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Analyse - 13/10/2017

Détroit, capitale mondiale de la mobilité ?

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché. Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit.

C’est un pari que la capitale de l’Automobile serait capable de réussir dans les années qui viennent. Il est difficile d’imaginer moins de trois ans après la fin de la banqueroute que Détroit pouvait renaître aussi rapidement. Certes, le redressement est loin d’être terminé mais la dynamique est impressionnante, tout autant que les investissements dans la ville. Il est également important de distinguer la ville de sa banlieue. La géographie urbaine américaine est assez différente de celle que l’on connaît en Europe et si Détroit a connu une chute longue et difficile, autour de Detroit la situation mérite que l’on s’y intéresse tout autant. Le sud-est du Michigan reste un point clé de l’automobile mondiale. Il est également de plus en plus question du déploiement de la mobilité. Pour devenir la capitale de la mobilité, Detroit est en concurrence avec Boston où le MIT et d’autres universités font un travail de recherche important, avec Pittsburgh où la ville est épaulée dans son initiative par l’université Carnegie-Mellon, avec, dans une moindre mesure, Seattle où sont présents de nombreux acteurs de l’informatique et du digital (Microsoft, Amazon, entre autres). Mais c’est surtout avec la Silicon Valley que Détroit est en concurrence. Le nombre de sociétés et d’emplois dans la programmation en font un centre de R&D incontournable.


Un centre technologique incomparable
La présence historique de l’automobile à Dérroit permet à la région de disposer de plus de 375 centres de R&D. Ces centres figurent parmi les plus modernes et avancés au monde si bien qu’aujourd’hui l’investissement dans la région ne cesse de croître qu’il s’agisse de design, d’ingénierie, d’essais. Entre la recherche et les centres de fabrication, constructeurs et équipementiers ont investi plus de 23 milliards de dollars dans la région depuis 2010. Les groupes étrangers sont présents en nombre puisque Toyota, Nissan, Volkswagen, Faurecia, Valeo, Plastic Omnium, Denso, Continental, ZF, Bosch disposent tous de centres de R&D dans la région de Détroit. Des sociétés d’ingénierie comme Alten sont également présentes et le constructeur de véhicules autonomes Navya investit actuellement dans une usine d’assemblage locale. Une telle concentration attire même les constructeurs absents du marché américain comme Mahindra ou SAIC ou ceux qui ont leurs bureaux dans d’autres régions des Etats-Unis comme BMW ou Mercedes-Benz. Detroit et sa grande couronne sont un lieu essentiel pour assurer une veille technologique efficace.

Du fait de la présence des constructeurs et des équipementiers, les start-up de la Silicon Valley sont de plus en plus nombreuses à ouvrir des bureaux dans ou autour de Détroit. Si la Californie dispose du plus grand nombre de compétences en matière de programmation et d’ingénieurs en IT, la croissance dans le secteur est de plus en plus importante dans le Michigan si bien qu'elle a du mal à être suffisamment alimentée. La région manque de compétences pour répondre à la demande. En 2016, sur 64 961 postes d’ingénieur en IT proposés par les entreprises, seuls 3 671 ont été pourvus, soit seulement 1 sur 17. En ingénierie mécanique, ce sont 5 860 postes qui ont été pourvus pour 36 017 offres, soit 1 poste sur 6. La pénurie est réelle et la région multiplie les initiatives pour pouvoir faire face à la demande.

L’engouement pour la région de la part des entreprises opérant dans la mobilité s’explique par la présence à la fois des compétences, des centres d’excellence et de l’expérience. Il est essentiel de se confronter au marché et à l’offre existante pour transposer des services et des solutions digitales dans le monde de la mobilité tel qu’il existe aujourd’hui. Les institutions économiques américaines et étrangères, les gouvernements locaux (villes, contés et état) et les entreprises s’efforcent de savoir comprendre, intégrer et capter ces besoins.

De nombreuses initiatives
Au niveau local, c’est l’effervescence. L’afflux d’investissements, la croissance des besoins en ressources techniques et humaines nécessitent de pouvoir répondre rapidement pour ne pas briser la dynamique. C’est très délicat puisqu’au lendemain de la crise, la région de Detroit a vu un exode massif de compétences vers des lieux au climat plus clément et à l’activité économique moins centrée sur l’automobile. Personne ne s’attendait à une telle reprise dans la région de Détroit ni à de tels investissements dans l’automobile et la mobilité.

Les différentes institutions économiques sont très actives et cherchent à capter le plus efficacement possible la demande et les intérêts pour la région. L’état du Michigan œuvre à travers ses propres initiatives et agences publiques telles que Pure Michigan (1), le département des transports (MDOT) (2) et semi-publiques comme le MEDC (Michigan Economic Development Corporation) (3). La Chambre Régionale de Commerce s’est associée à d’autres organisations pour développer ses 4 initiatives à savoir MICHauto (4), Forward Detroit (5), Destination Detroit (6) et Health Forward (7). Le secteur de la santé est très développé dans la région de Detroit et constitue l’un des piliers de l’économie de la région avec plus de 366 000 emplois (8). D’autres initiatives locales permettent de déployer des solutions étonnantes comme l’Aérotropolis (9) dont l’American Center for Mobility (10) va prochainement proposer le plus grand centre d’essai de véhicules autonomes au monde puisqu’il s’étendra sur 200 hectares. Ces pistes vont pouvoir compléter celle de M-city (11) présente au sein de l’Université du Michigan, l’une des meilleures universités publiques des Etats-Unis. L’université de Kettering construit une piste d’essai pour véhicule connecté et autonome (12) afin de travailler en particulier sur les protocoles de communication.

Aux Etats-Unis, il arrive que les nombreuses agences d’Etats se chevauchent ce qui génère parfois des conflits contre-productifs. Il est étonnant de voir que toutes ces initiatives parviennent à se compléter et à travailler ensemble avec des volontés privées telles qu’Opportunity Detroit à l’origine de laquelle se trouve Dan Gilbert dont les nombreux investissements sont également à l’origine de la redynamisation de la ville. Il possède ses propres moyens de promotion tels qu’Opportunity Detroit (13), mais au-delà de ses investissements, il travaille également avec les pouvoirs publics afin d’assurer que la croissance et la redynamisation s’inscrive dans le long terme. Ainsi, grâce aux collaborations entre public et privé, Detroit figure en très bonne position parmi les 10 villes candidates pour accueillir les 50 000 emplois du second siège d’Amazon (14).

Les initiatives économiques ne seraient rien sans les salons et conférences. Deux événements en particuliers placent Detroit sur la carte des lieux essentiels pour la Mobilité et tous deux ont débuté en 2017 à savoir AutoMobili-D qui se déroule lors du salon de l’automobile de Détroit (15) et Technology in Motion (TIM) Detroit (16) qui a rassemblé pouvoirs publics, constructeurs, équipementiers, start-up et investisseurs. Détroit s’arme et avance.

Une présence incontournable
Détroit et sa région sont souvent négligées par ceux qui ne sont pas revenus depuis la crise de 2008 et la faillite de la ville terminée depuis décembre 2014. La presse internationale ne couvre plus la ville et sa région qu’occasionnellement et passe à côté d’une revitalisation dont la rapidité surprend également les américains. Le salon de l’automobile draine plus de 5 000 journalistes. Malheureusement, le salon se déroule en janvier. Le climat et la courte durée des séjours n’incitent pas la presse à s’aventurer dans la ville. Le redressement de Détroit n’a rien de comparable avec ce que l’on peut connaître en Europe et il est sans nul doute intéressant d’approfondir le sujet sur les plans économiques, sociaux, architecturaux et industriels.

Sur le plan technologique, Détroit et sa région sont un centre d’excellence incomparable. Un acteur sérieux de la mobilité se doit d’être présent à Détroit, ne serait-ce que pour y mener une mission de veille permanente. La question est de moins en moins de savoir si Detroit sera la capitale de la mobilité mais plutôt de savoir à quel moment cette situation sera reconnue au niveau international. La Silicon Valley n’est pas en reste mais elle souffre de ses coûts trop élevés. La Californie est indétrônable pour la partie électronique et programmation mais elle conserve un handicap sur le plan de la mobilité pure. En attendant, Détroit doit améliorer son travail de communication et poursuivre son incroyable redressement.
Bertrand Rakoto

(1) https://www.michigan.org/
(2) http://www.michigan.gov/mdot/
(3) http://www.michiganbusiness.org/#home-intro
(4) http://www.detroitchamber.com/econdev/chamber-initiatives/michauto-universal-name/
(5) http://www.detroitchamber.com/forward-detroit/
(6) http://www.detroitchamber.com/destinationdetroit/
(7) http://www.detroitchamber.com/healthforward/
(8) http://www.detroitchamber.com/destinationdetroit/healthcare-innovation/
(9) http://www.detroitaero.org/
(10) http://www.acmwillowrun.org/
(11) http://www.autoactu.com/mcity--le-laboratoire-ou-la-voiture-autonome-fait-son-apprentissage.shtml
(12) http://www.detroitnews.com/story/business/autos/general-motors/2016/10/10/kettering-university-mobility-center/91862388/
(13) http://opportunitydetroit.com/
(14) http://www.freep.com/story/money/business/michigan/2017/10/05/amazon-bid-committee-brings-metro-detroit-rivals-together-common-goal-winning-hq-2/736804001/
(15) http://www.autoactu.com/le-salon-de-detroit-reste-au-coeur-de-l-action-avec-realisme-et-sans-effusion.shtml
(16) http://timdetroit.com/

 

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Réactions

Très bon article, information confirmant les errances actuelles ici en France. Ceci appelle deux remarques :


1 J'ai utilisé mon moteur de recherche habituel avec le mot "electrique" : je n'ai RIEN TROUVE.

2 Les groupes étrangers sont présents en nombre puisque Toyota, Nissan, Volkswagen, Faurecia, Valeo, Plastic Omnium, Denso, Continental, ZF, Bosch, BMW ou Mercedes-Benz disposent tous de centres de R&D dans cette région. Il manque juste les deux constructeurs français.......Heureusement que des sous traitants français sont dans cette liste.
CR-Expert, Le vendredi 13 octobre 2017

CR-Expert a parfaitement raison et c'est encore plus grave pour l'Europe au niveau décisionnaire et on voit à quel point Bruxelles et leurs gentils technocrates se regardent le nombril dans une total incompétence volubile !
Pas plus tard que cette semaine ces mêmes technocrates et théoriciens (même pas les pieds sur terre) parlent de la "nécessité" d'une filière européenne des batteries!
Quand on voit que le constructeur auto américain GM à MIS EN PRODUCTION un VE équipée d'une batterie de 60 KW et ne parlons pas de Tesla et des leurs batteries de haute puissance...et qu'on voit qu'il n'est pas prévu par les constructeurs autres qu'américains de mettre en production des batteries ne serait-ce équivalentes...on se rend compte de leur politique et la vision industrielle étroite de ces mêmes constructeurs!
Si une batterie aussi basique ne sort pas chez les concurrents de GM, le roi est totalement nu !
Combien d'années faut-i-il encore pour passer de la théorie à la la MISE EN PRODUCTION de produits équivariants à ce qui est fait déjà en dehors de l'Europe ?
Les constructeurs européens auto ne font que balader l'automobiliste de promesses en promesses d'une technologie qui sera toujours pour demain !
Le gaspillage en ressources financières par ceux-ci donne le vertige et ceci en plus sur des technologies totalement inadaptées aux infrastructures existantes.
Jo Duchene, Le vendredi 13 octobre 2017

Pour revenir à la situation et a l'environnement géographique du territoire américain on comprend immédiatement que dans l'esprit de ces mêmes américains qu'il n'est pas question d' investir des milliards sur une technologie qui ne soit pas en parfait accord avec la réalité du terrain et mode de vie!
Exemple:
Le système Autopilote de la Tesla est parfaitement logique avec la conduite sur des autoroutes et dans certains états ou des lignes droites se succèdent sur des centaines de km !
Comparez avec le ridicule de la situation chez l'Allemand Audi ou leur dernière berline (vendu au prix d'une Tesla) leur système n'est pleinement efficace que sous 60 km/h, et d'autres marques allemands ou leur système est moins développé et des fois carrément dangereux ou au comportement anarchique (voir les essais du mensuel d'octobre des couteuses berlines Audi et Mercedes) !
La densité de population de l'Europe et les lacunes de son infrastructure routière mettent en évidence les contradictions de nos constructeurs.
C'est une course aux armements dont les européens sortiront battus et presque ruinés, et on le voit déjà d'ici sans retour sur investissement!
Jo Duchene, Le vendredi 13 octobre 2017

Je parle du mensuel "Auto Moto" de ce mois d'octobre !
D'autre mensuels auto ont déjà traité la question.
Jo Duchene, Le vendredi 13 octobre 2017



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