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Analyse - 30/09/2019

Drôle de soutien à la transition écologique par le projet de loi de finance

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Voyant le succès de la prime à la conversion (PAC) au premier semestre, on se souvient que Bercy avait ressenti le besoin de la redéfinir pour "rester dans l’enveloppe".

En effet, fin juin 230 000 dossiers avaient été payés pour un coût d’environ 465 millions d’euros. Dans la mesure où ceci incluait 52 000 dossiers 2018, on peut estimer que, sur l’année, la poursuite de cette trajectoire aurait conduit à une dépense de 800 millions alors que le budget prévu était de 596.
Le rabot semble avoir fonctionné parfaitement puisque, selon ce que rapporte le CNPA, le solde malus bonus sur le véhicule électrique et la PAC serait de + 100 millions cette année. Ceci signifie que, comme on pouvait s’y attendre, la PAC ne coute plus grand chose depuis qu’elle exclut l’acquisition de véhicules Diesel et de véhicules essence émettant 117g et plus.

Le PLF 2020 est paradoxal car il y est décidé de supprimer le "compte d’affectation spéciale" qui, depuis la mise en place du système de bonus malus en 2008 suite au Grenelle de l’Environnement, recherchait l’équilibre entre ce que rapportait le malus et ce que coutait le bonus ou les aides à l’acquisition (dont la PAC).
On aurait pu imaginer que cela puisse correspondre à la reconnaissance de la nécessité d’accepter que, pour accélérer la transition écologique, il faille aller au delà de ce que rapporte le malus à la fois pour sacraliser l’aide d’acquisition des VE à 6 000 euros et pour équilibrer cette aide qui bénéficie surtout aux ménages aidés par la PAC, ciblée elle sur les ménages les plus modestes.
Ce n’est pas ce qui se produit puisque l’excédent de cette année comme ceux qui pourraient apparaître les années suivantes sont ou seront reversés au budget général. Il n’y a plus d’affectation mais tout est fait pour que le régime soit excédentaire et il n’est pas question que les excédents de certaines années puissent permettre de moins augmenter les malus l’année suivante : même en période difficile, l’automobile doit être contributrice budgétaire nette et on peut avoir le sentiment que ce que ne rapportera pas la CCE (Contribution Climat-Énergie) abandonnée doit être, au moins partiellement, compensé par le malus.

Comme effrayé par la perspective qu’ouvrent les mesures qu’il a approuvé à Bruxelles, le gouvernement décide, dans le PLF proposé en fin de semaine, de tout miser – ou presque - sur le VE tout en semblant avoir très peur que cela marche trop bien et ne puisse être couvert par les seules recettes du malus.
En effet, tout est fait pour augmenter encore les recettes associées au malus en ne consentant comme contreparties que le maintien des 6000 euros de bonus sur l’électrique et le maintien de ce qui reste de la prime à la conversion (PAC) qui, si nos calculs concernant la seconde partie de l’année sont justes, ne devrait plus couter en rythme annuel que 200 à 300 millions.

Concrètement, si les chiffres de septembre, octobre, novembre et décembre confirment ce que l’on a constaté sur les 8 premiers mois de l’année, il se sera vendu en fin d’année environ 40 000 véhicules particuliers tout électrique (contre 31 000 en 2018) et cela aura coûté à l’Etat 240 millions d’euros. 

En prévoyant une augmentation de 130 millions, l’Etat s’apprête à ce que 22 000 véhicules électriques supplémentaires soient vendus en 2020, ce qui porterait la part de marché du VE de 1,8% à 2,7%.
Etant donnée la division par 2 du budget de la PAC, il n’y avait pas besoin d’augmenter en 2020 les recettes issues du malus pour faire face : les 800 millions qu’il va rapporter cette année suffisaient.

Sachant que le contrat stratégique de filière stipule qu’il faudrait atteindre en 2022 les 150 000 immatriculations de VE (7,5% d’un marché de 2 millions de VP), il faudrait que celles ci augmentent en 2021 et 2022 de 55% pour passer en 2021 de 62 000 à 97 000 et en 2022 de 97 000 à 150 000.
Si on multiplie 6 000 par 150 000, on obtient 900 millions d’euros et avec les excédents dégagés en 2019, 2020 et 2021, même en maintenant la PAC dans son format actuel sur les trois années, le régime s’équilibre sans avoir besoin sur le plan budgétaire de faire exploser les malus.
C’est pourtant ce qui est décidé puisque, comme le souligne encore le CNPA, alors qu’il avait été annoncé que le déclenchement du malus serait redéfini chaque année pour des seuils d’émission de CO2 en baisse de 3g, il est décidé cette année de passer de 117 à 110 et de le rendre plus élevé dès le premier palier et plus progressif.
De surcroît, ledit barème fondé sur des mesures NEDC changera au 1er juin pour être alors défini sur la base de mesures WLTP avec, certes, un seuil de déclenchement relevé de 25% mais de probables changements de tranche peu favorables pour une part des produits proposés aux acheteurs. 

Ainsi, une 3008 essence en motorisation 1,6 l qui émet 128g en NEDC était malusée à 253 euros et va l’être au 1 janvier à hauteur de 650 euros.
Pour un Duster Essence 1,3l qui émet 138g en NEDC, le choc est plus violent puisque le malus passe de 953 à 1 629 euros. Dans une période où il faut introduire une gamme électrique et faire face aux lourds investissements qu’impose l’électrification alors que les marchés s’orientent à la baisse, cela pose aux constructeurs de très sérieux problèmes.

D’abord, l’instabilité des règles rend extrêmement difficile la structuration des offres commerciales et plus difficiles encore les prévisions de volumes sur les modèles et les motorisations. De fait, à chaque évolution, il faut revoir son pricing et sa politique commerciale pour tenter de compenser l’impact des taxes et lisser l’activité.
A un moment où il est déjà très difficile d’anticiper la manière dont le « mix » va évoluer, l’Etat rend la vie de l’industrie et du commerce automobile plus compliquée encore.

Ensuite, chacun sait aujourd’hui que, même avec un bonus de 6 000 euros, pour l’instant, les constructeurs doivent, pour proposer ces VE à des prix ou des loyers acceptables accepter de réduire considérablement leurs marges voire de perdre de l’argent. Ceci n’est un « deal » tenable que si, par ailleurs, ils dégagent sur le reste de leurs gammes les marges qu’ils ne font pas sur leurs offres VE : s’il faut aux constructeurs, en France au moins, à la fois éponger les pertes associées pour l’instant aux VE et rogner sur leurs marges en compensant par leur pricing les malus alors les équations économiques seront difficiles à tenir. Il semble possible de faire décoller l’électrique en en finançant le lancement par la vente de véhicules thermiques : les constructeurs ne peuvent guère faire autrement ; l’Etat peut avec des malus raisonnables aider à l’acquisition des VE sur le même mode.

Il est à craindre que, à vouloir dégager des excédents et/ou dissuader les consommateurs d’acquérir des véhicules un peu gros et puissants, le gouvernement ne rajoute des difficultés et des turbulences dans une filière qui s’apprête déjà à vivre dans les années à venir des mutations hautement problématiques.
Bernard Jullien

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Réactions

C’est des chargeurs entiers que la Comission Européenne a tiré dans les pieds des constructeurs.
Cette prime de 6000€ est intenable...tout ça pourquoi ?une semaine de vent d’Est et tout le bénéfice apporté par le VE est balayé.
Et dire que l’on continue à acheter des vignettes critair avec des Lambos a 350 g en catégorie 1
alain boise, Le lundi 30 septembre 2019

Bien noter que les 3008 et Duster cités repasseront respectivement à 0€ et 50 € dès le lancement du Malus en valeurs WLTP.
Donc, comme je l'ai déjà dit dans l'article suivant, le marché va totalement s'écrouler en début d'année dès que cela va se savoir dans le grand public qu'il faut attendre la passage au Malus en version WLTP.
Cette bidouille est encore bien mal fichue et la grille va évidemment favoriser les Diesel…
;0)
Lucos, Le lundi 30 septembre 2019

Le Diesel meilleur ami de la Planète !les chiffres Le confirment
alain boise, Le lundi 30 septembre 2019

Aucun moteur n'est l'ami de la planète.
Toute activité humaine pollue.
;0)
Lucos, Le lundi 30 septembre 2019

Et alors?.....suicide collectif comme la secte du Soleil?qui rejette le moins de CO2....ou est l’urgence? Climatique ou microparticulaire?
Durée de vie des Parisiens svp,et pire des employés du Métro RATP endroit le plus pollué de France
alain boise, Le lundi 30 septembre 2019

Mais le suicide collectif est déjà en cours ! Et depuis des lustres.
"Notre terre brûle et nous regardons ailleurs.." c'est pas nouveau.
Greta n'est que la digne descendante de Chirac finalement…
;0)
Lucos, Le lundi 30 septembre 2019

La vérité nue et crue sors d la bouche de Lucos. Point final.
Question pour notre expert Bernard Julien:
L'industrie européenne "veut" produire plus d'un million de VE d'ici 2020 (ne parlons pas de ceux produits hors d'Europe d'ici là), et comme vous dites ou prévoyez qu'il va se vendre chez nous d'ici 150000 VE, que faites vous du reste produit ?
Si vous me dites: chacun sa merde, tout va bien, mais ce n'est pas très scientifique.
Moi comme je fais des prévisions au doigt mouillé, je prévois qu’on mettra les chaines au ralenti et les européens produiront moins, considérant que les ventes dans l'Europe du sud et leste seront insignifiantes.
Au moins que vous soyez Monsieur Julien super optimiste sur l'état et surtout le développement (brillant et super compétant des industriels du secteur...) des infrastructures de recharges en France et dans le reste de l'Europe je ne vois pas comment l’automobiliste européen va adopter en masse le VE en investissant (les yeux fermés) sont argent dedans.
Nous serions heureux de constater dans votre réponse que comme d'habitude vous ne nous décevez pas Monsieur Julien.
Jo Duchene, Le lundi 30 septembre 2019

Je veux dire: "veut produire plus d'un million de VE d'ici 2022"...
Ne soyons pas plus papiste que le pape.
Jo Duchene, Le lundi 30 septembre 2019

Chirac en bon Gaulliste prônait le Nucléaire .....pas Greta ,pourquoi?
alain boise, Le lundi 30 septembre 2019

Et qui a fait flinguer Robert BOULIN ?
;0)
Lucos, Le lundi 30 septembre 2019

Ce n'est pas pour rien que les constructeurs ont prévu un bon maintien des ventes de véhicules diesel en 2020 (Septembre ?).
En particulier les 1.5L-1.6L prévus de disparition totale à l'horizon €7 (2022-2023).

"Encore un petit moment, Mr le bourreau" ....
Chr$, Le lundi 30 septembre 2019

Une dernière cigarette avant l’échafaud,quand je pense qu’on de nos Maîtres à penser ici même affirmait que l’électrique n’amènerait Pas de chômage ........
Asselineau sort du corps de Lucos et ses complots avec Boulin Chirac
alain boise, Le lundi 30 septembre 2019

Je crains que le parc auto ne vieillisse dans les prochaines années.
JL S, Le lundi 30 septembre 2019



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