Recevez chaque jour la lettre
d'actualité d'autoactu.com :
Inscrivez-vous
GRATUITEMENT !

Déjà inscrit : connectez-vous

Statistiques

Offres d'emploi

Exclusif !

envoyer par email
Constructeurs - 09/01/2020

Carlos Ghosn, une prise de parole pour contrer 400 jours d’humiliation en 2 heures

Ce mercredi 8 janvier Carlos Ghosn a tenu à Beyrouth au Liban sa première conférence de presse depuis son arrestation au Japon. Il a balayé au pas de charge les accusations une à une et assuré qu’il défendra ses droits vis-à-vis de Nissan et de Renault. 

"Le 19 novembre 2018, c’est comme si j’étais décédé. Je ne savais pas si j’allais revoir les gens que j’aime. Quand vous passez par une période comme cela vous vous anesthésiez pour vous protéger contre la souffrance. C’est votre façon de survivre", a dit Carlos Ghosn lors de cette conférence de presse. Il répondait à une question de la journaliste de France Télévision qui lui demandait ce qu’il avait ressenti lorsqu’il avait compris qu’il avait réussi son évasion. "Quand j’ai vu que j’étais sorti c’est comme si quelque part je revenais à la vie", a-t-il poursuivi.
S’il avait retrouvé ses réflexes de chef d’entreprise, le Carlos Ghosn de cette conférence de presse n’avait pas cette sorte de distance et de retenue qu’on lui connaissait et il s’est montré ému, heureux d’être là. Il a même quitté l’estrade pour rejoindre les journalistes au moment des questions/réponses avant que ses communicants ne le renvoient à son pupitre.
Il a expliqué qu’il a pris la décision de quitter le Japon quand il a compris que l’issue de son procès n’aurait pas lieu avant au moins 5 ans et que d’ici là il n’avait aucun espoir de revoir sa femme. "Si on avait laissé ma femme vivre avec moi, je serais resté au Japon. La seule chose que je demandais était un peu d’espoir", a-t-il dit.
Il a ainsi beaucoup été question de sa femme lors de cette conférence et de la déshumanisation qu’il a ressenti pendant ces 400 jours au Japon.
Il a raconté que le juge avait rejeté à sept reprises sa demande de mettre un terme à l’interdiction de voir sa femme. Que les interventions sur ce sujet d’Emmanuel Macron et du Premier ministre libanais auprès de Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, n’avaient eu aucun effet.
"Je souhaitais voir ma femme. Le juge était surpris que je souhaite voir ma femme. Alors peut-être que pour beaucoup de personnes c’est plutôt un cadeau de ne pas voir sa femme mais pour moi c’était une punition. Et ils le savaient car ils ont la correspondance avec Carole, ils savent que je l’aime car ils avaient accès à son compte mail", a dit Carlos Ghosn. "Il n’y avait aucune lueur de retrouver une vie normale. Je me suis dit, il ne me reste plus rien, je dois partir." "Je ne voulais pas mourir là-bas", a-t-il dit.

Répondant à un journaliste d’une chaîne de télé japonaise qui lui reprochait d’avoir violé la justice japonaise, il a accusé le parquet de ne pas respecter lui-même les lois japonaises : "J’ai bafoué la législation japonaise car j’ai quitté le Japon, certes c’est problématique. Mais ce qui est problématique, c’est que le parquet lui a violé une dizaine de législations et tout le monde s’en fiche. Vous savez pertinemment qu’il y a une loi au Japon qui dit qu’il ne peut pas y avoir de fuites d’éléments de preuves de la part du parquet. Pourtant ils l’ont fait", a dit Carlos Ghosn. "Quand vous êtes dans une situation où vous êtes le seul qui doit respecter la loi et tous les autres sont au-dessus de la loi, vous vous dites que les dés sont pipés. Je ne pense pas que le Japon mérite ça. J’aime les Japonais, j’aime le Japon."
"Comment se fait-il que je sois traité comme un terroriste ?", a dit Carlos Ghosn.

S’il n’a rien vu venir, Carlos Ghosn ne voit pas comment il aurait pu s’en douter. Il a raconté avoir dit à un journaliste américain qui s’étonnait qu’il n’ait eu aucun soupçon : "Avez-vous vu venir Pearl Harbor ?", en référence à l'attaque surprise de la base navale américaine par les forces japonaises en 1941. "Je n’étais pas dans mon pays. Tout cela a été préparé de manière confidentielle", a-t-il dit.

Dans la première partie de son intervention, Carlos Ghosn a contesté toutes les accusations portées contre lui. L’accusation de non-déclaration de rémunération à l’origine de son arrestation ? "Une somme pas fixée, pas décidée, pas versée", a-t-il dit. "Il n’y a pas un pays démocratique où on est mis en prison pour ce type d’accusation, même si elle est fondée", a dit Carlos Ghosn. Selon lui, Nissan a dit au parquet japonais avoir mis 9 milliards de yen de côté, et dans le même temps avoir plaidé non coupable pour cette accusation au Tennessee.
Les sommes versées aux entreprises de M. Juffali ami de Carlos Ghosn et importateur Nissan dans la région du Moyen-Orient l'ont été en rémunération du développement des ventes dans la région. "Je voulais passer à l’offensive dans la région", a dit Carlos Ghosn soulignant que Toyota faisait des profits dans la région et pas Nissan et que ces sommes (un total de 14,7 millions d’euros) étaient "plus bas que ce que paient les concurrents".
Les deux soirées qu’on lui reproche à Versailles (mais qui ne font pas l'objet de poursuites) ? La première correspondait aux 15 ans de l’Alliance et Versailles "le site français le plus visité" représente "le symbole de l’ouverture au monde" et fascine les étrangers. Pour la deuxième soirée, pour les 50 ans de sa femme, il pensait de bonne foi (la facture de cette soirée a été projetée pendant la conférence) qu’on lui avait offert la prestation de location de la salle puisqu’il avait payé tous les frais de la soirée en utilisant les prestataires du château. Il a rappelé que Renault était mécène du château alors que le groupe automobile avait sponsorisé pour un million d'euros la réfection du "Salon de la paix".
Le contrat avec sa sœur Claudine ? Il a été passé dans le cadre de sa fonction de directrice de la Chambre de commerce au Brésil et elle a été une personne clé pour "reconstruire une entreprise d’un milliard de dollars pour Nissan", a dit Carlos Ghosn.

Il a également critiqué les bases de la procédure contre lui en France. "Renault a communiqué les résultats d’un rapport intérimaire avant même que je réponde. Cet audit n’est pas contradictoire et n’a suivi aucune des règles de l’audit". "Toutes les factures sont vues et visées en interne et externe. RNBV a le même protocole que Renault et Nissan", a-t-il dit.
Il a plusieurs fois dit qu’il voulait laver son honneur : "J’ai été sali", "Je vais blanchir mon nom, rétablir ma réputation", "Je vais me battre, je dois rétablir ma réputation". "Je ne peux pas admettre que des personnes ont monté cette histoire et vont s’en sortir. C’est inacceptable." 

Il a redit qu'il n'avait pas fui la justice mais les conditions de son procès qui n'étaient pas équitables. "J’ai quitté le Japon parce que je veux la justice", a-t-il dit. "Je suis prêt à me présenter devant n’importe quel tribunal si j’ai la garantie d’un procès équitable."
A la question d’un journaliste qui lui demandait s’il se rendrait à la convocation d’un magistrat français ? "Si on demande à me parler, je vais me présenter. Je suis accusé sur la base d’un audit truqué", a-t-il répondu.

"J’ai des droits vis-à-vis de Renault et de Nissan qui n’ont pas été respectés. Je ne vais pas abandonner mes droits", a dit aussi Carlos Ghosn. Il a été assez sévère pour Renault et jeté le trouble sur les conditions de son départ et notamment la lettre qu'il a envoyé au Conseil d'administration de Renault qui a été lue comme une lettre de démission lors du conseil du 24 janvier 2019. "Je n’ai pas démissionné de Renault. Je me suis retiré car j’étais en prison", a-t-il dit.  Présenter cette lettre comme une démission est "une forfaiture", a-t-il dit.
Il va également demander le paiement de sa retraite. "Je suis citoyen français. Je ne suis pas au-dessus des autres, mais je ne suis pas en-dessous", a-t-il dit. Il y avait une certaine amertume sur le traitement qui lui a été réservé par Renault après son départ, "sans même un merci".

Florence Lagarde

Partagez cet article :

Réactions

Merci Monsieur.
Merci d’avoir emmené Renault à des sommets,d’avoir bousculé la propulsion électrique,d’avoir fait revivre Alpine.
Vous êtes parmi les grands voire les très grands.
En plus vous le prouvez dans votre résilience alors qu’ils ont cherché à vous briser.
Vous méritez largement votre retraite quand on voit votre chemin aussi bien chez Michelin que Renault,Nissan était un mort vivant avant votre arrivée.
Chapeau aussi à votre épouse de vous avoir soutenu dans ces épreuves et de vous avoir permis de tenir,il n’y a pas de grand homme ....sans grande Femme.
Bonne chance à son successeur,y’a du boulot
alain boise, Le jeudi 09 janvier 2020

... Le titre de l'article la directrice en chef résume parfaitement la tonalité de la performance de Carlos Ghosn, lors de sa conférence de presse, hier.
;0)
ADEAIRIX, Le jeudi 09 janvier 2020

Rien à rajouter. Merci d'avoir porté l'automobile française au plus haut niveau.
Albert, Le jeudi 09 janvier 2020

Ghosn est de retour !
La presse du monde entier se précipite pour écouter l’Oracle… !
La télévision française retarde le compte-rendu du discours de Trump sur la guerre au Moyen-Orient pour faire passer la conférence de presse de Mr Ghosn en priorité.

Tout cela pour expliquer qu’il a été trahi par ses amis, ses protégés d’hier, et honteusement traité.
C’est sûrement vrai, et alors ???
Mais quand il prétend que chez Nissan et Renault tout va très mal depuis qu’il n’est plus là, il se moque du monde.
Oui, il a délibérément déstabilisé Nissan en l’emmenant dans une course effrénée aux volumes pour que l’Alliance soit le premier Groupe automobile mondial (ce qui est très discutable) mais maintenant il faut assumer.
Mais Quid pour Renault ?? Il est bien resté jusqu’en janvier 2019 le patron de Renault ; il revendique même n’en n’avoir jamais démissionné. Or, Renault est au moins aussi malade que Nissan, même si jusqu’ici, ça se voit moins dans les comptes.

Depuis des années la part de marché de Renault en Europe ne cesse de se dégrader : de 11% en 1999, avant l’Alliance, elle était à fin 2018 de 7,1% et à fin 2019 de 6,7%. 4,3% de perte de marché représente environ une perte de 650 000 ventes par an, soit la capacité de 4 usines.
Sa politique produit est complètement incohérente.
Le résultat étant que notre constructeur national est revenu à la monoculture : sur une gamme de 10 modèles, seule se vend la Clio et son dérivé Captur ; son haut de gamme (où est l’argent) est un champ de ruines. Peugeot, Ford et Opel en vendent trois à cinq fois plus que Renault et Volkswagen 10 ou 20 fois plus encore !!. Et ça n’est pas sur la grande exportation que Billancourt se refait : les marchés laissés par l’Alliance à Renault sont tous aléatoires : Russie, Iran, Inde, Brésil, Argentine.

L’image de Renault est devenue celle du « loser » ballotté par les scandales à répétition de son patron : les paris électriques perdus, le faux espionnage, les démêlés avec la justice japonaise. Mr Ghosn qui est si habile pour trouver les agences de com performantes, doit savoir mieux que quiconque combien coûte une telle descente aux enfers. Mais qui va lui présenter l’addition, qui aura le courage de demander ses vrais comptes à Mr Ghosn ?
Jacques CHEINISSE, Le jeudi 09 janvier 2020

Merci cher Jacques de remettre l'église au milieu du village.
Rien à ajouter.
Bruno HAAS, Le jeudi 09 janvier 2020

Jacques Cheinisse a parfaitement raison...et je pose la question qui ne sers à rien...mais supposons qu'on revient en arrière et que Carlos Goshn est encore patron de Nissan et Renault ...
Est(-ce que les deux constructeurs seraient dans la récession malgré tout ?
Ma réponse est deux fois OUI !
Ils ne sont pas seuls, car ils ont des concurents féroces, et la conjoncture économique mondiale est en CONTRACTION pour le business et l'industrie automobile.
Au fait la REALITE actuelle (et son départ rocambolesque) met Carlos Goshn (bien au chaud au Liban) dans une position hyper confortable de GARS qui laisse la MERDE dérrière lui.
Jamais encore quelqu'un a aussi bien résumé que Jacques Cheinisse dans son dernier paragraphe la VÉRITABLE SITUATION des deux constructeurs
Exemple, qui a remarqué que le dernier PDG en datte de Nissan a juste tenu une semaine ?
Chez Renault .le nouveau PDG...pour l'instant n'a rien fait...il a juste démissionné de SEAT...et pas plus !!
Cher Bruno, je connais une famille riche à Beyrouth (attention une seule !) je peut vous assuré que du coté teuf, plages (privées) et bikinis... c'est le
paradis !!
Jo Duchene, Le jeudi 09 janvier 2020

Je peux vous dire que ce qui a fait le plus mal au Japon ce sont les documents internes d'approbation signés par Saikawa et compagnie car dans ce pays quand tu as signé…
;0)
Lucos de Beuliou el Tipi, Le jeudi 09 janvier 2020

Carlos Ghosn n'est pas accusé pour ses résultats financiers au sein de l'Alliance mais des soi-disant malversations financière.
Je dis soi-disant car pour l'instant si l'état Japonais et sa ministre de la justice demande à CG de fournir ses preuves d’innocence eux n'ont rien montré du dossier concernant sa culpabilité. Même ses avocats n'ont accès à rien.
Cela pourrait changer suite à l’interrogatoire du jour par le Liban qui répond au Japon qu'ils veulent bien étudier la culpabilité de CG à condition que le Japon lui fournisse tous les éléments... le fameux dossier.
Attendons de voir ce que le Japon va faire.
Sinon, je ne sais pas si vous avez vu l'interview faite par le journaliste de LCI : CG conseille clairement à tout ressortissant étranger de ne pas se rendre dans ce pays qu'est le Japon... Bonne ambiance.
Frederic, Le jeudi 09 janvier 2020

Eh Frederic, on peut acheter du saké en dehors du Japon, mais pour se le faire servir par une geisha....c'est rappé d'avance !
L'éditeur du livre de poche "Tokyo Vice" ne m'a pas envoyé de chèque pour la pub que je lui fait, mais je le cite encore.
Quel bouquin passionnant (dans les 8 euros) sur ce qui craint sérieusement là bas au japon (presse et justice) !
Jo Duchene, Le jeudi 09 janvier 2020

Plus ça va, plus j'ai l'étrange impression que personne n'a rien !
Et comme disaient les Shadocks, s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème..
;0)
Lucos de Beuliou el Tipi, Le jeudi 09 janvier 2020

Là aussi Lucos donne la bonne réponse ci dessus, Saikawa et les deux autres gros larrons (du complot dixit Carlos) qui ne seront pas poursuivis....par les procureurs, car ils ont très, très rapidement et hyper vite et sans bruit plaidé coupables....et comme ils sont japonais et du sérail, ils ont eu la mansuétude des juges certainement.
Personne sait de quel peine ils ont écopés, et seulement qu'ils ont démissionné très rapidement de Nissan !
Il a été demandé à Carlos de plaider coupable et de dénoncer au passage par écrit (et signer) les petits camarades. C'est les usages (moyenâgeuses) au Japon.
Jo Duchene, Le jeudi 09 janvier 2020



Comme un avion sans ailes
Mon garage bipolaire



Copyright © 2020 AUTOACTU.COM - Tous droits réservés
autoactu.com - 3 avenue des Pavillons, 92270 Bois-Colombes - Siret : 479 660 235 00017