Constructeurs - 02/05/2019

Royaume-Uni : temps gris pour l'automobile menacée par l'orage d'un Brexit brutal

(AFP) - L'industrie automobile britannique est en pleine tourmente avec une production en repli marqué et des départs d'activités sous d'autres cieux, le tout sous la menace constante d'un Brexit brutal. 

Partagez cet article     

Mardi, deux annonces sont venues rappeler que ce secteur en pleine forme il y a deux ans emprunte désormais des chemins bien cahoteux.
Les professionnels de l'automobile au Royaume-Uni ont d'abord fait état d'une chute de 14% de la production de voitures au mois de mars sur un an, avec quelque 126 000 véhicules sortis des chaînes d'assemblage. Il s'agit de la dixième baisse consécutive, provoquée par un ralentissement de la demande tant en Asie qu'en Europe - alors que près de 8 voitures sur 10 produites sur place sont destinées à l'exportation, dont la moitié pour l'UE.
Se tournant vers l'avenir, l'Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT), qui a diffusé ces données, a aussi prévenu que la production de voitures allait s'écrouler en cas de Brexit sans accord avec l'UE.
Elle a publié une étude sur les conséquences attendues des divers résultats possibles des négociations autour du Brexit - initialement prévu le 31 mars mais repoussé au 31 octobre sur fond de blocage politique au Royaume-Uni.
Si les négociations sur le Brexit aboutissaient à "un accord favorable et une période de transition maintenant le statu quo", la production de voitures au Royaume-Uni pourrait s'établir à 1,36 million cette année, certes moins qu'en 2018 (1,52 million), mais elle remonterait ensuite pour atteindre 1,42 million en 2021, d'après la SMMT.
A l'inverse, si le pays quitte l'UE sans accord avec Bruxelles - ce qui introduirait des droits de douane importants -, la production dégringolerait de 30% par rapport à ses niveaux récents, prévoient les professionnels. Elle tomberait à 1,07 million de voitures en 2021, revenant à ses niveaux déprimés du milieu des années 1980.
"Malgré la prolongation des négociations, le compte à rebours du Brexit tourne toujours et le spectre d'une sortie sans accord demeure", a prévenu le directeur général de la SMMT, Mike Hawes.
"Il y a quelques années, notre industrie automobile était bien partie pour produire deux millions de voitures par an à l'horizon 2020 - un objectif désormais impossible à atteindre au moment où se brouille l'image du Royaume-Uni comme pays stable et attractif pour investir", a déploré M. Hawes.

Série noire
En écho à ce sombre constat, Jaguar Land Rover (JLR) a annoncé quelques heures plus tard que son nouveau 4x4 Defender serait produit en Slovaquie, et donc pas au Royaume-Uni où ce véhicule tout terrain massif était assemblé jusqu'en 2016 - année où sa production a été arrêtée.
Le constructeur britannique a indiqué dans une déclaration transmise à l'AFP que ce nouveau Land Rover Defender serait assemblé dans son usine de Nitra inaugurée en octobre dans l'ouest slovaque.
Certes, JLR n'avait pas caché précédemment ses ambitions pour ce site slovaque, où il a investi un milliard de livres et sa capacité de production de 150.000 véhicules par an pourrait à terme doubler. Le groupe, qui n'a pas lié cette décision au Brexit, va en outre équiper ce véhicule d'un moteur fabriqué à Wolverhampton (centre de l'Angleterre) et a assuré investir encore sur son site anglais voisin de Solihull, où il va produire notamment la prochaine génération de Range Rover.
Reste qu'il s'agit d'une mauvaise nouvelle supplémentaire pour cette industrie au Royaume-Uni dont l'actualité est rythmée dernièrement par des annonces souvent déprimantes, notamment de la part des constructeurs japonais très implantés.
Nissan a renoncé à produire un crossover dans son usine géante de Sunderland (nord-est de l'Angleterre) et Honda a annoncé la fermeture en 2021 de son usine de Swindon (sud-ouest de l'Angleterre), même s'il n'a pas évoqué le Brexit.
Réjouissance rare dans cette série noire, Toyota a annoncé fin mars qu'il allait fabriquer une nouvelle voiture hybride pour son partenaire Suzuki au Royaume-Uni.
AFP

Partagez cet article     

Articles connexes :

Brexit : Londres veut rapidement négocier les 10% de droits de douane sur l'automobile Marchés - 10/04/2019

Réactions

Envoyer cet article à un ami

Les champs suivis d’une astérisque sont obligatoires.

Aucun commentaire, soyez le premier à participer !

Votre commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire

Mot de passe oublié

Autres actualités

Edition du 02/05/2019

Suzuki et le groupe Bellamy, une relation de confiance qui dure depuis 18 ans

Suzuki France entretient avec son réseau une relation de confiance, gagnant-gagnant, qui est récompensé par une forte rentabilité, 1,7% l'année dernière. Le groupe Bellamy, qui vient d'investir 1,4 million d'euros pour refaire à neuf son site exclusif de Bourg-en Bresse, ne cache pas sa satisfaction de distribuer la marque depuis maintenant 18 ans.

Réseaux

2020, année creuse pour le site PSA de Mulhouse

La direction de l’usine qui emploie 6600 personnes, dont 1344 intérimaires, a confirmé mardi l’arrêt de la production de la Peugeot 2008 au quatrième trimestre. En attendant un nouveau véhicule volumique en 2021, le site tournera au ralenti.

Constructeurs

Catégorie Constructeurs

Tensions autour de l’annonce de PSA de reprise de la production en Europe

La reprise de l’activité des sites de production pourrait ne pas aller aussi vite que PSA l’aurait souhaité. Le groupe annonce la mise en place d’un protocole sanitaire renforcé dans les usines. Pour les syndicats, la reprise ne pourra pas se faire avant que le pic de l’épidémie Codid-19 soit passé.

30/03/2020