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Analyse - 03/12/2018

Radicalisation des gilets jaunes vs radicalisation de la Commission européenne

La chronique de Bernard Jullien, Maître de Conférence à l'Université de Bordeaux et conseiller scientifique de la Chaire "Distribution & Services Automobiles" du Groupe Essca.

Alors que nous ne cessons de parler de la radicalisation du mouvement des gilets jaunes ces jours derniers, le commissaire en charge de la DG Climate, Miguel Arias Canete, a présenté le 28 novembre le projet de l’Union européenne à l'horizon 2050 en matière d'émissions de gaz à effet de serre.   

Le document présente cette "MCS" (pour Mid-Century Strategy) et pose les bases d'une stratégie ambitieuse puisqu’il va jusqu'à envisager, dans un des scénarios, la neutralité carbone à l'horizon 2050. Alors, l'UE serait capable, à cette échéance, de dégager autant de dioxyde de carbone qu'elle en absorberait.
Il s’agit là de donner corps aux engagements pris par les Etats à Paris en en proposant une traduction à l’échéance 2030 d’abord et à l’échéance 2050 ensuite. La publication de la communication européenne intervient à quelques jours de la COP 24 de Katowice (Pologne).
Elle a pour but d'"informer le monde extérieur" et entend par conséquent positionner l'Europe comme une espèce de championne du monde en matière de lutte contre les changements climatiques en suggérant à la communauté internationale de la suivre dans l’adoption de ce modèle de neutralité carbone.

Le document n'est pas définitif puisqu’il ne s’agit que d'une base de travail pour une discussion au Parlement et entre les Etats membres. Ainsi, le 9 mai 2019, le Conseil Européen se réunira à Sibiu et examinera la proposition qui propose une interprétation plutôt radicale de l’Accord de Paris. En effet, en mars dernier, les Etats membres avaient demandé à l'exécutif européen de faire des propositions pour qu'en 2020 l'UE puisse présenter à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (Ccnucc) une stratégie à long terme comme prévu par l'Accord de Paris.
L’Accord de Paris préconise un équilibre entre les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre d’ici la seconde moitié du siècle pour garantir un réchauffement bien en deçà de 2 °C (la "neutralité carbone"). Le GIEC dans son dernier rapport préconise de tout faire pour limiter le réchauffement climatique à + 1,5 °C et met en évidence la nécessité d’une intensification des efforts de tous les pays
La DG Climate propose de suivre le GIEC.  En effet, en 2011, avant l’Accord de Paris donc, l’Union européenne s’est fixée comme objectifs de réduire ses émissions de 40 % d’ici 2030 et de 80 % d’ici 2050 par rapport aux niveaux de 1990. Ces objectifs sont désormais considérés comme insuffisamment ambitieux, d’où cet objectif de neutralité.
Selon O. Sartor de l’IDDRI, cette MCS ne sera pas légalement contraignante pour les États membres mais n’en est pas moins importante sur le plan politique pour guider les discussions concrètes qui porteront sur la manière de relever l’ambition de l’UE.
En effet, explique-t-il, "l’Accord de Paris demande aux parties de réviser leurs ambitions à travers leurs ‘contributions déterminées au niveau national’ (CDN) et ce, tous les cinq ans. De ce fait, des discussions se poursuivent à Bruxelles avec les États membres sur la nécessité de revoir l’ambition de l’UE dès 2020 et potentiellement à nouveau en 2025." 
Ceci signifie que Bruxelles pourra se servir de cette MCS pour « recadrer » les Etats qui laisseraient leurs CDN s’éloigner de la feuille de route adoptée.

Comme on l’avait vu déjà en 2011, lorsque la Pologne avait refusé de souscrire à l’engagement commun de réduire les émissions de 40% d’ici 2030 et comme le mouvement des gilets jaunes le montre, les vraies questions, en matière énergétique comme en matière automobile et de transports se posent au niveau national et la radicalité de la Commission correspond - comme le reconnaît d’ailleurs O. Sartor – à un processus et à une analyse très bruxello-bruxelloise où le commissaire  Miguel Arias Canete et Jean-Claude Juncker semblent avoir très envie, avant de partir, de voir leurs noms associés à une prise de position très forte de l’UE en faveur du climat. 
En d’autres termes, il s’agit là de considérations très technocratiques qui ont toutes les peines du monde à convaincre les populations que cette "urgence climatique" est autre chose qu’un habillage scientifique nouveau donné comme justification à des efforts ou à des renoncements que l’on va exiger d’eux.

Sans être climato-sceptique, on doit au moins reconnaître que le recours à l’expertise et la mise en évidence de la nécessité de changer urgemment à peu près tout, tout en évitant de creuser les déficits publics, sont des impasses politiques : au lieu d’amener les populations à accepter les changements, ce discours qui consiste finalement à leur dire que, pour des raisons qui les dépassent, ils n’ont pas le choix, génère le rejet et jette un certain nombre d’entre eux dans le climato-scepticisme qui peut apparaître comme une manière cohérente de se battre contre des mesures que l’on veut leur imposer.
Les Etats membres ont demandé cette MCS tout en sachant qu’aussi fondée qu’elle soit scientifiquement, elle ne leur serait pas d’un très grand secours lorsqu’il s’agira de faire face à cette réalité politique. Etant donnée l’ampleur des mutations et des investissements à réaliser pour tenir le cap que propose la Commission, vouloir montrer que l’on est plus vertueux que Donald Trump et plus attentif aux préconisations du GIEC ne sert à rien.

Le mouvement des gilets jaunes indique clairement que c’est si et seulement si les changements à opérer sont non seulement acceptables mais plus encore désirables que les mesures pises au nom du climat seront praticables.
La surenchère internationale en matière de vertus écologiques risque de renforcer les réactions de rejet. Aller affirmer à Bruxelles que l’on est favorable à la neutralité carbone à l’horizon 2050 et écrire dans des rapports qu’il faudra pour cela qu’il n’y ait plus un véhicule thermique qui roule, que les gens prennent le train, co-voiturent, soient inter-modaux, isolent leurs maisons, installent des panneaux solaires sur leur toit, arrêtent de manger de la viande ne pourra qu’apparaître comme un crachat au visage de ceux qui peinent à joindre les deux bouts à l’horizon 2018.
Le problème n’est pas - ou pas seulement - de sortir d’une écologie "punitive" de même qu’il n’est pas un problème de pédagogie. Le problème est celui du passage d’une écologie d’essence technocratique dont cette MCS est presque une caricature à une écologie démocratique qui tirerait de l’expérience du trumpisme ou du mouvement des gilets jaunes les conclusions qui s’imposent : le GIEC ne peut exempter le politique de faire son travail.
Convaincre, discuter, négocier des compromis, trouver des majorités et cesser d’invoquer une urgence climatique qui n’est pas vécue : telle est l’urgence.
Bernard Jullien

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Réactions

… "Tel est l'urgence" affirmez vous cher chroniqueur ?
Telle est l'urgence aurait plutôt ma faveur … Mais bon

Sinon livré en vrac
….
… Les « élites » veulent faire bouffer de l’écologie à « leur » peuple par « tous les trous de nez » …
Et ce quel que soit le prix social à payer pour les populations … Ces gens « oublient » qu’ils sont des représentants de celles-ci …

Ils font de même en matière de politique migratoire et la vraisemblable signature le 10 décembre prochain du pacte mondial sur les migrations procède de la même démarche … Notre petit banquier national ira probablement le signer avec grand empressement et vertueuse posture … Il sera l’un des rares …

Faire contre l’assentiment des populations, au motif plus ou moins non-dit « que décidément ils n’y comprennent rien », est une insulte à la démocratie … Un curieux paradoxe pour des grands hommes toujours très prompts à nous balancer « le siècle des lumières » ou, en tous cas, leur grille de lecture à ce propos.

Ce sont tous ces gens qui apportent de la violence civile et qui favorisent le retour du souverainisme, fort différent du populisme ( ) , sans que l’animatrice du RN n’y soit pour grand-chose ….
Après les mêmes peuvent se pincer le nez en citant les pouvoirs à la tête de la Pologne, la Hongrie ou l’Italie … Ils sont les promoteurs efficaces du populisme, ces apprentis sorciers porteurs de l’idéologie diversitaire et écologique … Quand en plus ils se révèlent de grands talents de joueurs de bonneteau fiscal … On touche à l’indicible …
ADEAIRIX, Le lundi 03 décembre 2018

Je n'apprécie pas particulièrement le personnage de Donald Trump mais il faut reconnaître qu'il manque en Europe un représentant d'une des grandes puissances de l'UE avec la même considération pour les "TALIBANS des émissions carbone".

Ces pseudo scientifiques qui se veulent écologistes font un très grand mal à l'écologie réelle par leur radicalisation. Il y a de très nombreux domaines absolument pas abordés, ni par ces écologistes ni par les médias qui justifieraient une attention et des décisions urgentes. Malheureusement, le COPxx est un ramassis d'hystériques qui focalisent le monde entier sur leur idée et empêche de voir les véritables problèmes de l'écologie.
Arrêtons de voir la fin du monde annoncée prochainement pas ces gens là mais traitons les véritables problèmes de l'écologie.

Encore une fois : le CO2 est, comme la vapeur d'eau, un des résultats de toute combustion et rien de plus.
Joran Namet, Le lundi 03 décembre 2018

Le réchauffement est l’urgence et le Diesel était une réponse,accusée de tous les maux par Ségolène n premier qui maintenant demande la levée des taxes.
Revenant d’Italie je l’ai vu là-bas à 2€ ça promet pour Janvier
alain boise, Le lundi 03 décembre 2018

Cet article, bien écrit au demeurant, est le développé de la phrase bien trouvée d'Emmanuel Macron : on se focalise sur la fin du monde en oubliant la "fin du mois".
Bruno HAAS, Le lundi 03 décembre 2018

Un petit pas serait de ne plus faire venir plein de produits du bout du monde (vu récemment des patates venant d'Israël) et de ne plus aller chercher les coûts les plus faibles au bout du monde car le transport pollue trop.
Ma crainte est que ces actions sont faites surtout pour légitimer d'autres actions prévues mais pas forcément de réduire l'effet de serre...
Valica, Le lundi 03 décembre 2018

Oui Joran quand on brûle du carburant on produit du CO², et vous développez ici encore la théorie des révisionnistes de l'écologie qui disent que le CO² n'est pas grave puisqu'il serait "naturel".
Sauf que quand il y en a trop la terre se réchauffe dangereusement pour le climat. Donc il faut agir et les verts sont devenus des khmers verts parce qu'il ne se passe rien.
Des gilets verts en quelque sorte...
;0)
Lucos, Le lundi 03 décembre 2018

"ceux qui peinent à joindre les deux bouts à l’horizon 2018." Bien que l'année 2018 soit presque finie, ce qui permettrait de relativiser cette phrase, le problème est plutôt joindre les deux bouts tous les mois tout court. Si pour certains l'automobile est une passion, pour la majorité des conducteurs c'est un outil pour aller travailler car le permis de conduire maintenant est indispensable hors couronne parisienne pour avoir un travail. Le prix du logement dans certaines grandes métropoles est exorbitant et les gens n'ont pas d'autre choix que de s'externaliser s'ils ne veulent pas vivre dans un appartement exigu à quatre à deux pas de leur travail. Avec les années, je pense que le marché automobile s'assainira avec les contraintes environnementales (vignettes Crit'Air et interdictions de circuler en tous genres) et réglementaires (passages au contrôle technique sévérisés). Mais actuellement, la technologie tout électrique n'est pas en très grande grande série, ce qui veut dire que le prix marché n'est pas encore démocratisé. Alors dans l'urgence, M. le Président, gelez les taxes sur les carburants et ne faites pas le jeu des extrêmistes de tous bords qui provoquent des scènes de guérilla urbaine et salissent honteusement les symboles de la république tel l'Arc de Triomphe.
clerion, Le lundi 03 décembre 2018

A propos du commentaire de Bruno …
La paternité de la phrase bien trouvée d'Emmanuel Macron n'était elle pas dévolue à Nicolas HULOT, en fait ?
Je cite :
"Il faut se préoccuper des fins de mois des Français mais il faut aussi se préoccuper d’un autre enjeu : la perspective de la fin du monde" . (Emission politique France 2 du 22 novembre consacrée au susnommé)

Rendons à César ce qui appartient à Jules
;0)
ADEAIRIX, Le lundi 03 décembre 2018

Tout le monde parle très doctement...mais il est nécessaire et Lucos le fait bien "d'aligner" Joran...et c'est gentil quand même.
Les scientifiques du climat ne sont nullement des excités que décrit Noran et ne sont pas dans les manifs à tout casser...ils produit des avertissements et nul hystérie de leur part. Leurs avertissements sont fondés...et maintenant il y en a trop et trop de scientifiques de toute nature...et c'est cela qui panique Joran...
Eh Joran le roi est nu !
Moi je suis "riche" et j'ai les moyens de me casser quand il fait vraiment chaud...et je trouve que c'est un "scandale" le fait que je paie en dehors des vacances scolaires un prix dérisoire pour faire un Paris-Lisbonne prendre le fais de l'Atlantique quand il fait 39° chez nous.
Au lieu de 50 euros, j’aurais pu payer 100 euros sans sourciller...et je trouve normal d'être taxer...mais il y a une PERVERSITE (qui met en rage les gilets jaunes et pas que) qu'est-ce que les gouvernement vont faire avec les 50 euros que je leur donne en taxes disons écologiques en plus ? Nous voyons bien que nous sommes tous cocus !!
Les gilets jaunes de dire: 500.000 euros pour la vaisselle de l’Élysée, nouvelle piscine à Bregançon et le " l’Eduard premier ministre" qui claque 350.000 euros pour prendre un Falcon, etc,etc...sans compter l'ISF qui fut longtemps un symbole...et que la connerie politique crâneuse s'est permis de casser.
Un gars qui avait un patrimoine de 4 millions d'euros.....payait d'ISF 2850 euros...et un de mes anciens patrons me disait, avec l'ISF que je ne paie plus, je me paie un voyage au Bahamas à 50.000 euros la semaine en première classe bien sûr tout compris !
Quand on tire trop sur la corde elle revient en pleine figure sur les politiques.
On a beau dire que Roosevelt faisait payer les riches 85% de taxes...et cela servait à quoi, à éviter de jouer à la spéculation boursière !
Nous allons tous droit dans le mur et crash test zéro !
La dictature armée écologique nous attend et seules les riches seront planqués...
Les riches planqués intelligents vont ce déguiser en "pauvres" ...et seuls les riches cons seront visibles...ils méritent des coups dans la tronche.
Le pire ricanement que j'entends quand je suis aux US (et t'as jamais envie de te dire que t'es français) c'est quand un ricain friqué te dit:
Mais enfin combien gagne votre petit, tout petit président annuellement, mais c'est ce que je paie à mon comptable. Au fait son banquier doit rigoler tous les jours en le voyant...ils diront, il travail bien pour nous pour pas cher...il va falloir l'embaucher après, et il parlera bien dans nos réunions. En tout cas il nous aura bien servi.
C'est le paradoxe total...le mec a l'exclusivité du bouton nucléaire et le lendemain de prise de poste il va à la soupe chez les très riches du CAC 40. En est-t-il OBLIGE de le faire? C'est désespérer de l'humain.
Société (tragique) du spectacle.
Si vous êtes candidat à quelque chose, bon appétit.
Jo Duchene, Le lundi 03 décembre 2018

Merci Adeairix de rappeler qui est l'auteur de cette phrase qui me plaît bien. Je n'avais pas écouté l'interview de Nicolas Hulot ; nul n'est parfait.

Et clerion est très bon, même quand il est sérieux.
Bruno HAAS, Le lundi 03 décembre 2018

… La voie de la sagesse vient de s'exprimer ?
Un peu comme la "justice" passe de temps en temps,
sans faire de détail …
Bon pour la santé... vu à la télé, Le lundi 03 décembre 2018

En effet ils sont bons...mais je reste pessimiste...nous allons au casse pipe, et c'est dommage.
Il y avait un Trump dévastateur, et maintenant il y a un petit Trump avec l’incroyable dinosaure et facho brésilien Bolsonaro qui vient d'être élu président du Brésil.
Tout cela va se terminer en conflits armés, après des catastrophes résultantes de problèmes climatiques et autres et nous vivrons cela de notre vivant.
Rien ne sers de noyer l'écolo...
Jo Duchene, Le lundi 03 décembre 2018

@Joran
sérieusement ? fin 2018 vous en êtes là ? A faire le révisionniste du changement climatique et insulter les scientifiques ?
Mon dieu on est encore plus mal barré que je ne l'aurai cru!!!

3 paragraphes et 3 âneries.
Beau score on peut ne pas être d'accord sur le fond ou la forme (et nos échanges ici le prouvent) mais il faut savoir saluer un champion quand il s'en présente un.
Grumly Ours, Le mardi 04 décembre 2018



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