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Analyse - 12/06/2017

Le retour des questions sur la gouvernance de l’Alliance et la succession de Carlos Ghosn

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Après avoir été largement évoquée lors du feuilleton des droits de vote double puis lors de l’acquisition de Mitsubishi par Nissan et lors du retrait de Carlos Ghosn de la Direction de Nissan au profit de Hiroto Saikawa en avril (1), la question de l’après-Ghosn est à nouveau sur la table alors que l’Assemblée Générale des Actionnaires de Renault se tient dans la semaine qui s’ouvre. C’est Laurence Frost de l’agence Reuters qui, en deux temps, a relancé le débat.

Reuters a en effet largement fait écho le 1 juin (2) à un courrier transmis à l’AMF (Autorité des Marchés Financiers) par une alliance de trois actionnaires minoritaires qui se plaignent de ce que, comme actionnaires de Renault, ils ne disposent au fond pas de tous les éléments pour jauger sa stratégie en raison du rôle obscur joué par la structure Alliance – Renault Nissan BV - dont le siège est aux Pays Bas et qui, comme Renault, Nissan et Mitsubishi est présidée par Carlos Ghosn.
Les actionnaires demandant à l’AMF d’obliger Renault à être plus transparent sur cette question sont "CtW Investment Group", représentant des fonds de pension de salariés américains, l'association "Réseau des administrateurs pour l'investissement responsable (RAIR)" et le cabinet de conseil aux actionnaires Proxinvest (3).
Les uns et les autres se donnent pour rôle d’exercer sur les entreprises dans lesquels ils investissent une vigilance toute particulière non seulement sur la profitabilité des investissements de leurs mandants mais encore sur la qualité de la gouvernance, la transparence et la responsabilité des groupes.
CtW a fait ainsi beaucoup de bruit en exigeant du patron de Tesla, E. Musk, qu’il limite ses pouvoirs et sépare mieux ses business (4).
Proxinvest est en pointe dans la contestation des rémunérations des dirigeants dont celles proposées aux AG de Valeo, de PSA et de Renault (5).

Selon les Echos, chez Proxinvest, on estime que "il y a des problèmes chez Renault, qui a une gouvernance à l'orientale" (6) et, selon Investir, le courrier adressé à l’AMF explique que le renouvellement en 2012 de la période de dix ans autorisant le transfert des pouvoirs de Renault SAS à RNBV n'est pas conforme aux procédures prévues par les statuts de Renault SAS puisque lorsqu’on a demandé aux actionnaires de l’avaliser lors de l'AG de 2013, "aucun détail sur la nature de ces transactions n'a été communiqué oralement à l'assemblée des actionnaires [...] ni par écrit" (7).

De fait, si on trouve effectivement dans le "Document de Référence", douze pages qui précisent comment RNBV travaille et coordonne les stratégies de Renault et Nissan, on sent bien à la lecture qu’il s’agit d’un numéro d’équilibriste : il faut ménager la chèvre de la quête de synergies croissantes, d’une homogénéisation et in fine d’une centralisation accrue et le choux de la préservation de la totale indépendance des parties.
Au paragraphe "Rôle de RNBV", on lit ainsi :
"RNBV décide de la stratégie à moyen et long terme de l’Alliance. Elle coordonne les activités communes à l’échelle mondiale, ce qui permet de prendre des décisions tout en respectant l’autonomie de chaque partenaire et en garantissant un mode opératoire consensuel. RNBV dispose de pouvoirs limités sur Renault SA et Nissan Motor Co., Ltd. Renault SA, dont le siège est sis à Boulogne-Billancourt, France, et de Nissan Motor Co.,  Ltd., basé à Yokohama, Japon, ont des structures de prise de décision distinctes. La gestion de leurs activités incombe à leurs propres Comités exécutifs, qui sont responsables devant leurs propres Conseils d’administration et actionnaires."
Le paragraphe "Pouvoirs de RNBV", commence par :
"RNBV dispose d’un pouvoir de prise de décision limité au regard du management stratégique de Renault SA et de Nissan Motor Co., Ltd. RNBV exerce une certaine influence sur les décisions qu’il serait difficile de prendre séparément pour les deux sociétés, tout en garantissant une mise en œuvre à l’échelle mondiale et la réalisation d’économies d’échelle." (8)

L’Alliance ne peut vivre sans ces ambiguïtés et les signataires du courrier perçoivent fort bien pourquoi lorsqu’ils citent le rapport financier de Nissan du 31 mars 2016, qui se félicite de ce que "la société exerce une influence importante sur la politique financière et opérationnelle" de Renault via RNBV.
La même chose pourrait être dite de Renault qui est à parité avec Nissan dans les instances de RNBV. Face à des analystes financiers et à des investisseurs plus "standards" qui ne voient de salut que dans la fusion pure et simple dont ils sont persuadés qu’elle maximiserait la valeur pour l’actionnaire (9), on pourrait s’attendre à ce que ces activistes plus "responsables" acceptent le bien fondé de cette gouvernance volontairement ambiguë qui n’est in fine que le reflet du credo qui prévaut depuis 18 ans.
Leur courrier et ses objectifs s’éclairent à la lumière du second épisode qui correspond à l’article que Reuters a diffusé six jours plus tard en s’appuyant sur les mêmes sources anonymes (10) : Renault-Nissan cherche à désigner un nouveau numéro deux opérationnel pour l'Alliance entre les deux constructeurs automobiles qui se substituerait à chacun des deux directeurs opérationnels de Renault d’un côté et de Nissan de l’autre : "pour accélérer l'intégration entre les deux partenaires, selon le projet, les fonctions de directeur délégué à la Compétitivité (CCO) chez Renault et chez Nissan, actuellement distinctes, seraient fusionnées en un seul et unique poste" écrit Reuters. Celui qui prendrait ce poste serait le successeur probable de Carlos Ghosn et l’existence même de postes chez Renault ou Nissan correspondant à celui tenu aujourd’hui par Hiroto Saikawa chez Nissan et par Carlos Ghosn chez Renault serait alors potentiellement soit remis en cause soit ramené à un rôle cosmétique : le pouvoir serait transféré à RNBV et la succession se jouerait à terme là.
En attendant, à condition de présider RNBV, même sans diriger – voire présider – Renault, Nissan ou Mitsubishi, Carlos Ghosn pourrait continuer de faire le jeu et demeurer de fait le patron de Renault, de Nissan et de Mitsubishi.
Si tel devait être le cas, les signataires du courrier à l’AMF mais aussi l’ensemble des actionnariats, l’Etat Français en tête, aurait quelques raisons de regretter que "le conseil d'administration de l'Alliance ne comprend ni membre indépendant ni conseil de surveillance séparé pour faire en sorte que les intérêts de chaque société soient préservés".
Bernard Jullien

(1) http://europe.autonews.com/article/20170226/COPY/302269991/ghosns-nissan-successor-will-have-work-to-do
(2) http://ca.reuters.com/article/businessNews/idCAKBN18S5PW-OCABS?pageNumber=1&virtualBrandChannel=0
(3) http://pro.largus.fr/actualites/des-actionnaires-de-renault-contestent-la-double-casquette-de-ghosn-8556390.html
(4) http://speedlux.com/shareholder-activist-groups-ask-renault-nissan-governance-investigation/
(5) https://www.lesechos.fr/09/11/2016/lesechos.fr/0211479901110_remuneration-record-pour-les-patrons-des-120-plus-grandes-societes-cotees-a-paris.htm
(6) https://www.lesechos.fr/industrie-services/automobile/030364338382-renault-lamf-saisie-par-des-petits-actionnaires-2091244.php#wSP65J3IWwbLyAso.99
(7) https://investir.lesechos.fr/actions/actualites/l-alliance-renault-nissan-est-a-nouveau-contestee-1681784.php#VFrtgzvpuVbs8ju5.99
(8) https://group.renault.com/wp-content/uploads/2017/04/renault-dr-2016-.pdf, p.51. Les éléments soulignés le sont par nous.
(9) http://europe.autonews.com/article/20161002/ANE/160929880/ghosn-still-eyes-global-top-3-spot-despite-setbacks
  https://www.reuters.com/article/us-renault-nissan-succession-idUSKBN18Y0UM

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Réactions

Notre premier Consul grand ennemi de Carlos và regler tout cela et la GM sera heureuse de cueillir un homme de cette valeur,allez en marche les ordonnances
alain boise, Le lundi 12 juin 2017

Il ne faudrait tout de même pas oublier le rôle "financier" de RNBV car le montant de l'IS en Hollande est, je crois, bien moins élevé qu'en France, ce qui n'est pas difficile.
Donc, pouvoirs de décision limités de RNBV qui ressemble furieusement à une simple adresse de siège social pour les raisons évoquées ci-dessus.
Quant au remplacement de Carlos Ghosn, il est impossible, c'est lui-même qui le clame depuis plus de 10 ans... C'est dire.
Il avait aussi prédit que le parc de VE en 2020 serait de 10% ou 20 (je ne sais plus tellement c'était énorme) ;
il a savamment menti à tous les Français - ou plutôt ceux qui regardent le JT de 20h - que les espions asiatiques avaient envahi la R&D tout en demandant à la DRH d'écrire l'oraison funèbre des cadres faussement accusés qui auraient pu se suicider ;
il affirme que l'H2 n'a aucun avenir dans l'automobile, etc.
Charmant personnage... en effet irremplaçable !
Bruno HAAS, Le lundi 12 juin 2017

Je suis le plus visionnaire dans cette affaire puisque je lis dans le marc de café!
Je l'ai dit depuis longtemps que ça sentirait un jour le roussit du café cramé pour lui.
Desormais ne vous mesurez pas avec lui pour séduire des brésiliennes ou des libanaises!
Renault ne se portera pas plus mal après son départ et toutes les Renault auront finalement toutes des boîtes auto et le diesel ne sera plus qu'un mauvais souvenir, Carlos se sera trompé sur toute la ligne concernant le VE (le VE pour le peuple vaste blague) et un aveugle sans chien et sans canne concernant l'hybride. On aura encore l'occasion de rigoler souvent.
Jo Duchene, Le lundi 12 juin 2017

parce que cela se fait encore, les boites auto ? lol

Pour le reste, Ghosn c'est tellement trompé sur toute la ligne sur si Renault est devenu numéro 2 mondial au premier trimestre 2017 en passant devant VW (et numéro 1 mondial au furtif mois de février 2017) cela doit être grâce à Tavares, pas grâce à Ghosn. ;)
Frédéric LANGLOIS, Le lundi 12 juin 2017

la question n'est pas de savoir s'il est irremplaçable, mais qui fera mieux !
;0)
Lucos, Le lundi 12 juin 2017

Fred fait le malin, mais un ponte de chex BMW a déclaré il y a pas longtemps que les boîtes DSG sont du caca et que les boîtes à convertisseurs finiront par gagner la partie...et dans ce cas tout ceux qui font des DSG ont tort!!
Renault aurait-il encore tort une fois de plus, et VW aussi!
Concernant ça. Fred n'en sait rien. Encore une couche, la mort des trois cylindres est déjà programmé et augmenter le cubage fait consommer moins et ce sera plus fiable!
Encore des constructeurs européens qui ont tort et y viendront encore avec du retard et jamais le bon produit quand il y de la demande! Face au client final ils font toujours les petits malins en se tirant des balles dans les pieds...
Je rassure Lucos, les irremplaçables n'ont jamais fait l'histoire de l'homme!
Jo Duchene, Le lundi 12 juin 2017

Décidément, Frédéric Langlois est très chatouilleux quand "on" se permet de critiquer Renault et son leader maximo...
Ne vous inquiétez pas cher Frédéric, les Japonais et les Français lui trouveront un remplaçant, et vous verrez que Renault ne dégringolera pas dans ce fameux classement de celui qui a la plus grosse.
Ceci dit, la réussite des ventes est beaucoup plus due au remplacement de Patrick Le Quément par Van den Acker qu'aux "visions" de votre adulé Grand Leader.
Bruno HAAS, Le lundi 12 juin 2017

en effet Jo Duchene, vous ne faites pas l'Histoire, vous préférez les inventer. Etes vous scénariste ?

Pour le reste, Bruno, c'est plus le renouvellement massif de la gamme Renault qui ont fait les excellent résultats commerciaux du losange, agrémenté de décisions de l'équipe dirigeante de Renault, et d'un design enfin séduisant, non ?
Frédéric LANGLOIS, Le vendredi 16 juin 2017



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