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09/04/2026

Histoires belges

Par Jean-Philippe Thery

Histoires belges
La Lancia D50 F1. Pour les courageux...

Aujourd’hui, je vous conte des histoires d’outre-Quiévrain. Mais autant vous le dire tout de suite, ça ne rigole pas…

Tout ça, c’est la faute de Laurent.

Un gars que j’ai connu chez Citroën au Brésil, qui Stellantis désormais à Bruxelles. Et bien que notre homme ne soit pas particulièrement prolixe sur les réseaux en ligne, celui-ci n’a rien trouvé de mieux que de s’y afficher il y a quatre semaines en compagnie d’une Stratos, d’une 037 et d’une Delta Integraleeee en peintures de guerre, Italia pour la première, Martini pour les deux autres. Une expo Lancia ! Evidemment, je me suis dit qu’il fallait absolument que j’y aille, et évidemment je me suis dit dans la foulée que si je ne faisais que me dire qu’il fallait absolument que j’y aille, je n’irais pas. D’autant plus que renseignement pris, l’évènement prenait fin le 19 avril.

Un quart d’heure plus tard, je m’étais délesté de 170 euros au profit d’Air Brussels.
Et comme ça comprenait 8 kg de valise et que la chambre réservée à 14 minutes de la Grand Place ne m’avait coûté que 130 euros les deux nuits, je me suis réjoui d’avoir sérieusement maitrisé mon budget. Mais ça, c’était avant que je ne grimpe la rue de la Montagne jusqu’au numéro 9 le soir-même de mon arrivée, histoire de doubler la mise à la boutique "Grand Place Models". Une Aston-Martin, une Duesenberg et une Nissan à différentes échelles plus tard, il me restait tout juste de quoi loger dans le bagage cabine les chocolats promis à ma douce et tendre, qui le sera sans doute beaucoup moins si elle lit ce que je viens d’écrire.

Parce que je suis du genre à garder le meilleur pour la fin, c’est le dimanche que je me suis rendu à l’ex-Palais Mondial, dans le Parc du Centenaire (de l’indépendance belge). Conçu pour abriter l’exposition universelle de 1888, le superbe bâtiment de 120 mètres de long pour 42 de large est particulièrement légitime s’agissant d’héberger les 250 voitures de l’Autoworld, puisqu’il accueillit le salon de l’Automobile local de 1902 à 1934. J’ignore qui a la charge d’en nettoyer les vitres, mais je lui tire d’autant plus mon chapeau que le soleil était de la partie lors de ma visite dans "la capitale de la douce pluie", illuminant l’endroit de la plus belle des lumières, façon cathédrale.

Le tourniquet d’entrée franchi, mon attention y a immédiatement été captée par le "Lancia corner" tout de suite sur la gauche, et par la sublime Lancia D50 de Formule 1 trônant au milieu. Avec ses réservoirs latéraux saillants conçus pour préserver l’équilibre de l’auto quel que soit le niveau de carburant et son arbre de transmission tournant non pas sous, mais à côté du pilote en position surbaissée, elle faisait preuve en 1955 du genre d’innovation que suscite la recherche de la performance, mais faisant peu de cas de la sécurité du pilote. Passez-moi l’expression, mais il en fallait de sérieusement dimensionnées pour prendre le risque de se les voir cramer ou déchiqueter en cas d’accident ou de pépin mécanique.  Ce qui était visiblement le cas de Fangio qui remporta à son volant le championnat du monde 1956, alors qu’elle arborait le cheval cabré de la Scuderia Ferrari, à laquelle Lancia avait cédé tout son matériel en se retirant soudainement de la compétition.

Autour de la D50, 11 modèles pour commémorer les 120 ans de la marque de Milano, dont l’un des trois spiders PF200 prototype de 1952, au design très "jet age" inspiré du chasseur F86-Sabre. Un objet unique, situé non loin d’une Aurelia à laquelle il emprunte ses dessous comme le moteur, dont on rappellera qu’il fut le premier V6 propulsant une voiture de série. Et puisqu’il est encore question d’innovation à propos d’une marque qui en faisait son credo, une Lambda -qui était loin de l’être- nous rappelle que le modèle fut le premier à proposer dès 1922 une carrosserie monocoque et des suspensions avant indépendantes, auxquelles s’ajoutait un moteur 4 cylindres en V à angle étroit coiffé d’une culasse unique, principe que VW redécouvrira dans les années 90 avec ses VR6 et VR5. D’une conception plus classique, l’Astura Roadster signée Pinin Farina – quand il l’écrivait encore en deux mots- n’en affiche pas moins une élégance typique de la marque.

Un trait que l’on retrouve sur l’une des trois Florida I Berlina existantes, dont le profil n’est pas sans évoquer celui de la Facel Vega Excellence avec laquelle elle partage les portes antagonistes. Quant à l’Aprilia à l’aérodynamique en avance pour son époque, elle semble tout droit sortie de "Tintin au pays de l’or noir", attendant que le célèbre journaliste belge ne s’empare de son volant pour courser l’infâme Docteur J.W. Müller. A moins que Sandro Munari ne lui grille la politesse pour démarrer en trombe à bord de la Fulvia 1600 HF Fanalone, laquelle se joue de mes sentiments nostalgiques, puisque j’en ai possédé une version "Lusso" pendant une dizaine d’années. Bref, j’étais venu voir des Lancia, et je n’ai pas été déçu du voyage. 

Mais j’étais surtout loin de m’attendre au cours de Belgique automobile qu’allait m’administrer la suite de la visite…

Allez, on commence par une question Trivial Pursuit : Quel était selon vous le deuxième pays producteur de voitures dans le monde en 1902 ? Je vous fiche mon billet que si le thème de cette chronique ne vous avait déjà mis la puce à l’oreille, vous n’auriez pas été très nombreux à mentionner la Belgique, qui devançait alors pourtant l’Allemagne, n’étant guère précédée que par la France. Voilà néanmoins qui nous rappelle que le plat pays qui n’est pas le nôtre a été très tôt fortement industrialisé, et que tout au long de son histoire, ce ne sont pas moins d’une centaine de marques -locales ou étrangères- qui y ont monté des automobiles. Il y en avait encore treize dont les usines tournaient à fond en 1970, alors que ne subsistent de nos jours que les installations d’Audi -dont les jours pourraient malheureusement être comptés- et Volvo, qui produit également des camions. 

D’ailleurs, les érudits parmi vous n’ignorent pas la contribution essentielle à l’histoire de l’automobile d’un pays qui à l’aube du XXe siècle, ne comptait pas encore 7 millions d’habitants (Ils sont près de 11,8 millions de nos jours). Citons pour la forme Ferdinand Verbiest, jésuite missionnaire en Chine, qui inventa en 1679 un jouet capable de se mouvoir grâce à la vapeur, à l’intention du jeune empereur Kangxi.

Certains -les mêmes sans doute qui prétendent que les frites sont nées en Belgique - affirment que Nicolas-Joseph Cugnot lui aurait piqué son idée pour développer son célèbre Fardier quelques 90 ans plus tard. Mais au moins les deux voisins trouveront-il un terrain d’entente à propos d’Etienne Lenoir, puisque celui qui ne nous légua rien moins que le moteur à combustion interne était à la fois Belge et Français. Si le premier exemplaire breveté en 1860 visait à produire de l’électricité, Lenoir en installa dès 1863 une version évoluée dans son "Hippomobile", qui parcouru en 3 heures à peine les 18 km séparant Paris de Joinville-le-Pont, sans doute à peine moins bien que de nos jours aux heures de pointe… Quant à Camille Jenatzy, s’il était Belge pur souche, c’est néanmoins dans la plaine d’Achères à l’Ouest de Paris qu’il s’élança le 29 avril 1899 à bord de sa "Jamais Contente" électrique. En atteignant 105,88 km/h, il devenait ainsi le premier être humain à dépasser la borne des 100 km/h.

Et puisqu’il est question de vitesse, rappelons également que la Belgique a contribué à l’histoire du sport auto bien au-delà de ce que sa taille n’aurait dû normalement lui permettre. J’imagine que le nom de Jacky Ickx vient de vous venir en tête, mais sans doute ceux de Paul Frère, Olivier Gendebien ou Willy Mairesse ne vous sont-ils pas inconnus. Je pourrais vous en citer une bonne quinzaine d’autres, mais je prends Léon Dernier au hasard. Ou pas tout à fait, puisque je ne perds jamais l’opportunité d’un mauvais jeu de mots, et qu’avec un nom pareil, celui-ci n’aurait sans doute jamais dû terminer deux fois troisième aux 24 Heures du Mans (1959 et 1962), en compagnie de son compatriote Jean Blaton, même si les mauvaises langues ne manqueront pas d’évoquer "Dernier sur le podium". Notre homme se classa également 2e des 24 Heures de Spa sur le très beau circuit du même nom situé à Francorchamps, certains amateurs de belle piste n’hésitant pas à considérer "le toboggan des Ardennes" comme le plus beau du monde. Les mêmes citeront sans aucun doute aussi Zolder, mais combien d’entre eux connaissent le circuit Jules Tacheny à Mettet ? Et surtout, se rappelleront-ils qu’en 1902 (décidément…), on disputa la première épreuve automobile sur circuit routier fermé au monde, sur le Circuit des Ardennes ?

Bref, j’ai pris de la Belgique plein les yeux, et pas seulement sur les excellents panneaux du musée desquels j’ai puisé toutes ces informations. Parce qu’avec une histoire belge comptant pas moins de 158 marques automobiles, l’Autoworld n’a théoriquement que l’embarras du choix pour exposer des représentantes la production nationale, même si nombre d’entre elles ont évidemment disparu. A commencer par la plus célèbre d’entre elles, incarnée par la déesse de la pensée élevée, de la sagesse, de l'intelligence, des métiers et de ceux qui les pratiquent, ainsi que de la guerre comprise sous l'angle de la réflexion stratégique et du savoir-faire tactique. Pas étonnant qu’avec un tel patronage, Minerva ait représenté à l’époque le summum du luxe et du raffinement, ni que l’une d’entre elles ait rejoint le garage personnel d’Henry Ford. Active de 1897 à 1958, Minerva débuta modestement par des bicyclettes avant d’aborder les motocycles et l’automobile, puis d’ajouter un modèle de luxe à sa gamme dès 1902 (tiens donc…). Malgré le grand succès de ses modèles, Minerva connut dans les années 30 des difficultés financières qui la contraignirent à se joindre à Impéria, laquelle avait ceci de commun avec Fiat qu’elle possédait une piste d’essai sur le toit de son siège social situé à Liège. On citera encore FN, la "Fabrique Nationale" ayant débuté par les armes en 1889, avant de rejoindre la longue liste des constructeurs Belges qui faisaient dans les deux et quatre roues.

Bon, je m’arrête là avant que ce papier ne vire au catalogue. De toutes façons, vous avez sans doute compris le message : si vous aimez Lancia, il vous reste quelques jours pour vous précipiter à Bruxelles. Et si vous prétendez aimer l’automobile, il est temps que vous accordiez (au moins) une fois à la Belgique l’importance qu’elle mérite dans l’histoire de l’automobile, en visitant l’Autoworld. En revanche, je décline toute responsabilité s’agissant de ceux qui se perdraient du côté du 9, rue de la Montagne…

Allez, je vous facilite la tâche :
Autoworld 
Boutique Grand Place Models

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Par Jean-Philippe Thery

Jean-Philippe Thery est consultant et chroniqueur pour Autoactu.com. Chaque jeudi, il propose une chronique décalée qui rebondit sur l’actualité et le... voir plus

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