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Analyse - 08/08/2016

Janvier : Les constructeurs peuvent-ils exclure Google et Apple de leur stratégie de connectivité ?

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

ARTICLE PUBLIE LE 11 JANVIER 2016

La semaine a été marquée par l’annonce de l’adoption par Toyota de l’interface SmartDeviceLink (SDL) développé par Ford pour rendre disponible en voiture les fonctionnalités des smartphones et leur activation vocale. Toyota a assorti cette annonce de la réaffirmation d’une position stratégique singulière : ses véhicules ne rendront pas accessibles les interfaces concurrentes de Apple (CarPlay) et de Google (Android Auto).

Ford à l’inverse, comme la plupart des constructeurs, met ses clients dans une configuration plus ouverte et fait cohabiter dans ses véhicules l’accès aux applications développées par Google et Apple et celles qui le sont ou le seront sous SDL. Dès lors que l’interface est disponible en open source, la plate-forme SYNC AppLink de Ford a vocation, si elle est retenue par une part significative des constructeurs mondiaux, à permettre le développement d’applications automobiles qui la privilégieront au détriment de Apple et Google, qui développent des dispositifs identiques.

Dès lors que, selon Ford comme Toyota, SDL serait plus sûr et adapté à l’automobile et permettrait de rendre contournables le passage sous les fourches numériques caudines des deux géants américains, il pourrait tenter d’autres constructeurs, équipementiers ou concepteurs d’applications. 

Comme le dit Don Butler, directeur exécutif de Ford, en charge des services et véhicules connectés : "Le véritable avantage d’une interface de communication appli smartphone commune est que cela crée un standard dans l’industrie. Ford rend le logiciel disponible en open source, parce que tous les clients de l’industrie y gagneront si tout le monde parle le même langage." On comprend bien l’intention mais on saisit mal alors pourquoi c’est Toyota qui paraît y croire le plus, en ne comptant que sur SDL alors que Ford semble suffisamment douter de sa capacité à imposer sa plateforme pour laisser ses clients accéder aux concurrentes.

Le choix de Ford est assez compréhensible lorsque l’on cherche à saisir ce que Toyota a à perdre à se positionner de la sorte. Un commentateur résume ainsi cette dimension : "Le choix stratégique de Toyota pourrait rapidement se retourner contre lui, car proposer des voitures sans système embarqué populaire est un risque. En effet, les développeurs ont toujours tendance à créer des applications ou à les rendre compatibles avec les systèmes largement démocratisés. Android Auto et Carplay vont couvrir une part très importante du parc automobile mondial dans le futur, les développeurs vont naturellement se diriger vers eux. La conséquence directe de cette décision pourrait donc se concrétiser par des pertes de marché pour Toyota, puisque les utilisateurs très soucieux de la compatibilité avec leurs téléphones, leurs applications favorites ou même d'autres objets connectés vont inclure cet aspect dans leur choix de véhicule à l'avenir."

Du point de vue de Toyota, il faut donc maintenir une spécificité automobile pour des raisons techniques autant qu’économiques. Ainsi Shigeki Terashi, l’un des vice-présidents de Toyota, a expliqué cette décision en égratignant les solutions des géants de la Silicon Valley : "La valeur que peuvent apporter les constructeurs en la matière, ce sont des services connectés plus sûrs et sécurisés."   

Et effectivement, chez Ford comme chez Toyota, les applications en développement ne relèvent plus seulement du simple "infotainment". Elles sont et seront de plus en plus "automobiles". Ainsi, elles vont permettre de préchauffer le véhicule ou d’en activer la climatisation avant de monter à bord, de vérifier le niveau de carburant et/ou de faire le point sur ses consommations sur les derniers trajets … Elles ouvrent la porte aux après vente connectées et elles vont ainsi se rapprocher :

i) du cœur de la relation client et poser des problèmes de business ;

ii) du fonctionnement du véhicule lui même et poser alors des problèmes de sécurité.

Toyota voit là de bonnes raisons de fermer la porte à Apple et Google.

Pour Ford, les mêmes convictions ne conduisent pas aux mêmes conclusions pour deux raisons. 

D’abord, le marché américain est beaucoup plus "mûr" que les autres marchés dans ce domaine et le risque commercial évoqué pour Toyota serait de ce fait plus grand pour l’entreprise. 

La presse américaine rapporte ainsi que, pour un opérateur téléphonique comme AT&T, les deux tiers de sa croissance au troisième trimestre sont venus de l’internet des objets : il aurait généré 1,6 million d’abonnements supplémentaires et les deux tiers correspondraient à la 4G des voitures.

Ensuite, l’objectif principal de Ford semble bien être de voir se multiplier les applications accessibles pour faire de la dimension "connectée" des véhicules un attribut majeur de ceux ci et une source de valeur. En ligne de mire, les stratèges de Ford pensent au véhicule autonome et au fait que, moins la conduite sollicitera le propriétaire, plus il sera disponible pour y faire autre chose. 

C’est dans cette perspective que Mark Field a annoncé que Ford collabore avec Amazon pour "relier nos véhicules avec leur logiciel Alexa et le hub pour maison connectée, le boîtier "Echo"" : le conducteur pourra ainsi allumer son chauffage, déclencher l’arrosage ou ouvrir son portail  . 

Ainsi Toyota paraît plus cohérent que Ford parce que ses dirigeants  sacralisent l’automobile dans ses fonctions traditionnelles et restent ainsi les maîtres d’un système relativement clos. Ford est en apparence un peu schizophrène en voulant faire de son SDL un standard tout en laissant ses clients s’en détourner au profit des plateformes rivales de Google et Apple.

Toyota a l’ambition de rester maître d’un système automobile qui pourrait rester dominé par les constructeurs en restant fermé. Ford sait que cette ambition n’est pas tenable et cherche à être de ceux qui l’auront reconnu suffisamment tôt pour rester incontournables dans le nouvel éco-système.

Est-ce si révolutionnaire si l’on veut bien regarder l’actuel système automobile ? : les marchés de l’assurance, de la pièce, de l’après-vente, de l’assistance, du VO ou des financements sont après tout tous des marchés sur lesquels les constructeurs cohabitent et doivent composer avec d’autres opérateurs tout en jouant un rôle majeur. Ford en prend acte. Toyota non.

Le plus schizophrène n’est pas forcément celui que l’on croit.

Bernard Jullien

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Réactions

1) Google entend aller très loin dans les véhicules autonomes connectés et ne s'en cache pas. Qui en cas d'accident, prendra en charge les indemnités (aux US, les indemnités peuvent être énormes) ? Le constructeur ou celui qui a fourni l'application soft d'autonomie du véhicule ?
Quand on voit ce qui se passe dans les applications informatiques (systèmes informatiques ou programmes) fournies buggées aux clients, lesquels doivent se débrouiller pour recharger une nouvelle version ou faire avec, faute de moins pire...
2) Google comme Apple ne sont pas prêts à construire des véhicules, sauf en cas de rachat ou de joint-venture. Dont acte.
3) A court terme, joint venture inévitable, mais je ne suis pas sur que les constructeurs voient d'un très bon oeil des systèmes soft embarqués qui géolocalisent en temps réel les véhicules, qui permettent un fichage précis des clients (âge du véhicule, type et kilométrage parcourus, famille type utilisant le véhicule, stations essence ou lieux publics fréquentés etc etc).
clerion, Le lundi 11 janvier 2016

On nous parle de commander l'arrosage du jardin depuis son GPS...
Mais c'est toujours la zone pour simplement charger et poser son smartphone dans une bagnole...
Un simple petit dock sur le tableau de bord je vous disais...
;0)
Lucos, Le lundi 11 janvier 2016

Lucos a tellement raison !
Je ne comprends pas cet acharnement à vouloir "connecter" une bagnole quand un bon smartphone bien calé sur le tableau de bord fait mieux que n'importe quel écran "connecté". On peut même téléphoner avec un smartphone ! C'est fou non ?
Le gyroscope inclus dans les smartphones permet même de connaître les g appliqués à la bagnole dans un virage.
Des compagnies d'assurance commercialisent déjà depuis plusieurs années des contrats dont le prix est minoré quand le conducteur - volontaire évidemment - utilise l'appli qui mesure TOUT de sa conduite : vitesse de la voiture vs limitation de vitesse en vigueur à l'endroit où il se trouve, puissance du freinage, vitesse en courbe, valeur des accélérations, etc. Vous pouvez conduire une 4L des années 70 ou même une De Dion Bouton, du moment que votre smartphone est dans votre bagnole, vous êtes connecté/surveillé !!! Si vous conduisez comme un dingue l'assurance est plus chère, et vice-versa. Inutile de vous dire que les automobilistes qui choisissent d'être connectés/contrôlés adoptent une conduite plutôt cool.
Donc, je redis ce que recommande Lucos depuis longtemps, que les constructeurs nous fassent de beaux supports de tablettes (iPad ou autres marques) sur leur tableaux de bord pour que ceux qui voudront être connectés le soient et les autres rouleront où ils veulent sans que quiconque ne sache où ils sont et comment ils roulent. Point barre !
Ou sinon, toujours d'après Lucos, la meilleure bagnole autonome a sa voiture-bar au milieu de la rame (voiture 4).
Maintenant, que Google veuille fabriquer des bagnoles qui avancent toute seule, il faudra que leur logiciel intègre le non respect du code par les autres sinon elles continueront à se faire rentrer dans le cul.
J'attends avec impatience des Google cars vers 18h00 place de l'Etoile à Paris. Ça sera assez marrant !
Bruno HAAS, Le lundi 11 janvier 2016

Je partage cette analyse de M. Jullien. Pour ces plateformes d'applications automobiles la messe n'est pas dite. L'hégémonie du duo Apple-Google sur les plateformes pour smartphone n'est pas encore avérée dans l'automobile. Un autre acteur peut encore s'imposer et la démarche de Ford, qui ouvre ses développements aux autres, peut réussir à le faire émerger. On peut imaginer que les plateformes Apple/Google resteront incontournables pour les applications "grand public" (messagerie, réseaux sociaux, etc...) que les éditeurs auront déjà développées pour les smartphones et qu'ils adapteront à CarPlay/Android Auto. Et qu'une plateforme comme SDL soit plus pertinente pour des applications tournées "automobile", si un nombre suffisant d'éditeurs s'y lancent (et à condition d'y faire autre chose qu'une appli Facebook...).

Gardons aussi à l'esprit que ce business des applications ne représentera pas le coeur du business de l'automobile comme ce n'est pas le coeur du business dans les Smartphones. Rappelons ici qu'Apple tire la très grande majorité de ses revenus de la vente de produits (les services tous confondus ne représentent "que" 15% des revenus même si cela reste énorme en valeur...) et Google tire l'essentiel de ses revenus par la régie publicitaire. Alors si la plateforme de Ford ne "prend" pas et ne se développe pas - voire si aucune plateforme ne se développe comme le suggèrent Lucos et B. Haas... - , ce ne sera pas une catastrophe industrielle. Ce sera une part de (futurs) revenus complémentaires qui échapperait aux constructeurs.

Pour les constructeurs, ça vaut donc le coup de tenter de capter ces revenus mais sans hypothéquer l'attrait de ses véhicules en se fermant aux autres plateformes puisqu'aucune plateformes ne s'est encore imposée. Alors oui la démarche de Ford semble pertinente.

Le véhicule autonome c'est autre chose. Selon moi on n'est plus dans l'accessoire mais bien dans le coeur du business automobile... mais dans ce domaine les constructeurs semblent bien placés. Je ne vois pas Google se lancer dans la construction automobile. Son intérêt est que la voiture autonome se développe, si possible avec ses technologies et ses services, mais pour Google peu importe qui construit la voiture...
Yaa, Le lundi 11 janvier 2016

N'oublions pas que Google n'est qu'une agence de pub....
;0)
Lucos, Le lundi 11 janvier 2016

Eh Professeur maintenant demmerdez-vous avec ces trois avis que je partage tout a fait.
Nous sommes obligés de constater deux univers automobiles différents:
Les US et les autres.
Ford ou Toyota ne se cassent pas le cul pour faire une guerre des standards pour nous mais pour un marché de plus de 300 millions de consommateurs a eux tous seuls aux US.. A voir sur tous les US les conducteurs avec leur smartphone à l'oreille et même pas l'utilisation (il faut faire une enquête) de Bluetooth) et je doute bien sur que Bluetooth est disponible en standard...et on vient nous dire que toute cette guerre en plus avec Google et Apple est pour faire ouvrir la porte du garage et allumer la machine à café!
Au vu du fait que le conducteur américain (et du réseau routier) roule assez lentement 80/120, il est normal que Google s’intéresse à la conduite autonome, mais de là à fabriquer des voitures...on est pas dans la DB.
Du point de vue informatique la réponse de Clérion est limpide.
Qui du grand public est capable de charger une appli ou une MAJ en de bonnes conditions? Si, la jeunesse, mais elle ne conduit pas ou peu.
Je sens que Bruno s'énerve et il me fait marrer...mais putaing il à sacrément raison dans son ultime tirade.
Vu d'ici le CES est quand même une sacré guignolade de débiles avec un casque qui les rend aveugles à 690 dollards pour voir un "soft" de merde genre Terminator amélioré mais répétitif. Les jeux vidéo font des milliards. So What!!
Puisqu'on arrête pas d'insulter notre intelligence, je crois qu'il va y avoir des milliards à se faire pour des applications à se gratter l'entrejambe dans les voitures à la place de conduire! Les puritains vont avoir un sacré boulot.
Professeur un peu de recul SVP. Ma question est qui est le con qui a déterminer qu'on va faire OBLIGATOIREMENT autre chose que conduire?
Qu'a l'avenir on fasse des grandes portions de ligne droite sans les mains sur le volant, OK. Mais tout le baazar Disbeyland, çà va çà suffit.
Toutes les administrations attendent au coin du bois toutes ses start-up de con qui rêvent d'énormes valorisation en bourse. Çà va sabrer et nous serons au même point encore en 2025...avec de la même merde thermique et tableaux de bord aux écrans tactiles bugués (qui vont nous agacer grave et vite abandonnés ou ne pas utilisés) dans les concessions à acheter.
Joyeuses Pâques et bons plusieurs salons automobile avec de jolies hôtesses.
Jo Duchene, Le lundi 11 janvier 2016

Très en verve les contributeurs ce matin...

A Mister Jo et sa tirade sur les casques et autres lunettes 3D qui continuent d’être présentées et dont on nous annonce, sans doute à raison, un méga business pour les années qui viennent je lui recommande la lecture de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury dont la publication remonte à 1953.
Tout est dit (Mitchell) ou presque…

Sinon j’adhère à ce qui me semble être du bon sens … les posts de Lucos confortés par Bruno concernant l’implantation commode des docks pour smartphone dans les habitacles…
En même temps il convient de suivre l’initiative de FORD à laquelle Toyota a déjà souscrit semble-t-il …

Concernant le CES de 2016 un peu de recyclage…. A prendre avec des lunettes au 3ème degré…
… Pour coller au contenu de la chronique de Bertrand RAKOTO, en matière de design et de VE… Etait présent à ce fameux CES 2016, une startup Française (Oui Môssieur) désignée Francecraft.
A priori au regard de la chronique, cette start up est à contre-courant (uuu ! pour un VE çà s’impose) en matière de design puisque le véhicule présenté par Francecraft livrable en kit doit beaucoup à l’approche esthétique du cube (un cx d’enfer donc mais pour rouler à 30km/h).
Les concepteurs de ce terrible engin (on oscille entre le proto de Quasar (base mini moke) et les premières Ligier sans permis recyclant avec un certain talent les cabines de tracteur, je dis çà pour les plus érudits…) ont l’ambition de vendre ce produit pour un prix de 10 000€ quand même (en kit !) … Evidemment çà passe par des économies sur des formes harmonieuses … Fiat avec la 1ère Panda ou Dacia avec la 1ère LOGAN n’ont pas fait autrement…(vitres plates, notamment).

En même temps, surtout sur un encombrement réduit, le cube côté habitabilité c’est assez gagnant gagnant … ?

Bon, que l’on se rassure, "on" est loin d’Elon Musk et de sa fantastique Tesla… Nan, là c’est plutôt un véhicule digne du concours Lépine… Et les fondateurs semblent réfléchir encore au modèle économique (…) selon un article paru dans les pages saumons d’un quotidien bien connu…

En attendant un article sur les dernières trouvailles du CEA en matière de batteries, peut-être Autoactu nous gratifiera-t-il d’un prochain focus sur cette start up et ses fondateurs pleine de promesses … ?
...Euh à défaut de Lincoln, une future Licorne ?
ADEAIRIX, Le lundi 11 janvier 2016



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