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Constructeurs - 03/08/2018

Tesla, des chiffres toujours instables

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché. Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Detroit.

Plus attendus que les soldes de printemps, les résultats trimestriels de Tesla sont suivis à la fois par les marchés financiers et par l’industrie automobile.

Sans pour autant être un repère, Tesla reste un symbole de la confiance des investisseurs vis-à-vis des valeurs technologiques de l’automobile. Mais il ne faut pas négliger qu’au-delà de Tesla, la valeur de l’entreprise correspond en réalité à la confiance que les traders accordent à Elon Musk.
Cette situation explique la bulle menant à une forme de surcapitalisation d’une entreprise qui affiche toujours des pertes et dont on comprend mal comment elle va réaliser ses objectifs de construction d’usines et d’investissement à long terme sans lever des sommes considérables en Bourse. En effet, malgré des signes d’amélioration, les ambitions de Tesla dépassent largement sa capacité de financement même si les profits devenaient considérables dans les années à venir.
L’image du CEO se fissure
Ces derniers mois, l’attitude d’Elon Musk a nourri de nombreux doutes. L’image de patron bancable s’effrite peu à peu. Les plus observateurs pourront comparer certaines dérives avec d’autres personnages publics. Entre les caméos dans le cinéma et les tweets insultants, le dirigeant de Tesla a dû se reprendre après être allé trop loin. Il a d’ailleurs dû présenter des excuses publiques après avoir largement sous-entendu que Vern Unsworth, le plongeur qui a sauvé la jeune équipe de football coincée dans une grotte en Thaïlande, était pédophile (http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/07/16/32001-20180716ARTFIG00191-vexe-par-les-critiques-elon-musk-injurie-un-sauveteur-de-la-grotte-thailandaise.php).
Musk n’est pas invulnérable et il a été sommé par ses actionnaires de présenter des excuses publiques. Cette situation gênante est intervenue plusieurs semaines après une conférence téléphonique avec des analystes où Elon Musk s’est comporté de façon inconsistante (https://www.usinenouvelle.com/article/elon-musk-snobe-des-analystes-sur-tesla-puis-fait-amende-honorable.N689639). A vouloir trop flirter avec les limites de son aura, le CEO conserve peut-être ses adeptes mais il inquiète fortement les milieux financiers dont la confiance s’érode.

Sur le plan industriel, Tesla a su tenir, in extremis, son engagement d’atteindre 5 000 Model 3 produites en une semaine. Ce chiffre a été atteint grâce à la construction d’une ligne d’assemblage supplémentaire en dehors de l’usine. Une démarche à la fois positivement surprenante et inquiétante car elle tend à prouver que le constructeur ne parvient toujours pas à produire avec régularité. Le constructeur doit prouver qu’il est capable de tenir une production aux cadences régulières et durables. En production, la qualité vient en répétant des process solides. Pour le moment, la production reste aléatoire et un échange de Tweet entre Elon Musk n’a pas manqué de souligner l’absence de régularité de l’usine de Fremont (http://www.autonews.com/article/20180628/BLOG06/180629760/musk-ford-cheap-shot-twitter-fight).

Le plus gros problème de Tesla est de pouvoir changer d’échelle. Aucun membre du board, et pas même Musk lui-même, n’ont d’expérience réussie de changement d’échelle et ni de transformation d’une start-up en entreprise industrielle. Et c’est la plus grosse difficulté aujourd’hui pour le patron. En juin dernier, la confiance à l’ensemble du board et à Musk en tant que CEO et Chairman a été confirmée dans un contexte qui ne laissait pas penser que c’était gagné d’avance.
Les doutes se multiplient et Musk semble plus être un innovateur et un initiateur qu’un catalyseur en matière de gestion d’entreprise. Les doutes sont de plus en plus nombreux et certains articles ne mettent plus de gants et posent la question de savoir si Musk n’est pas même un imposteur (https://nypost.com/2018/07/21/elon-musk-is-a-total-fraud/).

Des perspectives difficiles à cerner
L’augmentation de cadence du côté de la Model 3 a permis d’améliorer les ventes et, par conséquent, le chiffre d’affaires. Les comptes du second semestre laissent entrevoir une réduction des pertes opérationnelles depuis le début de l’année mais il est bien difficile de juger la performance sur une période aussi courte.
Le contraste avec l’année passée soulève même des questions sur l’idée que les pertes étaient proportionnellement moins importantes au second trimestre 2017 alors que la Model 3 était sur le point d’entrer en production, c’est-à-dire au moment où les investissements venaient d’être faits et le fruit des ventes n’existait pas encore (http://ir.tesla.com/static-files/7235e525-db16-470c-8dce-9ecac0ad7712).

Il faut donc surveiller Tesla comme de lait sur le feu car rien ne dit que ce ne sera pas de l’huile qui débordera de la casserole. Les chiffres sont encore trop instables, les shorters sont nombreux et les comptes peinent à se stabiliser, à l’instar de la production encore très chaotique et orientée vers des véhicules loin d’être bon marché. Il est important de rappeler que la Model 3 a été conçue de façon économique pour pouvoir être vendue à $35,000 alors même que le panier moyen déclaré est censé rester autour de $50,000 à 55,000 pour les mois à venir.

Il semble à ce jour que les Model 3 pour l’Europe ne sont pas prévues dans les cadences de production. Et pour cause, l’Amérique reste la priorité. Pour l’heure, un quart des réservations auraient été annulées (https://money.cnn.com/2018/07/19/technology/business/tesla-downgrade/index.html) et moins de 60 000 seulement ont été produites à ce jour d’après les estimations mise à jour quotidiennement de Bloomberg (https://www.bloomberg.com/graphics/2018-tesla-tracker/).
Sans process fiable ni cadences régulières et en considérant le fait que pour améliorer la fabrication Tesla a décidé de modifier la fabrication et donc certaines définitions techniques de la Model 3 (https://www.theverge.com/2018/6/30/17520832/tesla-model-3-manufacturing-changes-tent-robots-welds). On est alors en droit de se demander comment les véhicules pourront être homologués ou rester fidèles à leur fiche d’homologation si les propriétés techniques structurelles évoluent au fil de la production. Des points qui mènent à se demander si les coûts de garanties et les coûts de responsabilité ne risquent pas d’exploser dans les mois ou les années à venir.

On peut également se demander où va le marché des véhicules électriques et si des cadences élevées de productions seraient de nature à trouver un public à l’heure où la concurrence se multiplie. Une véritable problématique à l’heure où la monté en puissance des véhicules électriques soulève de plus en plus de doutes tant la demande reste influencée par les primes à l’achat.
Le contexte alimente également quelques doutes plus profonds puisque les véhicules électriques ne parviennent pas à prouver leurs vertus environnementales ni à résoudre une équation économique qui risque d’être défavorable pour encore longtemps. Ces questions arrivent au moment où la concurrence devient plus nombreuse. Mais Tesla n’a pas de réel concurrent frontal puisque l’entreprise ne vend pas le produit mais l’image et une philosophie.


Le vrai risque électrique
Le marché des véhicules électriques à batteries reste très étroit. Il survit grâce aux normes et aux perfusions multiples. La technologie, les matériaux, les taxations et les réseaux d’alimentation en énergies sont autant d’arguments qui continuent à limiter le potentiel de croissance des véhicules électriques.
La concurrence accrue tend à limiter le potentiel de chaque marque mais pourrait dans le même temps accroître l’intérêt pour ce type de véhicule. Rien n’est écrit et il faut rester très prudent. Dans cet environnement, la singularité de Tesla est un avantage colossal mais l’essentiel de son succès auprès des marchés financiers repose sur la présence de son patron. Si l’instabilité et la controverse prennent le dessus alors l’éclatement de la bulle Tesla est à craindre.
Les finances de l’entreprise n’ont toujours pas prouvé sa viabilité alors même qu’elle parle d’investissement dans 2 nouvelles Gigafactory en Chine et en Europe. Dans le même temps, l’expansion du réseau de distribution et d’entretien, le développement de la gamme et la nécessité de faire évoluer sa technologie vont soumettre Tesla à des besoins en investissement permanents et croissants. Une croissance qui pourrait vite se transformer en spirale si un véritable plan n’est pas développé par le management de l’entreprise. Jusque-là, Tesla a survécu à coups d’actions correctives mais il manque toujours un plan intégré et global pour fournir les fondations solides sur lesquelles une telle entreprise devrait enfin se reposer et poursuivre sa croissance.

Le véritable test pour Musk est donc désormais de prouver qu’il est le bon pilote pour assurer la structuration, la consolidation et la stratégie de Tesla afin de garantir la confiance des banques et des investisseurs non spéculatifs sur le très long terme. Pour le moment, les 5 principaux actionnaires de Tesla se serrent les coudes car ces fonds pourraient traverser de fortes turbulences en cas de dévaluation brutale. Ils s’assurent pour le moment que le cours de l’action ne subisse pas d’effet de masse quelles que soient les annonces et les résultats.
Bertrand Rakoto

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Réactions

En effet ou và Tesla et oû và lâ filière VE vendue à coup de cravache oû incitations fiscales.
L'épisode caniculaire que traverse l'Europe en ce moment nous fait découvrir des réalités ,en effet si l'on sait que le soleil se lève tous les jours on ne sait pas si le le vent se lèvera ( pas vu depuis trois semaines,dans toute l'Europe)
Ce qui sous entend que nos moyens de productions electriques doivent être indépendants de ces aléas et en plus rejettant de faibles émissions de CO2.
Tout cela ne tient en ce moment grace a des taxes exorbitantes ( CSPE 8 Miliards),se pose parallèlemr t a tout ceci ùn désastre ecologique avec le pillage de matière premieres en Asie et Afrique,il faut lire le livre de G,Pillon ,lâ guerre des métaux rares pour comprendre oû Tesla et son Musk avec ses airs poupon nous emmène .
Les aides aux US s'épuisent et seront bientot terminées ,le probleme de revente VO VE est très difficilement juteux et ne tient qu'à coup d'aides constructeurs.
Restera le recyclage extremement couteux et imparfait ( on termine par une pyrolise),encore une fois le Grneral De Gaulle grand visionnaire nous avait fait notre transition énergétique avec 50 d'avances et une indépendance reelle faiblement carbonée ,certains ici et ailleurs veulent mettre a terre nos industries et ces regrettable......attention le vent peut tourner et l'on ne peut vivre tout le temps avec des subventions.
Que sont devenues les premieres Tesla ? Satellisées ?roulent elles encornes ?quel est leurs autonomies? Vous savez tous qu'une charge rapide acheve plus rapidement votre batterie et a 40000$ prenez en soin car sans Watt on va nulle part.
Bonne chance à Notre Jules Vernes du 21 ieme siecle quand même .....j'adore ses accélérations de lâ S,mais c'est anti écolo,savez vousque si le " cloud " ( le monde des Mels) etait ùn pays il serait le cinquième plus gros consommateur electrique au Monde!!! Incroyable non?lorsque je vous embête avec les commentaires je participe à la conso alors certains écrivent pour me faire taire et ainsi và le monde electrique.
Desole d'être si long mais je crois que l'on fait fausse route et je le dis pour mes petits enfants,Bel été et bonnes péches
alain boise, Le vendredi 03 août 2018

Erratum, Guillaume Pitron,la guerre des métaux rares,éditions LLL,préfacé Hubert Védrine.
alain boise, Le vendredi 03 août 2018

Pas de doute, il est important qu’Alain répète ce qu’il dit et ce ne sera jamais assez, et j’ai acheté le bouquin important dont il parle...(c’est imparable de conséquences négatives ce sujet des terres rares) mais ce qu’il dit ce n’est qu’une parti visible de l’iceberg !
J’ai le profond sentiment de croire que du fait des égoïsmes des nations, que rien ne soit fait pour faire machine arrière.
Le plus terrible et ce sera dévastateur c’est que personne parle et n’a envie de parler des ÉCONOMIES D’ÉNERGIES, à commencer par les hommes politiques du monde entier.
Nous vivrons dans l’avenir sous des dictatures que certains appelleront écologistes !
Nous aurons été les seuls coupables.
Dans un petit exemple individuel et en anecdote tous les zozos de la terre ou presque se foutent de ma poire ici car je roule dans un « déplaçoire » mais en roulant en silence et à une moyene de 17 km/h et sans faire le Fangio aux feux rouges je consomme 3.9/4.5 d’essence et sans pannes et je vais sur mes 35.000 km en un an et demi.
Vous tous vous faites les choix que vous voulez, si on veut rester uniquement sur sujet de l’automobile... mais compte tenu du fait que par un exemple prosaïque les médias nous disent que la voiture privée a la priorité des Français pour leur déplacements et à fortiori en vacances... nous vivons déjà à CRÉDIT sur les ressources de la planète... mais pour certains roulons tous sur des Bugatti en consommant 45 L/ 100 km !
Vous trouvez que c’est caricatural... tant mieux!
Avec la canicule au fait sur Bugatti ce sera 65 L/100 Km.

Jo Duchene, Le vendredi 03 août 2018

Excellent Rakoto. Le problème étant que ses exposés limpides ne soient pas compris par les dirigeants politiques. Les problèmes ont peu évolué depuis 10 ans, 10 ans en arrière, alors que la totalité des hommes politiques et des génies industriels se lançaient dans des prophéties qui ne se sont jamais réalisées.
Pierre l'Alpin, Le vendredi 03 août 2018

La technologie et ses solutions (miracles) sera toujours pour demain.
Si le patron de Tesla est le mauvais cheval, ni le cher Rakoto ni quelqu’un d’autre a le bon remplaçant pour faire avancer ce business auto dans les « normes » admises aujourd’hui et qui rassurent tout le monde... surtout les marchés capitalistes.
Les autres « fabricants » de VE que Tesla ont prouvé jusqu’à à maintenant qu’ils sont des branques inefficaces !
Ils ne produisent rien et ils ne sont pas capables de produire produire une chaîne complète, à savoir de l’idée de départ jusqu’aux bornes de recharge!
Pensez y cher ami Rakoto et les autres.
Ceux qui ont mis des capitaux chez Tesla sont des super riches qui s’amusent à un investissement de plus!!
Jo Duchene, Le vendredi 03 août 2018

Tenez un sujet pour après vacances: un canard à sensations ( je ne lui fait pas de pub) nous dit qu’il va y avoir un « électrique gate » pour VW car 124000 voitures électriques seraient polluées au cadmium et les autorités allemandes seraient en allerte!
Mobilité sans pollution, faut marcher à pied!
VW est condamné à produire des millions de caisses, et des fois n’importe comment pour ne pas couler!
Jo Duchene, Le dimanche 05 août 2018

Message pour Alain concernant ses conseils de lectures, et a mon tour de lui conseiller de lire Le Monde daté du mardi 7 août: et le joli article « Les centrales nucléaires peuvent-elles survivre au changement climatique »!
Jo Duchene, Le lundi 06 août 2018

Ahhhh le Monde ramassis d'antinucleaires primaires, savent même pas comme vous qu'il existe des aeros réfrigérants qui n'ont rien à foutre de la température des fleuves ou des océans.
Revsez vos ckassiquesJo et changez de lectures ,et vo ses d'hydrolienne comment ça va? Déjà en faillite avant d'avoir fourni son premier KWH.
Allez je vous aimé bien et suis d bonsxonseils,allez sur le forum EDF de Boursorama vous allez adorer.....j'y écris !!!
alain boise, Le lundi 06 août 2018

Putaing, je cale sur le sujet des « aéro réfrigérants » !!!
Le principe est valable pour toutes les filières... car en cas de difficultés AUCUNE ne se laissera crever sans réagir, c’est le cas pour le nucléaire et les autres... je m’organise dans ma filière et j’emmerde tout le monde !
Donc tout le monde sera là pour un bon moment!
Dans la bagnole c’est pareil ... les gros malins du combustible hydrogène, maintenant ils ont des caisses qui en consomment, j’ai beau dire que c’est de la connerie ( quoique je reconnais que c’est viable) ils m’emmerdent quoique je dise et d’autres détracteurs aussi!
Jo Duchene, Le mardi 07 août 2018



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