Recevez chaque jour la lettre
d'actualité d'autoactu.com :
Inscrivez-vous
GRATUITEMENT !

Déjà inscrit : connectez-vous

Statistiques

Offres d'emploi

Exclusif !

Déjà inscrit ? Identifiez-vous pour
profiter pleinement d’autoactu.com
Recevez GRATUITEMENT chaque jour la lettre d’actualité d’autoactu.com
envoyer par email
Analyse - 13/08/2018

Les enjeux de la révision des normes de consommation aux Etats-Unis

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché. Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Detroit.

Chacun reste libre de ses opinions. Convaincu ou non que l’homme est responsable du réchauffement climatique, ou même que l’on doute du réchauffement climatique, la préservation de l’environnement est un objectif qui, selon toute logique, devrait sensibiliser l’ensemble de la population. Pourtant, entre le charbon allemand, l’obsession française pour les taxes et la limitation des normes de consommation aux Etats-Unis, le citoyen du monde pourrait parfaitement douter des décisions des gouvernants et de leur volonté de préserver la santé de tous.

Plus étonnamment, le gouvernement de Washington D.C. invoque la sécurité des américains pour justifier sa décision de geler les seuils de consommation des véhicules de tourisme à l’objectif fixé pour 2020 de 35 miles par gallon (6,7 l/100km) de consommation moyenne pour l’ensemble de la flotte de chaque constructeur pour les années suivantes.

Initialement, ces normes de consommation, inscrites dans le cadre des standards CAFE pour Corporate Average Fuel Economy, avaient été fixés par l’administration Obama dès 2012 puis finalisés en 2016 par l’EPA (Agence pour la Préservation de l’Environnement) et devaient permettre d’atteindre le seuil de 54,5mpg en 2025 (toujours en moyenne par flotte de véhicules vendus) soit 4,3l/100km.
Dès la fin de l’année 2016, les constructeurs s’étaient tournés vers le président-élu avant même sa prise de fonction, afin de le sensibiliser au besoin d’adoucir le calendrier d’application de la réduction des consommations, mettant en avant l’argument de l’augmentation du prix des véhicules dans le cadre de l’implémentation de technologies visant à réduire les consommations.


La boîte de Pandore

Il existe un véritable débat sur les normes de consommation. Entre l’avènement, d’une part, des technologies d’électrification, encore peu concluantes malgré des progrès conséquents et, d’autre part, l’amélioration des technologies de réduction des consommations, le bilan énergétique est indéniablement positif mais le bilan environnemental reste assez neutre.
Entre l’extraction des terres rares, du cobalt et du lithium pour les batteries et l’émission de particules par les moteurs essence, les progrès réalisés sont rapidement compensés par de nouveaux problèmes. La focalisation systématique sur un problème spécifique produit des effets souvent pervers et cela ouvre plus facilement la porte à des débats sur l’efficacité environnementale des solutions mises en place.
Mais il ne faut pas stopper le progrès pour autant car les technologies de transition ne sont pas toujours celles qui aboutissent au résultat escompté. Il est d’ailleurs assez fréquent de devoir passer par des phases intermédiaires, parfois rétrogrades, pour réaliser des objectifs ambitieux.

Le gouvernement américain surfe sur l’idée de la santé de la population pour justifier le retrait des normes CAFE et proposer un nouveau standard nommé SAFE (Safer Affordable Fuel-Efficient). Le nom sert le propos car l’argumentaire repose sur l’idée que les coûts supplémentaires à la fois sur la consommation et sur la sécurité seraient de nature à rendre les véhicules moins abordables et donc à détourner les américains du marché automobile puisqu’ils ne seraient plus en mesure de remplacer leur véhicule par un modèle neuf plus sécuritaire (équipés de nouvelles assistances à la conduite, entre autres).
L’agence pour l’environnement et l’agence pour la sécurité des transports (NHTSA) ont même avancé des chiffres indiquant que les nouvelles règles permettraient de mettre l’accent sur la sécurité plutôt que la consommation et sauveraient jusqu’à 12 700 vies à travers des véhicules plus abordables commercialisés entre 2020 et 2029. Ces arguments mettent habilement dos à dos les deux stratégies environnementales et sécuritaires.
Le débat est ouvert et il pourrait être sans fin. Les deux caractères sont importants et opèrent sur des plans différents mais par cette stratégie, ils semblent avoir été hiérarchisés par le gouvernement américain et les agences dont, d’ailleurs, ni l’une ni l’autre n’ont aujourd’hui d’administrateur permanent depuis les départs de Mark Rosekind de la NHTSA en 2016 et Scott Pruit de l’EPA plus tôt cette année.

De leur côté, les constructeurs n’en demandaient pas tant et seraient même plutôt embarrassés par la décision du gouvernement. En effet, les dépenses de R&D, les stratégies de motorisation et les technologies en cours d’implémentations visent à satisfaire aux standards décidés par l’administration Obama.
Les équipementiers ont engagé des investissements conséquents dans des programmes technologiques pour réduire les consommations. En cas de mise en place effective des standards SAFE, certains programmes pourraient être abandonnés ou mis en hibernation et cela ralentirait non seulement la dynamique technologique mais aussi la dynamique économique dont bénéficie l’industrie automobile aux Etats-Unis.
Une telle décision ouvre la voie à un désengagement vis-à-vis de certaines technologies et pourraient ralentir l’électrification des véhicules ou la profitabilité de technologies de réduction des consommations à l’échelle mondiale.

Des conséquences nombreuses
La première conséquence est donc un risque de ralentissement dans le déploiement de technologies visant à réduire les consommations. Aujourd’hui, les investissements consentis sont lourds et nécessitent d’être implémentés, pour la plupart, sur plusieurs régions.
Malheureusement, l’Europe perd de l’intérêt en étant devenue trop instable du point de vue des normes et trop coûteuse en termes de marges puisque la paupérisation des marchés oriente consommateurs et constructeurs vers les petits segments moins rentables.
Si les Etats-Unis, second marché mondial, reculent dans la mise en place des technologies de réduction des consommations, alors l’investissement et le déploiement de nouvelles technologies pourrait être fortement ralenti.

Cette perte de dynamique pourrait entraîner directement, pour le marché américain, une réduction des besoins en compétences à la fois en ingénierie et en production. L’emploi tant visé par le Président pourrait être un dommage collatéral dans une équation trop simpliste comparée à la réalité de l’industrie automobile.
Sans réduction de poids ou d’électrification, certains pourraient voir les constructeurs américains être tentés de laisser de vieux réflexes s’installer, je parle du recyclage à outrance de plateformes et de moteurs amortis plusieurs fois. Mais je ne suis pas convaincu que les constructeurs se laisseront séduire par autant de facilité.

Dan Ammann a d’ailleurs réitéré l’intérêt de GM, groupe dont il est le Chairman, pour les technologies de réduction des consommations dont l’électrification.
Du côté de Ford, l’équipe Edison, dédiée à l’électrification, est en plein ramp-up sur le campus de Corktown à Detroit.

Pour les constructeurs les enjeux vont largement au-delà des standards américains car un ralentissement des investissements ou le recyclage des plateformes risqueraient de faire perdre en compétitivité y compris sur le territoire domestique. Ce serait réécrire l’histoire des années 1970 quand les japonais ont percé grâce à plusieurs qualités ignorées par les constructeurs domestiques, dont la consommation (les autres avantages concurrentiels des japonais étaient la vente puis la fiabilité).
Les constructeurs demandaient initialement un ralentissement du calendrier de réduction progressive des consommations et non le gel de ces standards. La réponse du gouvernement est allée bien au-delà de leurs attentes, du moins si les annonces se concrétisent.
Tout se joue sur les deux prochaines années
Le calendrier électoral étant ce qu’il est, deux échéances sont très importantes aux Etats-Unis. La première concerne les mid-terms, à savoir le renouvellement partiel des deux chambres américaines. Un changement de majorité pourrait effectivement ralentir énormément les décisions prises par le gouvernement en place voire même bloquer les négociations pour finalement aboutir à un status quo.
La seconde échéance concerne les présidentielles de 2020, car un nouveau changement de gouvernement au moment de la mise en place du seuil de 35mpg pourrait revisiter une nouvelle fois les seuils.

C’est une course contre la montre pour le gouvernement actuel car il durcit le ton et s’enfonce dans sa politique actuelle afin de mobiliser sa base électorale à l’approche des élections de cet automne. C’est un quitte ou double qui, pour le moment, alimente beaucoup d’incertitudes ralentit d’ores et déjà les investissements.
Ensuite, si les standards évoluent en 2018 puis de nouveau en 2020, cela pourrait devenir rapidement déstabilisant. En effet, dans l’industrie automobile, les programmes sont décidés au moins 5 ans à l’avance et les investissements couvrent souvent plus de 10 à 15 ans pour se déployer et être rentabilisés.
L’incertitude et l’instabilité sont toxiques et peuvent sinistrer une industrie à l’heure où elle traverse de nombreuses ruptures. Il faut donc garder le cap et pouvoir assurer la mise en place d’une stratégie claire à moyen et long termes et, ce, dans un marché qui poursuit son ralentissement et ses transformations après des années anormalement élevées en volumes.
Bertrand Rakoto

Partagez cet article :

Réactions

C'est le propre de la constitution Américaine avec ùn mandat qui se joue en deux mi temps,moi j'aime.
Pour l'électrification il en est tout autre et l'Amerique na pas le moindre gramme de matière premiere et rare pour fabriquer une batterie,et ça les Ricains n'aiment pas.
Pour ceux qui ont lu l'excellent bouquin de Guillaume Pitron lâ guerre des métaux rares on comprend mieux les enjeux du 21 ieme siecle.
Le Diésel etait une bonne réponse aux problèmes de pollution aux US ,Helas le melon des Allemands à tout foutu par terre,pourtant le TDI etait et est certainement encore le meilleur.
Les US et l'Europe sont confrontés à une sécheresse et anticyclone et des incendies violents qui devrait nous ouvrir les yeux sur la pseudo transition ,ya pourtant urgence.
alain boise, Le lundi 13 août 2018

Question à M Rakoto ,qui fait baisser les consos moyennes ? Les Normes oû la concurrence ?.
Les consos ont baissés depuis vingt ans soit bien avant l'apparition de normes ou de taxes,de toute façon une norme c'est une taxe dans la bagnole.
Pourquoi le relâchement pénaliserait la recherche?tout reste à inventer pour nos ingés.
Allez une petite taxe sur les carburants a la rentrée......attention au prix du Brut
alain boise, Le lundi 13 août 2018

Très bel article dont les premières lignes sont très pondérées....cela change avec les textes rédigés par les exités de tous bords.

La limitation à 6,7 l/100km est tout à fait raisonnable. Ceci dit, pour quel usage :
Transport d'une ou 7 personnes ?
Circulation sur route ou urbaine ?
Coffre vide ou benne chargée ?

Avant de légiférer, il faudrait d'abord définir les usages et seulement ensuite définir les limites de consommation.

Si cela continue, je vais créer une entreprise ( en France ? ) et acheter un Pick up V8 pour éviter les arnaques de taxes sur les véhicules légers et transporter le glyphosate pour mes choux -fleurs.

.
CR-Expert, Le lundi 13 août 2018

😄😄
alain boise, Le lundi 13 août 2018



Organigrammes des constructeurs : pour savoir "qui fait quoi ?"
Le salon de Détroit change de date pour se renouveler



Copyright © 2018 AUTOACTU.COM - Tous droits réservés
autoactu.com - 3 avenue des Pavillons, 92270 Bois-Colombes - Siret : 479 660 235 00017