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Constructeurs - 30/04/2019

Didier Leroy, Toyota : "Je ne sais pas comment nous allons tenir les objectifs 2025"

Grâce au développement massif de sa technologie hybride, Toyota est l’un des rares constructeurs qui passera sans encombre l’échéance de 2021. Pour la suite, les exigences de réduction qui viennent d’être adoptées en Europe vont l’obliger à accélérer l’électrification de sa gamme. C’est dire l’importance du challenge…

Alors que les objectifs de réduction des émissions de CO2 pour la prochaine décennie viennent d’être adoptés par les instances européennes (Parlement et Conseil des ministres des 28), Didier Leroy, vice-président exécutif de Toyota, est revenu sur leur genèse et le défi que cela représente pour l’industrie automobile lors d’une rencontre avec des journalistes en marge de la remise du prix de l’Homme de l'Année (*).
Membre du board de l’ACEA (association européenne des constructeurs), Didier Leroy a rappelé que lorsque les constructeurs avaient annoncé à la Commission européenne qu’une réduction de 20% en 2030 représentait un énorme challenge, celle-ci leur avait répondu que cela ne passerait jamais politiquement et qu’il faudrait aller plus loin. La Commission avait alors proposé une réduction de 30%. On connaît la suite et l’obligation qui a été votée va plus loin et exige une baisse de 37,5% (pour les véhicules particuliers).
"Nous avions eu beaucoup de débats et décidé de tenir une position ferme à -20%. Un constructeur avait dit à l’époque, ‘à -30% je ne sais faire que du haut de gamme pour gagner de l’argent et des véhicules électriques pour en perdre’", raconte Didier Leroy.

Pas de panique pour Toyota
A cette sévérité, s’ajoute une nouvelle contrainte, celle de la baisse drastique des ventes de véhicules Diesel, qui étaient bien utiles pour abaisser les émissions de CO2. "Il y a des constructeurs qui ont misé énormément sur le Diesel pour tenir les objectifs de 2021, sans savoir ce que la Commission européenne allait nous imposer pour 2025 et 2030. C’était un pari énorme et pour eux la seule solution est de passer au tout électrique quel qu’en soit le coût", souligne le dirigeant.
Compte tenu des enjeux financiers (95 euros/véhicule vendu en Europe pour chaque gramme au-dessus de l’objectif) qui peuvent représenter plusieurs centaines de millions d’euros d’amendes, il y a comme un vent de panique qui souffle chez certains constructeurs. Pas chez Toyota. Même si Didier Leroy avoue que "-37,5% en 2030, personne ne peux dire 'Je sais comment faire", pour tous et même pour nous c'est un immense challenge", l'entreprise l'aborde dans une bien meilleure posture que la plupart de ses concurrents. "Notre chance est que nous avons une stratégie de long terme que l’on développe depuis 1997. A l’époque, on nous disait que la technologie hybride n’avait pas d’avenir et qu’il n’y en avait que pour quelques années. Nous vendrons cette année 1,8 million de véhicules hybrides et nous en avons plus de 13 millions sur les routes", rappelle Didier Leroy qui souligne que 70% des Yaris sont hybrides.

Des véhicules électriques pour l'objectif 2025
"Nous sommes depuis longtemps dans une logique d’électrification et c’est la différence avec la précipitation de certains vers le pur électrique car il y a urgence pour eux de baisser leurs émissions de CO2", explique Didier Leroy. "Nous ne sommes pas dans l’urgence. Nous avons un plan qu’il va falloir accélérer. La technologie hybride permet d’avoir une grande maîtrise de la technologie électrique", souligne le dirigeant.
Dans la technologie hybride de Toyota (non rechargeable), le fonctionnement est soit électrique, thermique ou les deux ensemble avec un démarrage toujours en électrique. Ce sont les phases de décélération et de freinage qui permettent de recharger la batterie.
"Nous avons fait étudier le fonctionnement de nos véhicules hybrides par Polytechnique et Centrale Paris dans deux villes, Rome et Paris, et sur 7 millions de kilomètres. L’étude a montré que pendant 70% du temps le moteur thermique ne fonctionne pas et que la moitié de la distance est parcourue en mode électrique", explique Didier Leroy. 
Pour Toyota, la technologie hybride rechargeable n’est pas la solution idéale puisque "on balade 80 kg de batteries qui font consommer plus et ne servent à rien si le véhicule n’est pas rechargé", ce qui, souligne-t-il, est assez fréquent. Pour autant, Toyota proposera aussi cette technologie puisque ce sont les villes qui vont l’imposer. "Le problème est de la rendre abordable", souligne Didier Leroy.
A ce jour, cette stratégie permet à Toyota d’aborder sereinement les objectifs de 2021. Selon les calculs de PA Consulting, Toyota devrait être nettement en dessous de son objectif de 95,1 g avec une moyenne qui se situerait à 87,1 g (soit 8 g de moins). Si le constructeur n’a pas besoin de véhicules électriques pour l’objectif 2021, il en faudra pour 2025. Au salon de Shanghai, Toyota a présenté un SUV électrique qui pourra être commercialisé en Europe à condition que ce soit rentable, a dit Didier Leroy. "On n’en a pas besoin pour tenir l’objectif européen [2021, NDLR] et on ne va pas se précipiter. On est capable de continuer à développer notre stratégie d’être de loin l’entreprise dont la flotte va consommer le moins dans les années qui viennent. Si le client européen se dit 'oui j’ai envie d’avoir une voiture électrique', effectivement, la voiture électrique va arriver. On l’aura, il n’y a pas de souci, on est prêt pour ça."

Un engagement environnemental authentique
Cette sérénité, Toyota la doit à sa stratégie d’anticipation : dans le cadre de son "Challenge 2050" (lancé en 2015), il s'est fixé comme objectif de réduire la moyenne mondiale de ses émissions de CO2 de 90% d’ici 2050 par rapport à sa moyenne mondiale de 2010. "Nous avons anticipé depuis longtemps et nous pouvons continuer notre stratégie en accélérant certains points et en gardant notre profitabilité", explique Didier Leroy."Parce que nous l’avons anticipé nous sommes mieux préparés que les autres en restant compétitif."
Dans ce Challenge 2050 qui comporte 6 défis, il y a "Promouvoir l'avènement d'une société en harmonie avec la nature".
L’engagement sociétal, toujours suspect quand il vient d’une entreprise, Toyota le démontre régulièrement. Il y a, par exemple, la décision d'introduire sa technologie hybride en Afrique alors qu’il n’y a pas d’obligation. "Nous le faisons par cohérence. Est-ce qu'on a le droit de polluer en Afrique ? Non", répond le dirigeant qui estime que cette démarche citoyenne sera rentable à terme.
Il y a aussi la mise à disposition de brevets. Ainsi, en 2014, le constructeur a ouvert ses brevets sur la pile à combustible et vient récemment d’annoncer l’ouverture des brevets de sa technologie hybride. "Pourquoi on fait ça ? Cela fait partie des éléments qu’on a parfois des difficultés à comprendre en Europe et qui font partie de l’ADN de la société. On est persuadé qu'on ne peut pas réussir si l’on n’est pas reconnu comme une entreprise citoyenne un peu partout sur la planète. Parfois ça fait rire quand on dit ça", a dit Didier Leroy.
Qu'attend le constructeur de cette ouverture de brevets ? "Nous pensons que cela va permettre de contribuer à l’amélioration de la performance automobile sur l’ensemble de la planète et que nous maîtrisons suffisamment bien notre sujet pour ne pas nous inquiéter que d’autres y accédent librement. Nous dépensons maintenant des milliards dans la recherche sur d’autres projets qui sont liés à la mobilité en général et pas seulement à la mobilité automobile."
Comment cela s’est fait ? Est-ce que cela a été spontané ? "Très honnêtement, nous avons pris la décision il y a 3 à 4 mois. Le Board de Toyota, c’est un tout petit Board, nous sommes 9 personnes et on a longtemps discuté de ce sujet. C’est difficile à expliquer. Les gens ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. La société Toyota se pose beaucoup de questions sur 'Comment peut-on contribuer à la performance, au bien-être des gens sur l’ensemble de la planète ?' Quand je dis ça les gens me disent, ‘T’es pas au boulot, tu peux nous dire la vérité, ce que vous cherchez c’est du fric'. Oui, moi aussi il y a 20 ans je pensais ça quand je suis entré chez Toyota, mais c’est pas ça."
"Cela ne veut pas dire que pour autant que l'on ne s'intéresse pas au profit. On doit aussi respecter les millions d’actionnaires qu’on a sur la planète. On part du principe que le résultat qu’on a à la Bourse de Tokyo, à la Bourse de New-York et à la Bourse de Londres qui sont les trois places où nous sommes cotés, il n’est pas basé sur des coups de pub, la communication trimestrielle. Il est basé sur ce que l’on fait."

La batterie solide bien avant 2030
Pour l'avenir, Toyota compte sur la batterie solide pour laquelle il est, assure Didier Leroy, "le plus grand dépositaire en nombre de brevets". "Nous sommes l’entreprise qui a le plus de licences, de brevets sur la planète sur les "solid state" batterie qui va avoir une durée de vie largement supérieure, avec un temps de charge qui va être divisé par 5 ou par 10 par rapport à ce que l’on connaît et en termes de taille au minimum divisée par deux." Pour quand ? "Les mauvaises langues vous diront que c’est pour 2028/2030. Je peux vous dire qu’on l’aura bien avant ça." A quel prix ? "On pourrait les mettre demain matin sur la voiture. Mais si on fait ça, soit on fait payer un prix fou au client et ça devient une voiture élitiste soit on la vend avec une perte phénoménale."
En 2025, Toyota annonce une version électrifiée sur chaque modèle de la gamme, soit hybride, pile à combustible ou électrique à batterie. Elles représenteront 50% des ventes "aux alentours de 2030" avec un minimum de 1 million de véhicules zéro émission.
Florence Lagarde
(*) Elu Homme de l’Année 2018 par le jury de journalistes fédéré par le Journal de l’Automobile

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Réactions

Quel visionnaire ! Le 2025 paraît intenable et l’on voit FCA acheter des certificats à Tesla pour 500 Milions$.
Vite revenons au Diesel
alain boise, Le mardi 30 avril 2019

Le Diesel va disparaître des VL vers 2022 en raison de l'arrivée de la norme €7 qui va exiger une baisse drastique des émissions même à froid au démarrage.
Ceci nécessitera des systèmes de dépollution trop coûteux, complexes et lourds pour un VL. De plus il faudra songer à rallonger les VL pour caser tout ça, et prévoir un gros réservoir d'urée.
Déjà qu'avec mon €6DTemp, je dois refaire le plein d'urée tous les +/-8000 km ....je vous laisser imaginer pour les €6DFull , puis €7...

Donc en 2022 , Diesel = Utilitaire
Chr$, Le mardi 30 avril 2019

Des propos tenus par Didier LEROY qui sentent bons la "responsabilité sociétale des entreprises (RSE)" …. ?

Très habile même les propos … Un "tantinet" solidaire avec les "copains" au regard du (sévère) challenge que constitue la réduction des émissions de CO2 de 37,5 % pour 2030 …
Et en même temps (…) la sereine confiance sur le travail des équipes de Toyota pour faire en sorte d'atteindre l'objectif en révélant quelques pistes en cours de développement ….
Comme se plaisait à le dire un ancien politique, en somme : 'l'indépendance dans l'interdépendance" … !
:0)
ADEAIRIX, Le mardi 30 avril 2019

Je pense que M. LEROY se fait aussi plaisir à envoyer ici quelques tacles à ses concurrents... nan ?
;0)
Lucos, Le mardi 30 avril 2019

Tesla va faire fortune en revendants ses certificats de bonne conduite,et le GPL ,l’hydrogene,?
alain boise, Le mardi 30 avril 2019

Et le charbon dans une Bollée tant que vous y êtes...
Psst le GPL c'est du pétrole !
Ca fait 10 fois qu'on vous le dit...
;0)
Lucos, Le mardi 30 avril 2019

Et l'électricité, c'est du charbon dans bien des pays
JL S, Le mercredi 01 mai 2019



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