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Analyse - 05/04/2019

Quels risques pour les Européens en cas d’absence de négociation avec les Etats-Unis ?

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

La tension n’a cessé de monter ces derniers jours pour reprendre les négociations autour de l’avenir des échanges commerciaux entre l’Europe et les Etats-Unis à travers le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership). L’ensemble des pays Européens sont prêts à négocier, à l’exception de la France qui bloque la reprise des discussions. En effet, le pays a confirmé ce mercredi son refus de reprendre les discussions et prive l’Europe de son mandat de négociation. Cette posture de la France est motivée par l’engagement de l’Europe à limiter ses négociations aux seuls pays signataires de l’Accord de Paris. Depuis la ratification en 2016, les Etats-Unis ont changé de gouvernement et la nouvelle administration a déclaré vouloir quitter cet accord.

Cette volonté ne pourra être formalisée qu’en novembre 2019 et, si la démarche est confirmée, elle ne pourra pas être effective avant novembre 2020, soit après les futures élections présidentielles américaines. Par conséquent, les principes américains et les principes français s’opposent et bloquent les approches plus pragmatiques de l’ensemble des autres pays européens. Cette situation n’est pas sans poser de problème car sans négociation, le président américain a déclaré qu’il imposerait des droits de douane sur les produits importés d’Europe.

L’automobile aux premières loges
L’industrie automobile européenne pourrait se trouver frappée de droits de douanes sur les véhicules et les pièces exportées vers les Etats-Unis. Pour le moment, le président américain parle d’une taxe s’élevant à 25%. Equipementiers et constructeurs suivent cette situation scrupuleusement. Il y a deux ans, la mise en vigueur de droits de douanes de 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium a provoqué une augmentation de la demande auprès des acteurs locaux ainsi qu’une baisse des marges pour les constructeurs. Une telle taxe sur les pièces et les véhicules pourrait cette fois impacter directement les consommateurs avec des hausses de prix dépassant allègrement $15,000 ou $20,000 pour certains modèles tels que l’Audi Q7 ou la BMW série 5 tous deux importés d’Europe. Cela positionnerait les véhicules hors marché et leur ferait perdre une part importante de leurs volumes.

L’objectif du président des Etats-Unis n’est pas de heurter les constructeurs allemands mais de les forcer à produire sur place pour contourner les droits de douane. Seulement ces décisions industrielles impliquent plusieurs milliards d’investissement avec un retour qui peut s’étaler sur 15 à 25 ans. Une décision de cette ampleur ne peut donc pas obéir à un calendrier électoral dont les mandats ne dépassent pas 8 ans et, dans le cas présent, tout au plus 5 ans et demi en cas de réélection de l’actuel locataire de la Maison Blanche. Par ailleurs, les investissements aux Etats-Unis font l’objet de réflexions approfondies car la stratégie protectionniste appliquée par l’actuel gouvernement limite de plus en plus les possibilités d’exportations depuis les Etats-Unis. La politique du Président provoque des représailles et différentes mesures de rétorsions qui ont d’ores et déjà créé des difficultés chez Tesla, Daimler et Volvo dont la nouvelle usine en Caroline du Sud devait exporter des berlines, entre autres, en Chine.

Au-delà des véhicules, les pièces pourraient aussi être impactées et cela pourrait aussi poser des problèmes à certains acteurs français avec Faurecia, Plastic Omnium et Valeo en première ligne. Certes, l’implantation industrielle de ces groupes leur permet de produire au plus près des marchés de distribution ou de production et chacun possède une empreinte industrielle importante aux Etats-Unis. Mais selon les choix et les applications qui pourraient être faits par le gouvernement, les composants pourraient être touchés et avoir un impact pour l’ensemble des acteurs européens de la filière avec un pied sur le territoire américain. Dans ce bras de fer, il s’agit de bien comprendre les implications de chacun et de mesurer les risques. En matière d’automobile, les Etats-Unis ont moins à perdre que l’Europe.

Il faut tenir le dogme en laisse
Du côté américain, la mise en place de taxes d’importation importantes serait suivies d’une hausse des prix et d’un ralentissement de la demande. En effet, les consommateurs ne se reporteraient pas nécessairement sur d’autres véhicules dont les pièces et la production seraient effectuées sur le continent nord-américain. Un ralentissement de la demande dans un marché replié sur lui-même n’est pas de nature à attirer les investissements. Contrairement aux BRIC dans les années 2000 (Brésil, Russie, Inde et Chine), les Etats-Unis sont un marché mature et fortement concurrentiel avec peu de perspectives de croissance. Cette vision n’incite pas à vouloir s’installer sur place pour produire localement. Certes, il y a la motivation de pouvoir alimenter la demande existante mais les investissements industriels dans un marché en pleine mutation (technologie et surtout segments) comportent des risques importants. Les marchés financiers pourraient sanctionner ces décisions et limiter les capacités financières de certains équipementiers et constructeurs.

En Europe, la vision n’est pas enthousiasmante non plus puisqu’un repli du marché américain constitue un risque important pour BMW, Daimler, Jaguar Land-Rover et Volkswagen ainsi que l’ensemble des équipementiers allemands, français et italiens présents sur place. Les véhicules les plus diffusés sont désormais produits en Amérique du Nord et les équipementiers présents avec des usines. Mais une forte taxation des importations aux Etats-Unis entrainera non seulement une baisse des productions à destination de ce marché mais aussi des mesures de rétorsion. Celles-ci limiteront naturellement les exportations depuis les Etats-Unis de pièces et de véhicules produits localement.

La diplomatie est un art qui se perd
La France n’a pas de tradition de dialogue. Les conflits sociaux, les gilets jaunes et les grèves à répétition en témoignent largement. Pourtant, il s’agit souvent de pouvoir ouvrir le dialogue et évoluer vers des consensus pour avancer. En l’occurrence, la France et ses partenaires européens ont bien plus à perdre que les Etats-Unis dans ce rapport de force, d’autant que le président américain a prouvé qu’il était parfaitement capable de mettre ses menaces à exécution avec les taxes sur les produits chinois.

La position de la France est de loin la plus dogmatique et les risques qu’elle entraîne pour l’Europe sont importants. Une approche plus diplomatique et plus fine pourrait pourtant être bénéfique dans un bras de fer où la France a peu de chances de sortir gagnante. Les épisodes passés du TTIP ont montré que la France n’a pas su s’immiscer suffisamment dans les discussions et la rédaction des accords. Il serait question de faire preuve de plus d’influence et de savoir manœuvrer face à des partenaires plus imposants que soi. La France n’est pourtant pas un mauvais élève en termes de diplomatie mais certaines erreurs semblent vouloir se répéter comme pour la crise de la Mimolette après les maladresses de François Hollande vis-à-vis d’Obama suites aux révélations d’Edward Snowden en 2013.

L’entêtement de la France devrait laisser plus de place au pragmatisme pour ouvrir le dialogue avec les Etats-Unis. Ces derniers jours, la diplomatie semble avoir aidé à provoquer un retro pédalage de la Maison Blanche suite aux menaces de fermetures de la frontière Mexicaine. La France serait bien inspirée de suivre cette voie plutôt que de camper sur ses principes car il faut savoir composer avec ses forces sans se surestimer pour se sortir par le haut d’une situation délicate.
Bertrand Rakoto

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Réactions

Et pourtant nous avons le plus grand nombre de personnel diplomatique au Monde ( en% d’habitants) pour un bien piètre résultat.
Très bon article encore de M Rakoto.
alain boise, Le vendredi 05 avril 2019

Excellent article de Mr Rakoto.
Je souligne que, une fois de plus, la France souhaite se distinguer.

Donald Trump a refusé l'accord de Paris et impose de nouvelles règles pour les échanges commerciaux transatlantiques. Or notre pays refuse de négocier pour la simple raison que l'Europe s'était engagée à ne négocier qu'avec les pays ayant signé cet accord. Ceci est bien la preuve que la France attache plus d'importance à son idéologie qu'à l'avenir du commerce international.

Les autres pays d'Europe, plus pragmatiques sont ouvert à une négociation mais c'est notre pays qui bloque le processus.

Je ne vois qu'une issue à cette situation stupide : le renoncement des engagements des pays européens envers l'accord de Paris. La France sera alors bien seule pour tenter de faire porter sa voix.
Dataceodeux, Le vendredi 05 avril 2019



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