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Analyse - 29/10/2018

Renault face aux instabilités des marchés et des taux de change ou les aléas de l’intercontinentalisation

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Renault a annoncé le 22 octobre un chiffre d’affaires trimestriel global en recul de 6% (de 12,2 à 11,5 milliards d’euros) avec une légère augmentation du côté du financement (+ 190 millions) qui ne parvient pas à compenser les 917 millions perdus du côté des ventes d’automobiles. Ces 917 millions de baisse (- 8,4%) sont associés à une légère augmentation (2,9%) du nombre de véhicules vendus si l’on intègre les utilitaires chinois Jinbei & Huasong comme Renault le fait désormais et à une légère baisse (- 1,7%) si l’on s’en tient au périmètre qui était celui de 2017. Comme la traditionnelle "analyse de la variance" proposée aux analystes le montre, les trois variables explicatives qui ont pesé les plus lourd sont, par ordre d’importance croissante, les volumes perdus, la baisse des ventes aux partenaires et surtout les variations de taux de change. Ces dernières ont fait perdre au groupe 444 millions soit 48,4% des 917 millions.

Certains marchés importants pour Renault ont connu des évolutions très défavorables (Argentine, Turquie, Maroc). D’autres (Russie, Brésil, Algérie), à l’inverse, ont poursuivi leur redressement. Mais, même dans ces cas là, où Renault pourrait espérer tirer profit de son intercontinentalisation, les vents des taux de change ont été contraires. Début juin 100 roubles valaient 1,35 euro et, le 12 septembre, ils ne valaient plus que 1,20 euro. De même 10 réals valaient 2,3 euros mi-juin et à peine plus de 2 euros le 12 septembre. Ainsi, les belles progressions de Renault sur ces marchés y sont en partie stérilisées alors que sur d’autres marchés, comme le marché argentin, les deux effets se combinent. Au mois d’août par exemple, les ventes d’automobiles ont baissé en Argentine de 24,1% et celles de Renault de 20,3%. Dans le même temps, 100 pesos valaient en début de mois 3,1 euros et ne valaient plus en fin de mois que 2,2 euros  …

Sur un mois ou un trimestre, ces variations ont quelque chose de vertigineux et on pourrait en retirer le sentiment que les stratégies de développement dans les émergents hors Chine sont extrêmement risquées car soumises aux aléas de conjonctures extrêmement instables d’une part et à de très amples fluctuations de change d’autre part. De fait, avec, ce trimestre, 52% de ses ventes hors d’Europe (contre 54% l’an passé), Renault, malgré des immatriculations en Europe en augmentation de 8,6% dans un contexte où le marché n’a augmenté que de 0,8% subit une baisse de son chiffre d’affaire et certains "analystes" y voient le signe de problèmes graves.

Pourtant ce n’est pas sur un trimestre que peut être jugé le caractère soutenable ou non d’une stratégie et le tableau est déjà différent si l’on s’intéresse aux neuf premiers mois plutôt qu’au seul dernier trimestre. En effet, Renault est, sur les trois premiers trimestres en progression de 8,1% et si l’Europe (+ 5,6%) explique une part de cette progression, c’est bien le développement hors d’Europe (+ 10,7%) qui va permettre à Renault de rester dans sa feuille de route en termes de chiffre d’affaires comme de profits.

De ce point de vue, le fait que Renault gagne des parts de marché dans presque toutes ses régions d’implantation est plutôt rassurant. L’ombre au tableau que représente la région AMI (pour Afrique-Moyen Orient-Inde) peut toutefois inquiéter : sur le mois de septembre, ces marchés ont baissé de 18% et Renault a plongé de 47,3% ; sur les 9 premiers mois de l’année, le marché a progressé de 2,6% et Renault a perdu 8,6% de ses volumes.

Même si, bizarrement, Renault ne nous fournit pas pour septembre, le détail par pays dont on dispose d’habitude, ces déconvenues renvoient à plusieurs réalités distinctes. Sur les pays du Maghreb, les marchés sont en progression et Renault avec eux avec, dans le cas marocain, des parts de marché qui progressent encore et, dans le cas algérien, une obligation de partager avec les nouveaux entrants qui conduit à des baisses de parts de marché. Dans le cas iranien, sur les huit premiers mois de l’année, les volumes restaient inchangés un peu en deçà des 100 000 unités mais la baisse était déjà en août de 47,5% et le désengagement se poursuit : ces volumes vont notoirement baisser. Enfin, les difficultés en Inde se confirment : sur 8 mois, le marché a progressé de 12,2% et Renault a perdu 28,5% soit 20 000 ventes. D’évidence, Kwid, même avec des face-lifts, séries limitées et autres ne suffit pas à s’imposer face à la concurrence de Maruti, de Hyundai et de Tata.

Malgré ce plongeon en Inde, Kwid ressort sur les 9 premiers mois de l’année comme étant en progression de 35,7% (de 92 000 à 125 000 ventes). Ceci signifie que, de la même manière que Logan avait peiné à atteindre ses cibles initiales dans les Pays d’Europe Centrale et Orientales, ses autres industrialisations, latino-américaines en l’espèce, ont pris le relais. De même, Logan n’a été que le premier véhicules d’une lignée et ce devrait être aussi le cas de Kwid et, si Renault peut concevoir sur la base de la plateforme de Kwid des véhicules susceptibles de l’aider dans son entreprise de conquête en Inde et aptes à trouver des débouchés ailleurs, renforcer cette base malgré l’extrême dureté du marché indien aura un sens. Sinon, il faudra battre en retraite car la survie sur un marché où l’on détient 2% de parts de marché en fait vite un gouffre financier.

Dans tous les cas, il ne faut pas jeter le bébé de l’intercontinentalisation construite autour de la gamme entry avec l’eau du bain d’un trimestre agité sur le front des changes et des conjonctures des émergents. N’en déplaise aux analystes, une stratégie s’inscrit dans le temps long et le trimestre qui vient de s’écouler ne nous dit rien d’alarmant sur les fondamentaux de Renault.
Bernard Jullien

Lire le détail des ventes mondiales du groupe Renault par région et par marque 3e Trimestre et au cumul 9 mois 2018 (Accès réservé aux membres du Club Autoactu.com)

Lire le détail des ventes mondiales du groupe Renault par marque et modèle 9 mois 2018 (Accès réservé aux membres du Club Autoactu.com)

Lire le détail des ventes en Europe du groupe Renault par marque et modèle 9 mois 2018 (Accès réservé aux membres du Club Autoactu.com)

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Réactions

… C'est difficile de satisfaire les "zexperts" de tous poils…
En (gros) résumé …
PSA est trop euroeuropéen et Renault trop "intercontinentalisé" du coup trop exposé aux risques de change dans la réalisation de ses affaires …
Quel monde cruel …çà va jamais !
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 29 octobre 2018

… Je l'écris car le chroniqueur est bien trop pudique pour le faire !!!!
Ne manquez pas l'excellent ouvrage :
L’Epopée Logan par Jullien B., Lung Y., Midler C. - Dunod, 2012
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 29 octobre 2018

Attention au mur du T4, l’erre est cassée
alain boise, Le lundi 29 octobre 2018

Au pêcheur breton … ♪♫♪♫
C'est pas l'homme qui prend la m erre
C'est la m erre qui prend l'homme" …

Effectivement, T4 risque d'être compliqué …
ADEAIRIX, Le lundi 29 octobre 2018

C’est à la fin du bal que l’on paye les musiciens et cette année se finit le 31/12
alain boise, Le lundi 29 octobre 2018

Adeairix a été plus rapide que moi !
Bernard Jullien reprochait récemment à PSA sa "dépendance" au marché européen.
Il nous parle maintenant des risques inhérents aux pays instables.
S'il était grand stratège d'un de nos groupes français, que préconiserait-il ?
Métier difficile...
Bruno HAAS, Le lundi 29 octobre 2018

Tous les grands experts sont pessimistes (et bizarre pour une fois qu'ils soient tous à l'unisson) ...et "sentent" une baisse généralisée de tous les constructeurs mondiaux des ventes de leurs véhicules.
C'est un mal c'est un bien, personne le sait...c'est Darwin !
Le monde entier ne cessera d'installer des prises électriques partout...mais des pompes à carburant c'est moins sûr !
Ma prévision c'est...des hybrides rechargeables partout...des vertes et des pas mûres, des bonnes et des moins bonnes, des chers et des pas chères, des fiables et des pas fiables...c'est le client qui va décider !
Des hybrides rechargeables pour faire semblant d'être écolo, et souffler entre deux coups de bâton...mais seuls les riches circuleront demain dans les grandes villes...et seuls ceux-ci auront la belle vie...le coude à la portière...et joueront à faire semblant de rouler en voitures autonomes pour épater le chaland qui sera à pied ou en deux roues dans les grandes capitales mondiales.
Le temps de manants, des obligés, des serviteurs de maître, et des pauvres est arrivé.
Les manants qui livrent des pizzas sont en train de se révolter...bougez vous les fesses...je vous donne un tuyau...allez chez le vieux sicilien authentique à Paris BD Jean Jaurès au métro Laumière, lui il vous sers des vrais câpres dans sa pizza et autres merveilles de sa cuisine italienne.
Jo Duchene, Le lundi 29 octobre 2018

Comme un vrai parfum de "petite Sicile" … Duchene …
Sinon ...
Le pessimisme est d’humeur, l’optimisme fait appel à la volonté …

Votre conviction concernant les hybrides rechargeables déployés largement n’a rien d’extravagant.
C’est en effet, à courts termes, la solution technique la plus mature pour échapper aux interdictions de circuler dans les grandes villes qui se préparent et vous-même y songer pour le remplacement de votre navette spatiale, seulement, hybride en tant que consommateur plus aisé que la « moyenne » …

Pourtant, engluée dans une logique d’électrification des véhicules, la limite de cette vision peut se trouver rapidement confrontée à la résolution rapide du problème du temps de recharge des batteries des véhicules électriques qui pourrait alors donner alors un sacré coup de vieux aux « PHEV » … Des équipes y travaillent activement …
D’emblée, j’écarte de ce champ TESLA et son parc de super chargeurs qui apporte déjà des réponses presque satisfaisantes de ce point de vue … Même si dans l’immédiat, en tous cas, cette offre est dédiée aux « riches » pour reprendre votre vocabulaire habituel…

Le risque précité explique, sans doute, que certaines firmes automobiles proposent des offres sur TOUS les modes de traction en attendant que les « choses » s’éclaircissent, de sorte de ne pas être pris de court … Surtout lorsque le terrain de jeu est planétaire, il en faut pour toutes les « bourses » dans l’état actuel des choses … !
ADEAIRIX, Le lundi 29 octobre 2018

Bizarre je ne suis pas le seul à rêver (les gains ne sont pas terribles) de ne plus mettre de l'essence dans ma caisse...même pour 35 ou 50 km en ville en électrique ou à la campagne avec un PHEV...mais quand même avec un petit avantage pour les citadins qui eux en roulant à 10 km/h de moyenne ou moins (embouteillage ou pas) épuisent moins vite la batterie de leur PHEV.
Si le PHEV est chargé la nuit cela laisse le temps de charger !!
Par contre le PHEV du futur s'il permet de passer à 100/150 km de roulage en électrique...le VE pur est menacé ou retardé dans son déploiement.
A ce moment là il suffirait de mettre un tout petit moteur essence mais pas celui d'une moto comme chez BMW avec la i3...(fausse bonne idée).
Jo Duchene, Le lundi 29 octobre 2018



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