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Analyse - 20/11/2017

Négocier prudemment, intelligemment et collectivement les virages numériques dans les services automobiles

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire de Management des Réseaux du Groupe Essca.

Le symposium annuel qu’Autoactu consacre chaque année à l’après-vente s’est tenu mercredi 15 novembre. Il a été dédié à l’après-vente connecté et, plus généralement, aux défis face auxquels l’écosystème des services de l’automobile se trouve lorsqu’il s’agit de révéler le potentiel des innovations associées à des véhicules de plus en plus connectés. Il aura permis aux participants de prendre la mesure de la variété des initiatives, des acteurs et des problématiques associée à cette nébuleuse qui suscite aujourd’hui beaucoup d’espoirs mais également beaucoup d’interrogations et d’incertitudes.

Il est apparu que, en novembre 2017, la communauté se distancie de la foi un peu naïve en une révolution qui emporterait tout sur son passage et verrait les acteurs du numérique régler les automobilités et capter au passage l’essentiel de la valeur autrefois accessible à la noria des acteurs qui vivaient des dizaines de milliards d’euros que ménages et entreprises consacrent à acquérir et à faire rouler des automobiles. On a au contraire entendu les acteurs engagés dans les innovations que permettent les véhicules connectés s’exprimer avec beaucoup de prudence et avouer qu’ils ne savent ni à quel rythme ni sous quelles formes le potentiel que ces connexions recèlent pourra être révélé.

Si tel est le cas, c’est d’abord parce que de lourdes incertitudes subsistent sur le plan juridique comme sur le plan technologique. C’est ensuite et surtout parce que, en dehors du cas particulier de la gestion des flottes de poids lourds, de VUL ou de VP par des entreprises pour lesquelles chaque défaillance est une perte d’exploitation, il faut convaincre les ménages que, sur leurs véhicules de 9 ans d’âge moyen, laisser les professionnels ausculter leurs véhicules, leurs parcours et leurs comportements de conduite ou d’usage peut être un bon deal. Pour cela, il faut pouvoir lui promettre une réduction de ses coûts de mobilité ou une amélioration du service automobile rendu qui, pour l’heure, reste assez hypothétique à ses yeux.

De la même manière, dans des métiers où l’on a affaire le plus souvent à des têtes de réseaux qui font travailler au service de leurs marques des PME ou TPE, les convictions portées par les premiers doivent être partagées par les seconds. Ceux-ci doivent pouvoir faire des dispositifs qui leur sont proposés un bilan coûts-avantages favorable en mettant en balance les chances de convaincre leurs clients, la probabilité qu’ils développent leurs business ou améliorent leurs process et les risques de voir leur enseigne les bypasser en récupérant à la fois les informations sur "leurs" clients et la possibilité de s’adresser directement à eux.

Tout ceci explique que, tout en souhaitant absolument explorer activement le potentiel associé à ces connexions des véhicules, chacun marche sur des œufs et fasse montre d’une prudence voire d’une modestie assez inhabituelle. Les constructeurs comme les enseignes de la réparation indépendante ont besoin non seulement de trouver des partenaires dans le monde des GAFA, des start-ups du numérique ou de l’assurance mais encore de pouvoir, sans trop leur tordre le bras, faire de leurs réseaux des diffuseurs-expérimentateurs actifs des nouveaux dispositifs. Chacun prend conscience de ce que le potentiel pressenti ne sera révélé et précisé que si le système d’innovation dans les services automobiles s’enrichit et ne se conçoit pas comme mise en œuvre de solutions conçues au siège dont on serait suffisamment sûr qu’elles sont pertinentes pour pouvoir les "déployer" dans des réseaux transparents. Il faut convaincre, expérimenter, partager, apprendre en faisant et, pour y parvenir, il faut probablement accepter de réviser les relations que les composantes du système ont noué jusqu’alors entre eux.

Il se trouve que l’Etat avait anticipé sur ces nécessités dans le cadre du "Programme Investissement d’Avenir", le fameux "Grand Emprunt" lancé durant l’avant dernier quinquennat lorsque N. Sarkozy avait, en 2009, demandé à A. Juppé et M. Rocard de réfléchir aux priorités qu’il convenait de définir pour orienter l’affectation des 35 milliards que la nation dégagerait pour se préparer aux grands défis identifiés (1). Ce fût le PIA 1 qui fût suivi sous Hollande d’un PIA 2 avant que ne soit lancé, en 2017, le PIA 3  (2). Entre autres domaines couverts – et financés - par ces PIA, celui de la formation professionnelle offre aux branches qui savent se mobiliser et convaincre de puissants leviers pour monter en compétences et pérenniser leurs emplois.

Plus précisément le PIA 2 demandait à ce que les projets financés dessinent de nouveaux Partenariats pour la Formation Professionnelle et l’Emploi (PFPE) qui permettent une collaboration plus active et réactive entre le monde de la formation et les entreprises, petites et grandes, qui définissent les technologies et les produits ou services et sont légitimes à s’exprimer lorsqu’il s’agit de concevoir des nouveaux contenus de formation initiale et continue (3). Traditionnellement très actif et efficace pour épauler les PME et TPE face à des défis comme ceux de l’électronique automobile il y a quelques années, l’appareil de formation de la branche des services de l’automobile coordonné par l’ANFA n’a pas laissé passer l’opportunité : un projet appelé Développer les Compétences Numériques des Services de l’Automobile (DCNSA) a été élaboré et soumis dans le cadre de l’appel à projet PFPE (3). Il mobilise un large consortium de constructeurs, d’équipementiers, d’enseignes de la réparation indépendante, de groupes de concessions, d’agents et de MRA et d’établissements de formation initiale et continue. Il a convaincu et été retenu et va permettre qu’à partir de 2018 et jusqu’en 2022, tout ce monde se mette au travail pour que l’enrichissement du système d’innovation dans les services automobiles évoqué plus haut soit effectif.

Les systèmes automobiles sont traditionnellement très résilients parce que les parcs sont très inertes, que l’industrie automobile est une industrie lourde et que les automobilités s’inscrivent dans des configurations territoriales et de transport que la "révolution numérique" ne peut seule bouleverser. On pourrait dès lors rester l’arme au pied et attendre que se dissipent les illusions des technophiles qui assortissent souvent le terme de "révolution" numérique d’une espèce de terreur qui enjoint les uns et les autres de se dépêcher de se conformer aux exigences immanentes du numérique ou du connecté. La prudence dont les intervenants au symposium d’Autoactu ont fait preuve ne correspond pas à - ni n’appelle à développer - cette attitude. Elle suggère plutôt que le potentiel reste à découvrir et à incarner par le terrain et/ou qu’il faut négocier prudemment, intelligemment et collectivement ces virages. Le projet DCNSA porté par l’ANFA s’inscrit très clairement dans une telle perspective et on ne peut que s’en féliciter.
Bernard Jullien


(1) http://www.vie-publique.fr/actualite/alaune/emprunt-national-35-milliards-euros-pour-innovation.html
(2) http://www.gouvernement.fr/pia3-5236
(3) http://www.caissedesdepots.fr/partenariats-pour-la-formation-professionnelle-et-lemploi-pfpe
(4) http://www.gnfa-auto.fr/actualites/dossiers-speciaux/digitalisation-impact-sur-nos-secteurs/pia-dcnsa-un-projet-denvergure/

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Réactions

Le titre me fait penser à Bernard Darniche qui se présentait comme négociant en virages...
Pour le reste, croyez-vous que si la voiture informe directement le chef d'atelier nous vendrons plud de plaquettes de frein ?
pas sûr, et pas sûr que le speedy du coin ait aussi cette info et chope le client en passant.
Moralité nous allons vers une guerre numérique...
;0)
Lucos, Le lundi 20 novembre 2017

Le négociant en virage c'est Jean Ragnotii, pas Bernard Darniche; CQFD
Didier RECORD, Le lundi 20 novembre 2017

la patrernité de cette expression revient à Bernard Darniche et elle a été reprise pa r beaucoup de pilotes et leurs blog/sites. CQFD
;0)
Lucos, Le lundi 20 novembre 2017

tii c'est BMW 2002, ce n'est pas Jeannot les Virolos
Bruno HAAS, Le lundi 20 novembre 2017

Tiens Lucos ce matin à sorti sont arme de bon sens...bravo.
Il faut souligner, et pour ceux qui le texte du Professeur est une prise de tête, la paragraphe brillant suivant:
"...attendre que se dissipent les illusions des technophiles qui assortissent souvent le terme de "révolution" numérique d’une espèce de terreur qui enjoint les uns et les autres de se dépêcher de se conformer aux exigences immanentes du numérique ou du connecté. "
L'industrie automobile ne fait que se fourvoyer depuis un moment et face aux "agressions" des administrations elle est encore plus déboussolée.
Personne parle, et les politiques encore moins de la "voiture" qui devrait être conçue et déjà commercialisée aux consommation de 2L/100 km !!
Finalement qu'est-ce que moi conducteur lambda je fait de tout le "numérique" et connectivité avec lequel on a affublé ma voiture actuelle...RIEN...NADA à part un GPS plus évolué...mais toujours brouillon...et le pièton n'a toujours qu'à bien se tenir.
Si par contre la marque de ma voiture, et si je suis raisonnable, elle me félicite de ne pas avoir dépenser plus de 4L/100 km en ville, au lieu de 10/12 L/100 km pour la majorité des voitures dans les embouteillages qui laissent leur moteur tourner des heures!
Quel progrès...et cela sans avoir le fin du fin de la technologie des voitures autonomes !
Il n'y a qu'un seul constructeur et devinez lequel, qui ne parle pas toutes les cinq minutes de ses exploits en voitures dites autonomes et numériques, et qu'un pigeon peut arrêter toutes les minutes en passant devant!
Le mot crédibilité n'existe pas dans le dictionnaire de beaucoup de constructeurs. Nous allons beaucoup ricaner dans l'avenir.

Jo Duchene, Le lundi 20 novembre 2017

Tout ces noms pompeux "Véhicule connecté", Virage numérique....ça me donne des boutons !
Quand on pense que téléphoner en voiture est presque quasi impossible et très réprimendé....alors qu'avons nous à faire de tous ces services connectés qui attirent les yeux vers un écran, toutes ces apps installées que nous ne pouvons pas utiliser en conduisant... La présence de plus en plus d´électronique dans un véhicule est nécessaire pour gérer les nouvelles technologies embarquées afin de mieux contrôlers le véhicule en mouvement et sa consommation. Le reste, hormis l'appel d'urgence aux service de secours en cas d'accident ou de panne et le GPS pour nous conduire du point A au point B sans avoir à lire une carte papier en conduisanst, c'est de la bataillle marketing pour attirer le client chez l'un ou chez l'autre.
Pour réparer mon véhicule, je vais chez mon concessionnaire de marque pendant la période de garantie. Ensuite c'est mon sentiment de confiance qui me guide vers tel ou tel réparateur...ce n'est pas une app qui va guider mon choix.
Pour finir, les assurances sont très intéressées par toutes ces "connections" car en effet, sous l'égide du "message bien pensant et respectueux des lois de circulation" elles voient ici le moyen de "fliquer" les conducteurs et donc leur faire payer des primes d'assurances plus élevées....Vous avez déjà vu des assurances, vous, qui vous promettent de reduire vos primes ?...moi non.


Amer, Le mardi 21 novembre 2017



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