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Analyse - 12/04/2019

Consommations et véhicules électriques, le ton monte aux Etats-Unis

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

L’incertitude autour des réglementations automobiles a provoqué une escalade de la part de certains états et des parlementaires américains. En effet, depuis la remise en cause, par le gouvernement, des objectifs de consommations pour 2025, aucune nouvelle règle n’a, pour le moment, été officiellement publiée. Les agences fédérales en charge d’établir les nouvelles règles semblent s’orienter vers un objectif de 37 miles par gallon (ou mpg, l’équivalent de 7,6l/100km) en moyenne des consommations à l’échelle de la flotte d’un constructeur. L’objectif précédent était établi à 46.7mpg (5l/100km) et l’Etat de Californie a porté plainte contre les deux agences fédérales en charge des normes auprès d’un tribunal de Washington D.C.. L’Etat de l’Ouest Américain reproche à l’EPA (Agence de Protection de l’Environnement) et la NHTSA (agence en charge de la sécurité des transports) d’avoir failli à leur obligation de publier les analyses et études qui leur aurait permis d’établir ces nouveaux objectifs. En refusant de se plier aux règles d’information du grand public (Freedom of Information Act), ces agences tentent de poursuivre un bras de fer entre le gouvernement fédéral et la Californie pour l’établissement des futures règles de consommation. 

Pour les véhicules électriques, le gouvernement menace cette fois de supprimer le crédit d’impôts de $7 500 auxquels les 200 000 premiers clients de chaque constructeur peuvent prétendre lors de l’achat d’un véhicule électrique. Ce coup de pouce est pourtant incontournable pour maintenir la demande de véhicules électriques. Quatre membres du Congrès (le parlement Américain) ont présenté un projet de loi pour maintenir et augmenter les seuils liés à l’octroie de ce crédit d’impôt, allant à l’opposé de la volonté du gouvernement. 

Indécision au niveau des normes de consommation
Les normes de consommation américaines avaient été établies sous la présidence de Barak Obama. Les négociations avaient été menées avec le concours des constructeurs en 2012. Mais les règles ont été figées à la hâte lors de la fin de mandat du président sortant alors que le contexte de marché avait évolué. Après l’arrivée des républicains au pouvoir, les constructeurs avaient demandé un aménagement dans la mise en place des règles et le nouveau gouvernement a été bien plus loin en décidant de supprimer ces objectifs. Cela ne sert pas l’intérêt de l’ensemble de la filière qui a investi des milliards dans de nouvelles technologies pour respecter les futures normes. Les choix du gouvernement vont à l’encontre des intérêts des constructeurs, des équipementiers et des consommateurs. En effet, les normes permettent d’aligner les technologies et de rendre l’offre cohérente avec la demande pour stabiliser la demande en énergie et les niveaux d’émissions. En agissant ainsi, le gouvernement dérégule le marché. Pendant un temps les constructeurs vont bénéficier d’un effet d’aubaine en vendant des véhicules équipés de technologies déjà amorties mais ils vont être handicapés par l’allongement des délais liés au retour sur les investissements déjà consentis pour réduire les niveaux de consommation. 

Si cette décision dessert l’industrie à moyen et long termes, elle assure une meilleure perspective de marché aux industriels du pétrole. La Californie montre donc du doigt l’impact environnemental et demande à l’EPA et à la NHTSA de justifier leurs choix de changer les objectifs de consommation sur des bases scientifiques et environnementales. Aux Etats-Unis, les contre-pouvoirs sont nombreux et l’information du grand public est un droit fondamental que la Californie entend faire respecter non seulement pour les consommateurs américains mais aussi pour assurer l’exception californienne actuellement suivie par 19 autres Etats américains. En effet, depuis 1967, cet Etat de l’Ouest Américain bénéficie de la capacité d’établir ses propres normes de consommation et d’émissions. Cette exception a été obtenue par Ronald Reagan alors gouverneur de l’Etat mais, malgré ses nombreuses références à ce prédécesseur, l’actuel Président menace de l’annuler purement et simplement. En poursuivant les agences fédérales, l’Etat de Californie joue également la survie du CARB (California Air Ressource Board) et du Clean Air Act qui lui permettent donc d’établir ses propres seuils et normes d’émission.

Les constructeurs prennent également part au débat et un objectif à 37mpg risque fort de ralentir l’adoption par le public de motorisations plus frugales et le déploiement des systèmes hybrides. Pour le moment, le gouvernement et les agences n’ont pas avancé le moindre chiffre pour justifier leur choix. Ils ont basé leur argumentation sur le fait que les technologies de réduction des consommations risquent d’impacter les coûts, les prix et le poids des véhicules au détriment des technologies de sécurité. Le lien entre les deux est assez tiré par les cheveux et aucun des décideurs n’a, pour le moment, été capable d’apporter de preuve et de chiffres pour justifier les objectifs annoncés. 

Vers un status quo pour le crédit d’impôt des VE
Le cas des véhicules électriques est différent puisque l’actuel locataire de la Maison Blanche menace d’annuler l’ensemble des aides visant à soutenir le marché. Les 200 000 premiers acheteurs de VE d’un constructeur bénéficient d’un crédit d’impôt de $7 500, une aide qui se réduit ensuite de moitié au début du trimestre calendaire suivant l’expiration de l’offre. Elle est ensuite divisée par deux tous les six mois pour être finalement annulée au bout de 12 mois. Aujourd’hui, Tesla et GM ont déjà dépassé ce seuil et leurs clients ne bénéficient plus que d’un crédit d’impôt de $3 750. Nissan est sur le point de les rejoindre. C’est pourquoi les trois constructeurs ont fait front commun auprès des parlementaires et du gouvernement pour obtenir un allongement des conditions d’octroie des aides aux consommateurs mais ont eu bien du mal se faire entendre jusqu’à maintenant. 

L’action menée cette semaine par 4 membres du Congrès (deux Républicains et deux Démocrates) vise à octroyer un crédit d’impôt de $7 000 à 400 000 véhicules supplémentaires pour chaque constructeur. Ces nouvelles règles permettraient d’obtenir de nouveaux seuils avec le maintien des $7 500 pour les 200 000 premiers véhicules de chaque constructeur, puis $7 000 pour les 400 000 suivants et une extinction de l’aide non plus en 15 mois mais en 9 mois après les 600 000 premiers véhicules vendus. Ce coup de pouce vise à assurer un maintien de la demande en VE toujours très fragile afin de permettre aux constructeurs de mieux amortir leurs investissements dans les véhicules électriques. Cela va à l’encontre des déclarations du Président Américain qui pense que la stratégie électrique est un échec et qui vise à l’annulation des aides dans le budget 2020 afin de réaliser une économie de $2,5 milliards sur 5 ans.

La proposition d’augmenter les seuils et les aides venant des parlementaires Américains a peu de chances d’aboutir car elle engage $11,4 milliards de dépenses supplémentaires jusqu’en 2028. Mais cette action risque de bloquer toute volonté de l’actuel Président d’annuler les aides. Encore une fois, l’annulation des aides pourrait mettre en péril la filière électrique et ses emplois car la demande est faible et fortement influencée par les aides à l’achat et les subventions publiques pour le déploiement de technologies et des bornes de recharge. Si pour Patrick Pelata "une belle dynamique devrait s’établir autour du véhicule électrique" en 2019, la réalité révèle un marché contraint et dont l’existence et la survie reposent exclusivement sur les subventions. Pour se déployer, la filière électrique nécessite des centaines de milliards pour l’extraction des matériaux, la production et l’acheminement de l’électricité ainsi que l’installation et l’entretien des réseaux de rechargement. Autant dire que, dans sa forme actuelle, le potentiel du marché du véhicule électrique reste limité et totalement lié aux aides gouvernementales aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord. Pour les Etats-Unis, l’issue la plus probable est un maintien du niveau d’aides actuel.

La politique de la menace
L’Administration de Washington D.C. mène sa politique et ses négociations par des menaces et des actions contraintes. Une situation plutôt inhabituelle et difficile à gérer pour les acteurs de la filière automobile puisque les échanges étaient, jusque-là, plutôt consensuels et impliquaient l’ensemble des acteurs privés et publiques pour obtenir des accords réalistes visant à garantir la solidité de l’industrie et de l’emploi. L’action du Président semble satisfaire quelques acteurs du monde de l’énergie et une logique populiste mais elle fait fi de toute logique à moyen terme vis-à-vis de l’emploi et du progrès technologique. La politique de rupture aussi bien pour les normes de consommation que pour les VE ne semble pas être accompagnée de vision à long terme et c’est pourtant un point important pour une industrie automobile qui prend des décisions et s’engage souvent pour 20 ou 25 ans. Les batailles engagées par la Californie et les parlementaires visent à contraindre le gouvernement à des choix plus concertés où, du moins, à empêcher le passage des menaces à l’action. L’industrie automobile a besoin de stabilité et de perspectives solides pour assurer aux populations de disposer de véhicules pour répondre aux différents besoins de mobilité individuelle et, ce, de façon abordable, sécurisante et avec un impact environnemental réduit.
Bertrand Rakoto

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Réactions

OUPS !
L'article commence bien
Comme 1 mile = 1.609 km et 1 US gallon = 3.79 l, avec 37 miles par gallon on parcourt 59.53 km avec 3.79 l, soit 6.4 l pour 100 km et non 7.6 l....
SIRIUS, Le vendredi 12 avril 2019

Merci Bertrand Rakoto pour cet article qui remet les pendules à l'heure. Il ne faut jamais l'oublier, la demande en VE - même faible - est contrainte et influencée que ce soit en Chine ou aux USA...
Jean-Luc NOBLEAUX, Le vendredi 12 avril 2019

Sirius,
l'erreur vient du fait que la conversion a été faite avec des gallons britanniques (4,5l) au lieu des gallons US.
L'auteur a oublié que ça s'était un peu évaporé lors de la traversée sur le Bounty…
;0)
Lucos, Le vendredi 12 avril 2019

La demande n’y est pas dans le Monde,seule des primes exorbitantes ou des interdictions soutiennent le marché.
Même la bourse ne soutient plus l gigafactory de Panasonic,Teslail n’y a pas de demande pour des batteries d’habitations lorsque vous êtes raccordés au réseau.
Les primes sont perverses et favorisent les magouilles regardez-le marché de dupes entre Tesla et FCA.
Ici vous encaissez 6000€ sur votre VD et hop 6 mois plus tard re 7000 ou 10000€ ailleurs....plus besoin de travailler les États vous salarient,stop primes,Europe écoute ton Peuple
alain boise, Le vendredi 12 avril 2019

Le Mètre étalon est la meilleure mesure au Monde,marre des pieds,des squares,des pouces,des miles,des gallons,des barils,et surtout la bouteille de 75cl imposée par les Beefs,vive le Litre
alain boise, Le vendredi 12 avril 2019

Faut aller leur vendre un EPR à 50 millions la soudure…
;0))
Lucos, Le vendredi 12 avril 2019

Demandez aux Chinois ce qu’ils en pensent de l’EPR ,la bas 5% des votants ne font pas la loi ....ici oui.
Soudures bonnes en Chine mauvaises ici....ça vous questionne pas? Moi oui,merci pour la provoc.
On était dans les subventions autos.....encore du hors sujet ,mais que fait la patrouille
alain boise, Le vendredi 12 avril 2019

Ils sont sérieux là ? Une aide de 7 000$ pour 400 000 véhicules de chaque constructeur ?
Rien que pour un seul constructeur, cela représente un budget de 2,8 milliards de $ !
Ils le trouvent ou le budget pour tous les constructeurs ???
Frédéric C., Le vendredi 12 avril 2019

J'aime quand l'Hôpital se fiche de la boite de secours…
;0))
Lucos, Le vendredi 12 avril 2019

mouais, la demande est soit-disant faible mais aucun des constructeurs ne suit le rythme des commandes...
Arnaud C., Le mercredi 17 avril 2019



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