Recevez chaque jour la lettre
d'actualité d'autoactu.com :
Inscrivez-vous
GRATUITEMENT !

Déjà inscrit : connectez-vous

Statistiques

Offres d'emploi

Exclusif !

envoyer par email
Analyse - 04/02/2019

Dé-diésélisation, électrification : prendre à bras le corps collectivement les questions industrielles

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Les chiffres d’immatriculations de janvier ne sont pas très bons : les signes de faiblesse que l’on enregistrait fin 2018 se confirment et la France rejoint le club des marchés en baisse (- 1,1%) qu’avaient déjà formé en 2018 le Royaume Uni (- 6,8%), l’Italie (- 3,1%) et l’Allemagne (-0,2%). 

On s’attend à une baisse du marché européen de faible ampleur (2 à 4 points) sur l’année ce qui correspondrait à une baisse de l’ordre de 500 000 VPN.
Pour les industriels et, en particulier, pour ceux d’entre eux qui sont impliqués dans la fabrication des moteurs Diesel et de leurs éléments, cette tendance baissière va venir se surajouter au déclin de la part de ces motorisations dans les immatriculations qui se poursuit.

Entre 2015 et 2018, pour la seule France, la demande a baissé de plus de 250 000 unités alors que le marché croissait globalement de 270 000. Ceci correspond à une baisse de la part des Diesels dans le marché VP de presque 20 points (de 57,2% à 38,9%).
Alors que certains fantasmaient sur une stabilisation autour de 40%, janvier 2019 confirme la baisse puisque l’on est à 34,2% et que la demande française de moteurs Diesel baisse de 10 000 unités en un seul mois. 
Pour un marché à 2 millions, avec un taux de 34%, ce seraient 164 000 moteurs Diesel de moins. En Europe, sur la base des chiffres que fournit l’ACEA pour 2018, on aurait perdu en une année presque 1,2 million de moteurs Diesel  … 

De fait, les nuages s’accumulent au dessus des usines. On a ainsi appris que La Fonderie du Poitou victime d’une baisse de 40% de ses commandes de blocs moteurs en fonte demandait son placement en redressement judiciaire. St Jean d'industries d'Alu, établissement voisin avait suivi le même chemin en novembre 2018.
Le mouvement est donc déjà largement entamé et 2019 risque de le voir s’accélérer conformément à ce qu’ont annoncé les travaux commandés par l’Observatoire de la Métallurgie qu’avait relayé Luc Chatel fin décembre en indiquant que "l'accélération de la chute du Diesel se traduit par des baisses brutales de commandes pour un nombre croissant de fournisseurs qui se retrouvent en situation difficile"
De fait, le rapport chiffre et situe très précisément les 38 000 emplois "impactés" et, sans surprise, il désigne comme "compétences en déclin" : l’usinage, l’usinage de précision, le traitement de surface des métaux, la fonte d’acier et le montage mécanique. Les "sites principalement exposés" sont ceux des "usineurs d’engrenages et d’autres pièces entrant dans la fabrication des moteurs thermiques et boîtes de vitesse" et ceux des "fondeurs de pièces moteurs (carters, arbres à cames, transmissions, rampes d’injection)". 

Ce travail n’est pas rassurant mais il a le mérite d’exister et de donner à la filière et aux pouvoirs publics les outils d’anticipation et d’accompagnement dont chacun a besoin non seulement pour faire face à la dé-diésélisation mais encore pour préparer l’autre grande mutation en cours qu’est l’électrification.
De ce point de vue, on a bien saisi avec le débat qu’a suscité la fixation des objectifs de réduction des émissions de CO2 à l’horizon de 2030 que ces questions industrielles et d’emploi étaient stratégiques et que la bataille des prévisions plus ou moins optimistes et/ou plus ou moins alarmistes allaient faire rage pour défendre ou combattre l’orientation prise.
C’est ainsi que l’ACEA a commandé à un cabinet appelé FTI Consulting un travail destiné à contester "l’impact assessment report" que la Commission avait elle même commandée pour nous convaincre qu’un objectif de – 40% serait créateur d’emplois. C’est sur cette base qu’on avait entendu ensuite Carlos Tavares revenir à la charge. Les syndicats allemands lui ont d’une certaine manière emboité le pas en annonçant que 150 000 emplois seraient menacés en Allemagne par l’électrification . 

Un exemple de cette guerre politique autour des questions industrielles ou d’emploi nous est donné par l’interview la semaine passée du patron de Bosch France, Heiko Carrie, dans l’Usine Nouvelle. Il se veut rassurant sur l’avenir de l’établissement de Rodez où une des deux lignes de fabrication d’injecteurs pour les moteurs Diesel a été arrêtée et 300 emplois sont menacés. Il compte sur la survie des motorisations Diesel, pour les utilitaires en particulier et, tout en soutenant Anne Hidalgo dans sa volonté d’interdire les vieux diesels en ville, il déclare :
"Tout le monde veut de l’électrique, mais aujourd’hui il y a encore beaucoup de Diesel sur nos routes. Pour le segment des utilitaires, le Diesel risque d’être la principale motorisation pour encore quelque temps. D’où l’idée de développer des modèles Diesel hybrides. Regardez ce que fait Mercedes. C’est la combinaison idéale : dans les villes, on peut rouler en mode électrique. En dehors, avec les progrès technologiques, le moteur Diesel moderne répond aux normes d’émissions et émet 20 % de CO2 en moins que l’essence."
Tout en indiquant que Bosch est très engagé dans le développement des véhicules électriques, il ajoute :
"Cette technologie comporte aussi de gros désavantages, notamment en matière d’emploi. Si on a besoin de dix personnes pour un moteur Diesel, il en faut quatre pour l’essence, et une pour l’électrique."

On comprend bien le jeu : il consiste à freiner le mouvement en indiquant que l’emploi est en cause et en invoquant la nécessité de laisser coexister les différentes technologies pour éviter l’hécatombe.
A mesure que les dégâts vont devenir effectifs et que des emplois "menacés" ou "impactés" vont se transformer en établissements fermés ou emplois supprimés, il va s’intensifier et mêler immanquablement infos et intox. Pour cette raison, il est fondamental que la filière, en France comme en Europe, se dote d’outils sérieux d’anticipation et d’accompagnement qui, parce qu’ils seront partagés et discutés – avec les organisations syndicales entre autres -, ne permettront pas les manipulations et/ou en limiteront l’ampleur.
C’est exactement ce que la PFA a pris le risque de faire avec l’Observatoire de la Métallurgie dans le cadre dessiné par le CSFA de mai : elle a, dans un cadre paritaire, pris le risque de regarder en face les questions industrielles et sociales qui se dessinent sous les deux mutations en cours. Et, de fait, contrairement à ce que beaucoup laissent accroire, il ne revient pas au même de dire – comme l’Observatoire de la Métallurgie - que 35 000 à 40 000 emplois français sont impactés que de dire que les dits emplois vont être perdus.
Le but est précisément d’éviter – autant que faire se pourra - de les perdre en accompagnant la mutation des établissements et des compétences de leurs employés.  Le but est aussi de ne pas attendre que la catastrophe annoncée soit observée pour réagir.
Pour cela, il est essentiel que chacun ne puisse y aller de son éclairage partiel de la réalité pour défendre sa technologie ou son activité et que l’on dispose d’une instance où les acteurs puissent construire une représentation commune de ce qui les attend. Pour une fois, en France au moins, elle existe.
Bernard Jullien

Partagez cet article :

Réactions

Un massacre de l’industrie et de l’emploi ,des bassins entiers touchés....certains ici parlait de chantage à l’emploi...et bien nous voila au pied du mur.
La France au niveau du chômage va si bien qu’elle se tire une balle dans le pied.
alain boise, Le lundi 04 février 2019

La baisse du diesel se fait au même rythme que la hausse de la fin des années 2000. Je n'ai pas souvenir d'avoir lu un article sur les conséquences de la baisse à un faible niveau des motorisations essence. Bizarre...
JL S, Le lundi 04 février 2019

Rien d’aussi brutal il y a vingt ans
alain boise, Le lundi 04 février 2019

Mais non voyons, tout va bien, les constructeurs sont bien contents d'être forcés à ne plus produire ces usines à gaz de Diesels très couteux à fabriquer. Un moteur essence est largement moins cher à fabriquer.
;0)
Lucos, Le lundi 04 février 2019

Et le client il est content de bouffer 3 litres de plus!!!
alain boise, Le lundi 04 février 2019

"Gérer c'est prévoir" dit on … Force est de constater que l'on ne gère pas grand chose d'un point de vue macroéconomique …

Plutôt que de "grenouiller" … Les "vieilles tiges" comme Raffarin, Bussereau et Royale feraient mieux de se mobiliser pour "sauver" des bassins d'emploi comme Ingrandes Châtellerault … Une occasion d'être utile … Les gens sont devant le précipice et il est bien tard déjà …

Quant à l'ex DRH de l'Oréal, on attend impatiemment du concret en matière "d'accompagnement de la transition énergétique"…
A part les "chansons de gestes", l'attende risque d'être longue …
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 04 février 2019

Et Cresson ,la France manque de pointure et personnalités en politique.
alain boise, Le lundi 04 février 2019

Quand je pense à Borloo qui a transformé sa ville avec Toyota ....oui tout est possible avec de la volonté
alain boise, Le lundi 04 février 2019

On voit que vous n'y êtes jamais allé..
Cessez SVP ce "c'était mieux avant !" ridicule depuis ce matin...
;0)
Lucos, Le lundi 04 février 2019

Je vais être très cash ce matin…
La filière diesel pour les VP a du plomb dans l'aile, ce n'est un secret pour personne. On chasse le diesel des villes avec les vignettes Crit'Air volontairement défavorables, avec la taxation du diesel (carburant et TVA pour les véhicules de société). L'hybridation avec un thermique diesel n'est pas rentable car trop couteux (voyez ce qui s'est passé chez PCA).
Le tout électrique pour le VP en France n'est pas mature (61000 immatriculations en 2018).
On peut tourner le problème dans tous les sens, mais le moteur électrique est beaucoup moins complexe à produire vs moteur thermique. Pas de BV, pas de dépollution, pas de soupapes, pas de culasse etc etc.
A partir de ce constat, que peut faire la filière industrielle sur le moteur thermique ?
Espérer une longue vie au moteur thermique essence hybridisé, vision optimiste ?
Vision pessimiste voire réaliste, plus de 50% du parc de VP en tout électrique d'ici… ?
En jeu, plus que des dizaines de milliers d'emploi en France, certainement des centaines de milliers…
On connait la chanson, ceux qui prennent les décisions politiques de taxation ne seront plus là à la prochaine échéance électorale pour constater les dégâts de leurs décisions…
Ce n'est que mon avis...
clerion, Le lundi 04 février 2019

"ne pas attendre que la catastrophe annoncée soit observée pour réagir"

Concrètement, çà se traduit par quoi à la PFA, notamment …?
Avoir lancé un mâchin pardon un observatoire … ?
ADEAIRIX, Le lundi 04 février 2019

Pourquoi aboyez vous toujours.....chaussures trop petites ?
alain boise, Le lundi 04 février 2019

Alain … Côté chaussures me concernant tout va bien !
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 04 février 2019

Mais non Druide regardez plus haut....ça grogne
alain boise, Le lundi 04 février 2019

De mon côté, ni chaussures trop petites, ni chevilles qui enflent.
Je ne fais que donner mon avis.
Mais je pense sérieusement que la filière industrielle du moteur thermique risque dans moins d'une décennie de chausser bien trop grand pour les pieds qui vont devoir être chaussés…
;-(
clerion, Le lundi 04 février 2019

Merci Clerion pour ce bulletin de santé inopiné (…). En tous cas,
je crois comprendre que vous êtes favorable à l'anticipation de la fin de l'ère du "tout thermique, donc pour une forme d'accompagnement (?).
Sinon, "humblement", la plupart du temps ...
Selon que l’on intervient « bien au chaud » pour le compte d’une grosse structure ou à l’inverse dans le cadre plus précaire d’une TPE/PME, l’on a pas forcément la même vision de la « crise » …
Selon que l’on habite dans la conurbation d’une grande métropole ou d’une petite cité … Pareil …
La fermeture du site de Ford est déjà un problème significatif pour une grande métropole comme Bordeaux (il y a les emplois directs et les indirects ...) … Alors quand il s’agit d’employeurs importants à l’échelle de villes telles qu’Ingrandes-Chatellerault, La Souterraine - Guéret ou Fontenay le comte (ce ne sont que des « exemples »), pas la peine de faire un dessin concernant les conséquences sociales d’un repli d’activité …
Sans doute le réseau des CCI est il devenu insuffisamment efficace, cependant tous les dossiers ne peuvent pas être gérés de ou par « Paris » … Il est grand temps de mobiliser de l’énergie positive régionalement, faute de quoi l’air en région (et ailleurs), pourtant moins saturé de CO2 (?), deviendra vite irrespirable … D’ailleurs, il existe heureusement des ilots de croissance en région, preuve que rien n’est intangible ou inéluctable …
Cela nécessite beaucoup de « créativité » car les prélèvements obligatoires sont déjà à un niveau record … La recette de « on achète la paix sociale avec de l’argent public » atteint ses limites ( ?) pour assurer l'accompagnement de ces re conversions ou de ces transformations … Notamment, attirer des investisseurs, de nouvelles activités, former les gens, lorsque c'est possible, à celles ci, il n'y a pas de miracle, c'est la base …

ADEAIRIX, Le lundi 04 février 2019



C3 Aircross au coude à coude avec Captur en janvier
Espagne : le marché automobile entame l’année en baisse de 8%



Copyright © 2019 AUTOACTU.COM - Tous droits réservés
autoactu.com - 3 avenue des Pavillons, 92270 Bois-Colombes - Siret : 479 660 235 00017