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Analyse - 14/05/2018

PSA et Renault menacés par la remise en cause américaine de l’accord avec l’Iran

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Entre leurs déboires en Chine, la force de l’euro et la menace que fait peser la décision prise cette semaine par Trump, les deux constructeurs français ne sont pas à la fête dans le développement de leurs business à l’international.

PSA dont le patron assumait en janvier le caractère très européen (1) avait, en 2017, réussi à compenser la baisse de ses ventes en Chine (230 000) par l’augmentation de celles de Peugeot en Iran (+ 210 000) (2).
Et, en 2018, même si Citroën relève la tête en Chine et permet de voir les ventes du groupe sur la région reprendre 1,8% au premier trimestre, c’est encore l’Iran qui, avec 141 370 véhicules vendus au premier trimestre (contre 84 000 en Chine), est clairement en tête des activités hors Europe du groupe (3).

Renault a, on le sait, réussi à réduire beaucoup plus nettement sa dépendance de l’Europe grâce à son « Global Access ». Cela lui permet de bénéficier de la reprise des marchés russes et latino-américains en vendant sur les trois premiers mois, 25 000 véhicules supplémentaires en Russie et 17 000 de plus en Amérique Latine.
Toutefois l’aventure chinoise se révèle compliquée puisque les ventes chutent de 5 000 unités (- 17%) sur un marché en croissance de 2,7%. Quant à l’Inde où sa Kwid avait brillé initialement, Renault y plonge de 10 000 unités (-31,9%) sur un marché en croissance de 10% (4).

Dans ce contexte, on conçoit que les inquiétudes de voir remises en causes les positions fortes que les Français avaient repris ces deux dernières années dans l’industrie et sur le marché iranien –en croissance plus de 12% au premier trimestre- soient vives.
Pour PSA, il s’est agi en 2017 de presque 620 000 véhicules soit 17% de ses ventes totales. Pour Renault, l’enjeu est un petit peu plus modeste mais l’Iran est tout de même son 8ème marché avec, en 2017, 162 000 véhicules vendus.

Dans les deux cas, rappelons-le, d’importants investissements étaient prévus. Renault a signé le 7 août 2017 un accord de 660 millions d’euros afin de produire, à terme, 300 000 véhicules par an.
Pour cela, était créée une coentreprise détenue par Renault à 60 %, par l’Organisation pour la rénovation et le développement industriel – un organisme public iranien – pour 20% et par la société privée iranienne Parto Neguine Nasseh pour 20 %.
Les modèles fabriqués devaient être des Symbol et Duster  (5). Quant à PSA, ses fabrications concernent d’abord Peugeot dans le cadre de l’accord renoué avec Iran Khodro pour les 206 (176 000 en 2017) et 405 (267 000).
La 2008 s’y est ajoutée –non sans mal- cette année et les 301 et 208 devaient progressivement prendre la place des anciens modèles  (6). Elles concernent aussi Citroën qui a, à son tour, dès octobre 2016, repris ses relations avec son partenaire historique, Saipa, pour produire dans le cadre d’une JV à 50-50 des C3 qui doivent venir faire concurrence aux 2008  (7).

Tout ceci fait des deux groupes français, PSA en tête, les leaders incontestés sur ce marché et des partenaires privilégiés des autorités iraniennes dans la modernisation de leur économie. Ni GM, ni Ford ne peuvent tenir ce rôle et l’accord de 2015 n’a pas, dans l’automobile au moins, été porteur de beaucoup de business pour les américains. Volkswagen avait en juillet 2017 annoncé son "retour" sur le marché grâce à l’importateur de ses camions Scania, Mammut Khodro  (8). On avait appris dès octobre que Seat, pressenti pour venir fabriquer des véhicules en Iran, avait renoncé à son projet  (9).

Dans ce contexte, l’idée d’un front commun européen pour éviter que les sanctions américaines ne s’appliquent aux industriels qui auraient contracté avec des partenaires iraniens avant que Trump n’annonce qu’il retirait les Etats-Unis de l’accord est à la fois envisageable et peu probable.
Il est envisageable car Trump est beaucoup plus véhément contre les acteurs –et les excédents- allemands qui sont peu impliqués en Iran. Il est improbable car le soutien des autres européens –Allemagne en tête- à la France ne sert guère leur intérêt : l’Allemagne et, singulièrement, l’industrie automobile allemande a beaucoup plus à perdre aux Etats-Unis qu’à gagner en Iran et dès lors, faire pression sur Washington sera difficilement une stratégie commune.

Reste à évaluer si les deux groupes français peuvent profiter de leur absence des Etats-Unis pour continuer à produire et vendre en Iran contre les injonctions américaines.

Comme beaucoup d’observateurs l’ont souligné, concernant Renault, cela paraît très improbable à cause de l’Alliance : Nissan vend 1,6 million de voitures aux Etats-Unis par an ; le marché américain est, pour l’entreprise, trois fois plus important que le marché japonais et reste son premier marché  (10); Nissan n’a produit que 900 000 voitures aux Etats-Unis et importe donc 700 000 véhicules par an.
Mitsubishi est plus marginal aux Etats-Unis et y a fermé son usine en 2016 mais la marque a vendu plus de 100 000 voitures en 2017  (11) et y est en forte progression  (12). Du point de vue de l’Alliance, sacrifier les intérêts de Renault en Iran se ferait sans états d’âme.

Pour PSA, les choses paraissent plus simples puisque –à l’accord avec Bolloré annoncé à grands renforts de déclarations et commentaires sur l’aventure américaine de PSA- les intérêts américains de Peugeot-Citroën-DS-Opel-Vauxhall sont quasi-inexistants.
Ce serait toutefois oublier Faurecia qui a très lourdement investi aux Etats-Unis, y réalise désormais 20% de son chiffre d’affaire  (13) et y compte aujourd'hui 39 usines et 4 centres de recherche et développement, pour plus de 20.000 collaborateurs  (14).

On le comprend, les Français sont très exposés à ce risque iranien et risquent bien de n’avoir d’autres choix dans les semaines à venir que de se soumettre aux injonctions trumpiennes.
Bernard Jullien

(1) http://www.autoactu.com/carlos-tavares--psa----nous-n-avons-pas-honte-d-etre-europeen-.shtml
(2) http://www.autoactu.com/la-performance-commerciale-2017-du-groupe-psa-dopee-par-opel.shtml
(3) http://www.autoactu.com/psa-passera-le-cap-des-4-millions-de-vehicules-en-2018.shtml
(4) https://group.renault.com/finance/analystes-investisseurs/
(5) http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/08/07/renault-signe-un-accord-de-660-millions-d-euros-en-l-iran_5169666_3234.html
(6) http://pro.largus.fr/actualites/les-tribulations-de-psa-en-iran-8816395.html
(7) http://www.persiadigest.com/C3-hatchback-SAIPA-Citroen-product-in-Iran
(8) http://www.lepoint.fr/economie/volkswagen-fait-son-retour-en-iran-apres-17-ans-d-absence-04-07-2017-2140465_28.php
(9) https://www.tradingsat.com/volkswagen-DE0007664005/actualites/volkswagen-seat-renonce-a-s-implanter-en-iran-765935.html
(10) https://www.nissan-global.com/COMMON/DOCS/IR/2018/Mar/Nissan_Sales_201803.pdf
(11) https://www.autoblog.com/2018/02/01/mitsubishi-us-sales-outlander-crossovers/?guccounter=1
(12) https://www.statista.com/statistics/243189/mitsubishis-vehicle-sales-in-the-united-states/
(13) https://www.capital.fr/entreprises-marches/faurecia-premier-trimestre-solide-et-perspectives-confortables-1284205
(14) http://pro.largus.fr/actualites/la-force-discrete-de-lindustrie-automobile-francaise-aux-etats-unis-8953398.html

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Réactions

Je ne pense pas que ce soit une décision trumpienne comme vous dites mais plutot Americaine.
Dur de faire confiance aux barbus qui ne rêvent que de la destruction d'Israel ,c'est même écrit dans leur constitution.
Pour preuve les brigades engagées en Syrie se sont gourées de côté lorsque elles ont balancées leurs roquettes.
Par contre ca sent le retour pour nos Français ,on a choisi le mauvais cheval et l'on ne pèse plus grand chose au niveau de la diplomatie,pourtant nos diplomates sont nombreux et organisent les plus belles fêtes et repas.
Comme le disait Bush père ( oû Kissinger)quant je veux parler a l'Europe je fais quel numéro ?
alain boise, Le lundi 14 mai 2018

Assurément le docteur Follamour « fout » les jetons avec ses sauts d’humeur et ses tweets incendiaires, quand ce n’est pas son passé ( ?) d’éléphant trompeur qui le rattrape …
Cependant, de sa part, beaucoup de décisions prises résultent de la déclinaison de son programme (retour de la production sur le sol US, protectionnisme douanier, diplomatie « virile »…) .
On a vu plus « fou » que çà … !
Un « fou » qui joue un coup à deux ou trois bandes d’un seul coup d’un seul … Ou quand la dénucléarisation de l'Iran signifie surtout guerre commerciale …
Que nos commentateurs bien pensants continuent à crier au fou …
La suite … Le retrait de la protection américaine vis-à-vis de l’Europe d’un point de vue militaire …
De fait, c’est presque un enchaînement inéluctable vu la décision Trumpienne … Quand on commence à dénoncer les traités et les accords …
Certes, Renault (surtout) et PSA (un peu moins) peuvent redouter les sanctions sans parler d'Airbus ou Total … Mais c’est la partie immergée de l’iceberg… Désolé, pour ceux qui ont un bizness avec l’Iran actuellement …
Et les zEuropéens ont surtout intérêt à se bouger pour apporter des réponses communes et non en ordre dispersé comme c’est encore le cas … Quant à la défense européenne … Pôvres … Faute de quoi çà va vite devenir très compliqué voire plus …
Heureusement, que not' Raffarin s’occupe avec ses ex collègues de refroidir le chaudron … « Mieux vaut en rire de peur d’avoir à en pleurer » … !
Bon un peu d'optimisme … Le pire n'est jamais sûr …
ADEAIRIX, Le lundi 14 mai 2018

Trump prix Nobel de la Paix?
alain boise, Le lundi 14 mai 2018

Lâ Défense Européenne....d'après Le Spiegel il reste 4 avions en état dans la Luftwaffe,doivent se marrer les Yvans,quant aux Suisses passé cinq Heures c'est les Français qui doivent assurer La Défense de l'air,et oui on a tout sur le dos.....
alain boise, Le lundi 14 mai 2018

Pour réagir au premier commentaire : c'est bien plus une décision trumpienne qu'américaine.
Franck Isho, Le lundi 14 mai 2018

D'accord avec ADX ceci arrange bien les Américains qui vont maintenant avoir de bonne grosses excuses pour faire la guerre commerciale à la Chine et à l'Europe sous couvert de sanctions sur l'Iran.
Avec les Amerlocks n'oubliez jamais que c'est du Poker et pas du bridge...
;0)
Lucos, Le lundi 14 mai 2018

Quand je pense que certains (suivez mon regard) ont déposé un dossier pour que ce même Donald Trump reçoive le prix Nobel de la paix !
https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/03/donald-trump-prix-nobel-de-la-paix-2019-des-elus-republicains-ont-soumis-sa-candidature_a_23426063/

Comme quoi, si ce fou le reçoit, cela démontre bien que ce prix ne sert plus à rien !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Frédéric LANGLOIS, Le lundi 14 mai 2018

Comme très souvent F. LANGLOIS a "tout bien assimilé" ...
Fioule sentimentale Y faut voir comment, Le lundi 14 mai 2018

En tant que français, je suis tout à fait conscient que Donald Trump est un nouveau type de Président. Son comportement surprenant ici en Europe ne doit pourtant pas être comparé à celui d'un personnage instable ou aux décisions irraisonnées.

Il faut plutôt observer l'ensemble de l'économie de notre planète et plus particulièrement son évolution depuis le réveil de la Chine, au début des années 2000. Nous assistons à une véritable guerre économique qui, associée à une révolution technologique, rend des pans entiers de l'industrie mondiale complètement hors de possibilité de survivre.

Cette évolution a commencé plus lentement il y a cinquante ans, lorsque les produits textiles se sont délocalisés, suivis par les produits électroniques de grande diffusion. La Chine a accéléré ce mouvement et est considéré aujourd'hui comme la manufacture du reste de la planète.
Pour rester compétitifs, les occidentaux doivent s'orienter vers des marchés aux marges plus importantes et plus difficiles à accéder par les producteurs en grande masse: La technologie fait souvent la différence.

Pour en revenir à Donald Trump, ses décisions aux conséquences souvent violentes, peuvent être en partie justifiées par le danger économique que représente l'évolution décrite ci-dessus. Bien sûr, les dirigeants européens ne sont pas dupe mais la mentalité de l'ancien monde est beaucoup plus naïve face à ce danger. Une partie des objectifs de Trump est de perturber l'économie étrangère à son pays pour mieux profiter des opportunités ainsi créées. Une grande partie des motivations du relèvement des taxes à l'importation d'acier et des produits de base est démagogique mais pas exclusivement.
CR-Expert, Le lundi 14 mai 2018

… Cher CR-Expert … Heureusement que vous faites ce "petit rappel historique" et que vous nous expliquez les objectifs sous-tendus par le comportement hiératique du Président des Etats Unis …
Faute de quoi, c'était l'obscurité totale … !
Ouf …Merci, merci …

Sinon vous l'Expert vous en pensez quoi du sujet de la chronique et des possibilités pour l'Europe à ce sortir de cette "mauvaise passe" ?
ADEAIRIX, Le lundi 14 mai 2018

Si DT à vos yeux est fou comment qualifiez vous le bien dégagé derriere les oreilles,un sage... .
alain boise, Le lundi 14 mai 2018

C'est bien de guerre (quel type c'est à définir) qu'il s'agit...mais l'histoire repasse les plats et encore une et fois la dictature islamiste iranienne (la plus conne de la terre du point de vue politique et ne joue pas aux coréens bombistes qui veut) ) n'ont pas encore vu que Trump fait ami-ami avec Kim Jong...juste pour ne pas avoir deux fers au feu, ou deux fronts de conflit (similitude avec Hitler qui a fait provisoirement ami-ami avec Staline avant la guerre mondiale).
L'Europe compte pour du beurre sur tous les plans, économiques et politiques.
La Chine c'est pour plus tard, mais la guerre avec la Corée du Nord, plus du Sud, plus la Chine réunis ...va être un os autrement plus dur à ronger pour les républicains de Trump..
la Russie ne bougera pas le petit doigt dans cette affaire tant que le prix du pétrole continuera de monter, et c'est le moment d'en profiter.
Une chose est sûre, faire du commerce en dehors du dollars, n'est pas encore possible sur cette terre.
Nous allons compter les gagnants et les perdants dans cette affaire.
Un perdant est déjà là, l'Iran.
Trump c'est déjà adressé au peuple iranien en dehors de l'Iran, et isoler les mollahs prouve que Trump n'est pas si idiot que ça...
Nous attendons la suite de la saga, mieux que Netflix, petits joueurs de l'abrutissement occidental à la mode des GAFA.
Jo Duchene, Le lundi 14 mai 2018

… ? Est une impression, cher Alain, où vous prenez un peu trop certain de mes commentaires "au pied de la lettre" alors que c'est au moins du deuxième degré …
Relisez bien mon 1er commentaire, je ne crie pas au fou quand je fais référence aux décisions de Trump qui impacteront les frenchies …
ADEAIRIX, Le lundi 14 mai 2018

Mais non cher Druide je répondais à M Langlois, et je trouve Trump prévisible ,c'est des Ricains ou sa plie ou sa casse.pour les nostalgiques aux US c'est deux mandats de 4 ans et après surf( pour Barak).
Si Renault et la Peug ne veulent pas prendre d'amandes,z'ont intérêts à être payés en Pistaches,sont excellentes à Téhéran.
America is back ,yaque Macron qui a rien compris
alain boise, Le lundi 14 mai 2018

Mais voyons Alainounet ... vous ne pouvez pas me répondre à moi, vu que nous ne racontons pas du tout la même chose ! je dis que le prix Nobel ne signifie plus rien a forciori si Trump l'a, vous répondez en disant que Trump est fou et prévisible, et jurant que c'est en réponse à mon propos ... rien à voir. Sinon, c'est qui ce "sage bien dégagé derrière les oreilles" ? Poutine ? Ah non, il a dit sage, ça colle pas lol

PS pour "Fioule sentimentale [§...] : au moins ici il y en a qui assimile les choses. Cela doit vous changer de vous lol
Frédéric LANGLOIS, Le lundi 28 mai 2018



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