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Analyse - 27/01/2020

Le problème de cohérence de l’ACEA

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Mike Manley, patron de FCA, est intervenu mercredi devant la presse pour promouvoir un document édité par l’ACEA qu’il préside de depuis décembre.

Intitulé "Un plan en dix points clés pour aider à mettre en œuvre le Green Deal européen", ledit document entend indiquer à la Commission ce que devraient être, pour les 16 constructeurs présents en Europe, les politiques qui les concernent.
Prolongeant et accentuant la tonalité des huit pages que les services de l’ACEA se sont hâtés d’écrire pour répondre à Ursula von der Leyen, Mike Manley a commencé par souscrire à l’objectif de neutralité climatique qu’elle poursuit et a même affirmé que l’ACEA "croit fermement qu'un transport routier neutre en carbone est possible en 2050". 

Toutefois, s’est-il empressé d’ajouter, ceci ne relève pas, bien loin s’en faut, de la seule responsabilité des constructeurs et trop exiger d’eux sans rien donner en retour pourrait avoir des conséquences dramatiques.
La première d’entre elles concernera dès 2020, selon M. Manley, les immatriculations qui, pour la première fois depuis 2014, ne devraient pas augmenter mais baisser : elles ont encore cru de 1,2% à plus de 15,3 millions de voitures vendues en 2019, l’ACEA prévoit pour 2020 une baisse de 2%.

Sans prétendre explicitement qu’il s’agit là d’une conséquence des exigences de réduction des émissions de CO2, le patron de FCA souligne que les constructeurs vont devoir faire face à de lourdes charges et s’évertuer à vendre des véhicules électriques ou électrifiés dans ce contexte peu porteur. Dans la mesure où ces technologies sont chères et pourvoyeuses de prestations qui ne sont pas – émissions mises à part – meilleures mais moins bonnes, il est urgent d’aider les constructeurs.
"Au moment même où notre industrie augmente massivement ses investissements dans les véhicules à zéro émission, le marché devrait se contracter - pas seulement dans l'UE mais aussi au niveau mondial - c'est pourquoi la transition vers la neutralité carbone doit être très bien gérée par les pouvoirs publics", a-t-il ainsi déclaré.

Cette bonne gestion de la transition par les pouvoirs publics selon l’ACEA renvoie d’abord, rien de surprenant, au fait que les prix des véhicules électrifiés restent élevés et qu’il faut donc que soient mises en place partout en Europe "des politiques d'incitation" pour les automobilistes "afin de s'assurer que les prix plus élevés ne freinent pas le renouvellement du parc automobile".
Le document insiste d’ailleurs lourdement sur le vieillissement des parcs en Europe : celui des voitures est, entre 2000 et 2017, passé de 7,5 ans à 12 ans et celui des camions de 6,9 à 11,1. Il serait donc urgent de rendre les véhicules plus accessibles pour en permettre un renouvellement plus rapide. C’est la septième des dix mesures préconisées par l’ACEA. On peut la comprendre lorsqu’elle est justifiée par la "viabilité des business".
L’argument "accessibilité" est tout aussi fondé mais il est un peu étonnant de le voir développé par des constructeurs qui – avec la complicité des équipementiers et des autorités européennes il est vrai - n’ont eu de cesse de monter en gamme et de proposer aux clientèles des véhicules toujours plus lourds, plus hauts, plus longs, plus larges, plus puissants et plus chers. C’est un peu comme si ce renchérissement que justifiaient la sécurité passive et, éventuellement, la dépollution des moteurs essence et – surtout – Diesel devenait insupportable lorsqu’il est associé à l’électrification.

Outre le désormais classique plaidoyer pour les bornes (mesure 4) ou celui, en forme de défense du Diesel, pour la "neutralité technologique" (mesure 1), les autres mesures s’inscrivent dans la perspective introduite par la mesure 2 qui évoque la nécessité que la Commission adopte une approche plus "holistique" de la décarbonation des transports.

Plus précisément, l’ACEA reproche à l’UE de faire peser sur les constructeurs et les véhicules qu’ils proposent des responsabilités qui ne peuvent être les leurs. L’ACEA propose pour cela de raisonner "well to wheel", c’est à dire depuis l’énergie primaire jusqu’à la roue, en subdivisant cette chaîne en deux séquence : la première va de l’énergie primaire au réservoir ("well to tank") et la seconde du réservoir à la roue ("tank to wheel"). Ainsi, on pourrait scinder (split) les responsabilités et, si les constructeurs disent accepter les leurs dans la seconde séquence, ils exigent que soient aussi demandés des comptes aux gestionnaires de la première et aux politiques qui sont conduites la concernant.
Conformément à l’exigence de "neutralité technologique" sont ainsi évoqués les carburants alternatifs et les carburants liquides renouvelables. De la même manière, hors des responsabilités des constructeurs la question des systèmes de transport et de la rationalisation des usages des véhicules devrait, dans cette approche holistique, être examinée.

Il s’agit bien évidemment pour les constructeurs de réduire la pression qui pèse sur leurs épaules et de défendre éventuellement des solutions moins problématiques à développer industriellement et commercialement que le VE qui ressort pour l’instant comme la seule voie souhaitée. Il n’en reste pas moins que c’est intellectuellement plutôt défendable et que de la même manière qu’il est souvent demandé à l’école de réparer tous les maux de la société, on a tendance, depuis l’affaire Volkswagen au moins, à confondre véhicules neufs propres et transports propres ou neutres en carbone. Le problème est que, une fois affirmé ces intelligents principes, l’ACEA ajoute deux plaidoyers plus problématiques.

Le premier concerne la prise en compte du cycle de vie entier qui, selon l’ACEA, ne peut ni ne doit être la base de raisonnement des mesures applicables à l’automobile :
"Etant donnée l’absence d’une méthodologie globale commune dans l’UE et le fait que ces cycles de vie impliquent un grand nombre de secteurs pour lesquels l’industrie automobile n’a pas de responsabilité directe et qui ne relèvent pas forcément de l’UE, l’évaluation en terme de cycle de vie ne peut être utilisée pour fixer quelqu’objectif que ce soit à des constructeurs de véhicules. Ceci conduirait à une situation intenable où l’on tiendrait l’industrie automobile pour responsable pour chaque maillon d’une chaine de valeur, y compris ceux qui ne seraient pas sous son contrôle."
Après avoir plaidé pour une approche holistique et prétendu prendre ses pleines responsabilités, ce refus affaiblit l’approche défendue.
Il indique que l’industrie entend minimiser les siennes à travers cette approche holistique plutôt que de les accepter.

De la même manière, après avoir dit que la rationalisation des systèmes de transport était une voie praticable pour les décarboner, l’ACEA plaide, pour terminer, pour la prise en compte des "dimensions économiques et sociales" et se pose alors en défenseur de l’emploi.
Le texte indique alors que "la mobilité doit rester accessible pour tous les citoyens européens où qu’ils vivent et quels que soient leurs moyens financiers", et ajoute "le transport routier de marchandise doit continuer de contribuer au bon fonctionnement des économies européennes".
Il s’agit là de deux incursions des constructeurs hors de leur domaine de compétence qui, à nouveau, semblent bien indiquer que l’approche holiste est, pour l’ACEA, bien plus une nouvelle manière de faire du lobbying que la marque d’une volonté d’exercer sur le processus de décarbonation une responsabilité mieux partagée parce que mieux définie.
Bernard Jullien
 

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Réactions

Disruptivement holistique..
;0)
Lucos de Beuliou el Tipi, Le lundi 27 janvier 2020

Il est temps d’arrêter cette boucherie,les autos modernes sont propres....quelquefois je comprends les Anglais débarrassés de la Comission.
Le pire c’est l’aveuglement de cette même Comission concernant le charbon qui empoisonne tt l’Europe ,une honte.
Même le Danemark presenté comme le bon élève du renouvelable est à 125 g par kWh....mdr
alain boise, Le lundi 27 janvier 2020

Non ce n’est pas du radotage,je vis de la bagnole,que la Comission arrête de taper sur la bagnole et se penche sur d’autres pollueurs,c’est vous qui ne voulez pas comprendre et vous polluez ce site avec vos insultes perpétuelles
alain boise, Le lundi 27 janvier 2020

"l’approche holiste est, pour l’ACEA, bien plus une nouvelle manière de faire du lobbying que la marque d’une volonté d’exercer sur le processus de décarbonation une responsabilité mieux partagée parce que mieux définie" ... Peut-on espérer plus de la part d'une partie prenante bien marquée ? Quand chaque partie prenante exprime clairement son point de vue et que cela représente clairement aussi des intérêts bien identifiés, c'est déjà pas mal ... Evidemment, nous avons besoin de spécialistes du sujet (comme vous l'êtes, M. Jullien) pour décrypter la part d'ombre du discours. Les décideurs (en l'occurrence la Commission), dans ce domaine comme dans tous les autres, ont ou devraient avoir la capacité de le faire (ou de le faire faire) !
Louis-Jean Hollebecq, Le lundi 27 janvier 2020

"il est urgent d’aider les constructeurs." !!
Voilà un gros malin qui fait partie des nouveaux "industriels" plus intéressé par la finance, (et ayant pris l'exemple de feu son mentor Marchione) que par le métier de constructeur auto, et martèle comme deux autres de chez nous, qui ont travaillé ensemble dans la même boite (Carlos & Carlos) qu'il faut maintenant passer systématiquement à la politique de la MAIN TENDUE !
"Vous les gouvernants et les technocrates vous nous empêchez désormais de polluer allègrement, et nous et nos actionnaires vous allez nous mettre sur la paille !
Par ici les grosses subventions permanentes ou nous allons faire un malheur !
Si chez Tesla ils ont a été suffisamment cons pour créer et investir (au détriment de leurs actionaires qui ne touchent pas un rond depuis des décennies) sur leur propre réseau de bornes de recharge, nous ce n'est pas notre MÉTIER !
Nous c'est de faire le service minimum, à savoir depuis cinquante ans du face lifting et la fiabilité de nos gammes on s'en tape.
Notre métier c'est de faire des tableaux de bord bien ajustés !
Du caca premium, nous avons inventé le concept pour vendre encore plus cher de la came bien enveloppé !
Déjà que ces enfoirés de Toyota sont venus nous faire chier (et n'ont pas fait faillite depuis vingt ans) avec leurs hybrides, quelle idée à la con d'arrêter les moteurs dans les embouteillages !!
Achetez nos voitures et si vous ne voulez pas polluer , ne roulez pas avec !
C'est pour cela que nous avons inventé le concept (on est des gros malins) des voitures autonomes...vous allez les payer, vous serez les propriétaires, mais vous n'y toucherez pas, elles rouleront toutes seules quand on voudra et le gouvernement est avec nous pour cause de pollution !
Vous les regardez sur vos smartphones et vous ferez clignoter les lumières dans les parkings car elles seront branchées et inutilisables pendant des heures! Si vous êtes riches, vous aurez des bornes de recharge de riches, et les tarifs seront élevés...Plus chères qu'un plein d'essence, c'est normal vous n'êtes plus un sale type qui fait déborder les poubelles !
Vous êtes écolo et civilisé, vous ne faites pas partie de la racaille qui fait la queue !!
Pour les pauvres les bornes des hypermarchés seront là aussi...et elles feront partie entre autres de la sécurité sociale comme les urgences dans les hôpitaux !
Votre patron vous fera payer la recharge chez lui et les places sont d'abord réservées et gratuites pour les cadres d'abord !
En attendant qu'elles rechargent NOS caisses, le cul vissé sur votre siège en mâchonnant de la merde de chez MacDo...nous allons vous vendre des options qui vous manque sur le tableau de bord et feront clignoter nos écrans tactiles, votre banque ce sera nous...et même votre médecin et société funéraire !
Vous ne passerez plus votre via a payer des factures elles seront totalement dématérialisés par nous !
L'étape ultime (nous sommes en train de travailler là dessus) ce sera que vous n'avez plus besoin de vos doigts...votre cerveau ramolli donnera son accord directement à notre écran embarqué pour tout acheter et tout achat payé fera de la place pour le crédit et débit suivant !!
Le métier de la bagnole dans l'avenir va balayer pas mal d'artistes!
Permis à points...retraite à points !!
Jo Duchene, Le lundi 27 janvier 2020



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Richard Damm nommé Président de la KBA



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