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Analyse - 31/05/2019

FCA fait suivre sa proposition à Renault, fusion d’égaux ou fission d’égos

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

En mars dernier, la presse évoquait les avances de Renault faites à FCA dans le cadre d’un rapprochement entre les deux groupes. Cette semaine, FCA a répondu à Renault avec une offre de fusion des deux constructeurs proposée par un John Elkann qui révèle ses ambitions. L’entreprise serait hébergée aux Pays-Bas comme le sont FCA et l’Alliance actuellement. Les apports se feraient à parts égales avec des compensations pour les actuels actionnaires. D’après Elkann, les gains seraient évalués à 5 milliards d’euros par an, sans fermeture d’usines ni licenciements, ce qui paraît être une formule un peu trop idéale pour être vraie.

Cette annonce intervient donc deux mois après les premières révélations sur l’approche engagée par Renault et précisément la semaine où Jean-Dominique Sénard se rend au Japon pour négocier avec Nissan. John Elkann a également tendu la main à Nissan et à Mitsubishi qu’il considère comme des partenaires dans ce projet de fusion avec Renault. Cette démarche diplomatique est obligatoire pour garantir les apports de Renault dans le projet de fusion d’égaux.

Quelles stratégies ?
Dans son plan de fusion transformative, pour reprendre ses termes, John Elkann annonce qu’aucune fermeture d’usines ni aucun licenciement ne sont considérés pour atteindre une économie annuelle estimée à 5 milliards d’euros. Les synergies touchent la mise en commun des achats (aujourd’hui commun avec Nissan au sein de RNPO pour Renault), les plateformes et les marchés. Les deux groupes se complètent en Europe et aux USA. FCA apporte ses positions en Amérique (Nord et Sud) et Renault sa présence en Russie et en Inde. En Europe, Renault est prépondérant et certains chevauchements existent avec Fiat. Les complémentarités géographiques sont existantes mais tout de même limitées avec une présence insignifiante des deux groupes sur le marché Chinois, le premier mondial.

Pour Renault, ce nouveau partenaire américano-européen pourrait redonner le sourire à un groupe qui peine à camoufler sa frustration après les refus de Nissan de s’engager dans une fusion complète. Par ailleurs, la trop faible valorisation du groupe a soulevé des remarques quant à la valeur de Renault et sa position de proie en cas de dégradation des relations avec Nissan. Le constructeur japonais est estimé à 23,1 milliards d’euros alors que la capitalisation de Renault est de 15,6 milliards d’euros sachant que le français possède 43,4% de son partenaire japonais. Renault peu apporter à FCA son savoir-faire dans l’électrique, son expérience dans la conception des véhicules à bas coûts et des synergies dans les véhicules utilitaires. Du point de vue des motorisations et des plates-formes, Renault est coincé par Nissan puisque les motorisations essences sont développés par le constructeur japonais et les plateformes communes imposent de disposer de l’accord de Nissan pour y avoir recours.

De son côté, FCA a effectivement besoin de plateformes et de nouvelles motorisations puisqu’en dehors du 4 cylindres 2L  et d’un futur 6 cylindres en ligne, les autres familles de moteurs accusent un âge certain. Par ailleurs, FCA possède deux marques de poids. La première, Ram, poursuit sa croissance en Amérique du Nord avec une hausse des ventes de 22% depuis le début de l’année alors que le marché est en pleine contraction (-3%). La seconde est Jeep que Renault lui a vendu en 1987. La gamme devrait s’étoffer à partir de 2020 avec deux nouveaux modèles et le renouvellement du Grand Cherokee. Enfin, FCA dispose d’un partenariat avec Waymo pour la conduite autonome (fourniture de véhicules pouvant s’étendre à des échanges technologiques) et, éventuellement, les services de mobilité. Par ailleurs, les deux groupes possèdent un accord avec Google pour leurs futures interfaces homme-machine.


Fusion d’égaux, l’expression qui soulève bien des doutes
La formule a fait sourire beaucoup de monde car une fusion d’égaux tourne en général à la fission d’egos puisqu’il n’y a pas de rapprochement sans un dominant. C’est certainement pour cela que FCA a souhaité formuler une offre officielle à Renault, pour ne pas voir la fusion d’égaux prendre la tournure de 1998 avec la naissance de DaimlerChrysler. Renault est ans aucun doute une proie plutôt qu’un chasseur mais l’approche de FCA semble, de prime abord, loyale et équilibrée. Il faut désormais attendre la réponse de Renault qui doit être formulée le lundi 3 juin.

John Elkann est clairement le leader des négociations avec Renault. Il est le Chairman du groupe et le représentant des intérêts de la famille Agnelli à travers la holding Exor. Il semble que la disparition de son mentor, Sergio Marchionne, ait donné à John Elkann la volonté de marquer l’industrie de son empreinte. Dans l’offre formulée à Renault, Exor reste un actionnaire de poids (14,5% d’après les termes annoncés). Il semble assez évident qu’il se voit également dans le fauteuil de Chairman du futur groupe que formerait cette fusion. Le board serait constitué de 11 membres dont 4 viendraient de Renault et 4 de FCA plus une place pour Nissan. Si les détails n’ont pas filtré quant à la structure des 11 marques qui formeraient ce nouveau constructeur, il est vraisemblable que Mike Manley et Thierry Bolloré pourraient conserver des positions similaires à celles qu’ils occupent actuellement en gérant deux pôles de marques. La rumeur semble considérer Jean-Dominique Sénard pour la fonction de CEO mais sa séniorité ne lui permettra vraisemblablement pas de rester longtemps.

John Elkann affiche désormais avec force son ambition de rompre avec la décision de son grand-père de sortir de l’automobile. Ce choix stratégique va également à l’encontre de la mission initiale de vente qui avait été confiée à Sergio Marchionne par Gianni Agnelli. Mais l’italo-canadien n’avait pas exclu de permettre à Exor  de maintenir sa présence dans l’industrie au moment où il cherchait à séduire GM. Une démarche qui faisait suite au déclaration de John Elkann en 2014 où il évoquait la possibilité de participer aux futures vagues de consolidations. On peut tout de même se poser la question de savoir si l’objectif à terme de faire croître les participations d’Exor pour en retirer plus de valeur lors d’une prochaine sortie partielle ou totale.

Nissan sous la pression d’un chevalier noir
Nissan se pensait certainement en position de force dans ses négociations avec Renault. Le japonais se retrouve gros-jean comme devant avec maintenant l’intervention d’un chevalier noir (FCA) qui pourrait rebattre les cartes d’une alliance très affaiblie où les intérêts japonais maîtrisaient les débats. La situation est également délicate pour Renault car la fusion avec Nissan assurait un certain équilibre même si le français devait faire quelques concessions dans une alliance qu’il a fondé. La fusion avec FCA fait plus figure de plan B car Renault serait un égal avec la plus petite moitié pour reprendre une expression de notre enfance.

Si les négociations avec Nissan n’avancent pas d’ici lundi, il y a fort à parier que Renault répondra à la proposition de FCA positivement, avec ou sans condition car le groupe français est contraint de grossir pour survivre en cas de séparation avec Nissan. Pour le moment, la fusion reste intéressante. Les synergies annoncées de 5 milliards d’euros sont intéressantes même si elles peuvent paraître maigres puisqu’elles représentent un gain de seulement 4,5% en considérant des dépenses d’achats estimées à 110 milliards d’euros pour les deux groups combinés. Ce montant génère une euphorie temporaire des marchés financiers mais il n’est pas suffisant pour qu’ils fassent preuve d’un enthousiasme foutraque. John Elkann parle d’une fusion qui prendrait un an, un délai qui permet d’affiner les synergies, détricoter certains liens avec Nissan sans non plus tout laisser partir avec l’eau du bain puisqu’il n’a pas été évoqué où que ce soit que Renault quitterait l’Alliance. Mais on voit mal Nissan ne pas chercher à renégocier certains termes, dans une partie où il serait loin d’être en position de force d’autant que ses résultats sont en baisse. En attendant lundi, on ne peut s’empêcher de penser que, pour le moment, celui sur qui cette décision de fusion repose n’est autre que Nissan. Les japonais ont toujours la main mais doivent désormais limiter la casse ou trouver leur propre plan B.
Bertrand Rakoto

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Réactions

La proposition de FCA est bien ficelée … Axée sur les complémentarités et les possibles synergies, un rêve éveillé … ?
On ne peut que saluer la maturité de John ELKANN qui semble avoir bien profité des années passées aux côtés du mentor « Sergio ». Les équipes qui l’entourent ont bien travaillé aussi et RENAULT semble pris en étau avec des avances, à peine voilées, faites à destination du management de Nissan … Cà fait mal ?
Comme assez souvent, ce projet de fusion ressemble assez à une partie d’un poker menteur ( ?)

Se « marier » ou périr ?
Le choix à faire pour Jean Dominique SENARD semble bien périlleux sinon difficile en l’état actuel des relations avec Nissan … Cela évoque Daladier revenant de Munich …où pour rester dans le secteur auto, l’empressement avec lequel Philippe VARIN s’était jeté dans l’Alliance avec la GM … Si j’ose dire « Sauve qui pneu » …
Nonobstant les grands talents de l’intéressé, Jean Dominique Sénard n’est rien d’autre qu’un ultra « manager de transition » au regard de son âge (le temps est compté), si bien que le fauteuil de directeur général du nouvel ensemble constitué est bien fragile (quand bien même peut on imaginer des « aménagements pour repousser la date de péremption) … La santé est quelque chose de fragile …
Si les conséquences négatives d’un refus sont abordées pour Renault dans la chronique … Il me semble qu’il n’en est pas de même pour FCA … Or, au-delà de ratios financiers a son avantage, il y a la faiblesse des gammes « Fiat », la faiblesse des investissements dans les motorisations, plateformes ou nouvelles technologies, l’accord avec Tesla pour échapper aux pénalités de la CE … j’en passe
Cà fait beaucoup … En cas de refus ou d’achoppement, celui qui a le plus a perdre n’est pas forcément celui auquel on peut penser spontanément … Evidemment, il y a les Japonais qui donnent de l’insécurité à cette situation et comme c’est un peu dit … Une bonne partie de la décision française se jouera probablement à Yokohama, de façon assez « paradoxale » ( ?). Quand la détention de capital s’efface parfois devant la réalité d’un rapport de force … Et Saikawa a l’air de bien savoir les gérer …
Quant aux pouvoirs publics … L'évolution du dossier GE/Alstom devrait faire réfléchir …
Au fait … Qui était "aux commandes", lors du rachat … ? (les Français ont la mémoire "courte")
;0)

ADEAIRIX, Le vendredi 31 mai 2019

C'est Clérion qui a fait le titre ?
;0)
Lucos, Le vendredi 31 mai 2019

La partie industrielle de Fiat fait-elle partie du deal ?
Iveco, Fiat Power Train......mais surtout les marques de machinisme agricole et machines de construction (New-Holland, Case IH, Case......) ?
Parce que la, il y a du lourd ?!
Renault avait vendu ses activités agricoles il y a quelques temps, mais Fiat lui, a tout gardé, et ca marche.........
Une opportunité pour Renault de remettre un pied dans le machinisme agricole.....?
On a tellement perdu : 2eme agriculture d'Europe....et on ne vend pas un seul tracteur.......ni une moissoneuse batteuse......
Chris, Le vendredi 31 mai 2019

Et le poids lourd?
alain boise, Le vendredi 31 mai 2019

Très beaucoup d’Elkann qui a vendu un bon paquet d’actions avec belles plus values.....ça commence bien!!!
alain boise, Le vendredi 31 mai 2019

Elkann aussi ?
Parce que jusqu'ici j'avais surtout lu que c'était Mike Manley, administrateur délégué de FCA qui avait vendu pour 3,46 millions de dollars (3,11 millions €) d'actions cette semaine, empochant une belle plus value au passage …

Sinon … ailleurs Patrick PELATA récuse la base du cours du 24 mai (de mémoire ...) comme référence à la transaction (titre malmené pour les raisons que l'on connaît) … Il juge ces conditions financières inacceptables et … Hasard ou nécessité ? … L'idée semble reprise dans les hauts sphères "quai du point du jour" …
il semblerait que FCA considère cette base comme non négociable …
Bref, la fusion et la fission c'est loin d'être fait … Du boulot pour le top management et surtout l'environnement proche d'ici le 12 juin à moins que … (?)
;0)
ADEAIRIX , Le vendredi 31 mai 2019



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