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Analyse - 08/11/2019

Comment donner des perspectives réalistes aux nouvelles technologies de mobilité

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

De nombreux événements alimentent chaque semaine les acteurs de la vie industrielle de la capitale de l’automobile. C’est pour bénéficier de cette concentration d’ingénieurs, d’analystes et de décisionnaires que le Financial Times a organisé pour la seconde fois à Detroit sa conférence intitulée "le futur de l’automobile". Le thème central consiste à comprendre quelles seront les prochaines étapes et les actions concrètes à mettre en place pour bénéficier des solutions de mobilité connectée, autonome, partagée et électrifiée.

Les intervenants choisis ont permis de mélanger constructeurs et nouveaux acteurs du secteur des mobilités. Ainsi, Mike Flewitt, CEO de McLaren Automotive a pu partager l’estrade avec Jim Farley de Ford, Rachel Kuhn de GM, Mamatha Chamarthi de FCA, Bret Scott de Wejo, ou encore Jasha Franklin-Hodge directeur de l’Open Mobility Foundation. Après 10 ans d’effervescence, d’investissements et d’enthousiasme autour des nouvelles mobilités, il n’était pas question de faire un bilan mais de regarder comment et à quel rythme les solutions offertes peuvent être déployées pour servir les besoins de mobilité de façon durable aussi bien au niveau environnemental qu’économique pour les constructeurs, les équipementiers, les opérateurs de mobilité et les collectivités et gouvernements concernés.

Aligner les planètes
L’exercice le plus difficile est de faire fonctionner ensemble des solutions et des technologies qui ne servent pas les mêmes populations, ne suivent pas les mêmes modèles économiques et n’obéissent pas aux mêmes régulations. Les cycles de décisions, d’investissements et de développement sont très différents puisque le monde digital se renouvelle tous les 2 ans, l’automobile tous les 25 ans et les villes tous les 50 ans. Les nouvelles mobilités nécessitent de mobiliser les énergies pour aligner les agendas afin d’intégrer l’évolutivité des solutions digitales dans les véhicules et les villes. A ce challenge s’ajoute la nécessité de devoir intégrer et adapter des solutions nouvelles et évolutives à des villes possédant des situations démographiques, économiques, géographiques, climatiques et infrastructurelles variées.

Pittsburgh est un parfait exemple de cette diversité et de la difficulté d’intégration des nouvelles technologies. La population péri-urbaine est très nombreuse. La ville est située au nord des Appalaches, là où l’Allegheny et la Monongahela se rencontrent pour former le fleuve Ohio. La ville est entourée de reliefs avec de nombreux ponts et une météo hivernale rude. Dans ce cas de figure, adopter les nouvelles mobilités demande une vision mais surtout des investissements importants. Aux Etats-Unis, les urbains dépensent en moyenne $20,000 par véhicule et par an entre les loyers (leasing ou crédit), le parking, l’énergie et l’entretien.

Pour Karina Kicks, directrice des mobilités et des infrastructures pour la ville de Pittsburgh, il faut commencer par investir dans les nouvelles solutions de mobilité pour ensuite bénéficier de la redirection des dépenses individuelles destinées aux véhicules. A moyen et long terme, l’objectif est de pouvoir améliorer le logement et les infrastructures afin d’engager une transformation durable de la ville. Le discours est réaliste et structuré mais pour réussir, il est impératif de combiner les efforts de l’ensemble des acteurs concernés (constructeurs, équipementiers, fournisseurs de services, gestionnaires de flottes, transports publics et pure players). C’est un point essentiel pour éviter de tomber dans le cercle vicieux de la question de la poule et de l’œuf. On est loin de la transformation par la contrainte.

Les points de vue exprimés étaient tous constructifs et offraient une approche basée sur l’accompagnement et des efforts conjugués, loin des politiques de certaines villes françaises basées sur la contrainte et la mise en place de nouvelles taxes.

Déployer des technologies adaptées aux besoins
L’automobile est, et a toujours été, une industrie technologique. Mais l’électrification et la conduite autonome demandent beaucoup plus d’investissement du point de vue des logiciels que du hardware. Pour cela, les entreprises automobiles doivent transformer leur culture afin d’accueillir les talents venus du monde digital et des nouvelles technologies. C’est une mutation essentielle pour se dégager des mentalités corporatistes et des systèmes désincarnés. Les méthodologies doivent également évoluer. Pour Davor Andric, CTO de la société d’intelligence artificielle DXC, l’ingénierie de l’industrie doit sortir des cycles de développement en V pour embrasser des systèmes en boucle continue, plus agiles et plus rapides. L’automobile est capable de ces changements culturels et organisationnels, comme elle l’a prouvé en adoptant les équipes projets dans les années 1980 ou bien en éloignant les équipes liées à la compétition pour garantir non pas la robustesse des process mais l’obtention de résultats.

Cependant, les systèmes organisationnels sont rétifs au changement car toute transformation nécessite des efforts afin de quitter les habitudes et devenir flexible, particulièrement dans les strates managériales où la gestion des personnes reste très empirique. Les constructeurs en sont conscients puisque les divisions liées aux innovations technologiques ou à la compétition sont souvent des unités isolées. Pour ces unités, la robustesse des process est synonyme d’extinction rapide. C’est le cas chez GM où les équipes de Karina Kuhn, directrice de l’innovation, opèrent de façon indépendante pour développer de nouvelles idées et de nouvelles solutions.

Cela étant dit, les changements de cycles technologiques et leur accélération vont imposer aux organisations de s’adapter dans leur ensemble pour ne pas avoir des innovations plus rapides que leur validation. C’est encore le cas avec les IHM où la plupart des systèmes sont obsolètes à leur lancement et poussent naturellement les clients vers les environnements qu’ils connaissent et maîtrisent, je parle d’Android Auto et de CarPlay. Certains constructeurs se sont décidés à sous-traiter une partie des IHM auprès de Google, comme c’est le cas de Volvo, GM, Renault-Nissan et prochainement FCA. Reste à comprendre comment le géant américain va appréhender la chose et offrir une expérience utilisateur à hauteur des attentes des occupants des véhicules.

La balle dans le camp du régulateur
Les nouvelles technologies de mobilité doivent faire preuve de deux qualités majeures pour pouvoir percer durablement. Elles doivent être disponibles et pas seulement à la portée de quelques zones géographiques. Les solutions doivent pouvoir être déployées dans les zones denses aussi bien que dans les zones où les besoins sont plus épars afin de servir l’ensemble de la population. Limiter les services à quelques zones ne permet pas d’opérer un changement durable dans les habitudes de mobilité. Les technologies doivent être abordables. Trop souvent, les solutions sont développées et mises en application par des exécutifs de l’automobile ou des ingénieurs de la Silicon Valley, une des régions du monde où les salaires et le coût de la vie sont démesurés.

Pour aligner les planètes, il est donc impératif de déployer des politiques volontaires de la part des collectivités basées sur des investissements et un haut niveau de concertation. L’exploitation des données de mobilité est impérative pour permettre aux pouvoirs publics de prendre les décisions adaptées pour que l’automobile connectée, autonome, partagée et électrifiée puisse se développer de façon réaliste et durable dans les 15 à 20 prochaines années.

Les nouvelles solutions de mobilité doivent être intégrées dans les transports collectifs et non pas leur faire concurrence. Mais pour cela, la réglementation doit elle aussi évoluer. Tous les intervenants étaient d’accord sur le fait que les efforts doivent désormais venir de la réglementation. Les pouvoirs publics ont milité pour une mobilité plus facile, plus abordable et plus vertueuse, il faut maintenant octroyer le cadre légal nécessaire pour permettre leur développement et les mettre à la portée de tous.
Bertrand Rakoto

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Réactions

N'oublions pas le client dans tout cela..
;0)
Luc Os, Le vendredi 08 novembre 2019

Les villes se ferment ....électrifiées ou pas
alain boise, Le vendredi 08 novembre 2019

De toute façon , en ville, le vélo est roi et l'automobile y ressemble de plus en plus à un moyen de transport pour faignant :
- Suppression de la pédale d'embrayage et du levier de vitesse (BVA ; DCT ; CVT)
- Suppression de la pédale de frein (conduite possible en mono pédale sur les BEV)
- Bientôt (2030 ?) suppression du volant (AV Level 5)

Aussi, les villes sont déjà en train de réduire les voies de circulation dédiées aux automobiles. Qu'ils soient ICE ou BEV, les bouchons et contraintes de circulation sont identiques et ne vont pas aller en s'améliorant !

En contre partie, celles-ci ajoutent des pistes cyclables et réduisent le nombre de place de parking disponibles en surface.

La tendance lourde est la. Sa vitesse dépend juste des lieux.
Les jeunes de la génération Y et Z sont déjà parfaitement en phase .... d'ailleurs ils ne prennent même plus la peine de passer leur permis de conduire...

L'automobile individuelle est donc déjà morte en ville et les constructeurs devraient se concentrer sur la campagne et les grands espaces.....
Chr$, Le vendredi 08 novembre 2019

Le lave vaisselle est-il un moyen de lavage pour fainéant ?
;0))
Luc Os, Le vendredi 08 novembre 2019

Nous serons obligés de nous ADAPTER de gré ou de force !
Ceci dit vous avez toujours les moyens de réagir:
Tournez votre portefeuille dix fois dans votre poche avant de le sortir !!!
Gagnez votre pognon...sans le dépenser après...
Soyez toujours en position d'acheteur et pas de vendeur ...
Dites toujours : "je vais réfléchir" ...
Demandez tours ce qui n'est pas disponible...
N'achetez jamais rien de neuf, juste des "premières mains" quasi neuves et sous votre nez, critiquez toujours la marchandise !
Tout produit qui n'a pas une extension de garantie: refusez !
Emmerdez tout le monde gentiment en souriant !
Le client fainéant s'en sortira toujours !
Toujours la devise: courage fuyons, et mettez toutes les sollicitations à la poubelle...en disant que rien n'est urgent !
L'urgent est déjà fait...car vous êtes prévoyant...et les miracles vous n'y croyez pas !
Jo Duchene, Le vendredi 08 novembre 2019

Question de Luc Os sur les lave-vaisselle = HORS SUJET !
;0(((
Centre de Gravité, Le vendredi 08 novembre 2019

Je constate que Luc Os est dans la stratosphère....avec humour et finesse ...et le Centre de Gravité explose et s'écrase lourdement au sol...
Jo Duchene, Le vendredi 08 novembre 2019

Luc os n’est jamais hors sujet,lui seul peut juger si il est dans le sujet ,lui seul peut distribuer les satisfécits ou les blâmes,c’est notre Surgé à tous ))))))
alain boise, Le vendredi 08 novembre 2019

Requiescat in pace…
;0)
Luc Os, Le vendredi 08 novembre 2019

On dit Conseiller Principal d'éducation depuis les années 70...
;0))
Luc Os, Le vendredi 08 novembre 2019

Notre ami Bertrand Rakoto cherche des perspectives réalistes au US....
Qu'il sache que pour une fois Madame Merkel donnes quelques perspectives aux allemands:
Voici ce qui, pour ce WE, vaut la peine d'être piqué sans vergogne, sur un site du net qui fait dans les voitures propres :

« Nous voulons arriver à 1 million de bornes d’ici à 2030 » a insisté la chancelière dans une vidéo diffusé sur internet. Pour y parvenir, celle-ci prévoit un nouvel investissement de 3 milliards d’euros d’ici à 2023 afin d’accélérer le déploiement des points de charge pour véhicules électriques mais aussi des stations à hydrogène. Dès 2020, une première enveloppe de 50 millions d’euros sera débloquée pour soutenir le déploiement des infrastructures dans le secteur privé.
A Zwickau, la production de la Volkswagen ID.3 a officiellement démarré ce lundi 4 novembre.
Faciliter les déploiements
Au-delà des sommes investies, l’Allemagne compte également lever les freins réglementaires susceptibles de bloquer ou de ralentir certains projets.
Le gouvernement souhaite notamment clarifier les critères liés à l’installation de bornes de recharge rapide le long des autoroutes mais aussi mettre en place de nouveaux leviers pour inciter le déploiement de bornes sur les parkings privés ouverts au public. Notamment ceux des supermarchés.
Des aides à l’acquisition étendues
Si l’infrastructure reste un pilier essentiel pour le développement de la mobilité électrique, les aides à l’acquisition s’avèrent tout aussi indispensables pour permettre de démocratiser la technologie. Alors qu’il propose déjà une aide de 4000 € en cas d’acquisition d’une voiture électrique, le gouvernement compte étendre le dispositif dès l’an prochain.
En pratique, le montant du bonus pour les voitures électriques dont le prix de vente est inférieur à 40.000 euros passera de 4000 à 6000 €. Les modèles hybrides rechargeables dans la même catégorie de prix verront quant à eux la subvention passer de 3000 à 4500 euros. Pour les modèles au tarif supérieur à 40.000 €, le montant de la prime passera à 5000 € pour le tout électrique et à 4000 € pour l’hybride rechargeable. Le plafond d’attribution de l’aide sera par ailleurs augmenté. Alors que les voitures électriques dont le prix catalogue est supérieur à 60.000 euros sont aujourd’hui exclues du dispositif, le seuil passera à 65.000 €.
En parallèle, le gouvernement annonce étudier la mise en place de subventions dans le domaine de l’occasion."

Que fait le monsieur Merkel de chez nous?
RIEN et NADA !!
Moi si j’étais Carlos Tavares j'aurai une profonde frousse concernant ma production de VE en France, et de l'aide de la part de Macron concernant l'infrastructure de charge en France.
Déménagez en Allemagne.
Jo Duchene, Le samedi 09 novembre 2019



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