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Analyse - 06/02/2020

Emmanuelle, à quatre roues

La chronique de Jean-Philippe Thery, consultant, fort d’une expérience automobile aussi bien dans le domaine du produit que de l’Intelligence de marché, avec des expériences chez Renault, Nissan et PSA. Installé depuis 2008 au Brésil, Jean-Philippe Thery est spécialiste des marchés automobiles en Amérique Latine.

Comme vous l’avez très probablement compris si vous lisez mes chroniques récurrentes du jeudi (le fameux retour du Jeudi…), je vous écris régulièrement du Brésil, plus précisément de Rio de Janeiro. Et je mentirais si je n’avouai pas un certain plaisir à vous imaginer dans les frimas hivernaux de l’hexagone, alors que je tapote sur mon clavier la fenêtre ouverte, en bermuda et "Havaianas" (les célèbres tongs brésiliennes).
Je sais, ce n’est pas bien de narguer, mais vos profils Facebook m’indiquent que vous en faites autant à l’occasion. D’ailleurs, et avant que vous ne me détestiez définitivement en imaginant que je passe mon temps à me la couler douce sur le sable chaud de Copacabana ou d’Ipanema à siroter une caïpirinha, laissez-moi vous dire que pour la plupart de ses habitants, le Brésil n’est pas un pays facile.

"Regarde-la ma ville, elle s’appelle bidon. Bidon, bidon, bidonville, vivre là-dedans c’est coton", chantait Nougaro, sur la très belle musique de Baden-Powell. Il ne s’agit pourtant pas seulement des 11 millions de brésiliens qui vivent dans les favelas, soit 6% de la population du pays, même si cette proportion est beaucoup plus importante à Rio, avec plus d’un habitant sur cinq. Au Brésil, les classes laborieuses se lèvent avec la lumière du jour, et s’en vont travailler loin de chez elles, dans des bus inconfortables et le plus souvent surpeuplés.
Mais comme je n’écris pas encore pour Géo ou National Geographic, je m’en tiendrai aux sujets automobiles. Autant vous le dire tout de suite, une voiture au Brésil n’a pas non plus une vie facile. A l’issu d’une journée de tests au volant dans les environs de Curitiba à la fin du siècle dernier, mon ami Roland (celui que j’ai déjà cité dans ma chronique précédente) me déclara dans un superbe élan euphémistique : "il est vrai que les trains sont sollicités". Et les choses n’ont pas changé depuis.

Selon une mauvaise blague qui a cours ici, une voiture qui arrive en sens inverse sans zigzaguer est probablement menée par un conducteur éméché, puisque n’étant plus en état d’éviter les trous de la chaussée. Il existe d’ailleurs en portugais toute une terminologie, qui confirme le piètre état généralisé du réseau routier.
L’obstacle le plus répandu est la lombada (à ne pas confondre avec la Lambada) équivalent non standardisé de notre ralentisseur, dont les profils variés vous laissent le choix entre le décollage inopiné ou le massage de soubassement. Equivalent concave de la lombada, la valeta est une spécialité quasi-exclusive de São Paulo, désignant un canal d’écoulement d’eau, principalement des pluies tropicales. Stratégiquement placées aux intersections, celles-ci doivent être franchies à petite vitesse, histoire d’exposer aux joies des chocs latéraux les automobiles empêchées de dégager prestement les carrefours. A l’inverse, le mataburro ("tue-âne") se rencontre dans les campagnes, où il permet de confiner les animaux au moyen d’une grille que les pauvres bêtes se gardent bien de franchir pour ne pas se péter les jarrets. Dans la série des ralentisseurs plus soft, vous trouvez les tijolos (briques), ou son équivalent de forme ronde joliment dénommé tartaruga (tortue). On mentionnera enfin les bueiros, plaques d’égout immanquablement situées à 10 centimètres sous le niveau de l’asphalte, puisque jamais rehaussées au fur et à mesure de l’ajout des couches successives de goudron. Bref, tout un paquet de trucs que j’ai à l’époque photographiés et consignés pour le compte de Renault dans l’ébauche d’un livre blanc, ultérieurement transformée en bible par l’ingénierie de la marque.

Et puis il y a bien sûr les trous, de toutes formes, toutes tailles et susceptibles d’apparaître n’importe où à tout moment. On les rebouche parfois sommairement, en feignant d’ignorer qu’ils réapparaitront immanquablement quelques jours plus tard, prêts à remplir de nouveau leur mission destructrice de roues alliages, amortisseurs ou autres triangles de suspension. Il faut dire qu’au Brésil, l’asphalte est une substance à vocation avant tout électorale, qui prolifère à la veille des élections, et qu’on jette généralement sur un fond à peine gratouillé.
C’est ce même asphalte que l’on retrouve sur le réseau autoroutier, bien différent du notre puisqu’ouvert au passage de piétons, vélos et autres véhicules non motorisés. Dans ce monde sans pitié, règnent des cohortes de camions de tous âges adorant déboiter soudainement sur la file de gauche, sans clignotant préalable pour les plus facétieux d’entre eux. Ajoutez-y des entrées/sorties aux profils les plus variés, des courbes au dessin surprenant et au dévers souvent conçus pour faciliter la visite des arbres du bord de route, ou des marquages au sol pas toujours actualisé après travaux et vous envoyant illico dans le muret si vous commettez l’erreur de leur faire confiance. Je vous vois ricasser, mais tout ça se traduit par environ 35.000 macchabés les bonnes années, sans compter ceux qui trépassent après le passage de l’ambulance-balai, et qui ne sont pas forcément comptabilisés.

Mais le conducteur lambda n’est pas celui qui souffre le plus. Imaginez en effet le calvaire des rares conducteurs de voitures de sport dans un tel contexte. Certaines nuit de cauchemars, il m’arrive encore d’entendre le cri déchirant d’une Ferrari 355 vue à São-Paulo dans les années 90, tentant de franchir une valeta dans un grand raclement de bouclier avant. Les pur-sang maranelliens ou autres n’ont d’ailleurs tendance à sortir du garage qui leur sert de tanière que les weekends, généralement pour se regrouper dans les stations-services des beaux quartiers où ils vont étancher leur toute petite soif d’hydrocarbures, puisqu’ils roulent en général assez peu. Cernés par un environnement hostile, les propriétaires de ces machines extrêmement coûteuses (environ trois fois les prix européens) sortent généralement en bande, passent une bonne partie de leur temps au restaurant, et parcourent un nombre limité de kilomètres.

Mais il existe une lumière au bout du tunnel : L’Alpine A110 Sports X. Révélée il y a peu au Festival International de l’Automobile à Paris, celle-ci est un concept-car semblant résulter de l’accouplement -illégitime pour certains- de la célèbre berlinette dans son itération moderne avec un SUV. Rassurez-vous, ce sont tout de même les gènes de la sportive qui gardent le dessus, même si celle-ci se retrouve perchée 60 mm plus haut que l’originale sur des roues aux flancs plus généreux. Un habillage noir faisant le tour des passages de roues ainsi que des bas de caisse et de boucliers renforce le look baroudeur, alors que l’arceau dans l’habitacle se charge d’établir la connexion avec l’univers du rallye auquel l’engin se réfère, particulièrement s’agissant des épreuves disputées sur terrains exotiques et difficiles. La configuration mécanique ne change pas, le reste relevant de la cosmétique principalement adhésivée, et de l’anecdotique avec une paire de skis rackée sur la lunette arrière.
Evidemment, un certain nombre de "puristes", propriétaires auto-déclarés de l’esprit de la marque se sont déchaînés contre l’objet. Sans doute parce que ceux-ci voient venir le danger, puisqu’on annonce déjà depuis un certain temps un futur SUV arborant le logo dieppois. Et pour eux, pas de doute, cette A110 apocryphe est l’indubitable signe annonciateur de ces temps funestes ! C’est oublier un peu trop vite que si Porsche nous régale de ses innombrables récurrences de la Neuf-Cent-Onze, c’est que le Cayenne et autre Maycanneries permettent de faire bouillir la marmite stuttgartoise. Dans le même ordre d’idée, si nous souhaitons une descendance à la Berlinette, Alpine doit trouver les moyens de faire son beurre normand.

Mais là n’est pas l’essentiel. Devant les attaques dont la X faisait l’objet, je me suis senti le devoir de réagir aux propos des ayatollah ne voyant pas plus loin que le bout de leur départementale impeccablement revêtue. Du coup, je me suis fendu d’un commentaire mal embouché sur Facebook pour exprimer ma façon de penser à ces intégristes. Je sais, ce n’est pas très glorieux, mais ne m’accablez pas trop, puisque c’est comme ça que m’est venue l’idée de cette chronique. Parce que l’A110 Sports X me paraît être une très, très bonne idée, qui m’a taraudé tout au long d’un weekend prolongé. Il faut dire que je me suis rendu à Tiradentes, jolie petite ville de l’époque coloniale située à environ 330 km de Rio, soit environ 5 heures de routes (oui, vous avez bien lu). Eh bien je peux vous dire qu’au volant de la méchante VW Voyage que j’avais louée, j’en ai rêvé de l’A110 haute sur pattes ! Avec elle, les courbes mal revêtues de la montée dans la Serra qui surplombe Rio auraient été négociées sans coup férir ! Les chemins pavés qui abondent autour de Tiradentes ? oubliés ! Les routes non revêtues du Minas Gerais ? avalées !

Je ne suis pas certain que les gars de Dieppe -qu’on croise surtout dans les zones industrielles de l’Essonne- l’aient fait exprès, puisqu’ils semblent s’être plutôt inspirés des sports d’hiver pour concevoir la bestiole, mais je crois bien qu’ils ont inventé la sportive idéale non seulement pour le Brésil, mais aussi pour la grande majorité des routes du monde qui ne bénéficient pas du macadam européen. D’ailleurs, si certains internautes se sont empressés de publier la Lotus Esprit de James Bond dans "for your eyes only", elle aussi pourvu d’une paire de spatules sur le toit, je me suis de mon côté plutôt souvenu de la Mega Track. Certains se remémoreront peut-être cette curieuse GT à la garde au sol réglable, conçue pour évoluer sur tous types de terrains, des circuits bitumés aux sables du désert. Mise au point par les ingénieurs d’Aixam, qui devaient en avoir marre de faire des voiturettes pour retraités ruraux ou distraits ayant égaré leur points de permis, celle-ci était mue par un 12 cylindres Mercedes de 408 chevaux en position centrale arrière, qui ne suffit cependant pas à assurer le prestige escompté. Les émirs à qui elle était destinée rechignèrent en effet à lâcher un chèque de 2 millions de francs pour un truc plutôt moche, et seulement 5 ou 6 exemplaires furent construits entre 1992 et 2000.

Cela étant, si l’exécution était visuellement ratée, l’idée m’a toujours semblé bonne. D’une certaine façon, l’Alpine A110 Sports X, est une Méga Track abordable et jolie, avec toutes les qualités que l’on reconnaît au modèle sur laquelle elle construite. Et je ne doute pas un seul instant de la capacité des ingénieux de la marque à peaufiner une mise au point lui permettant de conserver un comportement sportif rigoureux tout en absorbant les irrégularités de la route que j’ai répertoriées un peu plus haut, dont on imagine bien qu’elles sont loin de constituer une exclusivité brésilienne. Je suis même persuadé que la marque "tient un truc" auquel les autres n’ont pas forcément pensé. Mais je peux aussi me tromper, si les propriétaires de sportives prestigieuses brésiliens ou originaires de pays au réseau routier tout aussi indigent ne veulent justement pas d’une auto qui leur rappelle où ils se trouvent, préférant cultiver l’illusion de profiter des même autos que leurs homologues européens. Dans un registre similaire, je me souviens ainsi d’une Yamaha Vmax flambant neuve stationnée dans les sous-sols de l’immeuble où je travaillais à São-Paulo, et dont mes collègues et moi-même aimions à relever le compteur tous les lundi matin. Le kilométrage correspondait immanquablement au trajet aller-retour jusqu’au bar ou les "motoqueiros" locaux aimaient à se rencontrer les dimanches après-midi, principalement pour avaler des binouzes tout en observant les admirateurs reluquer leurs machines. Soit peu ou prou 3 kilomètres. Pour revenir à l’Alpine, un simple Clinic-Test devrait permettre de connaître son potentiel de séduction, et je me tiens à disposition des responsables de la marque pour l’organiser (ainsi bien sûr, qu’une éventuelle mission de roulage !)

Avant de vous quitter, il faut tout de même que je vous explique le titre de cette chronique, même si je sais que vous l’avez déjà oublié. C’est que j’ai beau être tombé amoureux de l’A110 Sports X au premier regard, j’avoue avoir mis un peu de temps à accepter son petit nom, tant ses géniteurs m’ont donné l’impression de ne pas s’être foulés pour baptiser leur progéniture. « Sports », ça ne mange pas de pain, même si on peut s’interroger sur la présence du "s" final. Peut-être ont-ils voulu exprimer sa polyvalence, entre le sport à l’européenne, synonyme de performances et comportement routier et la conception américaine des "Sport" Utility Vehicles ? Quant au "x", il a été repris par un grand nombre de constructeur pour des véhicules à transmission intégrale ou évoquant vaguement le tout-chemin depuis la BMW 325ix, de la Ford Sierra XR4i, aux Opel actuelles type Cross-Land X, en passant par le pick-up Classe X de Mercedes qui vient d’ailleurs de passer à la benne. Je n’ai pu me résoudre à un tel conformisme, et je préfère donc penser que la lettre en question correspond à quelque chose de plus agréable, voire carrément sensuel…
L’A110 X, c’est donc un peu mon Emmanuelle, à quatre roues. Certains ne manqueront pas de me faire remarquer qu’une certaine jeune femme dans le film dont elle était l´étoile en 1974 se déplaçait plutôt en Jaguar Type E "Primerose Yellow". Mais je m’en fiche éperdument. D’ailleurs, les puristes, vous savez ce que je leur dis…
Jean-Philippe Thery

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Réactions

Merci à Autoactu et à l’auteur pour ces Jeudis enchantés....et vive la bagnole( a pistons bien sûr)
alain boise, Le jeudi 06 février 2020

Superbe chronique en effet et joli clin d'oeil à la Méga track, qui, avec la monte carl', les méga glace et Dakar m'heritent bien un petit sujet ...
Hervé , Le jeudi 06 février 2020

Faudrait dire à Alpine que les skis, c'est dans l'autre sens…
;0)
Lucos de Beuliou el Tipi, Le jeudi 06 février 2020

Emmanuelle avec une belle ceinture de caisse ?
;-)
clerion, Le jeudi 06 février 2020

Notre ami Jean-Phillipe a laissé son subconscient écrire cet article, car dans Alpine il y a....
;0))
Lucos de Beuliou el Tipi, Le jeudi 06 février 2020

Il y a, le ciel, le soleil et la mer…
Je prends un coup de vieux…
;-)
clerion, Le jeudi 06 février 2020

… Avec cette Alpine «Courchevel » édition 2020 alias « sport X », la firme de Dieppe tient peut-être le concept d’une future série limitée ?

... Comme le soulignait, récemment, un internaute … Porsche est expert dans ce type de remarketing de son produit phare la « neuf cent onze »… Il est plus que temps qu’Alpine « bouge » pour trouver des relais d’activité (pas de croissance, faut pas s’emballer !) Et se lance en attendant d’éventuels nouveaux produits : le « cabrio », l’hypothétique SUV, la limousine … Nan pas la limousine … !

Notons qu’en enlevant les skis, en rajoutant un pare buffle et en repeignant « Emanuelle » en beige sable, Alpine peut proposer très facilement une autre déclinaison : l’ Alpine « Safari » à faire pâlir la 911 du même nom … J’espère qu’elle est dotée au moins d’un « grip control … (?)

@ Lucos WLTP … Peut être me trompe je ( ?), mais l’installation des skis « à l’envers » a été conditionné par la forme des spatules qui risquaient de ne pas passer avec le retour du becquet …
A moins qu’ils aient trouvé que çà renforçait le look « jeparauski » … Rien à voir avec une série limitée orientée « pays slaves » pour le coup ….

PS : à Jean Philippe Théry si par extraordinaire Alpine ne "succombe" pas à vos offres de services, tentez donc quelque chose à destination de la Colas (la filiales « routes » de Bouygues) …
Y a matière côté "ponts et chaussées" ...
;0) 
ADEAIRIX, Le jeudi 06 février 2020

Au sujet d'Alpine, la situation devient inquiétante avec 5 immats en 2020..
;0)
Lucos de Beuliou el Tipi, Le jeudi 06 février 2020

… Comme mentionné plus haut !
5 immats en 2020 … C'est dire si il faut qu'Alpine "bouge" avec de nouvelles offres en attendant mieux et plus …

Pourquoi pas une édition "CIM 1971 aniversary" pour la fin de l'année … Après la "Courchevel", la "Safari" … çà fera patienter (?) et çà "focusse" sur la marque championne du monde cette année là …
;0)
ADEAIRIX, Le jeudi 06 février 2020



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