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Analyse - 18/02/2019

L’Airbus de la batterie pourra-t-il amener les constructeurs à s’impliquer dans la filière ?

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Le débat qu’a suscité le rejet par la commissaire à la concurrence de la fusion de Alstom et Siemens aura eu le mérite de faire renaître une idée de l’UE un peu oubliée depuis l’Acte Unique il y a plus de 30 ans : celle selon laquelle se doter de cet espace pourrait aussi permettre de conduire des politiques industrielles et de la recherche qui soient à la hauteur de celles conçues et mises en œuvre ailleurs dans le monde.

Ceci peut signifier qu’au lieu de considérer que l’intérêt à court terme des consommateurs doit être l’unique boussole des politiques européennes, il est des cas où, pour des raisons géostratégiques, il peut être opportun de se protéger et de mettre les industriels devant leurs responsabilités face aux territoires, aux salariés et aux économies dont ils relèvent.

C’est le chemin qui a été pris sous l’impulsion du ministre allemand Peter Altmaier en matière de batteries et qui a conduit cette semaine à ce que le fameux "Airbus de la batterie" voit enfin le jour avec la bénédiction de Bruxelles et malgré les réticences de beaucoup d’industriels.
Il faut en effet replacer notre affaire dans la séquence des décisions prises par l’UE depuis le dieselgate : après le passage du NEDC au WLTP qui s’est opéré sans que les constructeurs ne parviennent à faire jouer tous les subterfuges qu’ils demandaient pour gérer plus aisément la transition, sont intervenus en 2018 les fameux débats sur les objectifs CO2 à l’échéance 2030 qui se sont soldés, en décembre, par un compromis qui fixe la réduction exigée à -37,5%.
Il signifie, comme l’ACEA - par la voix de son actuel président Carlos Tavares - l’a souligné à loisir que l’UE renonce à la neutralité technologique et oblige les constructeurs désireux de vendre des véhicules en Europe à électrifier massivement leurs immatriculations.

Comme Carlos Tavares et d’autres l’ont aussi souligné, en l’état actuel des choses, puisque les batteries vont représenter 30% à 40% de la valeur des véhicules, conditionner largement leurs performances aux yeux des consommateurs et que les batteries seront tantôt importées tantôt fabriquées en Europe par des entreprises à capitaux non européens avec des cellules asiatiques, cette décision pourrait avoir des conséquences hautement problématiques :
 i/ l’industrie automobile européenne dont l’ACEA se plait à souligner les performances à l’exportations pourrait voir ses excédents baisser drastiquement ;
 ii/ l’emploi pourrait en pâtir lourdement ;
 iii/ la capacité des constructeurs à maîtriser demain le cœur de la valeur des produits qu’ils proposeront pourrait être drastiquement réduite ;
 iv/ la dépendance de l’industrie à l’accès à un certain nombre de matériaux stratégiques dont le cobalt lui ferait courir d’importants risques économiques.

D’une certaine manière le ministre allemand et, dans son sillage, Bruno Le Maire ont partagé cette analyse et compris que l’UE avait mis la charrue du développement accéléré de l’électrification des gammes européennes avant les bœufs des solutions technologiques et industrielles du continent.
Ils ont vu que ceux là même qui soulignaient le problème se précipitaient pour aller signer des accords d’approvisionnement avec les grands champions japonais, coréens ou chinois et allaient ainsi faire de l’électrification la catastrophe annoncée.
Toutefois, au lieu de considérer qu’il s’agissait là d’une fatalité imposée par les règles de fonctionnement d’une industrie globalisée, ils ont tenté de réagir en obtenant de Bruxelles que la politique d’aide à la création d’une filière européenne soit reconnu IPCEI (projet européen d’intérêt commun) dès le semestre en cours.
Ceci signifie que le projet bénéficie d’un cadre réglementaire qui lui permet d’échapper au droit commun européen en matière de financements publics et que la politique industrielle prime sur la sacro-sainte défense de l’intérêt du consommateur qui pourrait quant à lui préférer, pourvu qu’elle soit moins chère, une batterie chinoise – éventuellement fabriquée en Allemagne ou en Pologne – à une batterie européenne subventionnée.

En prenant ce cap politique, les ministres allemand et français de l’économie demandent également aux constructeurs et équipementiers de cesser de vociférer sur l’irresponsabilité de la Commission pour prendre leurs propres responsabilités.
En effet, en 2018, les acteurs clés de l’automobile ne veulent pas investir dans un secteur encore jugé peu rentable et consommateur de capital : ni les constructeurs automobiles, ni les équipementiers allemands Bosch ou Continental n’ont voulu se lancer dans la construction de cellules dans un avenir immédiat, laissant ainsi le champ complètement libre aux acteurs asiatiques, qui règnent sans partage sur ce marché.
En effet, l’analyse faite par la plupart des constructeurs et équipementiers est que la vraie valeur ajoutée réside dans les procédés de combinaison des cellules de façon à augmenter leurs performances, que ce soit en termes d'autonomie des véhicules électriques ou de temps de recharge. Les ministres aimeraient infléchir cette ligne et pouvoir assurer, sans attendre la génération suivante, une production de cellules européennes.

Dans cette perspective, le plan arrive un peu tard déjà. Renault travaille avec LG et si Nissan a un temps produit ses propres batteries dans le cadre de la coentreprise qui avait été formée avec NEC en 2007, le constructeur a, en août dernier, annoncé qu’il y renonçait.
PSA a annoncé en mars 2017 s’être tourné vers LG et CATL.  De même, Daimler, VW et BMW préparent 2030 sans se préoccuper de construire la fameuse filière européenne voulue par les ministres : BMW a accordé un contrat d'un peu plus d'un milliard d'euros au Chinois Contemporary Amperex Technology (CATL), qui doit bâtir son site en Thuringe, pour fabriquer des cellules de batteries.
Volkswagen a également choisi CATL ainsi que les Sud-Coréens Samsung Electronics et LG Chem pour des achats de batteries qui pourraient représenter plus de 21 milliards d'euros.
Daimler a annoncé en janvier sans révéler si ses fournisseurs continueraient d’être SKI, LG et CATL, que 23 milliards d’euros de cellules étaient en train d’être achetées. 

Les constructeurs qui disent à peu près tous souhaiter que le fameux Airbus décolle n’ont pas le temps d’attendre et semblent ne pas être sûrs que cela les concerne.
Les ministres vont devoir les amener à s’impliquer davantage. Ainsi, le ministre allemand semble avoir convaincu Volkswagen au moins de rentrer dans l’un des consortiums.
BMW a annoncé en octobre une association avec le Suédois Northvolt et le Belge Umicore pour développer des batteries innovantes et écologiques. En effet, selon Peter Cammerer, membre du comité d'entreprise de BMW : "Faire la course aux technologies du moment ne sert à rien" et le problème est dès lors de se préparer à "l'ère de l'après-lithium" en se concentrant dans les technologies jugées prometteuses du sodium-ion ou du magnésium-ion. Varta Microbattery, BASF et la filiale allemande de Ford, Ford-Werke GmbH sont en discussions avec le ministère de l’économie
Siemens s’intègrera dans le consortium qui va se former autour de Saft, racheté par Total en 2006. Pour les deux constructeurs français qui, pendant le Mondial, semblaient tous deux considérer qu’il fallait viser l’après lithium-ion, on attend de savoir si et comment ils s’associeront à tel ou tel consortium.
Bernard Jullien

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Réactions

Le Graphene aussi est prometteur....en attendant tout est Chinois,on va payer,et cher,vive les subventions !
alain boise, Le lundi 18 février 2019

D'un point de vue géostratégique il y a intérêt à ce que la Nouvelle Calédonie reste française pour sécuriser l'approvisionnement en Cobalt.
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Elle vient de voter
alain boise, Le lundi 18 février 2019

Sans blaguer ?
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Résultats du quatre Novembre 2018 pour le référendum
Participation 80,6%
Oui 56,43 %
Sans blague
alain boise, Le lundi 18 février 2019

Je suis contre le projet de batterie A380 car il a du plomb dans l'aile…
;-)
clerion, Le lundi 18 février 2019

Oui Clerion … Un dossier qui "pique du nez" aussi … Pas bon çà !
;0)
Sinon Airbus de la batterie …?
Il est bien temps de s’en préoccuper … Au regard du loupé de la fusion Siemens/Alstom pour la constitution d’un « Airbus ferroviaire, de l’Airbus Naval civil ou militaire qui prend l’eau … Merci les "gars" !
Sans être exagérément pessimiste, les « Chinois » peuvent dormir sur leurs deux oreilles en attendant l’avènement de cette construction (l’Airbus de la batterie)…
ADEAIRIX, Le lundi 18 février 2019

Puisqu'il ne comprend rien :
Merci Alain de nous répéter ici ce que tout le monde sait parfaitement et ce que nous avons vu et entendu sur les radios et la télé pendant 2 mois...
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Puisque vous comprenez si bien si vite … vous Lucos …
Pourquoi vous acharnez vous ?
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 18 février 2019

C’est son truc Druide peut pas vivre sans .....il est même payé pour ,si..c’est sa Quête ,son Graal
alain boise, Le lundi 18 février 2019

Ce qui est remarquable dans ce débat, c'est les approches stratégiques diamétralement opposées.
On entend sans cesse les constructeurs vanter qu'il doivent fabriquer eux même leurs moteurs, le moteur c'est le coeur de la voiture, etc..., et aussi une grosse partie du coût (la chaine cinématique complète).
Quand cette même chaine cinématique doit être remplacée par de l'électrique, ce qui n'est pas moins stratégique, pas forcément en terme d'agrément mais pour sûr en terme de coût, tout à coup le consensus semble être de tout acheter de l'extérieur. Non seulement les cellules mais jusqu'au pack.
Si sur le court terme ca permet de passer la vague du Lithium ion, ces fameuses nouvelles cellules n'existent au mieux que dans les labos, tout miser sur "vous verrez, tout sera mieux après-demain avec les nouvelles cellules" me parait risqué, la vague pourrait être plus longue que souhaité. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras.
On en reparle en 2025 à la fin des contrats.
Arnaud C., Le lundi 18 février 2019

ADRX,
Vous proposez le boycott ??
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Provoc stérile Lucos
alain boise, Le lundi 18 février 2019

… "le ministre allemand et, dans son sillage, Bruno Le Maire ont partagé cette analyse et compris que l’UE avait mis la charrue du développement accéléré de l’électrification des gammes européennes avant les bœufs des solutions technologiques et industrielles du continent." … Tout est dit pour ainsi dire …?
"Ils jurèrent, mais un peu tard, qu'on ne les y prendraient plus. (?)"

@ Lucos … Puisque vous interrogez …
Le "Alain Bashing" me semble tout aussi "illusoire" que le "Diesel Bashing" … Cà contamine inutilement …
A l'arrière des berlines ou pas …. Osez le "je passe à autre chose"
D'ailleurs c'est une recommandation que vous avez pu pratiquer !
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 18 février 2019

Je pensais à Autoactu comme Bruno et Jo qui sont partis ailleurs.
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Psst..
respect pour les références mais je préfère Fantaisie Militaire..
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Je vous y invite à y aller aussi peut être que la bas vous ne serez pas censuré,vous pourrez insulter à votre guise
alain boise, Le lundi 18 février 2019

Ya quelqu'un qui a parlé ??
;0)
Lucos, Le lundi 18 février 2019

…. Ouh là là là Lucos qu'est ce que vous nous faites là ?
??? Amalgamer la position de Bruno avec celle de "Jo" me semble terriblement hasardeux et intrépide … Ne pas confondre !
Concernant le silence du deuxième qu'il continue à garder le "maquis" (si il a le choix) ? je constate que depuis lors sur d'autres articles l'expression plus fluide d'autres internautes et c'est heureux …!

Que Vincent, Frédéric, Marc, Mapauto et les autres reviennent sans parler de Bruno … pour alimenter les discussions presque apaisées et courtoises la plupart du temps … Vous suivez Lucos
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 18 février 2019

Où est le PB de dire à Boise qu'il est naze ?
Puisque c'est vrai ?
;0))
Lucos, Le lundi 18 février 2019

Perso je préfère le fond à la forme mais en trop grande forme, on peut toucher le fond.
Jeu de mots sans faire de maux ?
Je vous lit sans délits, mais je préfère donner mon avis sans m'attaquer aux personnes…
;-)
clerion, Le lundi 18 février 2019

…Je vous lis sans le t mal couché...
clerion, Le lundi 18 février 2019



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