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Analyse - 19/10/2009

Et si Volkswagen avait envoyé vendredi un signal fort à l’industrie ?

La chronique de Bernard Jullien, directeur du Gerpisa, réseau international de recherche sur l’industrie automobile et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Volkswagen a surpris en annonçant vendredi que sera proposé le 3 décembre au conseil d’administration de voter en faveur d’une proposition autorisant le management à mettre sur le marché 135 millions d’actions d’ici à 2014. Au cours actuel, ceci correspondrait à une augmentation de capital d’environ 10 milliards d’euros ou, plus réalistement, de 8 milliards si l’on considère que la souscription de nouveaux titres impliquera qu’ils soient proposés avec une décote.

Il s’agit là de l’ultime épisode d’une saga familiale qui a vu en un peu plus d’un an s’opérer un renversement total de situation puisque, comme on le sait, c’est aujourd’hui Piech, à la tête de Volkswagen qui absorbe Porsche alors qu’il y a un an encore, après quatre ans de montée au capital de Volkswagen et de bagarres contre IG Metal et la loi Volkswagen, l’offensive de Porsche semblait victorieuse. Derrière le "Dallas allemand" qu’est encore ce feuilleton, il faut lire là un renversement des conceptions dominantes de ce qu’est la "bonne gouvernance" d’un groupe automobile en 2009. On peut considérer que Volkswagen, qui est -avec Hyundai-Kia sans doute - le constructeur qui souffre le moins en 2009 et qui affirme son ambition de devenir n°1, envoie en cette mi-octobre 2009 un signal fort.

En effet, symboliquement, les montants susceptibles d’être levés sont assez proches de celui de la dette que Porsche avait contracté en laissant son directeur financier Holger Härter tenter d’utiliser toute la panoplie des innovations financières pour trouver les fonds nécessaires pour monter au capital de VW. C’est en large partie parce que les créanciers ont douté à partir du début 2009 du bien fondé du projet et de la solvabilité du groupe que, à l’été, ils exigeaient le remboursement et révélaient alors la fragilité de l’édifice. On découvrit ainsi, peu avant la réunion décisive du conseil d’administration d’août dernier que l’endettement de Porsche avait atteint 14 milliards d’euros ce qui était largement au-delà de ce qui avait été généralement admis. Spiegel indiquait ainsi à l’époque que : "Le directeur de la Deutsche Bank, Josef Ackermann, a présenté la gravité de la situation au copropriétaire du trust, Wolfgang Porsche, au cours d’une conversation privée". C’est sur ces bases que, en août, Wendelin Wiedeking et Holger Härter ont été licenciés et que c’est finalement VW qui en volant au secours de Porsche a obtenu de pouvoir en prendre le contrôle.

Il faut se rappeler que, exactement comme lorsqu’ils décrivaient avant la crise les bienfaits des innovations financières, les analystes et la grande presse d’affaire louaient le dynamisme et l’audace du couple Wiedeking-Härter et s’amusaient de ce que, en fabriquant tellement moins de voitures, Porsche dégage une profitabilité telle qu’elle rendait possible la prise de contrôle de VW. Dans une période où un certain nombre de scandales venaient fort à propos entacher la crédibilité des syndicalistes-administrateurs, on lisait ainsi dans les colonnes du Wall Street Journal ou de Automotive News, des éditoriaux pleins d’assurance qui en appelaient à la fin des archaïsmes que la cogestion à l’allemande implique. C’est dans ce contexte qu’était saluée la victoire de Porsche devant la Cour de Justice de La Haye qui considéra que la loi Volkswagen était contraire au principe de la libre circulation des capitaux : pour les mêmes éditorialistes, une telle loi interdisait à VW d’accéder aux canons modernes du Share Holder Value Management et de la bonne gouvernance et l’UE savait fort à propos se faire la gardienne de ces lois de l’efficience économique.

Aujourd’hui, en même temps qu’est annoncée cette augmentation de capital, on apprend que lors du même conseil d’administration du 3 décembre, il sera proposé au vote le passage du nombre de représentants du Land de Basse Saxe de 1 à 2 et que le management souhaite que les décisions stratégiques ne soient validées par le Conseil qu’à une majorité de 80%. En d’autres termes, Piech n’entend pas seulement se donner les moyens financiers de digérer l’acquisition de Porsche mais veut aussi revenir dans l’esprit et le texte à la loi Volkswagen dont il considère qu’elle n’a pas handicapé mais servi la réussite son groupe. A un moment où les banquiers s’empressent de rembourser les Etats pour se redonner toute latitude d’agir à leur guise, on peut voir là, de la part d’un industriel, une volonté claire de se prémunir contre des formes de capitalisme dont tout semble indiquer que l’on a eu tort de les porter aux nues à Bruxelles, dans les milieux d’affaire et dans les écoles de management.

Au-delà de Volkswagen, la quasi-nationalisation de GM ou les décisions de Conseils d’Administration comme celui de Renault de ne pas verser de dividendes joints à des cours des titres qui ont tellement perdu sur un an que l’on semble avoir cessé d’en faire des indicateurs clés de la gestion sont autant d’éléments qui semblent converger pour dessiner les contours d’une alternative plus attentive aux questions relatives à l’avenir technologique et productif qu’à la rémunération des actionnaires. Dans une période où, sans que la demande ne permette de financer par la croissance des volumes les investissements considérables à consentir pour rendre soutenable le simple maintien d’une offre automobile, l’industrie a un besoin crucial de stabiliser un compromis de ce type pour quelques années au moins. Il reste à le rendre explicite, à le faire valider par l’ensemble des stakeholders et à veiller à ce que les tentations de fusion-acquisition qui risquent de se confirmer dans les mois à venir ne viennent pas remettre le cours des titres au centre du jeu concurrentiel.

Bernard Jullien

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Réactions

Visiblement, tout le monde n'a pas bien compris ce qui s'est passé entre Porsche et VW.
Le familles Porsche et Piech qui possédaient 100 % des droits de vote de Porsche possèdent désormais 50,8 % des droits de votes de VW qui possèdera à terme 100 % de Porsche.
Il est donc faux de dire que VW a racheté Porsche puisque ce sont les familles Porsche et Piech qui contrôlent VW et donc indirectement Porsche...
Vincent, Le lundi 19 octobre 2009

J'ai effectivement mal compris le sens de cet article qui est pourtant d'avantage consacré à la saga Porsche VW qu'à l'augmentation de capital.
Désolé de vous avoir dérangés, cela ne se reproduira plus !
Vincent, Le lundi 19 octobre 2009



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