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Analyse - 16/04/2018

Quelle parenthèse le remplacement de Mathias Müller par Herbert Diess referme-t-il ?

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Les analystes financiers ont, très majoritairement, salué l’arrivée de Herbert Diess à la tête du Groupe VW en prêtant à cette nomination trois grandes qualités :

i) elle semble refermer la parenthèse du scandale Diesel en désignant un patron qui ne peut pas être soupçonné d’avoir participé à ces errements puisqu’il n’est arrivé – de chez BMW - que quelques mois avant que l’EPA ne révèle l’affaire ;
ii) elle porte à la tête de l’entreprise un responsable qui n’a pas fait toute sa carrière dans l’entreprise et en subira moins que d’autres les pesanteurs et la "culture" si particulière ;
iii) elle consacre un manager qui a, à la tête de la marque VW, pris très au sérieux la question de la profitabilité – passé en 2017 à 11,35 milliards d'euros, le bénéfice net a plus que doublé en 2017 par rapport aux 5,4 milliards d'euros de 2016.

Typique de ce discours dominant, Arndt Ellinghorst, analyste d’Evercore ISI déclare ainsi à Reuters : "Nous ne pouvions pas demander plus et il faut s’attendre à ce que le marché accueille la nouvelle positivement” (1). Ce qu’il veut ainsi dire est que, malgré l’"anomalie", insupportable à ses yeux -et à ceux de toute la "communauté financière"-, que constitue la "Loi Volkswagen", H. Diess semble prêt à chercher à faire coller les indicateurs des différentes branches du groupe qu’il va diriger à ceux des meilleurs du secteur.

Résumant cet argumentaire récurrent dans la presse d’affaire anglo-saxonne (2), Neil Winton, citant de multiples analystes écrit dans Forbes :
"Volkswagen est traditionnellement critiqué pour être un mastodonte, contrôlé par les politiciens locaux de Basse Saxe et les syndicats qui ont vocation à défendre leurs intérêts plutôt que ceux des actionnaires de base. Les investisseurs rêvent toujours du jour où les choses changeront et où VW deviendra une entreprise internationale normale qui s’intéressera à ses marges et non à la politique." (3)
Parallèlement, la même presse anglo-saxonne avait souligné, en tentant de saisir les racines de la crise du Diesel, la culture très insulaire et hiérarchique de l’entreprise et rassemblé des témoignages éloquents sur les ères Piëch et Winterkorn. Ainsi, en décembre 2015, le New York Times rapportait les propos du même Arndt Ellinghorst, ancien de la maison, qui déclarait à propos de la culture particulière de VW qu’il avait vécue : “C’était comme la Corée du Nord sans les camps de travail.” (4). Fin 2015, et Mathias Müller et Hans Dieter Pötsch, président du Conseil de Surveillance semblaient très soucieux de changer cette culture et M. Müller disait ne plus vouloir de collaborateurs dressés pour lui dire "oui" mais de personnes qui "suivent leur instinct et ne soient pas simplement guidés par les possibles conséquences d’une possible erreur" (5). Il y voyait non seulement une manière de se prémunir contre une nouvelle affaire mais aussi une nécessité de l’époque qui place les constructeurs face à de telles incertitudes qu’il est impérieux d’être à même d’explorer des options plus variées.

Aujourd’hui, les changements de l’organigramme annoncés semblent oublier quelque peu ces préoccupations et chacun a souligné que Herbert Diess se voit doté de prérogatives (les marques généralistes dont VW, la présidence du conseil de surveillance de Audi (6), la R & D, la connectivité et l’informatique embarquée …) qui correspondent à "un périmètre encore plus large que celui du "super-patron" qu'était Martin Winterkorn, balayé en 2015" (7). Il sera assisté par les patrons des deux autres "méga-divisions" (premium et super-premium) qui cumuleront leurs fonctions de patrons de leurs marques avec des fonctions transversales (vente et production).

Il n’en reste pas moins que le triumvirat va correspondre à une hyper-concentration du pouvoir renforcée par les changements à la tête des achats et des ressources humaines.
Il faut voir là sans doute l’autre dimension de la fermeture de la parenthèse : M. Müller avait pris au sérieux sa lettre de mission qui était de changer cette culture managériale, d’ébranler les certitudes qui vont avec et cela avait conduit, entre autres, à un inattendu volontarisme sur le véhicule électrique aussi bien que sur le véhicule autonome et les nouvelles mobilités. Il avait été jusqu’à rompre le front commun de défense du Diesel formé avec BMW et Daimler. Tout se passe comme si la gouvernance de VW – IG Metall inclus – avait été pris de vertige devant tant d’audace et avait souhaité revenir à ses fondamentaux : un management global très centralisé permettant de faire jouer toutes les synergies inter-marques et internationales ; une innovativité limitée en contrepartie.
De manière assez frappante, H. Diess qui avait déclaré en mars "nous avons besoin du Diesel, le Diesel a un avenir" (8) fait à peine allusion aux motorisations alternatives (9). La question de savoir comment l’entreprise, avec sa gouvernance spécifique, peut faire face aux défis que les mutations de l’automobile en cours et si le retour à l’autocratie peut l’y aider intéresse peu les analystes : très soucieux que la quête de profitabilité prenne une place plus centrale et que les pouvoirs de la Basse Saxe et de IG Metall s’émoussent, les analystes sont prêts à s’accommoder d’un hyper-centralisme pour peu qu’il conduise à renforcer le pouvoir d’un homme qui leur a donné des gages. Ils préfèrent un nouveau Winterkorn sûr de son fait et bardé de certitudes qui optimise l’existant plutôt qu’un management qui aurait l’audace de donner au groupe les moyens d’innover.
Bernard Jullien

(1) https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKBN1HK2E1-OFRBS
(2) http://www.autoactu.com/et-si-volkswagen-avait-envoye-vendredi-un-signal-fort-a-l-industrie--.shtml
(3) https://www.forbes.com/sites/neilwinton/2018/04/13/herbert-diess-untainted-by-dieselgate-backed-to-modernize-vw/#1637c15854aa
(4) https://www.nytimes.com/2015/12/14/business/the-engineering-of-volkswagens-aggressive-ambition.html
(5) https://www.nytimes.com/2015/12/14/business/the-engineering-of-volkswagens-aggressive-ambition.html
(6) http://www.autonews.com/article/20180414/OEM02/180419825/vw-ceo-diess-on-tap-to-become-audi-chairman
(7) http://pro.largus.fr/actualites/herbert-diess-un-patron-tres-puissant-a-la-tete-du-groupe-volkswagen-9108390.html
(8) http://www.journalauto.com/lja/article.view/28428/les-douze-travaux-de-herbert-diess/1/constructeurs
(9) https://www.leblogauto.com/2018/04/restructuration-vw-liee-diesel-dire-nom.html

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Réactions

Vous aviez aimé le Dieselgate,VW prépare la suite l'électricgate bientot dans vos salles
alain boise, Le lundi 16 avril 2018

... ? Reprise en main par la "Corée du nord" à supposer que Mathias Müller fût en quelque sorte un représentant de la Corée du sud ...Pourquoi pas .
Ce qui est fort probable c'est une inflexion qui conduit à "éviter de jeter le Diesel avec l'eau du bain" ...La position de Mathias MULLER ayant appartenu à "l'ancien monde" était assez délicate, par ailleurs..

Nous verrons bien dans les semaines et mois qui viennent ce qu'il advient... 😏

(Par ailleurs les articles publiés avant le WE sur le sujet, sont assez silencieux sur les conditions du départ de Mathias MULLER dont l'annonce apparaît "assez brutale" ...Pas d'inquiétude excessive à avoir pour l'intéressé, cependant)
;0)


ADEAIRIX, Le lundi 16 avril 2018

Pour ricaner un bon coup...c'est un coup d’état au sein de la "deuxième" Corée du Nord en pleine Europe !
Ah les analystes qui restent toujours les même cons conservateurs qui ne misent jamais que sur les "dictatures économiques" privées dans ce cas et sur des hommes "forts"!
L'histoire prouve qu'ils ont toujours été pathétiques les "analystes"...tel que les "économistes" qui n'ont jamais eu la science infuse !
Du point de vue purement industriel cette nouvelle "lumière" tombée du ciel qu'il faut marcher vers le toute électrique, même s'il s'avère plus tard que c'est un bobard ruineux, ne va pas ruiner justement le mammouth VW, car on a aujourd'hui avec " l'Industrie 4.01" la flexibilité suffisante pour revenir en arrière si cela "kaputt" franchement et le client final dit merde à tout ce bazar électrique et autonome plus connecté !
Car la bête, conne et méprisée qu'est le client final est imprévisible et toujours prête à donne le coup de pied le de l'âne.
Donc le petit "dictateur" qui arrive il n'en sait absolument rien de l'avenir.
Gardons le diesel au chaud...et les pays qui ne sont pas exigeants sur les normes anti-pollution seront encore demandeurs un bout de temps!
Comme d'habitude on se regarde le nombril entre soi chez VW et ont a la mémoire courte que non seulement le client mais EGALEMENT la concurrence existe, tout en sachant, et c'est vrai, qu'il y a encore une demande mondiale de voitures thermiques en hausse....et ce qui fait dire au géant du pétrole ARAMCO qu'il y a bon Banania ou Nutella (c'est une image) d'aller s'installer en BOURSE (et c'est nouveau, et le patron d'Aramco dit qu'il n'a pas peur du gaz de schiste ricain) car les les carburants fossiles ne sont pas prêts de s'épuiser et ceci depuis que les anglais sont venus empapaouter les arabes et la création de l'Arabie Saoudite plus tard qui a leur tour, ironie de l'histoire, viennent aujourd'hui empapaouter les anglais et le reste du monde, sans compter les Chinois (qui sont là depuis cinq mille ans quand même, et cela pèse du fait de leur vertigineux développement) surtout sur le guignol américain complices des saoudiens.
Pour l'instant pas de péril en la demeure, gardons tous bien au chaud des petit diesels car les "crève la faim" des pays en retard et dictatures européennes de Sud en font encore la demande.
Merci Professeur de nous faire rigoler ce matin avec ce joli exposé qui n'est qu'un résumé avec des nuances modernes d'un passage des plats historique.
Ce qui est incroyable c'est l'énorme gaspillage de capitaux (jamais imaginés par ceux du passé) pour fournir au monde que des non-innovations.
L'industrie automobile de transport terrestres privés est sur le déclin et débute en grande pompe sa mort.
Vous voulez un exemple je le sens.
Le voilà...je prépare un voyage au Canada et US et j'ai déjà un billet A/R direct pour Vancouver (pour trois fois rien) et voilà que ce petit capitalisme sauvage et numérique des transports aériens me propose de changer mon billet sans pénalités et même moins cher en faisant un "stop-over" par Toronto au lieu d'un vol direct.
Vous qui êtes tous super intelligents comme Macron, vous pouvez déjà déduire et prédire l'avenir des premium et super premium du groupe VW.
Ils ne resteront les cousins teutons que des fabricants de l'équivalent des sacs Vuitton. La France est en avance et c'est évitée des pertes d'argent et tout ce bal ridicule de petits dictateurs "coréens" de l'entreprise privée en Europe.
Le reste de l'industrie automobile de l'avenir, VW compris, ne sera qu'un banal MacDo sans marges et sans valeur ajoutée.
Pourquoi mettre dans l'avenir 30.000 euros dans une voiture quand n'importe qui peu faire plusieurs fois le tour du monde pour 15.000 euros?
Mon fils fait déjà çà...et saint kérosène priez pour nous.
Ils sont vraiment cons chez VW, ont ils jamais imaginé que ce serait dans les avions que la partie serait gagnante...et là pour ce reconvertir ce ne sera pas possible. Qu'ils vendent du service comme on livre des pizzas à vélo. Çà c'est de l'écologie.
Pour le moment ils sont condamnés à jouer au petit diesel/essence et a faire du poker menteur avec Bruxelles, ce qui réussi très bien au poids-lourd !!
Jo Duchene, Le lundi 16 avril 2018

Jo, votre post est beaucoup trop résumé ; du coup je n'ai rien compris.
Bruno HAAS, Le lundi 16 avril 2018

Limite baclé !
Et un pavé !
Saignant...
;0)
Lucos, Le lundi 16 avril 2018

Oh le faux naïf...je ne fait pas plus long que le Professeur et vous ne dites rien le concernant...tiens et je rajouterais à votre incompréhension pour ma dernière remarque à la fin sur le poker menteur avec Bruxelles et l'industrie des poids lourds c'est qu'ils ont déjà perdu trois milliards qu'ils ont été obligés d'allonger sur la table comme petite amende!
Je verse une larme au passage et je le fait avec les acheteurs de poids-lourds en solidarité !
Continuer à devenir des malins cela va être un boulot a plein temps et avec des risques! Salut les hauts salaires!
Jo Duchene, Le lundi 16 avril 2018

Duchene …Traiter de « cons conservateurs » l’analyste 😏 ou les gens de VW derrière son écran c’est « vachement transgressif » sinon courageux (… ) … Un peu la routine pour vous, il est vrai …
Mais bon, pas trop sympa pour le chroniqueur car pour Vw ils s’en foutent … deux ou troisième degré ou pas !
Certes, cà concerne la forme de votre propos …
Mais « la forme, c'est le fond qui remonte à la surface" ...comme l’a dit un de nos « grands hommes » » …
Le restant, les gimmicks habituels …

On comprend que la « super intelligence » de Macron vous file quelques aigreurs …Faites gaffe aux remontées acides quand même car vous êtes trop précieux … Ce serait trop dommage ...
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 16 avril 2018

Et puis on aime bien vous chambrer Jo !
;0)
Lucos, Le lundi 16 avril 2018

Jo, vous confondez qualité (du propos) et longueur (du même propos). Ce n'est pas parce que vous en écrivez des tartines qu'elles sont bonnes à manger.
Quant au professeur, comme vous dîtes, il professe tandis que nous commentateurs, on commente. Il n'est pas anormal que son discours soit plus long que le(s) nôtre(s).
Dessin humoristique - de Sempé si ma mémoire est bonne - un petit chevalet en argent sur le bureau du pédégé, avec gravé côté invité "Soyez bref" et côté patron " Sois patient".
Nous sommes les invités Jo.
Bruno HAAS, Le lundi 16 avril 2018

Sans altérer aucunement le commentaire de Bruno ..
Avec Duchene, on découvre quand même de nouveaux "espaces" ... Eh oui ! ... Ainsi son expression
'l'industrie automobile de transports terrestres privés"
Déjà, y a la variante pour ...les transports terrestres publics !
Ensuite, çà laisse encore pas mal de possibilités aux constructeurs
Songez donc ...
- L'industrie automobile de transports spatiaux privés ... !
D'ailleurs Elon Musk n'a-t-il pas prévu d'envoyer un de ses roadsters sur mars ?

C'est dire les champs d'application qui s'ouvrent aux précités ...
Les carottes sont loin d'être cuites !
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 16 avril 2018

Pour les jeunes et vieux qui ont peur de ne pas arriver jusqu'à la retraite, j'ai écris "il n'y a pas péril en la demeure" pour l'instant dans cette industrie.
Par contre les PDG chez les constructeurs auto qui arrivent et vont ce succéder dans cette industrie...s'il y a des tocards en Europe et ailleurs, il va falloir vous les farcir, et le pire c'est qui en a qui vont les adorer, et il y en a qui ont été en adoration du précédent de VW un certain Winlkelkort (pas sur de l'orthographe) qui est parti avec la caisse, pardon avec son parachute dorée et ses grasses stock options quand cela a commencer a sentir le roussi chez les ricains.Voilà on est plus hors sujet.
Néanmoins le dernier commentateur arrive a prendre de la hauteur et voit quelque chose dérrière la société du spectacle, même s'il n'écrira jamais que ça sent mauvais quelque part dans cette industrie.
Jo Duchene, Le lundi 16 avril 2018



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