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Analyse - 29/11/2019

Pourquoi le procès de GM contre FCA ne devrait pas avoir beaucoup d’influence sur sa fusion avec PSA

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

L’Amérique n’est pas toujours facile à comprendre pour les Européens car la culture est fondamentalement différente de celle du Vieux Continent. Le procès de GM contre FCA a surpris à Detroit comme ailleurs mais il n’est pas franchement perçu comme un risque quant à la fusion du constructeur d’Auburn Hills, MI, avec celui de Rueil Malmaison.

Certes, il est toujours préférable de classer les dossiers encombrants avant de procéder à des discussions aussi sérieuses qu’une fusion. Pour mémoire, ce genre de considération semble rythmer les échanges et les annonces de la coopération entre Ford et Volkswagen, puisque l’Américain doit gérer la fermeture de six sites en Europe pendant que l’Allemand essaie de se sortir du Dieselgate tout en évitant qu’un seul dirigeant ne se fasse emprisonner aux Etats-Unis. Pour en revenir au procès qui nous occupe, GM a choisi de poursuivre FCA pour ses pratiques vis-à-vis du syndicat des salariés de l’automobile (UAW) à la fois pour des raisons d’image que des questions de dommages et intérêts.

Les fondements juridiques de l’affaire
Avant même de se lancer dans l’analyse du contexte et du fond de l’affaire, il convient de signaler que ce procès est mené auprès d’une cour civile et les seuls impacts pourraient être d’ordre financier et réputationnel. L’enquête pénale a déjà eu lieu et elle a mené à plusieurs condamnations de cadres de l’UAW et de FCA, dont celle d’Alphons Iacobelli. Cet ancien vice-président attaché aux relations avec les employés avait mené les négociations pour le constructeur en 2011 et en 2015 avant de devenir directeur exécutif des relations avec les salariés chez GM en 2016.

Initialement, ce procès impliquait FCA et l’UAW dans un scandale qui révélait que FCA avait facilité ses négociations avec le syndicat en graissant la patte de ses dirigeants. Lors des trois dernières sessions de négociation, dont celle de 2019, le syndicat a également choisi de débuter les discussions avec GM avant de passer à Ford et FCA. Passer en premier consiste souvent à essuyer les plâtres et consentir à plus d’efforts que pour les sessions de négociations qui suivent avec les autres constructeurs américains.

Ce nouveau procès est basé sur l’idée qu’en soudoyant les dirigeants du syndicat, FCA n’a pas seulement bénéficié de plus de clémence de la part de l’UAW, il a également pénalisé GM. En affaiblissant son concurrent, FCA aurait cherché à le rendre plus vulnérable et plus intéressé par une alliance entre les deux constructeurs. Les calendriers coïncident puisqu’en 2015, Sergio Marchionne avait décuplé ses efforts pour intéresser GM à l’idée d’une fusion. Une telle démarche est du domaine du possible mais certains aspects semblent plutôt tirés par les cheveux car des négociations défavorables entre l’UAW et GM auraient, à court et moyen termes, impacté négativement un rapprochement entre le constructeur et son rival FCA.

Timing is everything
L’intérêt de GM semble multiple dans cette affaire. Premièrement il s’agit d’indiquer au syndicat, à ses membres et au grand public le montant et le coût des accords pour le constructeur ainsi que l’impact financier des efforts consentis au lendemain d’une grève coûteuse. Ensuite, ce procès pourrait permettre à GM de négocier un accord en direct avec FCA et faire main basse sur une partie de la trésorerie du groupe américano-italo-anglo-néerlandais. Pour certains, GM chercherait également à récupérer les 2 milliards consentis il y a 14 ans pour la rupture de son engagement vis-à-vis du rachat de Fiat. Mais une telle hypothèse est fort peu probable car l’eau a coulé sous les ponts et les dirigeants ont changé chez Fiat comme chez GM.

Dans tous les cas de figure, cette affaire risque d’impacter l’image de FCA comme celle de GM mais les preuves seront d’autant plus difficiles à apporter que, d’une part, l’affaire se déroule au civil et, d’autre part, Sergio Marchionne est décédé et les protagonistes de l’affaire côté FCA et UAW sont en prison.

Par ailleurs, les successeurs à la tête du syndicat de l’automobile viennent de tomber en nombre car l’enquête menée par le département de la justice pour corruption par FCA a révélé d’autres affaires. En effet, Gary Jones, le président du syndicat, a démissionné la semaine dernière après que d’importants abus de bien sociaux aient été révélés par les enquêtes fédérales menées en ce moment même au sein du syndicat. Cette affaire entache sérieusement l’UAW à l’heure où les négociations viennent d’être menées avec GM et Ford.

Le timing choisi par GM pour mener son attaque est peu opportun pour FCA. D’une part, le constructeur s’est engagé dans une fusion avec PSA et l’impact du procès sur le cours des actions FCA pourrait le désavantager dans sa démarche de rapprochement. D’autre part, FCA n’a pas terminé ses négociations avec l’UAW pour le contrat sur les 4 prochaines années. GM prend également des risques dans ce procès car le constructeur sous-entend que la corruption au sein du syndicat pourrait avoir plus d’ampleur que les enquêtes fédérales ne l’ont déjà révélée. Les relations entre l’UAW et GM n’étaient déjà pas faciles, elles pourraient se détériorer et occasionner de futurs blocages voire de la défiance de la part des employés si GM vient à vouloir réduire une nouvelle fois la voilure ou attribuer de nouveaux programmes au Canada ou au Mexique. L’avenir nous dira si cette démarche se retournera ou non contre GM.

Régler ses comptes et tourner la page
Il ne fait aucun doute que GM cherche non seulement à évaluer publiquement combien lui coûte les accords avec l’UAW mais aussi à contraindre FCA à lui verser un dédommagement. Le premier élément pourra être évalué sans grande difficulté, la presse de Detroit parle d’un impact évalué entre 6 et 15 milliards de dollars. Le second demande de pouvoir prouver les intentions de FCA et son orchestration. Cela semble bien plus difficile. Si le procès dure trop longtemps, il y a fort à parier que les deux parties chercheront à passer un accord pour mettre fin aux poursuites et aux dommages qu’elles pourraient engendrer pour les trois parties concernées (FCA, GM et l’UAW) tant en termes d’image que de confiance des salariés et des marchés financiers (cours des actions et capitalisation).

Même si ce procès n’a que peu d’impacts sur le rapprochement avec PSA, il est évident qu’il serait préférable que l’affaire soit réglée au plus vite pour tout le monde.
Bertrand Rakoto

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Réactions

… A la fin de l'envoi il touche Bertrand RAKOTO …
C'est la dernière phrase de la chronique qui a le plus d'importance !
Sinon :
Que "GM cherche également à récupérer les 2 milliards consentis il y a 14 ans pour la rupture de son engagement vis-à-vis du rachat de Fiat." ne semble CLAIREMENT pas un argument négligeable … Surtout à un moment où un deal se met en place avec un autre acteur du marché automobile … Ce qui peut affaiblir la concurrence est bon à prendre, à fortiori, dans un tel moment en plus çà peut faire coup double … ?
Il n'y a pas que dans les fils des commentaires d'Autoactu que se cachent des profils "radins, teigneux et rancuniers" (?).

PS : que les "juristes" de PSA relisent "bien" tous les termes de l'accord à venir entre eux et leurs homologues de FCA avant de le présenter à la signature … GM a déjà donné … !
ADEAIRIX, Le vendredi 29 novembre 2019

Cela fait plaisir à voir les "commentateurs" idoines et patentés ici (et qui ont un super profil aussi) ...qui ont une large expérience des States, et surement font des fréquents séjours là bas...!
Il va s'en dire, pas en vol "low cost" bien sur, mais en business class !
Jo Duchene, Le vendredi 29 novembre 2019

..De ma part c'était juste une "private joke" ou un clin d'œil qui n'avait rien d'agressif voire le contraire… En revanche votre commentaire …

Comme d'hab … Au fait, Duchene, sur l'objet de la chronique vous en pensez quoi (épargnez nous les gimmicks récurrents pour "noyer le poisson" si c'est possible ) ?
;0)
ADEAIRIX , Le vendredi 29 novembre 2019

De ma part c'était juste une "private joke" ou un clin d'œil qui n'avait rien d'agressif voire le contraire…
Bon WE...et aux States toute ma famille à des avocats...au cas ou !
Ceci dit...personne jamais cherche à se mettre "in trouble" !
Jo Duchene, Le vendredi 29 novembre 2019

Ah au fait...j'ai bien connu (un peu...) la mentalité italienne dans les affaires...et je vais vous raconter une histoire vrai (c'est le WE)...quand un grand "capo" italien venait en visite en France, il voulait absolument manger à la cantine...et si les ouvriers français ne mangeaient pas bien, le "capo" français se faisait engueuler comme des pâtes froides !
Du paternalisme à l'italienne...tout en sachant que Marchione, ne fut jamais un enfant de chœur !
Marchione a bien graisser les "pâtes" aux States...et là il n'y a aucun doute ...Il vaut mieux bien négocier un mauvais procès que perdre du temps avec un bon !...
Jo Duchene, Le vendredi 29 novembre 2019

C'est marrant quand j'ai vu cela dans la presse en début de semaine, et pour l'avoir vécu dans le groupe Fiat il y a 14 ans, j'ai immédiatement pensé à une vengeance de GM pour les 2 milliards qui mine de rien on sauvé Fiat de la fermeture.
;0)
Luc Os, Le vendredi 29 novembre 2019

Luc Os ... Çà fait plaisir de constater que vous partager le même ressenti à ce propos ..
;0)
ADEAIRIX, Le vendredi 29 novembre 2019

Oups ...partagez c mieux ....
;0)
ADEAIRIX, Le vendredi 29 novembre 2019

Merci.
On a oublié que GM attendait que Fiat crève pour les acheter pour rien. Et c'est là que Fiat a sorti un procès que GM a préféré éviter en payant avant.
Les ritaux ne sont jamais meilleurs qu'au fond du trou…
Veni, Vidi, Vici...
;0)
Luc Os, Le vendredi 29 novembre 2019



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