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Analyse - 28/05/2018

Le tout technologie du traitement des questions de sécurité routière par la Commission

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

La Commission européenne a dévoilé le 17 mai le troisième et dernier volet de son paquet mobilité (1). Il fait suite au précédent volet qui avait été communiqué en novembre 2017 et est censé permettre à l’Union de progresser vers une mobilité plus sûre, plus propre et plus connectée (2). Ses ambitions sur chacun des volets étant extrêmement vastes et concernant aussi bien les véhicules particuliers que les bus ou poids lourds, nous nous concentrerons ici sur le premier volet qui concerne la sécurité.
La Commission rappelle à ce sujet le nombre de morts et de blessés graves sur les routes européennes (25 300 et 135 000 respectivement) et souligne que ces chiffres ont été divisés par deux depuis 2001.
Elle ne prend pas la peine d’indiquer comment ces progrès ont été obtenus et dégaine sa proposition qui consiste à rendre obligatoire pas moins de 19 dispositifs de sécurité avancés supplémentaires.
Pour les voitures, il s’agit- entre autres du freinage d'urgence automatisé, de l'aide au maintien de la trajectoire (Lane Keeping Assist), de l’information en temps réel sur les vitesses limites (Intelligent Speed Assistance), de l’accueil de stations de détection des niveaux d’alcoolémie qui conditionnent le démarrage, de systèmes de détection de perte de vigilance.
Pour les bus et camions, s’ajoutent à la liste des systèmes de détection des piétons et des cyclistes.
Joints à l’aide qu’apportera la Commission aux États membres pour repérer systématiquement les sections de route dangereuses et mieux cibler leurs investissements, on nous assure que jusqu'à 10 500 vies pourraient être sauvées et 60 000 blessures graves évitées sur la période 2020-2030, "contribuant ainsi à l'objectif à long terme de l'UE de ramener le nombre de morts et de blessés graves sur les routes le plus près possible de zéro d'ici à 2050 ("Vision zéro")"

.
Le procédé est rôdé : en exhibant des morts sur les routes et – a contrario – des vies sauvées, on rend la critique de ces mesures quasi-criminelle et l’évocation de la question de leur coût obscène. L’ACEA ne s’y laisse toutefois pas tout à fait prendre et, tout en indiquant combien elle est attachée aux mêmes objectifs que la Commission en matière de sécurité routière, demande que soient diligentées pour chaque dispositif des "mesures d’impact" (IAR pour Impact Assessment Report) (3).
Elle souligne que le poids de ces multiples dispositifs supplémentaires pourrait rendre plus difficile l’atteinte des objectifs que l’UE leur fixe par ailleurs en matière de réduction des émissions de CO2.
Elle ne rappelle pas mais aurait dû le faire que les courbes de croissance des poids, de la longueur et de la largeur des véhicules sont continument croissantes (4) parce que cette inflation règlementaire est une espèce de "péché mignon" de la Commission qui est en partie alimenté par l’industrie elle même et, en particulier, par leurs collègues équipementiers : faute de trouver auprès des clientèles le consentement à payer pour tous ces dispositifs, on choisit en général d’opter pour "la voie règlementaire" qui permet d’assurer à ces innovations des marchés d’une largeur qu’ils n’auraient jamais atteinte sans cela.

Par delà, les questions économiques posées par cette inflation, la philosophie sous jacente peut être interrogée. Elle consiste à considérer que, en matière automobile comme en bien d’autres, moins l’humain sera présent et mieux les humains se porteront. C’est en déresponsabilisant les individus et les collectivités en transférant ces tâches qu’ils assuraient et les compétences qu’ils détenaient vers les machines et l’intelligence artificielle que le progrès sera acquis parce que ce qu’ils faisaient mal sera infailliblement assuré par ces dispositifs. 
Ainsi, plutôt que de prendre le risque qu’autrui ne respecte pas la loi sur l’interdiction de conduire sous l’emprise de l’alcool, on se dirige vers un système qui nous assurera que ce soit le cas. Avouons qu’il y a là un penchant quelque peu inquiétant voire désespérant.

Plus prosaïquement, comme le suggère l’ACEA lorsqu’elle demande des Impact Assessment Reports et/ou lorsqu’elle se demande si certains de ces dispositifs ne sont pas redondants, il est tout simplement délirant que le surcoût associé à l’addition de ces 19 dispositifs ne soit ni évoqué ni – a fortiori – chiffré.
On nous exhibe depuis des années des indices des prix des produits automobiles qui font apparaître les constructeurs comme très sages et/ou comme très contraints par la concurrence. Il se trouve que pour calculer ces prix on "déflate" les augmentations constatées d’un "effet qualité" : on considère ainsi que lorsque l’on passe d’un modèle au suivant, on ne peut comparer bêtement les prix de lancement de la nouvelle version à ceux de la version précédente car un "enrichissement" est intervenu et qu’il faut en tenir compte (5).
Cela se justifie mais si la version non "enrichie" n’est plus disponible parce que les constructeurs n’ont règlementairement plus le droit de la proposer, alors la dérive des prix rend, de fait, les véhicules moyens de plus en plus chers et inaccessibles au commun des mortels.
C’est ce qui se passe en Europe depuis des années et cette accessibilité (la fameuse "affordability") décroissante ne parvient décidément pas à rentrer dans l’agenda de la Commission. Espérons que le Parlement Européen y sera plus attentif et qu’un peu de raison s’exprimera au conseil pour ramener la Commission sur terre.
Bernard Jullien

(1) http://europa.eu/rapid/press-release_IP-18-3708_fr.htm
(2) https://www.actu-transport-logistique.fr/ferroviaire/bruxelles-devoile-le-dernier-volet-du-paquet-mobilite-501618.php
(3) http://www.acea.be/uploads/publications/ACEA_position_paper-General_Safety_Regulation_Revision.pdf
(4) http://eupocketbook.org/
(5) https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1280711/ip1159.pdf

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Réactions

Tout à fait d'accord, le problème N° est l'humain et son comportement.
Petit jeu hier de retour de WE sur 470 km, compter les infractions au code de la route et à la courtoisie élémentaire pour passer le temps.
Facilement plus de 200 avec en tête mes clignotants sont en option, je déboite sans regarder, je téléphone et je dévie de ma voie, je SMS en fumant et je zigzague, je dépasse sans aucune visibilité et je suis en quasi collision sur la voie de gauche, je suis en panne au milieu de l'A4 et je ne mets même pas mes warning dans un traffic qui déboule à 130, je remorque mon pote en panne à 60 km/h sur la même autoroute, je déboule à plus de 200 au raz du pare-choc de la voiture de devant et je pousse, etc..
Faisons déjà simplement respecter les règles de base et surtout réprimons les conducteurs de camionnettes blanches qui sont les éléments les plus dangereux de la route. (je travaille moi !)
Les résultats viendront d'eux-mêmes. C'est bizarre que des gens intelligents et supposés tels n'aient pas encore compris une chose aussi simple que cela et vont nous poser des autocollants 80 dans toutes nos campagnes juste pour calmer la commission européenne avec une mesure d'envergure pour impressionner et tenir quelques années sans réprimandes...
Ce n'est pas sérieux.
Ce gouvernement n'est pas sérieux sur le sujet.
Ce gouvernement a bâclé cette mesure dans l'urgence et par manque total de réalisme et d'idées.
Très décevant.
;0)
Lucos, Le lundi 28 mai 2018

@Lucos: Les clignotants, déboitage, zigzag et autres que vous citez, je compatis complètement mais hormis mettre une caméra ou un gendarme tous les 200m, je vois mal comment les régler autrement que par la technologie.

Pour ce qui est des camionnettes blanches, l'Assemblée devait regarder une loi pour tout un pan de cette catégorie.
Arnaud C., Le lundi 28 mai 2018

Je souscris à l’argumentaire développé mais pour être complet, il pourrait être utile de prendre en compte les économies d'échelle induites par la "généralisation forcée" de ces systèmes.
Et inclure les coûts induits par la sophistication toujours plus importantes des voitures.
A noter que des voitures pas chères sont toujours homologuées, à l'instar des DACIA par exemple. Le surcoût est-il un vrai problème ?

PS: je compatis et abonde sur les comportements inciviques des usagers de la route !
Vincent L., Le lundi 28 mai 2018

Oui effectivement c'est ce que cherche les gouvernements, à mettre au pas la population par la technologie et les radars, car il n'y arrive pas par l'éducation et la situation empire sur la route, principalement au niveau du respect de base et d'autrui.
Mais la technologie ne résoudra rien car ceux qui voudront s'en affranchir le feront très facilement comme aujourd'hui des règles.
Le PB c'est l'Humain. Si ceci n'est pas compris rien ne peut arriver.
N'oublions pas qu'il y a toujours une réplique technologique à la technologie des véhicules..
;0)
Lucos, Le lundi 28 mai 2018

Pas de doute tout le monde a raison et soyez zen sur la route, ne faites pas comme moi.
Je reçois ce matin une amende (de 40 francs suisses en lettre simple, un sou est un sou là bas) de la police d'une région pour avoir roulé du côté de Lausanne à 51 km/h au lieu de 50 km. Ceci dit ils sont très occupés avec les russes et les resquilleurs des émirats qu'ils disent avoir dans leur collimateur en priorité absolue.
Pour les pauvres et fauchés français ils ne se déplacent pas en France pour le recouvrement à moins de 65 francs suisses
J'ai honte car je suis un dangereux conducteur qui roule en moyenne à 17 km/h à Paris, mais fait le Fangio à l'étranger, et surtout en Suisse après avoir mangé les cerises au chocolat fourrés au schnaps.
J'ai deux solutions, je ne mets plus mes pieds pendant trois ans en Suisse, mais si je me fait prendre PHYSIQUEMENT là bas je risque les fers et la prison.
Je fais ici amende honorable, si les gendarmes suisses lisent Autoactu.
Je dois dire tout le "mal" que je pense de son article (pour aujourd'hui) de Bernard Julien sauf le respect que je lui doit en tant que professeur concernant l’inflation des prix des voiture, car si tout le monde achète des hybrides Toyota (ce qui est totalement impossible et en plus ils sont très occupés à augmenter les cadences et d'une manière folle des PAC Miraï à hydrogène).
Ce que je négocie pour 30.000 euros depuis vingt ans et ceci avec tous les gadgets inutiles modernes dont je suis submergé tous les quatre ans, je n'obtiendrai rien pour moins de 45.000 euros chez la concurrence, et en plus avec une garantie et fiabilité plus que faiblarde.
Il faudra que je pense à faire intervenir Toyota pour moi en Suisse.
Jo Duchene, Le lundi 28 mai 2018

Lucos venez vivre en Bretagne si vous ne voulez plus voir cela,c'est le djihâd chez vous,je me tue à le dire c'est Pas la caisse qui fait l'accident mais le chzuffeur
alain boise, Le lundi 28 mai 2018



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