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Analyse - 04/06/2018

Trump a-t-il des raisons de s’en prendre aux Allemands ?

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Les sorties de Donald Trump contre l’automobile allemande se sont multipliées depuis 18 mois (1). Elles commencent à être plus que des saillies plus ou moins drolatiques puisque la menace de droits de douanes à 25% plane dèsormais sur les importations de voitures et de pièces allemandes (2).
Suite à l’une d’elle, où le Président américain disait ne pas comprendre pourquoi les Allemands n’achetaient pas autant de voitures américaines que les Américains de voitures allemandes, l’ancien Ministre allemand des affaires étrangères, Sigmar Gabriel avait déclaré en janvier 2017 : "Les Américains n'ont qu'à fabriquer de meilleures autos." (3).

De fait, une partie du problème pointé par D. Trump est de cette nature : l’offre de véhicules américains s’exporte mal parce qu’ils ont donné à leur marché intérieur des caractéristiques qui impliquent que ce qu’ils considèrent comme de "bonnes voitures" n’est considéré comme tel que par eux. A l’inverse, depuis plus de trente ans, une part des Américains cherche des véhicules à l’esthétique et aux caractéristiques plus conformes aux canons mondiaux qu’ils trouvent plus volontiers sous des badges japonais, coréens ou européens que sous les marques américaines. Dès lors que, à l’instar de ce qu’ont fait les Français ou Fiat, les constructeurs américains ont cherché à régler une part de leurs problèmes de compétitivité en délocalisant une part de l’assemblage et de la fabrication des composants au Mexique, il en résulte un déficit commercial automobile grandissant qui s’inscrit dans un plus vaste problème commercial pour l’économie américaine.


Les chiffres sont éloquents (4) : en 2017, les Américains ont exporté un peu moins de 2 millions de véhicules pour 57 milliards de dollars ; ils en ont importé 8,3 millions pour presque 192 milliards. Le déficit sur les seuls "cars et light trucks" est donc de 135 milliards de dollars. Il était de 105 milliards 5 ans plus tôt. S’ajoute à ce déficit, celui qui concerne les composants qui est passé en 5 ans de 40 à 60 milliards de dollars et celui qui concerne le poids lourd qui est passé de 2,7 milliards de dollars à plus de 8 milliards. Il est donc indéniable que les Etats-Unis ont un problème de compétitivité externe de leur industrie automobile au sens large.

La question est de savoir si l’Allemagne est de ce point de vue au cœur de ce problème et si, en taxant les véhicules ou pièces importées, les déficits pourraient être significativement réduits.
Quand on considère les véhicules légers, il ressort que, en nombre de véhicules importés par les américains, avec 491 587 véhicules, l’Allemagne n’intervient qu’en 5ème position derrière le Mexique (2,4 millions), le Canada (1,8 million), le Japon (1,7) et la Corée du Sud (929 419). L’Allemagne remonte d’une place lorsque l’on considère la valeur des importations car les véhicules importés d’Allemagne ont une valeur moyenne de 41 000 dollars alors que ceux importés de Corée ne valent que 16 925 dollars.

En terme d’évolution, ce sont très clairement le Mexique et la Corée qui, depuis 2010, ont vu leurs exportations vers les Etats-Unis progresser le plus : en montant comme en volume, les unes et les autres ont doublé puisque, en 2010, les Américains importaient 1,2 millions de véhicules du Mexique et à peine plus de 500 000 de Corée. A l’inverse, sur la période 2010-2017, le nombre de véhicules importés d’Allemagne a légèrement cru de 2010 à 2015 passant de 500 000 à 625 000.

Depuis, avec la montée en puissance des usines américaines de VW (Chattanooga, dans le Tennessee), BMW (Spartanburg, en Caroline du Sud) et de Mercedes-Benz (Tuscaloosa, dans l'Alabama), les ventes américaines croissantes des trois Allemands sont plus volontiers alimentées par les usines locales. Ainsi, le gonflement des importations américaines sur les 7 années écoulées a représenté 70 milliards. Sur ces 70 milliards supplémentaires, le plus gros contributeurs a été le Mexique (pour 24 milliards) suivi de la Corée (+ 9), du Japon (+ 8), du Canada (+ 7) puis du Royaume Uni (+ 5). L’Allemagne n’intervient donc qu’en 6ème place dans ce palmarès.

De la même manière, si l’on considère les exportations américaines de véhicules, les plus gros marchés sont, pour l’industrie automobile américaine, dans l’ordre : le Canada (912 000 véhicules pour 23,3 milliards de dollars), la Chine (267 000 véhicules pour 9,9 milliards de dollars), l’Allemagne (166 000 pour 5,7 milliards de dollars) et le Mexique (160 000 pour 3,4millions).

Ainsi, concernant les véhicules, le déficit bilatéral avec l’Allemagne n’est que de 10 milliards de dollars alors qu’il est de 43 milliards avec le Mexique, de 39,3 milliards avec le Japon, de 21,5 milliards avec le Canada et de 18,7 milliards avec la Corée. Les mêmes constats sont vrais pour les composants où le déficit bilatéral est de 24 milliards de dollars avec le Mexique et de 13 milliards avec la Chine et le Japon et de 7 milliards seulement avec l’Allemagne.

Ainsi objectivement, Donald Trump semble se tromper de cible en s’attaquant à l’industrie automobile allemande qui pose beaucoup moins de problèmes à l’industrie automobile américaine que d’autres. Certes, étant données les valeurs unitaires de leurs véhicules, il est plus facile aux constructeurs allemands de déroger à la règle dominante dans cette industrie qui consiste à assembler près de ses marchés dès qu’ils deviennent importants. Néanmoins, depuis de longues années déjà, les constructeurs allemands avaient traduit leurs ambitions américaines par d’importants investissements industriels en Amérique du Nord et, même VW qui avait initialement choisi le Mexique avait finalement investi dans un outil américain. Outre les délocalisations au Mexique dont on sait qu’elles sont dans le viseur de Trump (5), les déficits restent importants avec le Japon et la Corée principalement. En effet, ceux-ci maintiennent on le sait une stratégie d’alimentation – au moins partielle – du marché américain par des importations depuis leurs usines domestiques : en 2017 ce sont ainsi 2,6 millions de véhicules assemblés au Japon et en Corée qui sont entrés aux Etats-Unis pour 55 milliards contre 500 000 voitures allemandes pour 20 milliards. Les colères de Trump sont bien sélectives.
Bernard Jullien

(1) https://www.challenges.fr/automobile/actu-auto/trump-traite-bmw-mercedes-et-volkswagen-de-mechants-et-les-menace-de-taxes_476091
(2) https://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRKCN1IW0S8-OFRBS
(3) https://www.theguardian.com/world/2017/jan/16/germany-hits-back-at-trump-criticism-of-refugee-policy-and-bmw-tariff-threat
(4) https://www.trade.gov/td/otm/autostats.asp
(5) http://www.autoactu.com/delocalisation-de-la-production--automobile--trump-ne-se-trompe-pas.shtml

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Réactions

Et oui c'est cela le Trumpisme Americas first,en fait on n'est pas touché vu le volume de caisses Francaises vendues aux US,pour les nostalgiques d'Obama c'est mort les mandats sont limités à deux ,on est pas en France ou un politique ne meurt jamais.
alain boise, Le lundi 04 juin 2018

Comme souvent, M. Jullien est très précis et analyse parfaitement la situation,
mais nous vous détrompez pas, le but de Trump et de son administration est bien de réduire le déficit commercial américain et de relancer l'industrie sur le sol américain.
Il s'est précédemment attaqué à la production au Mexique et il est parvenu à convaincre (ou à forcer ?) des constructeurs américains à rapatrier la production aux USA malgré l'ALENA. La pression continue sur FCA et d'autres (Nissan ou Mazda)
Maintenant, il s'attaque aux importations allemandes de manière à favoriser la production des constructeurs germanique sur le sol américain,
Les japonais suivront ensuite, Toyota, Honda & Nissan se verront inviter à produire aux USA et à ne pas importer ...
Les euls qui seront protégés seront les coréens pour des raisons politiques de soutien à la Corée du Sud ...
Pepe12, Le lundi 04 juin 2018

Sans doute une petite coquille pour le professeur ?
"les plus gros marchés sont, pour l’industrie automobile américaine, dans l’ordre ……… et le Mexique (160 000 pour 3,4milliards de dollars) en lieu et place de millions …?

Sinon le titre de la chronique qui donne déjà une indication sur la conclusion est bien étayé par l'examen des flux d'importation et d'exportation pays par pays, en volume et en valeur…
Cà remet l'église au milieu …

La chronique part de l'idée de "sorties" ou de "saillies" plus ou moins drolatiques et démontre l'erreur de diagnostic à la base de celles ci … Soit !
Evidemment, cela vient alimenter la thèse du "dossier" sur les troubles de la personnalité que maints experts s'empressent
d' attribuer à Donald TRUMP …
L'idée d'un docteur Follamour n'est jamais bien loin …
C'est pratique et cela conforte nos bien pensants tricolores confinés dans la nostalgie d'Obama (pour différentes raisons …)

En revanche, la chronique ne traite absolument pas le choix de l'Allemagne en tant que cible .. On pourrait presque dire en tant que "bouc émissaire" si l'on se fonde sur les constats chiffrés de la chronique qui alimentent une démonstration …

Et pourtant des arguments (j'ose pas dire des raisons !!!) il y en a ..
Pour paraphraser une phrase célèbre, l'essentiel serait il invisible pour les yeux ?
ADEAIRIX, Le lundi 04 juin 2018

Habituellement, j'aime beaucoup les articles de Bernard Jullien, toujours à la fois pertinents et iconoclastes ... Je suis déçu aujourd'hui parce qu'il n'est "que" pertinent : il documente parfaitement ce que tout le monde sait intuitivement. D'autant que (même si ce n'est pas écrit, des droits de douane de 25% sur les véhicules premium allemands auraient sans doute beaucoup moins d'impact sur les ventes que les mêmes droits sur les véhicules coréens, l'importance du prix comme critère d'achat dans les deux cas n'étant absolument pas le même !)

Il est très clair que les attaques de Trump ne sont en aucune façon motivées par l'intérêt de l'économie américaine en particulier et des USA en général. Pour lui, le très long terme, c'est 2020 et ce qu'il va raconter à ce moment là à ses électeurs.

Au moins un petit paragraphe sur cet aspect et/ou sur les dégâts à long terme sur l'industrie automobile américaine que cette politique a aurait été intéressant.
Louis-Jean Hollebecq, Le lundi 04 juin 2018

Les marchés américain, Allemand et Français sont en fait très différents du fait de la culture des consommateurs mais pas uniquement.

A force de chercher à coller au mieux à la culture et aux besoins du marché local, les véhicules se sont petit à petit très largement différenciés. En plus du marché local, la législation locale a également fortement modifié cette production locale.

Ainsi, aux USA, un petit moteur est un V6 de 3.5 litres, un moteur normal est un V8 de plus de 4 litres, presque tous les autres modèles de cylindrée inférieure sont importés d'Europe ou Asie.

En Allemagne, la qualité de fabrication et la technologie sont nécessaires pour vendre. Une clientèle exigeante et aisée a fait exploser la gamme dite PREMIUM des trois constructeurs. Ces mêmes véhicules sont très recherchés par les riches américains ( et pas seulement ).

En France, le pouvoir d'achat a fortement baissé depuis vingt ans, les priorités vis à vis des voitures individuelles sont passées au second plan, et les taxes imposées aux véhicules ( de plus de puissance que nécessaire ) ont dissuadé les consommateurs. Avec cela nous ne risquons pas les foudres de Mr Trump.....Puisque nous ne vendons aucune voiture aux USA.

Je trouve les propos vis à vis des véhicules allemands souvent très critiques sur ce forum. Après tout, lorsqu'on achète un salon, de nombreux consommateurs se satisfont de bas de gamme....Certains sont plus exigeants.

Question de priorité: Je me fais plaisir avec un article de qualité fabriqué avec soin et de bons matériaux ou bien je débouche chaque semaine une bonne bouteille à 400 Euros.
CR-Expert, Le lundi 04 juin 2018



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