Marchés - 18/03/2020

Bruno Le Maire : "Le principe c’est zéro recette, zéro dépense"

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a précisé hier le contenu du plan d’aide aux entreprises qui doit permettre de soulager leur trésorerie. Le budget de 45 milliards d’euros comporte des mesures budgétées pour 1 mois pour certaines ou 2 mois pour d’autres. Il sera reconduit si nécessaire…

Bruno Le Maire : "Le principe c’est zéro recette, zéro dépense"

Auteur : Florence Lagarde
Directrice de la rédaction et Directrice de la publication

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"La priorité absolue est la préservation de nos capacités de redémarrage", a dit Bruno Le Maire dans une conférence de presse téléphonique ce mardi 17 mars, date de l’entrée en vigueur des mesures de confinement en France, qui font suite à des interdictions d’ouvertures pour toutes les activités "non indispensables".
L’enjeu c’est donc que les entreprises qui ne disposeraient pas de la trésorerie suffisante pour faire face à un mois d’inactivité puissent éviter la faillite.

Le coût global du plan de soutien aux entreprises est évalué à 45 milliards d’euros selon "une première estimation qui pourra évoluer", a précisé le ministre.
L’essentiel du budget, 32 milliards d’euros, est représenté par le report des charges fiscales et sociales des entreprises payables en mars.
Pour le moment il s’agit uniquement d’un décalage de trésorerie supporté par l’Etat mais qui pourra se transformer en annulation. "A la fin de la crise, nous ferons évidemment l'évaluation de la situation des entreprises et si ce report doit se transformer en annulation pour certaines entreprises, au cas par cas, nous pouvons envisager cela", a dit Bruno Le Maire. "C'est de la trésorerie, mais nous les comptabilisons évidemment dans le plan d'urgence parce que ces reports peuvent se transformer en annulations le cas échéant", a-t-il ajouté.

Le coût du chômage partiel est évalué à 8,5 milliards d’euros sur une période de 2 mois dans le cadre de mesures exceptionnelles qui couvrent l’ensemble des salariés et pour la première fois au-delà d’un Smic avec un plafond à 4,5 Smic, selon le Medef. "C’est une stratégie économique, comme dans toutes les décisions qui ont été prises, de maintien des compétences et de maintien des savoir-faire", a dit Bruno Le Maire.

Des aides spécifiques pour les très petites entreprises
Le fonds de solidarité représente environ 2 milliards d'euros de dépenses publiques sur deux mois. Il sera réservé aux très petites entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 1 million d’euros.
Pour en bénéficier il faudra qu’elles soient dans la liste des activités qui ont été obligées de fermer (restaurant, bar, tourisme, par exemple) ou bien avoir subi un recul de 70% de leur chiffre d’affaires en mars 2020 par rapport à mars 2019. Ces entreprises bénéficieront d’une aide forfaitaire de 1 500 euros qui sera versée sur simple déclaration par la direction générale des finances publiques.
Ces très petites entreprises (moins de 1 million d’euros de CA) pourront également bénéficier du report de leurs factures d’eau, d’énergie (l’Etat a négocié avec EDF et Engie) et de leur loyer. Le report des factures électricité et gaz se fera "sur demande" a dit le ministre. Les auto-entrepreneurs quand il s’agit de leur activité principale sont inclus dans ce dispositif.

"Le principe c’est zéro recette, zéro dépense. Les commerces sont fermés et n’ont plus rien à vendre. Pour ceux qui n’ont aucune recette l’intégralité des dépenses pourront être reportées", a dit Bruno Le Maire. Cette situation concernera essentiellement les commerces alimentaires et bars qui pourront donc reporter les charges fiscales et sociales, reporter leurs échéances bancaires (de 6 mois sans frais), leurs factures d’eau et d’énergie.
L’Etat évalue à 600 000 le nombre d’entreprises (moins de 1 million de CA) concernées par ce dispositif dont 160 000 entreprises de restauration, 140 000 commerces non-alimentaire, et 100 000 dans le tourisme.

Les commerces qui seront fermés pourront aussi demander le report du paiement de leur loyer. Cette mesure n’est pas formellement encadrée : "Il y aura du cas par cas et pas de mesures contraignantes", a dit le ministre évoquant le cas personnes dont les seuls revenus seraient ces loyers. "S’il faut trancher un certain nombre de sujets, nous trancherons."
Les centres commerciaux pourraient également appliquer à leurs locataires des mesures de report de loyer selon les recommandations de leur organisation professionnelle le CNC (Conseil national des centres commerciaux) qui préconise une "mensualisation des loyers et charges facturés au titre du deuxième trimestre" et une "suspension temporaire de la mise en recouvrement des loyers et charges du mois d’avril".

"Nous avons également prévu un dispositif anti-faillites pour les entreprises qui emploient au moins un salarié et qui seraient en très grande difficulté malgré le recours à tous les autres dispositifs, nous augmenterons au cas par cas le soutien financier pour, comme l'a dit le président la République hier, éviter toute faillite", a précisé Bruno Le Maire.

Pour l'ensemble des entreprises il y aura également une garantie de l’Etat (à hauteur de 90% via BPI) pour tous les nouveaux prêts des entreprises à hauteur de 300 milliards d’euros pour maintenir la trésorerie des entreprises. Cette mesure s'ajoute au report gratuit des échéances bancaires pendant 6 mois. "Les banques n’auront plus aucune raison de refuser un prêt à quelque entreprise que ce soit", a assuré le ministre.

Le risque de catastrophe sanitaire pas reconnu
"L’Etat ne prendra pas en charge les pertes d’exploitation des commerces", a précisé Bruno Le Maire. Il a dit être en discussion avec les assureurs pour voir comment ils pourraient les prendre en charge alors que "le risque de catastrophe sanitaire ne figure pas dans les motifs".
Toutes les mesures qui ont été annoncées devraient être maintenues "tant que la crise du coronavirus ne sera pas terminée", a dit Bruno Le Maire.

Elles ont été bien accueillies par la filière automobile. A la suite d’une réunion par téléconférence avec la secrétaire d’Etat Agnès Pannier-Runacher qui réunissait les représentants de l’industrie et de la distribution et des services, le PFA comme la Fiev se sont félicitées de ces mesures qui "répondent aux demandes que nous formulions", a dit la PFA dans un communiqué.
La Fiev dont les adhérents fournisseurs des constructeurs et grands équipementiers vont être impactés par la fermeture de leurs usines a exprimé une "grande satisfaction" saluant notamment "l'étalement ou le report des échéances fiscales et sociales".
Le Fiev se félicite également que le gouvernement ait appelé "à la responsabilité de tous les acteurs de la filière automobile du respect des délais de paiement et l'absence de pénalités de retard".

La PFA a par ailleurs annoncé la mise en place d'une cellule de crise qui se réunit en audioconférence "plusieurs fois par semaine afin de partager avec tous (constructeurs, équipementiers, représentants des fournisseurs, …) les informations susceptibles d’être échangées concernant les impacts en cours ou attendus de l’épidémie sur l’industrie automobile".
Pour remonter les infos du terrain, la PFA a créé une adresse mail spécifique : covid-19@pfa-auto.fr. "Les entreprises sont invitées à y faire leurs commentaires et à poser toutes les questions qui nous permettrons de leur apporter un maximum d’informations et de précisions susceptibles de leur être utiles."

Bruno Le Maire a par ailleurs annoncé qu’un plan de relance serait mis en place à la fin de la crise. "Nous travaillons sur des mesures qui dépendront de l’évolution de la situation", a-t-il dit.

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Réactions

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Merci à la rédaction de garder la maison ouverte et bravo pour la nouvelle présentation .
J’invite tous les commentateurs à continuer à poster pour rompre l’isolement,et ceux qui ne viennent pas souvent à se ( ce)manifester.
C’était déjà dur de réaliser les objectifs de cette maudite Comission incapable de protéger et ne pensant qu’à faire payer des amendes alors qu’elle n’est pas foutue de fournir un masque de protection.
J’ai demandé à la banque de suspendre mes échéances de crédit ....mais pas de réponse.
Renault de nouveau en régie ??
Bravo encore à tt l’équipe

Alain Boise, Le 18/03/2020 à 09:04

Le travail avec les assureurs, ca sera surtout de les convaincre/forcer à ne pas tous invoquer les clauses de force majeure à tout va comme certains ont commencé à le faire.

Arnaud C., Le 18/03/2020 à 10:52

… En dehors des discussions plus ou moins "byzantines" avec les assureurs sur le risque de catastrophe sanitaire (…) , les interlocuteurs à privilégier, en ces moments délicats, semblent être les "DIRRECTE" ou Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (...).
Sinon, la réactivité des banques à apporter des réponses cohérentes avec les propos du Ministre de l'Economie et des Finances sera déterminante pour la sauvegarde du tissus industriel et commercial des entreprises …
Bon courage à tous (et toutes !)

Ade Airix, Le 18/03/2020 à 12:39

Nouvelle présentation, nouvelles signatures pour certains, bienvenue monsieur Airix !
Beaucoup de mal pour écrire un commentaire ce matin via mon PC, du coup je passe par l'ipad, et ça marche.

Je crains que les remèdes de blocage complet de la vie économique - de la vie tout court - ne fasse plus de victimes que le virus.

Bruno Haas, Le 18/03/2020 à 20:16

Bizarre de demander d'être indemnisé pour un risque non couvert. C'est comme ceux qui cotisent peu ou rien et qui se plaignent d'avoir une micro retraite.
Quand on voit le coût des mesures prises par l'État, on comprend pourquoi le risque d'épidémie n'est pas assuré. Ou alors, il faut accepter de payer beaucoup plus en primes d'assurance.

Jl S, Le 18/03/2020 à 21:02

Ouf ça revient,heureux de votre retour,il est où Mirandole?reparti en Chine?

Alain Boise, Le 18/03/2020 à 21:12

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