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Analyse - 04/03/2019

Malgré leurs bons résultats, les constructeurs français imposent la modération salariale

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Février est à la fois le mois de la présentation des résultats financiers et celui où directions et organisations syndicales doivent clore les fameuses NAO (Négociations Annuelles Obligatoires).

Conduites en pleine période "gilets jaunes" dans un contexte où PSA se porte très bien et Renault bien, on aurait pu s’attendre à ce qu’après avoir imposé des années de disette les constructeurs lâchent un peu de lest en France et consentent des augmentations de salaires demandées par les syndicats pour 2019.
En effet, alors que les directions consentent assez volontiers à des primes qui ont le grand mérite de pouvoir être ou non distribuées d’une année sur l’autre selon les résultats de l’entreprise et qui sont de surcroît exemptes de cotisations, elles rechignent à des augmentations générales des salaires (AGS).
Inversement, les organisations syndicales aimeraient obtenir des augmentations de salaires qui sont, elles irréversibles et impliquent une augmentation des cotisations et, donc, des droits au chômage ou aux retraites.

Comme le soulignait L’Humanité mercredi :
"Largement encouragé par le gouvernement, au travers par exemple de la loi Pacte en cours d’examen au Parlement, la modulation de la rémunération via l’intéressement ou la participation recouvre un certain nombre d’effets pervers, au premier rang desquels l’absence d’augmentation régulière des salaires. Non soumises à cotisations sociales et patronales, ces primes exceptionnelles contribuent dans les faits à assécher les finances de la Sécurité sociale, en donnant l’illusion aux salariés d’une amélioration sensible de leur pouvoir d’achat.  ’On veut moins de primes et plus de salaires’, a ainsi réagi la CGT de PSA, hier, dans un contexte interne tendu de négociations annuelles obligatoires (NAO)."   
Toutes les organisations étaient sur cette ligne.

Ce n’est pas réellement ce qui s’est passé puisque, alors que l’inflation prise en compte a été en 2018 de 1,4%, les négociations se sont conclues avec une enveloppe d’augmentation de + 2,6% chez PSA et de + 2,8% chez Renault.
L’an dernier, cela avait été de +2,3% chez PSA et +2,4% chez Renault. Les dites enveloppes couvrent à la fois des mesures d’AGS et les augmentations individuelles (AI)
Dans le détail, chez PSA, les 2,6% d’augmentation aux ouvriers et employés correspondent à 1,7% d’augmentation générale avec un "talon" (c’est à dire un minimum) de 38 euros et à 0,7% d’augmentation individuelle (incluant l’ancienneté). Les techniciens et agents de maîtrise sont traités différemment selon qu’ils accèdent ou non à la "part variable groupe" (PVG) : s’ils n’en bénéficient pas ils bénéficient d’une AGS qui rattrape juste l’inflation avec un talon à 42 euros et d’AI de 1%.
Pour ceux qui sont concernés par la PVG comme pour les cadres, il n’y a que des AI qui devront rester dans l’enveloppe des 2,6%.
Chez Renault, les ouvriers et employés auront 1,4% d’AGS avec un talon de 25 euros et les cadres n’auront que des AI dans l’enveloppe de 2,8%

Si l’on se réfère aux masses salariales dont on peut disposer dans les documents de référence des deux groupes pour 2017 celles ci étaient de 2 842 millions d’euros pour PSA Automobiles SA en France et de 3 368 millions pour Renault pour des effectifs de, respectivement, 50 774 et  47 711 personnes.
Ceci signifie que, en dehors de l’intéressement et des primes de pouvoir d’achat le surcoût associé à ces enveloppes va être de 74 millions d’euros pour PSA et de 94 millions d’euros chez Renault.
Si l’on se souvient que les résultats annoncés de PSA et Renault faisaient apparaître des résultats nets de respectivement 3,3 milliards et 3,45 milliards d’euros, l’effort sur les salaires paraît mesuré. Les capacités de négociation des salariés français restent bien affaiblies.
Carlos Tavares a annoncé, lors de la présentation des résultats, qu’il faisait de la réduction de la part des salaires dans le chiffre d’affaires un objectif et que PSA avait fait passer celle-ci de 12% en 2015 à 9,7% en 2018 alors que Opel-Vauxhall avait démarré à 15,2% et était, en 2018, à 12,6% : ce ne sont pas les salariés français qui vont faire grimper ces ratios !

Si tel est le cas, c’est parce que les salariés français des deux groupes français continuent d’être mis en concurrence avec les autres salariés européens des constructeurs qui, systématiquement, coûtent plutôt moins cher voire beaucoup moins cher.
Ainsi, selon Rexecode, dans l’industrie manufacturière, en 2018, le coût de l’heure de travail en France était de 39 euros (contre 41,3 en Allemagne). Elle était de 23,4 euros en Espagne, 17,6 euros en Slovénie, de 12,6 euros en Slovaquie et de 12,7 euros en République tchèque pour ne retenir que quelques pays accueillant des sites concurrents des sites français.
On aurait pu imaginer que progressivement l’écart se comble et cet effet n’est pas manifeste : en 2004, l’heure française était 12 euros plus chère que l’heure espagnole, 20 euros plus chère que l’heure slovène et 25 euros plus chère que l’heure slovaque ou tchèque. En 2018, les écarts sont respectivement de 16, 22 et 27 euros et se sont donc creusés en 15 ans …

Les employeurs français de l’automobile ont à peine besoin de rappeler ces chiffres. Chaque affectation de modèle est là pour le rappeler aux salariés des usines et la R&D commence d’être assujettie à des comparaisons de même nature.
Bernard Jullien

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Réactions

C'est exactement ce que je pressentais il y a huit ans:

La France est prise en sandwich , entre les pays du Nord et ceux du sud ( pour simplifier ):
--- Dans les pays du Nord la maîtrise des technologies et de la qualité qui augmentent la valeur des produits: il suffit de voir leur valeur après deux ans.
--- Dans les pays du sud, les salaires bas interdisent les augmentations en France pour des raisons de performance et avec un état qui refuse de réduire les charges.

Cet article ne parle que des résultats des constructeurs français. Il faut savoir que le nombre de véhicules PSA+RENAULT "assemblés hors-France/ assemblés en France" a triplé en vingt ans pour la raison ci-dessus.

Et ce n'est pas fini: Nord et Sud vont être remplacés par "chinois". Ils ont copié la technologie ( la nôtre ) et les salaires bas ( les leurs ).
Joran Namet, Le lundi 04 mars 2019

En tout cas tout le Monde rêve de vivre en France,douce France pays de mon enfance
alain boise, Le lundi 04 mars 2019

En faisant un rapide calcul, on voit que la MS moyenne pour PSA et de 56K€ alors que pour RSA elle monte à 70K€ soit 25% de plus.
Quelqu'un a-t-il une explication à un tel écart ?

@Joran : La Chine est trop chère pour être importée en restant compétitive. Et plus cher que le Maroc par exemple où Renault est déjà installé depuis quelques années et où PSA démarre bientôt. VW était aussi aux dernières nouvelles en négociation là-bas pour sa Polo.
Frederic, Le lundi 04 mars 2019

La différence......Carlos ??
;0)
Lucos, Le lundi 04 mars 2019

Non zêtes méchant Lucos !
Pareil calcul à l'envers, l'écart au prorata des employés donnerait 668M€.
Même bien payé Carlos n'est pas à ce niveau loin de là.
D'autant que la part Nissan ni Mitsu n'est pas dans la MS France...
Autre piste ?
Frederic, Le lundi 04 mars 2019

L’article écrit par Poutou et moustache.....malgré de mauvais résultats les contructeurs Français imposent l’augmentation Des salaires et la fin de l’interim.
Le même avec Tapie,achetons les syndicats.
Avec Macron ,venez en débattre avec moi
Avec Mélenchon tout le monde a 5000 même Carlos.
Pendant ce temps là des bouchons en Mauriienne et des stations pleines comme des œufs.......ainsi va la France
alain boise, Le lundi 04 mars 2019

Et avec Alain on va tous mourir..
;0)
Lucos, Le lundi 04 mars 2019

C'est quand même étonnant que l'article ne mentionne pas qu'à l'inverse de restreindre la part des salaires versus les bénéfices, PSA et Renault ont à coeur de préserver voire d'augmenter la part des dividendes versus ces même bénéfices !

Par ce que si l'enveloppe de 74M€ ou 94M€ semble choquer, moi ce qui me choque c'est cette opposition/menace du travail externalisé toujours exploitée comme une épée de Damoclès.

En parallèle aux 2 chiffres repris juste au-dessus, et pour la boutade sur Carlos.
Entre 2009 et 2011 les salaires du top10 Renault sont passés de 3,94M€ à 6,21M€. soit 58% d'augmentation et tout cela sans compter les primes.
Ca c'était en donc en 2011 effet du roi CG. Quid de ces salaires jamais republiés depuis ???
Aujourd'hui sur 94M€ quelle est la part de ce Top10 ? Est ce que lui aussi se contente de vaches maigres ?

Bref en cette période de gilets jaune oui il est de bon ton de toujours taper sur les mêmes pour qu'il y a ai le moins de mécontents possibles et surtout de ne rien changer le Monde se porte tellement bien.

Bonne journée et vivement notre auto-destruction pour cause d'égoïsme profond.
Grumly Ours, Le mardi 05 mars 2019

Vivement l'AG de PSA pour connaître la prime de Carlos T.
Citroën ne produit plus que le C5 aircross en France.
Sa prime devrait être aussi calée sur des paramètres sociaux en France, pas que sur la marge opérationnelle et autres critères financiers.
JL S, Le mardi 05 mars 2019



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