de "son" conseil d’administration à exercer pleinement ses fonctions de contrôle de la Direction.
On demandera de même à Thierry Bolloré d’examiner et, éventuellement, de restructurer son équipe dirigeante pour qu’elle lui permette non pas d’être un chef incontesté mais au contraire un chef contesté.

Les problèmes posés par l’autocratie Ghosn avaient émergé depuis de longues années et, de ce point de vue, lorsque l’on échappe à l’amnésie médiatique, on ne peut qu’être saisi par la pertinence des analyses qu’avait produites l’épisode des vrais-faux espions
Outre les phénomènes de "cour", le fait que toute l’entreprise soit liée à des jugements faillibles d’un homme est proprement insupportable ou irresponsable et renvoie directement aux défauts des deux forces de rappel que devraient être un conseil d’administration qui "challenge" les options prises par le DG et un conseil exécutif qui puisse faire valoir réellement sa connaissance des métiers, des régions et des composantes ou équipes de l’entreprise.
De ce point de vue, il est opportun de rappeler que Carlos Ghosn n’a pas toujours brillé par la pertinence de ses intuitions ou jugements sur les hommes et/ou le cap à prendre et que Renault a plus perdu que gagné au fait qu’il ait les pleins pouvoirs.
Evoquons, à titre d’illustration, la manière dont Carlos Ghosn s’était laissé convaincre par Shai Agassi à Davos de la pertinence du "Quick Drop" et avait alors imposé à l’entreprise un accord avec Better Place. 
Si, à l’époque CA et CEG avaient été plus consistants et moins inféodés, Renault y aurait gagné. Le cas n’est pas isolé et la collégialité des nominations et décisions stratégiques semble devoir être inscrit pour ces raisons dans les lettres de mission de Senard comme de Bolloré.

Là encore, au delà des "affaires", la question posée est celle – en général et pour Renault spécifiquement – de savoir ce qu’est une entreprise, comment elle peut être dirigée pour être à la fois efficace, vivable pour ses salariés et sous-traitants et défendable plus largement dans sa manière de lier son activité au reste de la société. Dans le vocabulaire consacré par la bien-pensance du 21ème siècle, cela s’appelle la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) et Renault gagnerait en 2019 à passer en la matière d’une conception de la RSE qui a été d’évidence plutôt "cosmétique" à une gouvernance qui l’inscrive dans le marbre des règles de fonctionnement de Renault et de l’Alliance.
Un peu comme le "complotisme" permet de simplifier le monde et d’offrir des lectures faciles de questions complexes, la mythologie du "capitaine d’industrie"  qu’a manipulé à l’envi un Carlos Ghosn nous laisserait accroire que Renault, Nissan et l’Alliance ont vu leur sort déterminés par ses analyses et décisions.
La réalité est – heureusement pour les deux entreprises probablement – un peu plus complexe et, pour ce qui concerne Renault, ses forces actuelles doivent au moins autant à Louis Schweitzer et à la capacité des équipes Renault à faire vivre – contre Ghosn parfois – les options qu’il avait prises qu’à ses décisions.

Un des atouts de Renault est d’avoir su par le passé se montrer innovant en explorant des voies et en prenant des risques que d’autres constructeurs rejetaient d’emblée ou ne percevaient même pas. Les trois derniers dossiers de cette nature ont été les monospaces, le "low cost" et l’électrique.
Plus loin du produit, les rachats de Nissan, de Dacia et d’Avtovaz relèvent aussi de cette forme d’audace collective.
La liste indique clairement que Ghosn et sa réussite à la tête de Renault en font au moins autant un héritier qu’un responsable de ce qu’est aujourd’hui Renault.
Dans tous ces dossiers, il faut effectivement que le top management soit fort puisque, au moment où la décision est prise, les très vifs débats qui sont intervenus en amont ne sont pas complètement éteint et il faut que les responsables des projets concernés puissent compter sur l’ensemble des ressources de l’entreprise. Il faut également, puisque l’on est en train de prendre des risques et de défricher de nouveaux terrains, que le risque soit géré et que l’on continue d’écouter les objections en interne comme au niveau du conseil d’administration pour permettre que le projet se renforce.

On a pu reprocher à Renault il y a une vingtaine d’années d’être une espèce de bureaucratie où coexistaient des baronnies qui se faisaient la guerre et rendaient la direction si faible que selon certains "les décisions de la DG n’étaient que des bases de discussion".
Carlos Ghosn a changé cette culture et souhaité que les décisions soient exécutées. Renault y a gagné en réactivité et en efficience sans pour l’instant avoir perdu cette espèce de culture de la contestation qui préserve ses capacités d’innovation. D’une certaine manière, la diversité géographique accrue liée à l’inter-continentalisation de l’activité, le fait d’avoir à gérer plusieurs marques ou le fait d’impliquer les équipes dans des coopérations avec Nissan, Mitsubishi ou Daimler ont même plutôt multiplié la variété des points de vue et analyses au sein de l’entreprise. La question qui se pose en 2019 est celle de savoir comment l’entreprise peut, par son organisation et sa gouvernance profiter pleinement de l’ensemble de ces apports.

Le pari qui doit être fait est, à l’image de ce qu’est l’Alliance, non pas celui d’une unification-simplification mais d’une reconnaissance et d’une exploitation par le top management et par le conseil d’administration de cette variété des ressources.
Renault est une organisation qui doit être reconnue, animée, incarnée et, parfois, bousculée, par ses équipes dirigeantes. L’organisation Renault a autant adhéré à la figure de Ghosn qu’elle lui a résisté et c’est ce qui in fine lui permet d’être là où elle est aujourd’hui.
Le cahier des charges de Bolloré et de Senard devrait être aujourd’hui de sortir de ce fonctionnement paradoxal et schizophrène pour permettre que cette fin d’une autocratie de façade soit le début d’un management modeste, responsable, collégial et respectueux de l’identité d’une entreprise.
Bernard Jullien

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Réactions

Quelle volée de bois vert Ai-je pris ici lorsque que j’évoquais L’escroquerie Better place.
Avez vous des nouvelles de la démission de Saikawa et nous découvrons le dossier creux de l’accusation du procureur,avoir omis de déclarer certaines plus values,il s’agit plus de redressement fiscal.....sic.
Certains ici parlait aussi de filiale en parlant de Nissan,peut on parler de filiale lorsque l’on est pas propriétaire en totalité de l’entreprise?
La question se pose de manière plus générale aussi est ce la place d’un État de posséder 15% d’une entreprise industrielle ?
Peut on être une boîte « sociale »sans avoir l’Etat au capital ?
alain boise, Le lundi 28 janvier 2019

Après la sortie sans gloire ...c'est le coup de grâce du père...Jullien (?)
;0)
Alain pour ce qui est des filiales, vous devez le savoir, tout depend du niveau de participation au capital qui conditionne la conso dans le bilan de la société mère, notamment ...

Concernant la chronique
Plus que le ralliement aux thèses du japonais, c'est me semble-t-il , le pragmatime qui a prévalu (pour une fois ?) concernant la désignation du "tandem" Senard/Bolloré.... (?)

avant de parler de RSE ...parlons déjà de bonnes pratiques managériales et de bon contrôle interne financier tout simplement ...
En revanche Ok pour l'hommage implicite à Louis Schweitzer sur la part de réussite prêtée au "démissionnaire"...
ADEAIRIX, Le lundi 28 janvier 2019

He bindidon, quand j'écrivais la moitié du quart de ce qui est dénoncé par Bernard Jullien, les Ghosnolâtres me tombaient sur la figure avec des pics, des hallebardes et des baïonnettes !
Je bois du petit-lait.
Bruno HAAS, Le lundi 28 janvier 2019

Bien Druide ,avoir 43% et être actionnaire majoritaire considere t’on cette boîte obligatoirement comme filiale
La fusion est elle inéluctable d’après Vous?
Et que dire d’un actionnaire qui possède 15% d’une boîte et qui n’a pas de droit de vote.ne faut il pas chercher aussi de ce côté là es problèmes actuels.
PSA est il moins social depuis que l’Etat a vendu ses participations ?
Que fait l’Etat chez Renault alors qu’il se désengage du Gaz chez Engie bien plus vital au peuple?
alain boise, Le lundi 28 janvier 2019

1. J'ai déjà eu du mal à comprendre le titre...
2. Concernant Carlos attention quand même à ne pas tomber dans l'excès inverse, un chef c'est fait pour cheffer dusait le Grand...
;0)
Lucos, Le lundi 28 janvier 2019

Ouh là Alain … du calme … J'avais mal appréhendé le sens de votre commentaire … Faites excuses …!

Quant au retrait de l'Etat du Capital de Renault, outre la valeur symbolique et historique que vous connaissez largement aussi bien que moi, serait ce le bon moment, "chuis pas sûr" ….
;0)
Quant aux autres cessions des participations de l'Etat, vous savez bien que l'on vend les "bijoux de famille" pour tenter d'équilibrer les comptes faute de réduire les dépenses de l'Etat …Les cessions de la Direction Immobilière relèvent de la même démarche ...
C'est même pas de la doctrine économique "libérale" …
C'est du "sauve qui peut" ….
Elles ont bon dos les revues de "mission d'ordre public ...
On voit ce que donne "sociétalement" quelques années plus tard … les "œuvres" du tandem Chirac/Jospin puis Chirac/Villepin (sans oublier Breton …) concernant les sociétés "autoroutières"

Sans atteindre les 50% … Subsidiairement pour Lucos concernant son idée de vendredi, je repose la petite question bien innocente …
?
Que faudrait il donner à "Daimler- Fercedes" pour qu'il accepte de céder à Renault ses actions détenues sur Nissan, étant entendue que je ne parle pas ici de la simple contre valeur des actions en numéraire ?
… Lucos, vous avez bien une idée ?
Sinon les pactes d'actionnaires (quand ils ont des intérêts convergents), dites voir, çà existe ou bien ?
ADEAIRIX, Le lundi 28 janvier 2019

ADRX,
C'était juste un exemple sans plus en prenant un actionnaire exterieur possédant presque la difference pour aller à 50 %.
;0)
Lucos, Le lundi 28 janvier 2019

Mais je suis calme simplement on est plus en 45regardez l’histoire des votes doubles et le coup de « génie « de notre Ministre Président avec l’achat Des actions RNO a 102 € revendues 80.
Que les salariés regardent bien la médaille d’Or dans la vitrine du siège au championnats des constructeurs 2017 ,parce qu’ils sont pas prêt de se coudre la deuxième étoile sur la blouse.
Bonne chance aux orphelins De Renault , vite Clio
alain boise, Le lundi 28 janvier 2019

Vous nous l'avez enervé maintenant !
On va encore se faire chopper par la patrouille..
;0)
Lucos, Le lundi 28 janvier 2019

Nan nan Lucos … Y cause "correc" le pêcheur Breton …
;0)
En revanche si nous ne sommes plus en 45…
Alain …Il y a des totems dans notre bonne république … il convient d'être lucide … Annoncer un retrait de l'Etat du capital de l'ex Régie, en ce moment de surcroît (et je ne parle pas de stratégie financière …) , n'entendez VOUS pas mugir, plus que les cris des féroces soldats, ceux d'orfraie (et non pas d'or frais) de la part d'une bonne partie des "corps intermédiaires" … Cà devrait calmer les plus intrépides !
;0)
Déjà stabiliser la crise actuelle (Renault/Nissan) ne sera pas une sinécure... L'AG des actionnaires, c'est toujours pour le mois de juin ?
ADEAIRIX , Le lundi 28 janvier 2019

Énervé moi jamais sauf quand on me tutoie et insulte.
Pour revenir au sujet.
Il serait intéressant de voir qui a profité le plus des participations croisées depuis 20 ans et combien remontait Nissan.Dans le bilan Renault dernièrement
alain boise, Le lundi 28 janvier 2019

Seul la chronique est bonne, il y beaucoup de réactions bas du front !
Jo Duchene, Le lundi 28 janvier 2019



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