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Analyse - 14/12/2018

Opération séduction pour Volkswagen en Amérique via Ford

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché. Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Detroit.

Le Dieselgate a coûté à Volkswagen bien plus que de l’argent puisque le groupe a perdu beaucoup dans sa relation avec l’Amérique et particulièrement avec les autorités américaines. La négociation d’un partenariat étendu avec Ford devient alors une opportunité de pouvoir séduire le gouvernement et les différentes agences américaines. Après sa campagne pour les véhicules électriques et le déploiement de son réseau de rechargement sous la marque Electrify America, Volkswagen s’attaque maintenant à la question de la production locale.

C’est un doux euphémisme de dire que le sujet est animé alors que les négociations entre l’Amérique et l’Europe n’ont pas encore abouti. Les constructeurs allemands présents en Amérique marchent sur des œufs car les productions aux Etats-Unis sont souvent mondiales avec des véhicules qui sont exportés vers l’Europe et même vers la Chine. Volkswagen possède déjà une usine à Chattanooga dans le Tennessee et Audi a ouvert en 2016 une usine au Mexique à San José Chiapa dans l’état de Puebla (Volkswagen possède d’autres usines au Mexique).

La semaine dernière, Herbert Diess a saisi l’opportunité d’une rencontre avec le gouvernement Américain pour émettre l’éventualité de sous-traiter de futures productions nord-américaines à de Ford afin de pouvoir poursuivre sa croissance. La proposition est séduisante mais on peut se demander s’il s’agit plus d’un vœux pieux doublé d’une superbe opération de communication et de diplomatie ou bien si elle traduit un réel besoin de poursuivre une croissance des volumes à destination du marché local.

Deux alliés qui se connaissent déjà
Les deux groupes ne sont pas des inconnus. Les partenariats et les développements en commun ont vu naître des véhicules rebadgés comme la Ford Versailles sur base de la Volkswagen Santana au Brésil et, plus proche de l’Europe, le co-développement des monospaces Ford Galaxy et Volkswagen Sharan. Récemment, les deux groupes ont officialisé les négociations en vue d’un rapprochement. Le premier thème abordé est celui des véhicules utilitaires.

Il faut rappeler que le partenariat entre Volkswagen et Mercedes-Benz n’est plus et le groupe de Wolfsburg était en quête d’un nouveau partenaire. De son côté, Ford a réussi la mondialisation de sa gamme utilitaire que l’on retrouve sur les principaux marchés y compris aux Etats-Unis où les Transit et Transit Connect cohabitent avec les pick-up F-Series et les derniers survivants de la gamme E-Series (en châssis-cabine, aussi connus sous le nom Econoline).

Le marché des utilitaires est stratégique pour les marques qui y sont présentes et rationaliser les coûts devient nécessaire. En effet, au-delà d’un simple véhicule de transport de matériel, les utilitaires entrent désormais au cœur des stratégies de véhicules connectés et Ford avance à grands pas dans cette direction. En effet, la gestion des flottes a régulièrement recours à des appareils de suivi des véhicules. De plus en plus de constructeurs se penchent sur ces solutions pour participer à la gestion des flottes à travers la connectivité intégrée déployée sur les nouvelles gammes de véhicules. Le partenariat entre Ford et ARI témoigne de cette volonté de participer à la gestion des flottes. L’arrivée de Volkswagen pourrait permettre non seulement de partager les coûts de développement des futures gammes mais aussi de pouvoir mieux rentabiliser les services connectés et les données recueillies.

Ensuite le partenariat s’est étendu aux nouvelles technologies de mobilité, en particulier avec Argo AI., Volkswagen a déjà entamé le déploiement de sa stratégie liée aux nouvelles mobilités avec, par exemple, son partenariat avec Gett ou sa solution de véhicules partagées avec MOIA (à Hanovre). Ford a déployé différents services et solutions (par exemple Chariot, Canvas, Ford Direct) en plus d’avoir acquis plusieurs structures ou d’avoir développé ses propres filiales. Cet écosystème est celui qui s’installe petit à petit dans le quartier de Corktown à Detroit. Les discussions en cours pourraient aboutir, à terme, au partage ou au co-développement de certaines technologies.

L’intérêt pour les usines Ford
A la lecture des comptes-rendus et des interviews qui ont suivi la rencontre entre les constructeurs allemands et le président américain, l’idée de sous-traiter une partie des futures productions de Volkswagen à Ford tient plus de la répartie habile que d’une stratégie clairement établie. Car, pour Volkswagen, il s’agit déjà de tirer le maximum des capacités des usines au Mexique et de celle de Chattanooga qui produit désormais le crossover Atlas aux côtés de la Passat américaine. Pourtant cette usine n’est toujours pas au maximum de sa capacité estimée à 250 000 unités par an. Il faut voir que la Passat, dont la nouvelle mouture sera dévoilée au salon de Detroit en janvier, est en perte de vitesse dans un marché de moins en moins favorable aux berlines. Volkswagen doit d’abord songer à remplir son usine avant de songer à utiliser les capacités de son futur partenaire.

Ensuite, Volkswagen doit faire preuve de beaucoup de diplomatie et l’exercice de Diess est en bonne voie pour être une véritable réussite. Le plan vers le véhicule électrique est une démarche contrainte par la condamnation suite au Dieselgate. Si cette démarche reste importante dans la stratégie du constructeur, elle n’est plus de nature à séduire le gouvernement américain.

Le pouvoir en place favorise la poursuite des énergies déjà déployées et s’atèle à une seule tâche, favoriser l’emploi local. En sous-traitant à Ford, Volkswagen permettrait à la fois de préserver l’emploi local et de faire les affaires de son partenaire, sauf à ce qu’une telle déclaration aille à l’encontre du maintien de l’ensemble des sites. Mais il semble bien que Ford soit attaché à maintenir l’emploi, du moins pour le moment. Une décision possible mais les prochains mois jugeront de l’avenir de la production en Amérique du Nord, entre, d’une part, les négociations avec l’Europe et la Chine et, d’autre part, la baisse du marché américain. En effet, l’ensemble des acteurs se préparent à une année 2019 en recul après avoir tenu le marché à bout de bras depuis les premiers signes de fragilité apparus en septembre 2016.

Une stratégie qui devient locale
Lors de sa précédente visite aux Etats-Unis, Herbert Diess avait déclaré que les décisions sur les produits et la stratégie locale appartenaient désormais à Scott Keogh, nouveau dirigeant du groupe Volkswagen en Amérique du Nord. Il était également fortement question du partage de plateformes avec Ford. Si rien n’est signé pour le moment, il parait tout à fait logique que des véhicules développés sur la même plateforme soient produits dans les mêmes usines. C’est le cas, par exemple, des utilitaires de PSA et FCA à Val di Sangro en Italie. Certains ont élaboré l’idée de voir Volkswagen profiter de la plateforme du Ford F-150, le véhicule le plus vendu en Amérique du Nord pendant que d’autres voient plutôt la complémentarité des deux groupes à l’échelle mondiale avec un Ford plutôt fort en Amérique du Nord et Volkswagen plutôt bien implanté en Europe et en Chine.

Enfin, le déploiement de nouvelles technologies liées à l’électrification et la connectivité des véhicules incite nécessairement à certaines économies d’échelles. Le partenariat n’a pas encore abouti à des engagements concrets mais il est de plus en plus évident que les deux groupes calculent de plus en plus l’un avec l’autre. Il reste que ce partenariat pourra difficilement voir la naissance d’un nouveau groupe mondiale car Ford reste la marque d’une famille et Volkswagen le groupe de régions allemandes. Rien n’est impossible mais certaines configurations rendent certains rapprochements plus compliqués que d’autres. En revanche, ils n’entravent en rien un partenariat poussé pour des stratégies communes et au-delà de la simple idée de voir des Volkswagen être produites chez Ford, il faut encore attendre quelques mois pour comprendre quels seront les résultats des négociations et du rapprochement en cours.
Bertrand Rakoto

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Réactions

Au vu de la non réaction à cet article, pourtant très intéressant de Bernard R. Il est important de signaler que l’industrie allemande et le groupe VW ne jette pas l’éponge et reste ainsi très dangereux pour ces proches concurrents, et malgré les cocoricos et la prétention de première place mondiale de l’Alliance et ils oublient aussi Toyota!
Bernard fait bien de nous parler d’une possible opération de propagande de la part de VW... et on a du mal à croire que leur changement de paradigme à fond dans le VE ... puisse faire des étincelles aux US. Annoncer qu’on va rationaliser tout cela en copinage avec Ford, pour moi c’est un peu bidon pour le moment.
Les infrastructures électriques de réseau super défaillantes et sans investissement lourd aux US... ne sont pas prêtes pour supporter des millions de VE... et pour laisser le chemin libre à un groupe étranger, malgré la « promesse » de faire travailler des centaines de milliers d’ouvriers américains !
Ne pas oublier que sur base de pick-up des outsider son en train de les produire des VE avec des batteries qui vont jusqu’à 180 KWh et pour des prix de commercialisation très bas...au vu de la puissance et des km à parcourir sans charger...
Personne attends VW sur ce terrain!
Concernant la connectivité, et surtout celle de la connectivité logistique dans les transports professionnels, des applications très performantes existent déjà et les constructeurs auto sont très en retard dans ce domaine.
En Europe des transporteurs hollandais sont les meilleurs dans le domaine des applications embarquées et seul dans le poids lourds Mercedes n’est pas novices en la matière... mais pas au top!
Pour le reste Bernard est très clair et autoactu n’a pas meilleur correspondant aux US. Bravo.



Jo Duchene, Le vendredi 14 décembre 2018

Euh Jo c’est pas Bernard mais Bertrand......
alain boise, Le dimanche 16 décembre 2018

Désolé pour Bertrand...il va pas m'en vouloir...et il reste le meilleur quand même ! Je le rassure, si je le croise un un jour je ne lui demanderai jamais un selfie!
Je préfère lire ce qu'il écrit !
Jo Duchene, Le dimanche 16 décembre 2018



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