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Analyse - 14/01/2019

De quoi le renoncement de Koolicar à poursuivre l’aventure de la location entre particuliers est-il le signe ?

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Le Landerneau des "nouvelles mobilités" a du faire face  mi-2018 à la fin d’Autolib’ qui a montré combien il reste difficile de développer de manière rentable un service d’auto-partage utilisant une flotte dédiée.

Fin 2018, on apprenait qu’une des start-ups pionnières de l’auto-partage entre particuliers, Koolicar, fermait sa plateforme dédiée pour se recentrer sur leur autre activité, Open Fleet qui offre à des gestionnaires de divers types de flottes les outils qui leur permettent d’en optimiser les usages en les partageant.

N’ayant plus besoin de poursuivre l’habituel story-telling auquel la volonté de "lever des fonds" conduit, le président fondateur, Stéphane Savouré pose sur l’état du dossier auto-partage un regard avisé qu’il peut enfin exprimer. 
En 2019, on est en effet en mesure de ne plus se contenter des équations un peu simplistes desquelles chacun – moi y compris – était parti pour accréditer l’idée que ces pratiques voyaient s’ouvrir devant elles un boulevard. D’évidence entre le potentiel et le réel, il existe un fossé opérationnel que personne ne parvient réellement à combler.
Il faut alors développer ces services à perte en prétendant que ce n’est qu’une question de temps et que, à condition d’être le futur WTA (pour Winner Takes All, le gagnant qui prend tout en en attirant toutes les offres et les demandes sur sa plateforme), le service sera un jour incontournable et hautement profitable : c’est la condition pour lever les fonds qui permettront d’éponger les pertes.

Or, comme le souligne S. Savouré, dans des zones denses comme la région parisienne, si la demande est là ou, plus précisément, quand elle est là, les plateformes concernées sont confrontées à de sérieux problèmes d’offre, en quantité et en qualité : "quand la demande est forte, affirme S. Savouré, les problématiques opérationnelles d'un service comme Koolicar font que l'offre ne répond plus. La région parisienne en est la caricature et la période de Noël met particulièrement ce fait en exergue."
Symétriquement, dans les zones moins denses, les possesseurs de véhicules très contraints mettraient volontiers leurs véhicules en location pour rendre plus digestes les frais qui y sont associés mais face à cette offre, dit encore le patron de Koolicar, "le taux d'équipement des foyers fait que la demande n'existe pas".

Koolicar n’était pas la plus grosse plateforme de ce type et ressentait ces problèmes d’autant plus durement. Néanmoins, sans vouloir se prononcer sur ce qu’il en est des deux autres acteurs, plus importants, que sont Drivy et Ouicar, S. Savouré évoque un "seuil" de 50 000 voitures "activement partagées" dont on sait qu’il n’est atteint par aucune des deux plateformes.
Il insiste sur le fait que, l’idée de faire de l’argent avec sa voiture séduit et que, pour cette raison, "il y a beaucoup d'intérêt de la part des privés, d'où ce volume de 50 000 véhicules inscrits, mais trop peu d'entre eux acceptent encore de partager régulièrement.". "Je ne saurai pas préciser, ajoute-t-il, un taux moyen à l'échelle de la France, mais nous observons dans certains périmètres opérationnels que celui-ci ne dépasse pas les 10 %."

Le résultat est que sont volontiers proposés des véhicules relativement anciens par des ménages qui ont tendance à être assez gourmands sur les tarifs et pas très sérieux dans leurs engagements à rendre leurs véhicules disponibles.
La comparaison avec des offres de location courte durée pour lesquelles la concurrence par les prix sur des plateformes de "brokers" s’exerce aisément est alors cruelle : les utilisateurs se rendent compte que, sans forcément payer plus cher, ils accèdent à une offre classique.
Restait l’argument qui consistait - pour Koolicar qui fût pionnier dans l’utilisation des fameux boitiers qui évitent le transfert des clés et sécurisent la location en particulier -  à mettre en avant la flexibilité de leur solution par rapport à une solution de location en agence. Les loueurs ont compris que ces solutions élargissent notoirement leur domaine d’opportunités et J.-C. Puerto affirmait ainsi récemment : "L’accès au libre-service est l’événement technique majeur des mois et des années qui viennent". Le résultat est qu’ils s’y mettent aussi et que les solutions professionnelles sont en train d’écraser les solutions Peer to Peer.

Implicitement, Drivy et Ouicar semblent faire la même analyse. Alors qu’ils semblaient initialement croire au modèle "pur" du particulier à particulier et se méfiaient des boîtiers qui risquaient de renchérir leurs solutions et de leur faire perdre l’argument "low cost", les deux opérateurs semblent miser désormais principalement sur ces boîtiers et l’inclusion des offres des professionnels proposant des véhicules récents qui va avec le développement de leur utilisation.
Interrogé en mai sur ses axes de développement, Benoit Sineau, DG de Ouicar , -désormais dans le giron de la SNCF- affirmait  : "Fort de la digitalisation de son processus de location et du lancement de son offre OuiCar Connect permettant de louer une voiture sans la présence de son propriétaire et d’utiliser son téléphone portable comme clé du véhicule, OuiCar ambitionne d’accélérer la croissance de son offre sur l’ensemble du territoire, et de continuer à déployer sa plateforme auprès des professionnels."

De même, Paulin Dementhon, PDG de Drivy cesse de mettre en avant le nombre de personnes qui ont inscrit leur véhicule sur son site et déclarait en octobre  : "La nouveauté, c'est que nous donnons la priorité à Drivy Open, notre technologie de boîtier connecté permettant d'accéder à un véhicule loué grâce à son smartphone, sans rencontrer le propriétaire. Elle a énormément de succès auprès de nos utilisateurs. Par exemple, durant le weekend du 19 octobre, 98% des voitures avec Drivy Open proposées à la location ont trouvé preneur, contre environ 60% pour les autres véhicules. Seuls 3 000 véhicules sur les 50 000 présents sur notre plateforme sont dotés de cette technologie, mais ils réalisent plus de 50% des locations dans les villes où Drivy Open est disponible. Le boîtier connecté facilite les locations de dernière minute. Les flottes de professionnels sont toutes dotées de cette technologie, ce qui nous permet d'augmenter massivement son utilisation, mais aussi de proposer des voitures de bonne qualité, garées aux bons endroits en ville, puisque leurs propriétaires ne s'en servent jamais."

Il reconnaît que ceci ira de pair avec un repositionnement en prix de l’offre au dessus de ce qui peut être proposé par la LCD en considérant que la disponibilité immédiate de véhicules à proximité de l’endroit où l’on se trouve sera la "valeur client" à valoriser.
Là encore, si les loueurs développent ces offres en libre service eux aussi et complètent leurs parcs en propres avec le parc de professionnels ou de particuliers fermement engagés à rendre leurs véhicules disponibles, il n’est pas certain que l’avantage compétitif soit clair. 
De ce point de vue, les initiatives prises ces derniers mois par ADA comme par Rent a Car ou Ucar indiquent clairement que les professionnels de la location courte n’ont pas dit leur dernier mot et entendent bien être ceux qui combleront, en partie grâce au numérique et aux fameux boitiers, le fossé opérationnel.
Bernard Jullien

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Réactions

Combien ien ont-ils levé de fonds toutes ces start up?a qui le tour ? Ou bien faire comme Marie Ségolène dire j’ai eu raison trop tôt.
Combien reste t’il de patinettes et scooter elec après le passage des gilets jaunes.?
Le seul truc qui marche c’est Blablacar.....à mon avis
alain boise, Le lundi 14 janvier 2019

Je crois me rappeler que j'avais fait partie de ces oiseaux de mauvaise augure signalant que "ça ne marchera jamais", mettant en avant l'incivilité des gens qui mettront leurs pieds crottés dans les bagnoles sans aucun scrupule.

L'analyse sur l'Offre et la Demande est parlante :
En milieu urbain il y a beaucoup d'Offre mais aussi beaucoup de Demande
En milieu rural il y a peu d'Offre mais également peu de Demande.
Cet équilibre montre que ce type de dispositif ne peut pas rencontrer le succès théorique prétendu.
Pour que "ça marche", il faut que la Demande soit toujours supérieure à l'Offre, même très légèrement. Dès que la Demande explose par rapport à l'Offre, il y a de la place pour un concurrent, et dès qu'on retourne à l'équilibre, on tombe sur une concurrence malsaine entre les acteurs avec la diminution des prix, des remises et promotions à tout va et la marge qui fond comme neige au soleil.

Enfin, la phrase "Les flottes de professionnels sont toutes dotées de cette technologie, ce qui nous permet d'augmenter massivement son utilisation, mais aussi de proposer des voitures de bonne qualité, garées aux bons endroits en ville, puisque leurs propriétaires ne s'en servent jamais." est très parlante.
Quand des propriétaires finissent par réaliser qu'ils ne se servent jamais de leur bagnole, ils s'en séparent, tout simplement, et là, plus de "voitures de bonne qualité, garées aux bons endroits en ville".
Fin du film.
"Ca ne marchera jamais" ! (économiquement s'entend).
Bruno HAAS, Le lundi 14 janvier 2019

Ce qui marche bien en Bretagne c’est le covoiturage grâce aux efforts fait par la région pour la construction d’aires de stationnement.
Bretagne comme Toyota 20 ans d’avance
alain boise, Le lundi 14 janvier 2019

… Après le commentaire de Bruno, j'attends avec une impatience (presque dissimulée ...) le retour d'expérience d'autres habitués sur les incivilités crasses … Avec les moults détails ragoûtants qui conviennent (bien sûr) des fois que l'on aurait pas compris dès le 1er coup (coût pour eux) …. "Cà ne marchera jamais" ?
;0)
Sinon on était dans l'autopartage et nous voilà dans le covoiturage …
Bon c'est toujours de l'optimisation du parc automobile, me direz-vous …
;0)
ADEAIRIX , Le lundi 14 janvier 2019

Cher Druide la frontière est mince entre l’autopartage et le covoiturage.
Pour les détails scatologiques des Autolib du quart Nord Est de Paris attendons le réveil de notre docteur es incivilités.
alain boise, Le lundi 14 janvier 2019

C'est surtout le signe de la bêtise des investisseurs de Koolikar.
Parce que n'importe quelle personne un peu sensée (et/ou avec un peu d'expérience de la vie) aurait pu leur prédire l'échec de cette application...
Jean-Luc NOBLEAUX, Le lundi 14 janvier 2019

Fonds publics pour Koollikar?
alain boise, Le lundi 14 janvier 2019

Dans le Nord Est de Paris c'est saleté sur tous les trottoirs, trottinettes par terre et VE de location PSA et Renault mal lavées et déjà plein de saleté à intérieur mais pas encore cabossées comme des Autolib...mais cela ne va pas tarder ! Ils ne sont pas sur les anciennes bornes car elles ne marchent pas comme promis par Hidalgo.
A l'intérieur du petit périmètre des riches du Parc des Buttes Chaumont c'est trois jardiniers toute la matinée autour d'un mètre carré de parterre de fleurs.
Vous vous faites" transpotter" directement de la Bretagne dans le parc et Paris vaut bien une messe sans gilets jaune...sauf ceux des jardiniers,
mais par contre du coté de la Muette-Bois de Boulogne et pas loin de l'Avenue Mozart...des acharnés de la propreté guettent le moindre papier par terre comme des CRS à dix sur un sur gilet jaune couché déjà immobile et amoché.
Au Palais de Tokyo près du Trocadero et devant le resto chic du Palais trois gilets jaunes s’arrêtent (trois jeunes filles BCBG) et voilà que le maitre d’hôtel devient parano et est prêt à appeler les flics...je lui dit (je suis à l'intérieur au chaud) calmez-vous en Angleterre les anglais à vélo mettent un gilet jaune! Elles sont partis à vélo justement !
Dans un écosystème réduit de riches les mêmes peuvent encore tenir longtemps.
Un autre spécialiste que moi parle de la bêtise des investisseurs mais c'est parce qu'il y a beaucoup trop de liquidités dans ce bas monde...et ils ont assuré leurs arrières en déductions d’Impôts...et même en faillite Koolicar est juste une pépite sale...
Nous verrons dans deux ans quand l'ami Benoit de Ouicar sera viré pour très mauvaise rentabilité du "truc" et énormes pertes de gestion (les proprios se barrant à la première mauvaise expérience).
Je n'ai jamais une affirmation aussi ridicule "sans jamais rencontrer le propriétaire" qui dit l'autre Paulin plein de bêtise... et on voit qu'il n'a jamais lavé une voiture de sa vie !!!
Jo Duchene, Le lundi 14 janvier 2019



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