Recevez chaque jour la lettre
d'actualité d'autoactu.com :
Inscrivez-vous
GRATUITEMENT !

Déjà inscrit : connectez-vous

Statistiques

Offres d'emploi

Exclusif !

envoyer par email
Analyse - 08/01/2019

Chine : Pourquoi le gouvernement autorise un marché en baisse

La chronique de Matt Gasnier, spécialiste du marché chinois et créateur du site Bestsellngcarsblog.com, le site de référence global concernant l’analyse des statistiques de ventes de voitures, couvrant plus de 200 pays.

À deux reprises en fin d’année dernière (début novembre et fin décembre), le gouvernement chinois a officiellement annoncé qu’il ne soutiendrait pas son marché automobile avec la traditionnelle baisse des taxes à l’achat sur les véhicules de 1.6l de cylindrée ou moins. Cette mesure avait été prise en 2015 avec succès lorsque le marché avait montré, déjà à l’époque, des signes d’essoufflement. Pire, le gouvernement a approuvé en décembre une nouvelle loi qui sera appliquée dès le 1er juillet 2019 et qui empêchera d’utiliser cette taxe comme levier sur les ventes de voitures dans le pays, la fixant à 10% indéfiniment. Cette réticence à garder le marché local sous perfusion est nouvelle, et un état des lieux est nécessaire pour nous permettre de mieux la comprendre.

Le premier résultat de ce statu quo est déjà visible : après 27 années consécutives de hausse, le marché automobile chinois est en baisse sur une année pleine. Les chiffres 2018, lorsqu’ils seront publiés dans quelques jours, devraient indiquer une chute d’au moins 3% à environ 28 millions d’unités. 

La baisse du marché chinois en 2018 a été aussi soudaine qu’inattendue, débutant en mai dernier avec un "éternuement" du segment jusque-là très porteur des SUV de marques chinoises. J’ai détaillé la principale cause de ce refroidissement dans une chronique précédente, il s’agissait alors de la fermeture par le gouvernement de près de 7 000 sites de prêts financiers de particulier à particulier, un moyen de financement très prisé par une population jeune et habitant dans les villes secondaires du pays, le moteur de la croissance des ventes de voitures en Chine. Ici déjà, le gouvernement peut être considéré, indirectement certes et à la suite de pressions d’associations de consommateurs, comme responsable en quelque sorte de la baisse du marché. Ce refroidissement a ensuite été aggravé par les piètres résultats de la bourse de Shanghai, des prix immobiliers en berne, des salaires atteignant un palier et une confiance des ménages au plus bas. 

En septembre dernier, le président de la marque Borgward (ressuscitée sous tutelle chinoise), Jason Yang, indiquait dans une lettre à ses employés rendue publique par le magazine China Automotive Review qu’une majorité de chinois était maintenant pessimiste quant à leur futur, une situation sans précédent au cours des dernières décennies. À la question "Pensez-vous que vos revenus augmenteront lors des trois prochaines années ?", il estime qu’environ 80% de chinois répondraient "non".

Bien qu’officieux, ce résultat marque un tournant dans la psychologie du peuple chinois, et indique que la baisse de 2018 a de fortes chances de se reproduire en 2019. L’Association des Constructeurs Automobiles Chinois (CAAM) anticipe un marché stable à 28 millions de ventes en 2019, mais je suis plus pessimiste. Ces chiffres ne prennent en compte que les ventes en gros (d’usines à concessionnaires) qui sont encore considérées comme la mesure officielle du marché. Mais le vrai baromètre reste les ventes au détail (de concessionnaires à acheteurs privés ou autres), et celles-ci ont chuté de plus de 23% en novembre dernier contre -14% pour les ventes en gros. La baisse se poursuivra en 2019.

Nous nous dirigeons donc vers une période pour le moins houleuse sur le plus grand marché automobile du monde, et par conséquence pour le marché mondial, tant la part de la Chine est maintenant prédominante (aux alentours de 27%). Ayant tous ces éléments en main, le gouvernement chinois se refuse à intervenir, ne serait-ce que pour "sauver la face" et garder le marché en tendance haussière. Pourquoi ? 

Premièrement, la correction que subit actuellement le marché chinois, de façon somme toute assez naturelle après tant d’années de croissance ininterrompue, est trop forte pour être endiguée par des mesures artificielles de soutien. Beaucoup d’analystes locaux s’accordent sur le fait qu’une baisse de la taxe d’achat de 10% à 5% n’aurait cette fois-ci pas eu d’effets significatifs. Autant donc s’en passer.

Deuxièmement, et le gouvernement l’a admis officiellement, laisser le marché se réguler naturellement est un moyen de l’assainir. En effet, il y a actuellement un nombre considérable de marques autochtones en activité, notre Guide Officiel en compte pas moins de 177 au 3 janvier, une majorité ne vendant que très peu et à perte. La firme d’audit PWC estime que la capacité de production automobile de la Chine est actuellement de 43 millions d’unités annuelles, soit 15 millions de plus que les ventes locales.

Le gouvernement a ainsi récemment promulgué une loi interdisant la construction de nouvelles usines automobiles dans les régions accueillant déjà des usines sous-utilisées, et favorisant les partenariats entre constructeurs afin d’utiliser les capacités de production existantes. Nous avons étudié le cas de NIO utilisant une usine JAC et Xpeng utilisant les installations de Haima dans une rubrique précédente. Seuls les projets d’usines produisant des véhicules écologiques sont exemptés de ces restrictions. 

Plusieurs forces convergent actuellement en Chine, rendant finalement la décision du gouvernement de rester immobile plutôt sensée. Les exportations de véhicules "made in China" sont encore minimes (environ 1 million d’unités annuelles) et ne bondiront pas dans les prochaines années, notamment sous le joug des mesures tarifaires mises en place par l’administration Trump. Elles ne permettront donc pas dans un futur proche d’utiliser la surcapacité actuelle. Il s’agit donc de freiner cette surcapacité, empêcher les investissements frivoles et consolider les acteurs du marché.

Sous la pression internationale, la Chine a dû concéder à modifier les lois imposant une joint-venture avec un constructeur local pour être autorisé à construire des voitures sur place. Sur le long terme, cela mènera certains constructeurs étrangers (pas tous) à couper les liens avec leurs partenaires locaux, rendant ces derniers beaucoup plus fragiles. BMW a déjà décidé à l’horizon 2020 de se séparer de son partenaire Brilliance, qui devrait logiquement tomber sous tutelle Renault. Volkswagen a par contre récemment annoncé ne pas avoir de projet de la sorte, au grand soulagement de ses partenaires SAIC et FAW.

Absence de canaux d’exportation à grande échelle dans un futur proche et lancement dans le "grand bain" d’une existence dénuée de profits automatiques générés par leurs partenariats avec des constructeurs étrangers : c’est l’heure de vérité pour la plupart des constructeurs chinois. Le gouvernent entend bien profiter de cette aubaine pour mouler l’industrie locale selon ses priorités et favoriser les constructeurs locaux qui lui appartiennent à 100%.

Seuls quelques "privés", tels Geely et Great Wall, sont parvenus à se forger une place au soleil au cours des dernières années, mais les plus grands producteurs sont en majorité des entreprises d’État. Ainsi, BAIC (Beijing Auto), FAW (First Automotive Works), Dongfeng (le partenaire de PSA et Renault en Chine) et SAIC (Shanghai Auto) ont tous pour dirigeants des membres du parti communiste chinois proches de Xi Jinping. Ce n’est pas un hasard si ces derniers constructeurs se sont lancés dans une course effrénée à la construction de véhicules électriques, la priorité du gouvernement pour la prochaine décennie dans l’optique d’une production totalement dénuée de véhicules à combustion à l’horizon 2030.

Loin d’être l’agonie pressentie par les analystes, le gouvernement chinois compte bien faire de 2019 et des années suivantes une période de consolidation de son industrie automobile qu’elle a longtemps encouragée sans s’en donner les vrais moyens. Au centre de ce processus est la création longtemps fantasmée de "géants nationaux" ayant les épaules assez larges pour s’imposer sur la scène internationale.

Même si elle observe avec bienveillance les performances de Geely, devenue la marque chinoise la plus populaire à domicile en 2017, c’est bien vers les entreprises d’État que le gouvernement focalise son attention. Pour témoin, l’injection d’une ligne de crédit au montant astronomique de 1 billion de yuan (soit 128 milliards d’€) accordée au constructeur criblé de pertes FAW en octobre dernier. Bien que symbolique car détachée d’un quelconque projet d’investissement, cette mesure montre que les poches du gouvernement chinois sont sans fond lorsqu’il s’agit de soutenir ses favoris.

Autre signe du réaménagement des forces locales qui s’annonce, les constructeurs FAW, Dongfeng et Changan ont signé en juin dernier un partenariat de recherche et développement mettant en commun leurs ressources pour la création de véhicules écologiques, connectés et autonomes. Bien qu’à l’époque les rumeurs d’une fusion des trois constructeurs aient été niées par ces derniers, c’est bien dans cette direction que se dirige l’industrie automobile chinoise, et le gouvernement a choisi de soutenir à grande échelle la consolidation de son industrie locale plutôt que de se limiter à des mesures cosmétiques de relance qui n’auraient fait que perpétuer l’inefficacité d’un marché en grand besoin d’assainissement.
Matt Gasnier

Partagez cet article :

Réactions

Curieux pas un mot sur Tesla qui s’apprête à contruire son usine Chinoise et vient de baisser le prix des ses autos de 4000$
alain boise, Le mardi 08 janvier 2019

Wait and See...
Jo Duchene, Le mardi 08 janvier 2019

Z’etes plus loquace d’habitude voire trop,un peu tôt peut être?
alain boise, Le mardi 08 janvier 2019

Alain, Matt Gasnier parle indirectement de Tesla à travers la phrase : Seuls les projets d’usines produisant des véhicules écologiques sont exemptés de ces restrictions.

Sinon, que du bon sens de la part du gouvernement chinois. En France, Arnaud Montebourg menaçait PSA des foudres gouvernementales s'il fermait Aulnay...
Bruno HAAS, Le mardi 08 janvier 2019

Effectivement Bruno je n’avais pas saisi ce sens de la Phrase,mais Tesla est il considéré comme «  écologique »?
Pour moi un véhicule ecolo ,c’est léger ,petite cylindrée,4 places,robuste ,facile à réparer et durable surtout ,un peu une AX Citron des années 90 ,durée de vie 20 ans recyclable a 100%,5 L au cent etc etc .
Le 21 siècle et Tesla en particulier ne peuvent se vanter d’avoir inventé le véhicule ecolo.....à mon avis
alain boise, Le mardi 08 janvier 2019

Tesla n'existe pas.
Pierre l'Alpin, Le mardi 08 janvier 2019

… Alain … Votre exemple de l’AX est intéressant …
Là ou l’engin précité pesait 650 Kg ..En quelque sorte l’héritière qui est la C1 (sic la 108 ou l’Aygo) en pèse 200 de plus … Les normes sécuritaires et les équipements de confort sont passés par là …
Et les marque qui commercialisent ces modèles peinent un peu à les vendre au regard de prix trop proches des « citadines compactes » (Clio, 208, C3) … Pour un différentiel tenu, les consommateurs préfèrent, on les comprends, un véhicule plus polyvalent même si les offres précitées ne déméritent pas …

Duchene répète à l’envie qu’il y a un marché à prendre pour un véhicule qui consommerait 2 litres de coco … Une thèse intéressante, je le concède … Allez mettons même 3 litres de conso … Cà passe sans doute par un travail sur l’ allègement … L’AX comportait déjà des éléments en composite … Un tel modèle pourrait recourir à l’aluminium mais c’est, on le sait notamment faiblement compatible avec un PR contenu et son pendant le Prix de vente … Au reste ce format de voiture, la vraie citadine, semble pour les raisons que nous connaissons tous voué à l’électrification …
Bref c’est pas gagné en l'état actuel des choses …

Une dernière chose, juste pour le « fun », une smart élec pèse son poids mais surtout au moins 900 Kg (? plus sur la version 2017) et ne vaut « que » 23 k€ hors bonus … Pas plus qu'avec la version thermique ses promoteurs gagnent de l'argent ...

Pardon pour les amateurs des tribulations d'un chinois en Chine pour cette disgression ...

ADEAIRIX, Le mardi 08 janvier 2019

Pierre qui roule n'amasse pas mousse !
Jo Duchene, Le mardi 08 janvier 2019

Si gagner de l'argent signifie dans cette industrie ventes en volume et partout dans le monde riche et moyennement riche..concernant les mini citadines... aux States la seule européenne que j'ai vu rouler et visibles dans les grandes capitales ...ce furent des FIAT 500. et toutes haut de gamme et en BVA...vendues en dollars au prix de l'entrée de gamme chez nous !
Produit d'export, car en Italie même... .seuls les riches s'en payent...

Jo Duchene, Le mardi 08 janvier 2019

ADRX,
il y a encore des voiture de 800 kg en 2019..
;0))
Lucos, Le mardi 08 janvier 2019

Quizz de midi :
Un commentateur n'avait (encore) pas compris l'article. Saurez-vous le trouver..
;0)
Lucos, Le mardi 08 janvier 2019

Oui Lucos … Pour les ouatures de 800 Kg en 2019 ...
et figurez vous à peu de chose près la C1 (alias 108 alias Aygo) est sur ce "trend" … Re lisez bien …
;0)
Mais vous vouliez sans doute parler de l'Alto ?… Maestro
Où avais je la tête …
Tous mes vœux à Marie-Edmonde et l'ineffable Charly …!
;0)
ADEAIRIX, Le mardi 08 janvier 2019

… Autre exemple la Kwid Indienne avec sa structure "trop optimisée" ne fait que 680 Kg et pèse environ 900 Kg lorsqu'elle arrive dans la baie de Rio, pourtant c'est pas le poids d'un string qui…
Une tendance inversement proportionnelle… au poids du patron en ce moment …
;0)
ADEAIRIX, Le mardi 08 janvier 2019

C'était un clin d'œil ADRX !
Je parlait de sa remplaçante entre autres..
;0)
Lucos, Le mardi 08 janvier 2019

Parlais...assurement !
;0)
Lucos, Le mardi 08 janvier 2019

La Kwid indienne est super lourde pour un cercueil à roulettes car au départ elle n’avait même pas un étoile au crash test !
Maintenant avec un étoile le poids s’est aggravé...
Même une Fiat Panda fait mieux et en plus on peut l’avoir en vrai 4x4 ... une Range est un tank Panzer à l’èlectronique merdeuse en comparaison, mais le tableau de bord et l’intérieur cuir permet d’attendre le dépanneur en sirotant une coupe de Champagne!
Imitez les riches et allez à Ventimille acheter un sac Vuitton à votre femme. Quel classe la montée et descente de Roquebrune en Range après avoir serrez la paluche du prince
de Monaco qui roule en Tesla.
Jo Duchene, Le mardi 08 janvier 2019



Le groupe Volkswagen n’est plus le premier investisseur mondial en R&D
Le programme mentoring de l’association Wave recrute ses mentors et mentorés



Copyright © 2019 AUTOACTU.COM - Tous droits réservés
autoactu.com - 3 avenue des Pavillons, 92270 Bois-Colombes - Siret : 479 660 235 00017