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Constructeurs - 07/06/2019

Renault/FCA : des fiançailles précipitées au mariage avorté

(AFP) - "Fiat retire son offre". A 01H00 du matin, jeudi, le constructeur italo-américain crée la stupéfaction, 11 jours seulement après l'annonce de son projet de mariage avec Renault, qui devait  bouleverser l'industrie automobile mondiale.

 

Au milieu de la nuit, au siège du groupe Renault, à Boulogne-Billancourt, en bord de Seine, les lumières des bureaux sont restées allumées : 19 administrateurs sortent de 6 heures de réunion.
On attendait un feu vert pour des négociations exclusives. On apprend que, pour la deuxième journée consécutive, le conseil d'administration reporte sa décision, à la demande de l'Etat français, premier actionnaire du groupe.
Paris réclame quelques jours de plus pour s'assurer du soutien de Nissan, allié de 20 ans de Renault, qui n'a pas caché son mécontentement d'avoir été, jusqu'au dernier moment, tenu à l'écart du projet et craint d'être marginalisé au sein du nouvel ensemble. 

Une décision précipitée
Mais les responsables de Fiat Chrysler (FCA) ont perdu patience et jettent l'éponge, estimant que Bercy les menait en bateau. Au ministère français de l'Economie, on assure ne pas comprendre l'impatience de FCA et regretter "une décision précipitée".
Annoncée en fanfare le 27 mai, la méga-fusion a échoué. Elle devait créer le numéro 3 mondial de l'automobile, voire le numéro 1, très largement devant les rivaux Toyota et Volkswagen, en agrégeant aussi les ventes des partenaires japonais Nissan et Mitsubishi.
C'est une terrible défaite pour le nouveau président de Renault, Jean-Dominique Senard. L'ancien patron de Michelin, réputé pour ses talents de diplomate, a succédé en février à Carlos Ghosn, déchu de tous ses mandats depuis sa mise en cause au Japon pour diverses malversations présumées. Il a mené des négociations au pas de course.
Depuis des mois, Renault et FCA discutent de coopérations sur des partages de technologies ou de plateformes. Les deux groupes se connaissent bien, le constructeur au losange fabriquant pour Fiat un utilitaire à Sandouville (Seine-Maritime). Mais les choses prennent une nouvelle tournure entre fin avril et mi-mai.

Relations au plus mal entre Nissan et Renault
Les relations entre Nissan et Renault sont alors au plus mal. Les dirigeants du groupe français soupçonnent leurs "alliés" d'avoir fait fuiter dans la presse une offre confidentielle et amicale de fusion proposée par Renault, torpillant le projet.
M. Senard, qui avait en fait remis sur la table un dossier déjà rejeté par la partie japonaise du temps de Carlos Ghosn, est fragilisé. Il sent qu'il ne peut plus avoir confiance dans l'équipe dirigeante de Nissan, selon des connaisseurs du dossier.
"Fin avril, au moment de fuites orchestrées par Nissan, il s'est dit : "l faut accélérer" (avec FCA) et en un mois ça s'est fait", a expliqué à l'AFP une source proche des discussions.
M. Senard juge qu'un Renault isolé serait en danger dans un environnement économique qui se dégrade rapidement alors que d'énormes investissements doivent être engagés pour préparer les véhicules du futurs, électriques, autonomes et connectés. "Voyant que la fusion avec Nissan n'était pas possible, il a cherché une autre voie", confie cette source.
Au même moment, les dirigeants de FCA cherchent un allié pour des raisons similaires. Le rival français PSA est sur les rangs mais n'est pas retenu.
"Les Italiens ont compris que Renault allait être dans l'embarras et ils se sont dit : "c'est le moment» de faire une proposition", confie une autre source.
"Un petit peu avant la mi-mai", le président de FCA, John Elkann, petit-fils de l'emblématique président de Fiat, Gianni Agnelli, "téléphone à M. Senard et lui demande s'il accepterait de discuter d'une fusion", raconte à l'AFP un proche de Renault. 

Un lien presque filiale
Entre l'héritier de 43 ans et le dirigeant de 66 ans, le courant passe et s'établit rapidement un lien presque filial. Le jeune homme, marié avec Lavinia Borromeo, héritière de l'une des plus anciennes familles aristrocratiques italiennes, et le patron en fin de carrière, fils d'un diplomate et d'une mère aristocrate, partagent le même tempérament posé, les mêmes bonnes manières.
Fils de l'écrivain franco-italien Alain Elkann, le président de FCA a fait son lycée à Paris et maîtrise parfaitement la langue de Molière. Ils échangent en français.
Les deux hommes se retrouvent cinq ou six fois, alternativement à Paris et Turin, à leurs domiciles respectifs. "Il n'y a pas eu de grand dîner caviar-champagne, ça a été plutôt des après-midis de travail", confie un proche du patron français.
Les discussions sont entourées du plus grand secret. Moins d'une dizaine de cadres de Renault sont informés. Nissan n'est pas mis au courant. Le gouvernement français est mis dans la boucle tardivement mais l'Elysée a donné son aval.
Le vendredi précédent l'annonce, le projet de "mariage entre égaux" est présenté par M. Senard au ministre de l'Economie Bruno Le Maire qui donne son accord sous conditions.
Dès le week-end, des informations commencent à fuiter. Le projet de fusion est annoncé le dimanche par l'AFP alors que Renault attend encore la proposition écrite de FCA pour informer Nissan.

Une lettre dans la nuit
A Boulogne-Billancourt, la lettre arrive dans la nuit de dimanche à lundi. Tout est prêt pour lancer le plan de communication.
Renault et FCA vantent leurs complémentarités géographiques, celle de leurs gammes de produits, les perspectives de synergies, leur volume de près de 9 millions de véhicules par an...
Des experts estiment que Renault se retrouve désormais en position de force face à Nissan. Tout en se disant ouvert, l'allié japonais ne cache pas sa colère. M. Senard se rend immédiatement à Tokyo pour expliquer le projet qui laisse la porte ouverte à Nissan. Il revient à Paris rassuré et confiant d'avoir convaincu ses partenaires.
Dans la nuit du 5 au 6 juin, les réserves des deux représentants de Nissan au conseil d'administration convainquent l'Etat de retarder la fusion.
AFP

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Réactions

Et comment pourrait-on travailler et faire confiance dans le cas de cette fusion à l'administrateur délégué de FCA qui dès l'annonce de l'offre a immédiatement bazardé pour 3 millions € d'actions FCA à 13,85 alors que le cours était hier soir à 11,70 ?
Quelle confiance peut-on donc apporter à Manley et aussi à Elkann que cela n'a même pas choqué et qui n'a pas bronché ?
Cet incident passe aujourd'hui comme un fait secondaire, mais il est grave dans son symbolisme d'un dirigeant qui ne respecte même pas sa propre société dans un moment pareil.
Comment pourrait-il ensuite respecter ses partenaires ?
Renault et son principal actionnaire ont raison de revenir vers le Japon pour confirmer l'alliance en respectant ses partenaires qui ont eux un code d'honneur.
Ce sont Elkann et Manley qui ont finalement fait capoter cette affaire et qui en garderont la responsabilité quand nous reparlerons bientôt de la base trop fragile de FCA qui est largement surcoté.
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Lucos, Le vendredi 07 juin 2019

… Je rejoins Lucos à propos du défaut singulier d’éthique qui singularise la cession du paquet d’actions effectuée très opportunément par Mark Manley juste après l’annonce du projet de fusion « entre égaux … Mais quelque part il me semble que ce sont là des cris d’orfraies (vue l’époque opaque qu’on vit …) et pour l’instant je trouve très « singulier » le peu d’intérêt que la SEC manifeste à l’égard de cette transaction rendue nécessaire par je ne sais trop quelle « nécessité ménagère » ressentie par l’administrateur délégué (pour 100 briques t’a plus rien …) … Il me semble que dans un cas semblable l’AMF eût été plus prompte à déclencher une enquête mais passons …

Quant à la confiance … Un joli mot dans un projet de rapprochement d’entreprises … Me vient alors cette phrase de « notre » célèbre fabuliste : « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute »… J’entends déjà Lucchini la dire …

Et dans un projet de rapprochement entre « égaux ou pas » ce que l’on attend des gens ou équipes qui ont en charge de gérer la situation c’est, AVANT TOUT, une scrupuleuse lecture objective des clauses contractuelles et financières de l’accord, de la proposition ou de la lettre d’intention (peu importe le formalisme …) accompagnée d’un bonne dose de bon sens … Si en plus la confiance existe entre les partenaires, c’est comment dire, « la cerise sur le cheesecake » … Rien de plus et rien de moins …

Effectivement, l’on peut craindre que Jean Dominique SENARD ne sorte pas « grandi » de l’épisode …
Souvenez vous « ma remarque » concernant la faiblesse de la rémunération revendiquée par l’intéressé (400 000€ soit le barème syndical pour la direction d’une entreprise publique) …
Bien plus que de l’ascèse, j’y voyais un habile calcul pour éviter de vaines polémiques en cas de gros temps …Nous y sommes ?
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ADEAIRIX, Le vendredi 07 juin 2019



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