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Analyse - 16/11/2018

Résultats des élections américaines, quel impact pour l’automobile ?

La chronique de Bertrand Rakoto, analyste indépendant dans l’intelligence de marché. Après plusieurs années dans l’automobile, entre autres chez RL Polk, et après avoir eu un cabinet d’analyse en France (D3 intelligence) il est désormais basé aux Etats-Unis où il poursuit son activité depuis Detroit.

Les élections partielles américaines, en anglais les mid-term, interviennent à la moitié du mandat du président. Il s’agit la plupart du temps d’un test pour l’administration en place et une mesure de la popularité des politiques décidées durant presque deux ans. Pour le gouvernement républicain actuellement en place, les résultats sont mitigés. En effet, les Républicains possédaient la majorité à la fois au sénat et à la chambre des représentants. Les élections ont confirmé la majorité présidentielle auprès de la chambre haute alors que la chambre des représentants est désormais aux mains de l’opposition. Après deux années de négociations, de remise en cause des régulations et de mise en place de droits de douanes, l’industrie automobile cherche à savoir de quoi seront faites les deux prochaines années.

L’accord de libre échangé gêné par les taxes sur l’acier et l’aluminium
La première action notable a été la mise en place de droits de douanes de 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium. L’impact a été immédiat mais il n’a pas nécessairement rendu les services attendus. Premièrement, l’industrie métallurgique américaine a été prise de court et n’est pas en mesure de répondre à la demande mais l’aspect positif est l’augmentation des prix que cette mesure a provoqué, accompagné d’une hausse confortable des marges. Deuxièmement, si la mesure impactait principalement la Chine elle a eu un effet néfaste sur les secteurs consommateurs d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis, dont l’automobile fait partie. Ainsi Ford a annoncé une perte évaluée à plus d’un milliard de dollars malgré un sourcing essentiellement tourné vers les Etats-Unis. Enfin, tous les types d’aciers et d’aluminiums ne sont pas disponibles aux Etats-Unis. La métallurgie américaine est souvent un cas d’école dans les universités américaines pour décrire les effets secondaires des politiques protectionnistes. Les producteurs d’acier sont l’exemple le plus cité pour démontrer que les barrières douanières mènent à des situations de confort dans lesquelles les industries choisissent les profits à court terme et ne ressentent pas le besoin d’innover. Il en résulte souvent un retard qui se paie cher quand les prix finissent par s’aligner, avec ou sans droit de douane.

Aujourd’hui, les industriels sont très nombreux à demander des dérogations pour sourcer leur acier ou leur aluminium à l’étranger pour maintenir des productions recourant à des aciers et des aluminiums qui ne sont pas produits aux Etats-Unis. A la suite de cela, le ministère du commerce fait maintenant face à plus de 35 000 demandes de dérogation. Par ailleurs, cette barrière douanière inclus les deux plus proches alliés économiques des Etats-Unis, à savoir le Canada et le Mexique. La renégociation du traité de libre-échange NAFTA pour devenir le traité USMCA (US-Mexico-Canada Agreement) semble souffrir de mesures autour des barrières douanières alors même qu’un accord a été trouvé en septembre dernier. Visiblement les canadiens n’apprécient pas la position floue des américains en ce qui concerne les droits de douane sur l’acier et l’aluminium. Initialement, l’accord devait permettre de revenir au libre-échange dans la zone Nord-Américaine et les doutes persistent sur ce point.

Ce nouvel accord USMCA attend toujours d’être ratifié par les trois pays. L’impact limité mais réel de cet accord constitue une victoire pour le Président car il contente les syndicalistes américains (UAW) qui n’étaient pas satisfait de l’accord NAFTA encore en place. En effet, les syndicalistes de l’UAW avaient voté en masse pour le candidat républicain alors même que leurs représentants avaient soutenu Hillary Clinton. Cela étant dit, les élections ont fait basculer le Michigan du côté démocrate. Haley Stevens a ravi un district aux républicains. Cette élue de 35 ans a été chef de cabinet de la Task force qui a piloté le sauvetage de GM et de Chrysler il y a 9 ans. De la même façon, la démocrate Gretchen Whitmer a été élue pour succéder au gouverneur républicain Rick Snyder. Assez étonnamment, Snyder a milité pour la candidate démocrate face à Bill Schuette, le candidat des républicains soutenu par l’actuel Président des Etats-Unis.

Et l’automobile en particulier ?
Le Michigan joue un rôle important dans les élections nationales puisqu’il s’agit d’un "swing-state", un état avec une incidence électorale importante et dont les résultats électoraux ne sont pas toujours prévisibles. Par ailleurs, c’est le premier point d’échange économique avec le Canada (lieu de passage des marchandises) et un état souvent en vue à l’échelle nationale car les gouvernants et les citoyens américains ont pleinement conscience de l’importance de l’industrie automobile pour l’économie et les emplois. Les décisions prises autour des taxes sur l’automobile les intéressent particulièrement. Et pour le moment, quelques décisions prises ont un impact direct limité sur l’automobile américaine. Seuls Ford et GM semblent touchés avec la décision de ne pas importer la future Ford Focus qui devait être assemblée en Chine pour l’Amérique du Nord et le crossover Buick Envision dont la totalité de la production vient de Chine. Dans une moindre mesure, Volvo doit repenser ses productions à la fois en Chine mais aussi aux Etats-Unis. Les deux constructeurs exportent depuis les Etats-Unis vers la Chine et se voient contraints de redistribuer les volumes de production, impactant négativement les usines Nord-Américaines.

La problématique de l’automobile réside principalement dans les représailles. L’Administration Américaine pourrait être victime d’un effet boomerang à la fois par la mise en place de droits de douane de la part de ses alliés économiques mais aussi parce que de telles mesures sont de nature à provoquer des ralentissements d’activité à grande échelle, comme cela semble être le cas en Chine actuellement. Pour éviter de telles conséquences, les pays impactés par la politique américaine pourraient trouver de nouveaux équilibres entre eux ce qui isolerait, à terme, les Etats-Unis.

L’autre point important lié aux élections touche les normes de consommation. Le calendrier de l’Administration Obama a été suspendu mais aucun autre n’a été proposé pour le moment. Les constructeurs sont dans l’expectative et l’industrie est partagée entre soulagement et crainte. Le soulagement vient du fait que les constructeurs souhaitaient une révision du calendrier d’application sans modification des seuils. La crainte vient des équipementiers et des différents centres de R&D opérant pour l’industrie qui ont investi massivement dans des technologies pour atteindre ces seuils de consommation réduits. Si les démocrates sont favorables à la remise en place du calendrier initial, il y a de fortes chances que la lutte parlementaire n’aboutisse à rien, pour cela comme pour les taxes sur l’automobile, pour les taxes sur l’acier et l’aluminium ou la ratification du traité USMCA. Le parlement américain est partagé entre deux chambres de bords politiques différents et avec un Président qui n’hésite pas à durcir le ton et à passer ses choix par des ordonnances qui n’ont pas à être validées par le parlement.

Une stabilité relative
Il ne faut dont pas céder ni à la panique ni à l’euphorie mais rester pragmatique. A l’heure actuelle, moins de la moitié des agences d’état ont un dirigeant officiel. La plupart des responsables le sont par intérim, parfois durablement car cela évite d’avoir à faire valider les choix présidentiels par le Congrès américain (le parlement). La lutte politique entre démocrates et républicains risque de créer un status quo de 2 ans. Jusque là de nombreuses ordonnances présidentielles ont été bloquées par des juges et les choix en matière de taxation du chef de l’exécutif ne nécessitent pas de validation par les chambres. Les Démocrates semblent s’orienter vers plus d’enquêtes menant elles-mêmes à des blocages dans les processus décisionnels. Les Républicains risquent de ne plus pouvoir appliquer la politique du Président quand cela sera nécessaire et le résultat pourrait donc être 2 ans d’immobilisme et de négociations âpres. Les Démocrates semblent commencer à vouloir modifier certaines détails de l’USMCA. La seule conséquence de taille pour la population américaine est une inflation qui commence à se faire sentir du fait des nombreuses barrières douanières et de la hausse de certaines matières premières.

Du point de vue diplomatique et économique, les Etats-Unis prennent le risque de s’isoler et de provoquer le rapprochement de ses alliés économiques déçus par les décisions de l’actuelle administration en poste à Washington D.C.. Pour autant, l’économie américaine se porte bien et l’industrie automobile reste forte. Les investissements se poursuivent malgré une correction des volumes et la région de Detroit souffre toujours autant du manque de main d’œuvre. Les français sont nombreux à profiter de la situation favorable à commencer par Valeo, Faurecia, Plastic Omnium mais aussi Araymond, Navya, Vulog, Alten ou même PSA qui, après plusieurs tentatives de retour vient de lancer sa première offre d’autopartage à Washington D.C. avec des… Chevrolet. Un premier pas pour ensuite commercialiser et, peut-être même, produire des véhicules sur le territoire nord-américain, une démarche qui pourrait devenir une obligation si le gouvernement en place n’est pas gêné dans l’application de ses choix politiques par la nouvelle majorité démocrate de la chambre des représentants.

Bertrand Rakoto

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Réactions

Pour résumer cet interminable article de 70 lignes en une seule : ces mid-term elections n'ont aucun impact sur l'automobile.
Bruno HAAS, Le vendredi 16 novembre 2018

Mais enfin notre ami Bertrand dit des choses d'un magnifique bon sens:
"Il ne faut dont pas céder ni à la panique ni à l’euphorie mais rester pragmatique."
PSA a de l'avenir s'il sait faire du business avec pragmatisme, et éviter des plaisanteries comme gaspiller ses efforts et des ressources du genre faire le malin pour vendre des "diesels-hybrides" et autres délires européens.
Allez qu'ils n’hésitent à copier les méthodes à la Toyota...
Qu'ils n'oublient pas n'ont plus de connaitre à fond le mode de vie à l'américaine. Béret et baguette sous le bras à exclure totalement.
La saucisse-bière allemande n'a pas franchement convaincu là bas et des blondes ce n'est pas ce qui manque là bas aussi, car ne pas tenir ses promesses c'est mortel.
Jo Duchene, Le vendredi 16 novembre 2018



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