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Analyse - 24/06/2019

Le Triber de Renault : le second véhicule de la lignée Kwid

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Au début de cette décennie, Carlos Ghosn s’est laissé convaincre par les équipes responsables de la gamme que l’on appelait encore "Entry" alors et que l’on appelle désormais "Global Access" qu’il y avait un coup à jouer en dessous de la gamme issue de Logan. Il le fit – nous a-t-il dit lorsque nous l’interviewâmes pour préparer la publication de notre livre sur la Kwid – parce qu’il avait en la personne de Gérard Detourbet, l’homme de la situation et lui indiqua en lui confiant les clés qu’il attendait de ce nouveau programme au moins un million de voitures à terme.

Pour fixer au programme cet objectif, il s’appuyait sur le précédent Logan dont les ambitions initiales étaient plus modestes mais qui, au fil des ans, sous l’impulsion de Gérard Detourbet, des équipes qu’il forma, des compétences spécifiques qu’elles développèrent et des alliés qu’elles surent trouver en interne, multiplièrent les marchés et usines qui accueillirent la Logan d’abord puis les autres produits qui forment désormais la "lignée" Logan.  

Ce fût la Sandero d’abord, le Duster puis les Lodgy et Dokker puis la Kaptur et l’Oroch et, dans les mois à venir, l’Arkana. En 2018, en dehors des 395 000 VP et VUL Lada qui doivent beaucoup à ce programme, la marque Renault a vendu dans le monde plus de 560 000 véhicules issus de Logan et Dacia plus de 700 000 : le million est dépassé et la croissance de Renault en Europe comme à l’international s’est principalement adossée à cette gamme.

Si on se demande si la petite sœur de Logan qu’est la Kwid marche sur ses pas et si l’objectif fixé par Carlos Ghosn sera atteint, on peut au vu de certains indicateurs être circonspect. En effet, après un démarrage fulgurant sur le marché indien à son lancement fin 2015 qui lui avait permis de dépasser les 100 000 ventes pour sa première année pleine, les ventes se sont essoufflées malgré l’effort d’animation de la gamme déployé en introduisant un moteur plus puissant ou une boîte robotisé. Sur les six derniers mois, les ventes mensuelles tournent autour de 5 000 unités là où la Suzuki Alto dépasse couramment les 20 000.

Le marché indien est extrêmement difficile et la domination de Maruti dont les parts de marché dépassent les 50% est redoutable. Convaincre les concessionnaires, encore trop peu nombreux, de tenter l’aventure Renault est dans ce contexte fort compliqué et il était urgent d’ajouter un produit "indien" à la gamme pour maintenir la flamme de ceux qui ont investi. Ce sera le rôle de Triber, conçu principalement en Inde pour les ménages indiens
Envisagé déjà alors même que la Kwid n’était pas dans les show-rooms, le modèle a été dessiné par les équipes de designers localisées en Inde en lien avec celles du Technocentre. Il tente le pari de proposer en restant sous les 4 mètres qui constituent le seuil de déclenchement d’une fiscalité bien moins avantageuse, un véhicule pouvant accueillir jusqu’à 7 passagers.

Comme cela avait été le cas lorsque Sandero avait suivi Logan, la plateforme, les moteurs et transmissions sont pour l’essentiel ceux de Kwid de manière à être le plus low cost possible et à pouvoir être profitable en inscrivant le modèle dans une gamme de prix entre 5,3 et 9 lakhs (6 800 - 11 600 euros) là où la concurrente qu’est la Suzuki Ertiga (de 4,4 mètres) est entre 7,4 et 11,2 lakhs (9 500 – 14 400 euros) : même à l’aune du marché indien, le produit, plutôt bien équipé, est bien positionné.

Son ambition est, dans la tradition de Renault, de "créer un nouveau segment" adapté à la composition des ménages indiens. Même si les objectifs de vente n’ont pas été fixés, Thierry Bolloré a inscrit ce lancement dans le plan stratégique "Drive the Future" qui fixe à Renault un objectif de 5 millions de véhicules vendus à l’horizon 2022 et indiqué que cela passerait par des ventes de 200 000 véhicules en Inde à 3 ans (contre 84 000 en 2018 avec une baisse de 26% …). Même si le véhicule est très "indien", il est déjà prévu qu’il suive Kwid à l’exportation au Sri Lanka, au Népal, au Bangladesh, au Boutan ou en Afrique du Sud. 
Ensuite, comme pour Kwid et l’ensemble de la gamme Global Access, d’autres usines, en Amérique du Sud par exemple, devraient accueillir le produit et permettre d’en proposer des versions adaptées aux caractéristiques des marchés locaux et à leurs exigences règlementaires, en matière de sécurité en particulier.

De fait, lorsque l’on regarde les ventes mondiales de la seule Kwid, on constate que, malgré les déconvenues indiennes depuis 2017, les ventes ont régulièrement progressé passant de 111 700 voitures écoulées en 2016 à 125 000 en 2017 puis 170 000 en 2018.  En 2019, sur les cinq premiers mois la moyenne des ventes mensuelles a été de presque 15 000 ce qui pourrait permettre une légère croissance encore cette année. 

On se souvient que, de manière un peu homologue, Logan avait, au départ, été conçue pour les pays d’Europe de l’Est qui lui ont préféré les véhicules d’occasion qui, une fois acquise leur appartenance à l’Union, ont bénéficié du principe de libre circulation des biens inscrit dans le TFUE. Ceci n’a pas empêché son succès dès lors que, lorsque le premier marché cible n’est pas là, d’autres se révèlent porteurs. En l’espèce, pour Kwid, le marché brésilien relaie le marché indien. Il en eût été de même pour l‘Argentine si le marché ne s’était pas dérobé. La variante électrique chinoise pourrait dès cette année compléter le tableau et permettre à Kwid de dépasser les 200 000 ventes annuelles.

Toutefois, pour Triber comme pour Kwid, cette diversification géographique des débouchés ne peut, pour l’instant, jouer de la même manière car ni la Russie ni, surtout, l’Europe ne sont pour l’instant à l’agenda. Dans le premier cas, ce sont plutôt l es caractéristiques du marché qui ne s’y prêtent pas. Dans le second, ce sont les exigences règlementaires qui prévalent qui rendraient les adaptations et les surcoûts trop lourds. Cette double limite à l’extension géographique des débouchés des produits de la "lignée Kwid" pourrait rendre difficile l’atteinte du fameux million.

En effet, si l’on décompose les ventes des 1,25 million de véhicules issus de Logan en 2018, il ressort que Dacia vendait en Europe 477 000 VP et 34 000 VUL soit un peu plus de 40% du total. Si, par conséquent, aucun des modèles issus de la plateforme CMF-A ne peut être produit et vendu en Europe, l’atteinte de l’objectif sera compliqué et la profitabilité du programme et sa capacité économique à supporter la multiplication des modèles en pâtiront fatalement.

Le salut aurait pu venir du fait que la dite plateforme, comme les moteurs et boîtes de vitesse conçus spécialement pour la Kwid, étaient des projets "Alliance" qui devaient donner lieu au développement de produits Nissan, badgés Datsun. Etant donné l’échec de Nissan dans le développement de Datsun, en Inde comme ailleurs, cet aspect du dossier et du business model a du plomb dans l’aile. Quand les dirigeants de Renault auront enfin fini de perdre leur temps et celui de leurs équipes dans les chamailleries de palais et de cour, il faudra sans doute qu’ils examinent sérieusement ce dossier pour trouver au moins un produit issu du remarquable travail fait en Inde qui puisse venir ouvrir la gamme Dacia.
Bernard Jullien

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Réactions

… La Kwid et sa lignée ?

Il y a quelques jours "nous" parlions du possible ex futur 1008 de Peugeot … Force est de constater qu'une version européenne de la Kwid "brésilienne" ne serait pas loin de constituer une alternative sérieuse sur le marché … Mais sauf nouvelle information (?) l'Europe ne devrait pas y avoir droit si l'on en croit les déclarations de François Mariotte, directeur commercial global Dacia … Na !

Quant aux tribulations du Triber en Inde (et ailleurs)
1 - Carlos GHOSN n'est plus décisionnaire et a bien d'autres chats à fouetter ....
2 - Probablement l'objectif du "million" est il inscrit dans le programme "drive the future" mais les objectifs ne sont ils pas actualisables ou révisables, à fortiori, lorsque le top management a connu quelques "vicissitudes … ?
3 - La "seule vraie question" qui vaille est celle-ci … A partir de quel volumètrie Renault Global access commence à gagner de l'argent ?

4 - Si la diffusion du Triber en Europe n'est pas à l'ordre du jour … entre son terrain de jeu initial, l'Amérique Latine, le Moyen orient, le Maghreb, l'Afrique de l'ouest, il est probablement envisageable d'atteindre ou dépasser le seuil de rentabilité de ce modèle au prix de "légères" adaptations ?

Pendant les "chamailleries de palais et/ou de cour" comme l'écrit le distingué chroniqueur … La vente continue ? Enfin "on" espère … !

ADEAIRIX , Le lundi 24 juin 2019

à partir de quelle volumétrie est la "seule vraie question" …
;0)
ADEAIRIX , Le lundi 24 juin 2019

En gros c'est quid de la famille Kwid…
Trop fort les mercateurs..
;0)
Lucos, Le lundi 24 juin 2019



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