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Analyse - 02/01/2020

La caisse à Jésus

La chronique de Jean-Philippe Thery, consultant, fort d’une expérience automobile aussi bien dans le domaine du produit que de l’Intelligence de marché, avec des expériences chez Renault, Nissan et PSA. Installé depuis 2008 au Brésil, Jean-Philippe Thery est spécialiste des marchés automobiles en Amérique Latine.

En mai 2004, deux centaines de militants écologistes se rassemblaient devant le show-room Mercedes des Champs-Elysées pour remettre aux représentants de la marque le trophée très peu convoité de "4x4 le plus polluant" décerné au modèle G500, en raison des 400 grammes de CO2 émis au km par son moteur V8 (une "grosse cylindrée" dirait Bruno Le Maire). Les huit exemplaires vendus cette année-là sur le territoire hexagonal n’auront probablement pas laissé un souvenir impérissable à la planète, mais je m’en souviens parfaitement, puisque j’avais signé la veille mon contrat d’embauche chez Nissan France en tant que chef de produit de la gamme 4x4.

"Un sens du timing incontestable" s’étaient aussitôt empressés de souligner mes amis, lesquels s’étaient déjà copieusement payé ma tronche après que j’eu décidé de rejoindre les effectifs de Renault Sport Technologies au moment précis où le Buggy Kangoo de Jean-Louis Schlesser était détruit par le feu au tout début de l’édition 2002 du Paris-Dakar. Décidément très charitables à mon encontre, ceux-ci me prévoyaient dans mes nouvelles fonctions un avenir immédiat radieux, où les coups de clefs sur la carrosserie de mon futur véhicule de fonction le disputeraient à l’œil au beurre noir que des écolos un peu énervés ne manqueraient pas de m’administrer au détour d’une station-service, à l’heure propice où les grands véhicules énergivores venant se ravitailler se montrent particulièrement vulnérables.

Avec de tels amis, nul n’est besoin d’ennemi ! Ils en furent néanmoins pour leur frais, puisque sous mon égide, les ventes de la gamme bondirent de plusieurs dizaines de pourcents. Mais avant que vous ne vous précipitiez sur votre clavier pour me demander le secret d’une telle réussite, je dois à l’honnêteté d’avouer que le lancement de 5 nouveaux modèles y fut pour beaucoup. Seul le gouvernement français y trouva à redire, sous la forme d’une lettre adressée à Carlos Ghosn en raison de la campagne que nous avions conçue avec mon équipe, dont le slogan "Nissan vous offre deux ans de carburant" fut considérée comme une scandaleuse incitation à la débauche énergétique.

Nous adressâmes au ministère concernée une réponse circonstanciée et contrite, qui se garda bien de mentionner le succès de l’opération, grâce à laquelle nous vidames le parc des unités d’un millésime vieillissant. Quant à ceux qui s’inquiéteraient des attaques dont j’aurais pu être victime dans l’exercice de mes fonctions tout-terrain, qu’ils se rassurent. Mon intégrité physique sur la période fut en effet respectée, la liste des incidents auxquels j’étais mêlé se limitant à quelques commentaires désapprobateurs sur le X-Trail que je conduisais, et à un autocollant collé à la sauvette sur la vitre arrière d’un Pathfinder, fustigeant les "4x4 en ville", alors que je le ravitaillai dans une station-service située …en rase campagne.

Curieusement, le véhicule qui ne me valut que des commentaires élogieux fut un pick-up de 4,96 mètres de long, dont la transmission 4x4 s’exposait de façon presque indécente sous une carrosserie surélevée, à la peinture orange métallisé un rien ostentatoire et dont le moteur à la sonorité turbo-agricole ne laissait aucun doute sur le carburant dont il s’alimentait généreusement. Je connu ainsi durant les 6 mois pendant lesquels je conduisis le bestiau -principalement en ville-, une popularité à rendre jaloux Colt Seavers, le cow-boy cascadeur roulant lui aussi en pick-up de "l’homme qui tombe à pic", série diffusée le dimanche après-midi sur TF1, et que les jeunes de ma génération connaissent bien.

Mais laissons de côté mes passionnantes tribulations personnelles pour revenir sur l’origine des campagnes anti 4x4, dont on s’aperçoit au passage qu’elles ne sont pas nouvelles. Merci d’adopter pour la circonstance la posture empreinte de dignité qui est la vôtre lorsque vous entrez dans une église, puisque c’est là que tout commença. Enfin du moins dans une certaine église, en l’occurrence évangélique et bien sûr américaine. En 2002, une campagne de télévision intitulée "What would Jesus drive" ("Que conduirait Jésus ?") apparaissait sur les écrans d’un certain nombre de villes des Etats de l’Iowa, de l’Indiana, du Missouri et de la Caroline du Nord. Celle-ci, à l’initiative du Révérend Jim Ball (sans jeu de mot s’il vous plaît), visait à sensibiliser les ouailles du Seigneur sur l’impact de leurs déplacements automobiles. Comme le disait lui-même le Révérend : "Nous avons reconnu le Christ comme notre sauveur et notre Seigneur, et pour nous, cela inclut nos choix de transport", ajoutant encore : "La plupart des gens ne considèrent pas le transport comme un problème moral, mais nous avons été choisis pour prendre soin des enfants et des pauvres, et remplir leurs poumons de pollution est le contraire de s'occuper d'eux."

Le discours ne vous dépaysera sans doute guère, puisque c’est peu ou prou celui que nous retrouvons aujourd’hui dans une version plus orthodoxe, ou plutôt moins catholique. Il a y donc plus de 15 ans, le Révérend nous avertissait déjà sur les méfaits des 4x4 et autres SUV, qu’il accusait de nuire à l’environnement et à la santé de ses disciples. Et le fait que ces engins ingurgitent un liquide venant en grande partie de contrées où la parole du Christ n’est pas toujours considéré comme d’évangile ne faisait sans doute rien pour arranger l’affaire.

S’il est toujours parmi nous, notre pasteur doit sans doute être horrifié de constater que les ventes de SUV n’ont depuis cessé de progresser dans le monde. Mais il pourra se consoler en remarquant que l’Eglise montre l’exemple au plus haut sommet, puisque le Pape a reçu le mois dernier des responsables de Dacia un superbe Duster, qui remplacera dans le rôle de Papamobile les éternels (sic) Mercedes Classe G ou ML, dont la gloutonnerie n’est plus de mise avec l’image soucieuse de l’environnement que l’église souhaite montrer, sous l’impulsion du Pape François. A moins qu’il ne remarque que le Duster se revendique lui-aussi de la catégorie des SUV, et que l’exemplaire offert à sa Sainteté est une version 4x4. Auquel cas Jim aura sûrement les… non, non je ne la ferai pas.

Bon, revenons plutôt à la question somme toute intéressante de savoir ce que conduirait Jésus, et rappelons le contexte. Au début du premier siècle en Galilée, on imagine que les routes n’étaient pas exactement en très bon état puisque l’asphalte n’avait pas encore été inventé (évitons donc les anachronismes). Par ailleurs, la profession de prophète exercée par Jésus n’étant par définition pas très rémunératrice, on suppose également que si celui-ci avait dû conduire, il aurait plutôt utilisé la voiture de Joseph, son charpentier de père. Celle-ci devant d’être polyvalente, apte à transporter les outils et matériaux indispensables à l’exercice de sa profession, mais aussi capable d’emmener sa famille, c’est donc sans hésitation aucune que notre homme aurait jeté son dévolu sur un pick-up double-cabine équipé d’une transmission 4x4.

Autrement dit, pas exactement le genre de véhicule prisé par les manifestants anti-Classe G ni par le Révérend Jim. Mais avant que les concessionnaires de marque japonaise ou américaine de Bethléem ne se frottent les mains, rappelons également que Joseph était pauvre, et que sa voiture aurait donc été acquise d’occasion. On se la représente d’ailleurs plutôt hors d’âge et passablement fatiguée par des années d’un service harassant, ce qui la rendrait peut-être plus acceptable aux yeux des uns et des autres, mais pas forcément moins polluante.

Nul doute néanmoins qu’elle trouverait grâce auprès des défenseurs de la cause animale, puisqu’épargnant un travail harassant à l’âne qui se tapait jusqu’ici tout le boulot, ou plutôt le cèdre, plus commun dans la région. Ouf ! on aura bien fini par trouver quelques alliés au pauvre véhicule.
Voilà donc une question essentielle résolue. Mais comme je n’ai pas l’intention de vous réécrire la même chronique pour l’épiphanie, réglons immédiatement le sujet du transport des Rois Mages, et ce d’autant plus que le cahier des charges en la matière est à peu près le même que celui de Joseph. Considérons néanmoins que les trois souverains disposaient de moyens appréciables, puisque l’or, mais aussi l’encens et la myrrhe qu’ils destinaient au nouveau-né coûtaient à l’époque une véritable fortune, et qu’ils pouvaient donc envisager un véhicule beaucoup plus luxueux que celui d’un modeste travailleur du bois. Par ailleurs, on sait également que leur principale préoccupation consistait à s’orienter en suivant une étoile ne tenant pas en place, ce qui n’était vraisemblablement pas très pratique et les obligeait à voyager de nuit. Dans ces conditions. Je leur conseille un Lincoln Navigator, équipé d’un GPS de dernière génération, avec un lot de pneus sur le toit en cas de crevaison en plein désert, afin d’éviter le recours à la roue galette…

Bon, il vaut mieux que j’arrête là. Je n’ai tout de même pas survécu à mes années 4x4 chez Nissan pour me faire excommunier ou même crucifier par un groupe d’évangélistes radicaux, fût-ce sur les réseaux sociaux.
Je vous souhaite à tous une excellente année 2020, quel que soit votre véhicule.
Jean-Philippe Thery

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Réactions

Jesus en cyber truc plutôt au 21 ieme siècle,excellent billet,merci
alain boise, Le jeudi 02 janvier 2020

Et la caisse à Jésus roulait à tombeau ouvert…
;-)
clerion, Le jeudi 02 janvier 2020

Un Duster pour aider à faire le ménage au Vatican ?
;-)
clerion, Le jeudi 02 janvier 2020

Merci pour cet article sympathique pour ce début d'année :-) J'aurais bien vu Jesus avec un Duster aussi sinon, si il faisait marcher la prime à la casse...

Je remarque quand-meme, que si la guerre anti 4x4 et SUV n'est pas totalement infondée, on oublie qu'avant eux, les monospaces n'étaient pas ce qu'il y avait de plus vertueux vs. les berlines... et pourtant on a eu de nombreuses "années monospace" avant le succès des SUV...
Seb16s, Le jeudi 02 janvier 2020

Un Duster pour un Pape avec 8 soupapes pour avancer…
;-)
clerion, Le jeudi 02 janvier 2020

J'ai moi aussi apprécié votre article. Merci.
Comment vos amis auraient-ils pu ne pas rire de vos choix professionnels? La moquerie était tentante!!!
Pour le véhicule de Joseph, oui, un D22 DC, du made in Japan.
EXELB, Le jeudi 02 janvier 2020

Non pas le Duster il est né poussière et redeviendra poussière
alain boise, Le jeudi 02 janvier 2020

Voyons, Jésus roule en Christler….
;0)
Lucos de Beuliou el Tipi, Le jeudi 02 janvier 2020

… Jésus revient (dans Autoactu)
ou ...Jésus, reviens parmi les tiens ♪♫♪♫
;0)
ADEAIRIX , Le jeudi 02 janvier 2020

Est-ce un article en odeur de sainteté ??
Jo Duchene, Le jeudi 02 janvier 2020



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