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Analyse - 04/09/2019

Le Paris de la ville intelligente risque d’être difficile à gagner

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché et auteur du livre "La désincarnation des grandes organisations". Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Détroit

Il ne faut jamais faire d’une expérience personnelle une généralité. Cette chronique estivale prend donc une tournure gonzo pour cette fois uniquement.

Résidant aux Etats-Unis, il m’arrive d’être de passage en France et je dois admettre que ma dernière expérience mérite d’être relatée dans ces lignes. Je suis donc arrivé un samedi matin à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Au moment de prendre le RER pour quitter l’aérogare, une annonce retentit pour informer les voyageurs qu’un colis suspect a été découvert et qu’il n’y a plus de train. Première surprise, il est tout à fait concevable que ce genre d’incident puisse survenir. En revanche, il est toutefois surprenant de n’avoir aucune information sur les autres moyens de transport disponibles. Au contraire de nombreux touristes, je parle la langue locale et je connais la région parisienne pour y avoir passé plus de 15 ans. Je prends donc la décision de m’offrir les services d’un taxi.


Une expérience des transports parisiens
Les choses se sont améliorées depuis mon dernier passage car il n’y avait pas d’attente à la station de taxis, en revanche, le métier a encore beaucoup de progrès à faire et ne semble pas avoir pris la leçon de "sens commerçant" infligée par Uber. Le premier chauffeur me répond "ah non !" à l’annonce de ma destination. Le second refuse que je monte à bord puisque j’ai annoncé un paiement par carte bancaire (étrangère de surcroît). Finalement, il se ravise et me propose de monter puisque je me dirigeais vers le troisième chauffeur de la file. Imaginez l’image que renvoie une telle profession quant à l’accueil dans un pays dont le tourisme participe de façon non négligeable au PIB.

Ma dernière mésaventure en taxi a été Porte Maillot un dimanche soir, où les taxis avaient un lumineux allumé et vert mais sans personne dans le véhicule, heureusement un professionnel consciencieux m’a saisi au vol sur le bord d’un trottoir quelques minutes plus tard. Ma relation avec les taxis s’est rapidement améliorée une fois que j’ai pu télécharger l’application d’une coopérative parisienne plutôt efficace et rapide à répondre.

Mais voilà, ce n’est pas ma première expérience à Paris sans moyen de transport personnel. J’avais pris les devants en m’assurant d’avoir un smartphone avec accès à Internet car ma précédente expérience avait été pire encore car lorsqu’on se retrouve en banlieue, le visiteur francilien se trouve dans un désert de la mobilité. L’isolement est total et il est hors de question que je loue un véhicule.

Premièrement, mes habitudes de conduite sont plus désormais américaines que françaises et le tout répressif, y compris pour le stationnement, fait que conduire dans Paris est devenu un sport de riche. J’entends déjà ceux qui me disent que sans infraction point d’amende, à qui je répondrais que le temps de reprendre des habitudes de conduite locales, votre boîte aux lettres verra rapidement arriver un courrier du Centre National de Traitement.

L’épisode suivant de mon séjour revient à la RATP. Passons rapidement sur le fait que le métro est un lieu franchement irrespirable, je pense particulièrement aux personnes qui souffrent d’asthme pour lesquelles les couloirs du métro sont une véritable torture. Je prends donc le RER pour me rendre, cette fois, de la banlieue Est à l’Ouest de Paris intramuros. Le tableau d’affichage mentionne effectivement la fermeture des stations entre la Porte de Vincennes et Chatelet. Le RER ne marquera certainement pas l’arrêt. Non, en réalité, le RER a son terminus à Vincennes, le voyageur est prié de marcher 10 minutes (plutôt 15 à pas rapides) pour rejoindre la station de la ligne 1 de métro. En suivant les panneaux puis la foule puis la carte interactive de son téléphone, le voyageur peut retrouver la gare et indiquer à ses amis qu’il aura du retard, reste à définir de combien de temps. Les travaux sont là pour améliorer le service et c’est une bonne chose mais la gestion des voyageurs est catastrophique dans ce cas de figure d’autant que les travaux sont très nombreux dans le réseau des métros et des RER avec un défaut d’information franchement déplorable.

Voilà pour mon expérience personnelle récente qui tient plus de l’anecdote que de l’analyse. Je veux bien croire, comme le disait Jacques Chirac, que les emmerdes volent toujours en escadrille. Je veux bien admettre également que, dans une certaine mesure, on pourrait rapidement se méprendre et se dire que j’ai eu la scoumoune parce que l’été, il y a des travaux et que mon expérience avec les taxis ne date pas d’aujourd’hui. Mais dans un Paris qui contraint et restreint l’automobile, la situation ne devrait-elle pas s’améliorer pour les usagers des transports ?

Des besoins d’investissement importants
Les services de mobilités sont de plus en plus nombreux. Sur le papier, ils sont bienvenus car les restrictions de circulation se multiplient sans que les pouvoirs publics ne déploient le moindre service de transport en commun supplémentaire. Les nouvelles mobilités, y compris les initiatives publiques comme feu Autolib’ sont relativement peu abordables pour les foyers modestes, ceux-là mêmes qui subissent le plus les restrictions de circulation.

En effet, pour se tourner vers Uber ou vers les multiples formules d’abonnements pour les trottinettes, les vélos et les voitures en partage il faut disposer d’un budget conséquent. L’usage occasionnel reste le plus souvent la formule choisie quand on ne dispose pas d’un compte société ou d’une fiche de paie conséquente. Cela est vrai également pour les Etats-Unis où l’expérience "ditch your car" menée par Lyft (un concurrent Américain d’Uber) a prouvé malgré lui que les nouvelles mobilités restaient loin du portefeuille de beaucoup quand on veut y avoir recours au quotidien ().

Les foyers modestes ne changent pas régulièrement de véhicule et subissent l’ineptie des vignettes Crit’air qui ignorent la réalité des niveaux de dépollution des véhicules. Une part importante des véhicules circulants dans Paris en journée viennent de la banlieue plus ou moins proche où transports en commun et nouvelles mobilités se font rares.

Plus on s’éloigne de Paris, plus la vie est abordable mais, dans le même temps, plus les services de mobilité sont clairsemés. En effet, ils sont concentrés dans les zones à forte densité de population et desservent les populations de façon très inégale. En toute logique, les services de mobilités sont à disposition de ceux qui seront les plus susceptibles de les utiliser et ceux-là disposent d’un grand choix.

Du point de vue politique, les contraintes en vue de déplacements décarbonés tiennent donc plus de l’exercice de communication que du service aux populations et de la protection de l’environnement. Car, en concentrant les services de mobilités, nous offrons le choix de façon désordonnée et désorganisée. La concurrence s’écharpe de façon sauvage et, parfois, soudaine. Le parachutage des trottinettes en témoigne pleinement puisque l’arrivée des services ressemble à une invasion de criquets plus qu’au déploiement d’une offre structurée et complémentaire. Les moyens de transports se substituent les uns aux autres plus qu’ils ne remplacent l’automobile. Par conséquent, nous avons bien du mal à voir venir l’intensification de l’usage d’un plus petit nombre de moyens de transports individuels tant promise pour protéger l’environnement.

La plupart de ces services sont d’ailleurs issu non pas d’un modèle économique profitable et durable mais plutôt de celui cher à la Silicon Valley : "fake it till your make it" où la réussite n’est pas d’être rentable mais de vendre ou de réaliser une introduction en bourse rapide. Les noms à 4 lettres ne cachent d’ailleurs pas les ambitions d’introduction en bourse, puisque Lime, Bird, Jump (acquis par Uber), Spin (acquis par Ford), Skip ressemblent à s’y méprendre au symbole d’un cours de bourse.

Pour réussir le pari de la ville intelligente, il faut une concertation importante, des moyens et des services complémentaires ou qui se substituent en cas de travaux ou de surcharge du réseau principal. Paris n’en est malheureusement pas là et la superposition de services est désorganisée et difficile à comprendre pour qui n’habite pas la capitale française. Cette jungle semble prendre des allures de pétaudière bien en mal de pouvoir offrir de réelle efficacité.

Pour relever efficacement le pari de la mobilité il est impératif d’organiser l’éco-système autour des transports collectifs existants, avec une véritable concertation et des investissements publics conséquents. Il faut permettre à ceux qui n’ont d’autre choix que de quitter leur domicile en voiture de pouvoir la déposer quelque part, de façon sécurisée et abordable, pour qu’ils puissent ensuite utiliser et rentabiliser les moyens de transports et les nouvelles mobilités à disposition. Il faut s’assurer que les services soient continus, abordable et facile d’accès. La politique actuelle de restriction ne génère pas de nouveaux moyens mais augmente les difficultés de circulation avec une offre de transport inadaptée et sans intégration complète. Quand la mobilité est entravée, elle impacte les activités économiques et sociales.

Peut-on vraiment y croire ?
Je conçois parfaitement qu’en habitant à Paris, une expérience comme la mienne reste rare. Les habitudes font que les parisiens jonglent facilement, s’adaptent et compensent. Mais le manque d’intégration et les difficultés rencontrées révèlent, malgré tout, ce que je considère relever plus de la désorganisation que de l’exception.

La ville intelligente, celle des mobilités à l’impact environnemental faible, demande une réflexion à long terme avec un accompagnement permanent pour faciliter les déplacements. A l’heure de l’expérience client, la mienne est carrément mauvaise et je mesure la chance que j’ai de parler la langue locale, de pouvoir m’adapter rapidement, de lire les panneaux et de changer de mode de transport rapidement. Il est temps que l’expérience de mobilité à Paris soit à la hauteur des discours politiques. Pour cela, il faut que les décideurs expérimentent, étudient et investissent pour déployer des solutions efficaces et intégrées, en concertation avec les acteurs publics et privés qui interviennent dans le domaine. Supprimer l’automobile, premier employeur de France, fait certainement briller dans les sphères du pouvoir mais elle alimente le pays et les urnes. Alors si l’objectif est de s’en prendre à l’industrie, une démarche intelligente serait d’éviter d’en impacter la mobilité des personnes. Une situation dont on a peu conscience lorsque l’on se déplace d’un lieu officiel à l’autre en Zoe sous escorte.
Bertrand Rakoto

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Réactions

J'ai essayé Londres cet été en voiture.
Entre les low emission zone, les congestion zone sans aucune info pour les touristes, les bouchons interminables, le parking impossible et les parkings introuvables à 38 € la nuit, je peux vous dire qu'en rentrant vous trouvez que Paris reste encore un paradis pour la bagnole.
;0
Lucos, Le mercredi 04 septembre 2019

Le syndrome de l'expatrié qui trouve son pays d'accueil merveilleux par rapport à son pays d'origine... Un grand classique.
Franck Isho, Le mercredi 04 septembre 2019

La solution la plus simple est d'habiter loin de Paris (mais très loin) et de ne pas y aller. Comme cela pas de problème.
Lucos cite Londres, mais on peut ajouter les villes d'Italie avec leur ZTL que si vous n'avez pris des renseignements avant de partir, la facture à l'arrivée est plus que salée. Et je suppose que dans bien d'autres endroits et villes du monde on retrouve le même souci.
On a lancé il y a qq décennies la décentralisation. Résultat ? 1 Français 5 habite en ile de France, l'autre grande majorité dans les grands pôles urbains (Lyon Lille Marseille ...). le reste ressemble de plus en plus à un désert. Personnellement j'appelle cela de la concentration. Et quoi que vous fassiez, quand il y a trop de monde à un endroit ça ne passe pas. Trop c'est trop.
La seule solution viable est l'aménagement du territoire intelligent.
Frederic, Le mercredi 04 septembre 2019

Sauf quand le vent tourne Franck,regardez cette marée humaine qui s’est précipitée à Paul Emploi quand la City a licencié ses Frenchies.
Qu’il fait bon vivre en Gaule.......même avec un carton dans la gare.
99,99% des cartons sont vides.....mais ça occupe nos artificiers....et amusent ceux qui les abandonnent.
M Rakoto avez vous déjà vu l’arrivée des chars de la NYPD,avec helicos,vedettes sur l’Hudson etc etc ....pour une fausse alerte?bon retour..et continuez
alain boise, Le mercredi 04 septembre 2019

Quelqu'un peut traduire le texte ci-dessus, megadézol j'ai pas fait Boise 2ème langue..
;0)
Lucos, Le mercredi 04 septembre 2019

Frédéric,
on en revient toujours à Alphonse Allais* : "Il faudrait construire les villes à la campagne... !"
;0)
(* origine contestée)
Lucos, Le mercredi 04 septembre 2019

Tout à fait Lucos.
Les villages se meurent et les villes étouffent et les politiques / stratégies mises en place font tout pour que cela continue et se même renforce.
Pour revenir au syndrome de l'expatrié, je tiens à ajouter une chose : le bordel, il y en a dans tous les pays du monde. Le bordel d'ailleurs on fait avec (un certains temps car après on ne supporte plus). Le bordel Français, c'est le nôtre, on le connait, on y est bien.
C'est un peu comme le sketch de Bigard sur le pet : le petit d'un autre pue plus qu'un gros à nous.
Frederic, Le mercredi 04 septembre 2019

C’etait Vous il régazzo della Via Gluck,Adriano et pas Alphonse
alain boise, Le mercredi 04 septembre 2019

Voilà comment passer d’Alphonse à Bigard,Autoactu s’egare.....vite une Lucosserie
alain boise, Le mercredi 04 septembre 2019

Oui Alain je suis d'accord que Bigard n'est pas forcément une référence très fine, mais c'était plutôt l'image que je voulais utiliser.
Les choses qu'on n'aime pas, il y en a partout (en France et à l’étranger). Et vous les supportez plus ou moins bien si elles sont à vous ou pas.
Le point de Mr Rakoto était qu'heureusement il était Français et qu'il aavit vécu 15 ans sur Paris. Du coup il pouvait se débrouiller pour faire avec.
Mais là où je le rejoins est qu'en France et notamment à Paris, si vous n'êtes pas du coin (Francilien et encore plus étranger) il est très compliqué de se déplacer.
Par ex dans le métro de Londres quand vous vous arrêtez pour regarder un plan, dans les 10-20s suivantes, une personne s'arrête pour vous aider (voire même un des nombreux Bobbies). On en est loin dans le métro Parisien. Pour un Pays qui est le première destination touristique mondiale, c'est moyen. Et compte tenu des contraintes s'appliquant aux voitures, de plus en plus de charge dans ces moyens de mobilité font que cela coince.
Frederic, Le mercredi 04 septembre 2019

Sans rentrer dans le détail d'un sujet aussi monstrueux, il convient d'inverser la tendance lancée depuis les années 20 (l'unité d'habitation du Corbusier) qui prétendait entre autres qu'il était moins cher et plus pratique à la communauté de regrouper tout le monde en en centralisant tous les besoins et en remembrant à tout va les campagnes pour aussi centraliser l'activité.
Pour faire simple, avec les moyens de communication que nous avons maintenant et l'équipement en réseaux puissants qui se développe dans les campagnes, il faut recentrer les dépenses irresponsables d'investissement dans les villes (2 millions de voyageurs/jour pendant 1 H dans le RER A n'est-ce pas délirant ?) pour les recentrer, excentrer devrais-je dire, vers les équipements collectif dans les petites villes et villages et fixer et attirer les populations. Cela résoudrait aussi le PB majeur de notre pays qui reste le coût du logement qui accapare une trop grande partie de nos ressources artificiellement (10 000 € le m² à Paris, crédits sur 30 ans..)
Il reste un peu de boulot pour les politiques..
;0)
Lucos, Le mercredi 04 septembre 2019

Frédéric,
Pas d'accord pour la comparaison entre les métro.
Le système de Paris est hyper-simple et une fois qu'il est compris en 20 secondes, plus besoin de personne.
Le métro de Londres est comme une gare SNCF avec souvent 4 quais et différentes lignes qui passent sur le même, il est vrai que les Rosbifs sont sympa mais il faut un peu d'expérience pour bien saisir les finesse du système et je e suis pas sûr que les gens soient moins sympas à Paris..
;0)
Lucos, Le mercredi 04 septembre 2019

Et voilà ...en partant d’un carton abandonné comment on se retrouve sur les quais de Londres.......avec des rosbeefs sympa....le carton mène à tout
alain boise, Le mercredi 04 septembre 2019



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