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Analyse - 07/06/2019

FCA/Renault : quand l’actionnaire de référence fait son travail

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Malgré l’enthousiasme manifesté au moment où l’offre a été faite par FCA et le story telling bien peu crédible développé par la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye au lendemain des élections sur la nécessité de s’allier à d’autres européens pour préserver les intérêts français, Bercy a eu le mérite de souligner assez vite, la semaine dernière, la nécessité de faire primer la préservation de l’Alliance sur la fusion.

Dès lors que le ministre avait sans nul doute été informé et savait que ni Nissan ni Mitsubishi ne l’avaient été jusqu’à ce que FCA ne rende public son offre, le souci de faire adhérer au projet les alliés japonais a pu paraître un peu tardif. De la même manière, si c’était la priorité et cela n’aurait jamais du cesser de l’être, alors laisser relancer le projet de fusion après l’épisode Ghosn était d’une maladresse insigne. Tout ceci alourdit le passif, freine la progression des dossiers communs et rendra malaisée l’atteinte des objectifs que les plans des alliés pour 2022 énonçaient.

Avec Nissan, même si on sait la relation compliquée et les projets communs difficiles à faire vivre, les Renault ont vingt ans d’histoire et d’expérience. Même si le RAMA est contraignant et même si le deal passé pour contrebalancer le passage en force de Macron pour obtenir les droits de vote double a affaibli la capacité d’influence de l’actionnaire majoritaire qu’est Renault, on n’a pas affaire à une improbable fusion entre égaux : Renault est majoritaire et cela compte.

Cela compte évidemment financièrement car, même en étant absent de Chine ou des Etats-Unis, lorsque Nissan est performant sur ces marchés, Renault en profite et voit ses profits gonflés. Cela compte également et devrait compter plus encore dans "l’après-Ghosn" pour organiser en pleine connaissance des atouts et handicaps de chacun les deals entre partenaires tant sur le terrain technologique que sur celui des régions du monde.

Il ne suffit pas que le Président, le Ministre ou J.-D. Sénart aillent partout répétant qu’ils tiennent à l’Alliance. Il faut recoller les morceaux et la remettre au travail pour que la taille nécessaire soit atteinte, non pas grâce au coup de baguette magique que représenterait une fusion avec FCA, mais par le travail des équipes pour réussir sur chaque marché, chaque produit et chaque technologie.

La taille importe indéniablement dans cette industrie mais la manière de l’atteindre importe plus encore. Rappelons que la croissance de Renault depuis 15 ans s’est faite essentiellement à travers sa gamme Entry – désormais appelée Global Access – qui relève beaucoup plus de la croissance organique à la Toyota que de la croissance externe. Quant à VW, ses 10 millions de voitures vendues par an sont certes venues d’opération de croissance externe comme celle qui ont consisté à racheter Seat ou Skoda mais il s’agissait de rachats et ont permis de mettre les entreprises rachetées aux "normes VW" et d’organiser ensuite sur ces bases leur croissance. Constituer un ensemble solide industriellement et financièrement de très grande taille implique une cohérence qu’une alliance entre égaux ne peut assurer.

Il n’est pas certain que, en résistant à l’ultimatum de Elkann et de Exor, Bercy ait eu toutes ces évidences en tête car si tel avait été le cas, comme actionnaire de référence, l’Etat aurait réfréné les ardeurs fusionnelles de J.-D. Sénart. Il est par contre probable que, après avoir espéré que chacun s’enthousiasme pour ce coup qui, à la  surprise générale, allait permettre de constituer le troisième constructeur mondial, le gouvernement ait perçu que le risque politique était très fort.

Certains actionnaires ou défenseurs de ceux ci comme Proxinvest ou d’autres, P. Pélata, C. Tavares, des organisations syndicales et beaucoup d’observateurs plus ou moins avisés sont venus exprimer leurs doutes et contester la "fusion entre égaux", en général, dans l’automobile spécifiquement et, dans le cas précis de FCA-Renault en particulier. Le deal est alors apparu comme faussement équilibré et comme susceptible d’apparaître comme tel aux yeux de l’opinion. C’est sans doute ce qui a décillé les yeux de l’Etat qui a enfin recommencé à jouer son rôle, non pas d’Etat indument interventionniste comme va s’empresser de le dire une partie de la communauté financière, mais d’actionnaire de référence veillant à la fois à l’intérêt des actionnaires, d’évidence bien mal assuré dans le deal proposé, et à l’intérêt de l’entreprise.

C’est le rôle du conseil d'administration dont on a beaucoup dit qu’il était dans la main de Carlos Ghosn que de challenger les dirigeants sur ce volet et d’exiger d’eux qu’ils prennent toutes les garanties en ces termes. On n’est pas cette fois dans la configuration abracadabrantesque dans laquelle les interventions à contretemps d’un ministre avaient, en 1995, fait capoter la vraie alliance industrielle travaillée depuis des mois avec Volvo. C’est l’inverse : en rappelant que le "tiens" Nissan-Mitsubishi vous mieux que les deux "tu l’auras" que représentent le moribond Fiat et le boiteux Chrysler dont les deux jambes RAM et Jeep sont aussi musclées que les deux autres Chrysler et Dodge ressemblent à des moignons, l’Etat est, enfin, un actionnaire responsable.

Le fait que FCA ait joué l’urgence tout en indiquant qu’il y aurait ensuite 18 mois pour mettre un contenu et donner un projet à l’ensemble ressemble dans ce contexte à un aveu : le deal était si faussement équilibré qu’il fallait pour ferrer la proie prête à l’accepter invoquer une urgence absolue. Si la volonté avait effectivement été de construire un projet stratégique et industriel et de se donner les moyens de le réussir alors il n’y avait aucune nécessité de se presser et de refuser à la partie française le court délai demandé.

S'il s’agissait par contre de réussir un des meilleurs "coups" de l’histoire de l’automobile qui consistait à profiter d’un moment où les cours des titres plaçaient FCA devant pour proposer une fallacieuse alliance entre égaux, alors il y avait urgence et tout "temps de réflexion" allait fatalement laisser s’immiscer le doute. Une spécialiste des télécoms me rappelait aujourd’hui que Lucent et Alcatel avaient au début des années 2000 tenté un rapprochement, qu’Alcatel, convaincu d’être plus fort, voulait alors la majorité et que l’américain avait alors rompu les négociations. Quelques années plus tard (en 2006), Lucent en pleine déconfiture était racheté par Alcatel qui prenait 60% du nouvel ensemble mais le repris était encore surévalué et la santé de l’ensemble en pâtit et, de restructurations en restructurations, en vint, en 2015, à être racheté par Nokia …
Il ne reste plus donc qu’à espérer que l’épisode soit définitivement clôt.
Bernard Jullien

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Réactions

Poker menteur,mais ni Carlos ni Marchione ne sont là,c’est un métier.
Fiât est bonne à prendre .....mais pas à ce prix
alain boise, Le vendredi 07 juin 2019

Vôûs êtês três cîrcônflêxe âvêc Fiat…
;0)
Lucos, Le vendredi 07 juin 2019

Bravo Bernard,

Merci de rappeler ces quelques principes élémentaires de bonne gestion à la fois du CDA et de l’entreprise.
Patrick de BAZIN, Le vendredi 07 juin 2019

Bravo Bernard,

Merci de rappeler ces quelques principes élémentaires de bonne gestion à la fois du CDA et de l’entreprise.
Patrick de BAZIN, Le vendredi 07 juin 2019

L'analyse de la situation me semble assez bien décrite par le chroniqueur … Mais pourquoi diable espère-t-il que l'épisode soit définitivement clos ? … On quitte l'analyse objective pour rejoindre l'esprit partisan ...

FCA ne dispose pas tant d'opportunités que cela comme c'est décrit ailleurs … Avec moins d'empressement suspect et plus d'ouverture à une discussion "entre égaux" le projet méritait d'aller plus loin au moins dans l'intérêt des deux parties …

Et qui osera prétendre que les discussions ne se poursuivront pas de manière plus discrète …
;0)
ADEAIRIX , Le vendredi 07 juin 2019

Les négociations entre FCA et Renault étaient connues depuis plus de 2 mois; il se dit même que M.Ghosn y aurait été impliqué…Et Nissan n’aurait pas été au courant?? Cela en dit long sur le climat de confiance entre les partenaires de l’Alliance!
Au-delà, peut-être, de M.Ghosn, qui, chez l’actionnaire de référence de Nissan était au courant de son rapprochement avec Mitsubishi? Et dans quelles conditions subies par Mitsubishi?
Après tout cela, bon courage pour le renforcement de l’Alliance, plus que jamais nécessaire!
Jacques CHEINISSE, Le vendredi 07 juin 2019



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