Analyse - 13/03/2020

Des fuites ont révélé le nouveau Ford Bronco et son petit frère

Deux nouveaux modèles Ford ont été dévoilés par une fuite sur Internet. Les ventes du constructeur sont en baisse en attendant le redéploiement de la gamme autour d'une plus grande diversité d'offre dans les crossovers et les SUV afin d'alimenter la demande. Après avoir utilsé le nom Mustang pour le prochain crossover électrique, Ford a dépoussiéré et mis au goût du jour le Bronco qui rend hommage au design d'un modèle qui a été commercialisé de 1966 à 1977. Il se décline désormais en 2 modèles, un crossover compact et un SUV de loisirs qui vient concurrencer la Jeep Wrangler, jusque là seule sur son segment.

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L’automobile serait-elle une nouvelle fois en manque d’inspiration ? Ou bien a-t-elle compris que l’automobile est comme les pattes d’éléphant, tout est une question de cycle et de patience ?

Ce qui est certain, c’est que l’intérêt pour la collection a sorti de la naphtaline, et des casses-autos, un grand nombre de gloires décaties pour les remettre au goût du jour. Certains restaurateurs ont permis de remettre certains modèles au cœur de l’actualité automobile en surfant sur les tendances de la collection. Ils ont proposé des mises à jour sobres ou sportives avec des traitements de grande qualité, des matériaux nobles et des mécaniques modernes sur des modèles des années 1970 à 1990.

C’est le cas du musicien Rob Dickinson avec les Porsche 911 (Singer) ou l’ancien acteur Jonathan Ward avec son atelier Icon4x4 spécialisé dans les Toyota Land Cruiser mais aussi les Ford Bronco de première génération. Peu avant de lancer le FJ Cruiser, Toyota a commandé 3 restaurations d’Icon4x4. Il ne fait aucun doute que, si Ford relance le Bronco, c’est avant tout parce que le marché s’y prête mais aussi parce que des officines telles que celles de Jonathan Ward ont su prouver la cote d’amour du public pour certains modèles collectionnés par quelques poignées de connaisseurs. Tout cela pour vous dire que Ford va présenter prochainement deux déclinaisons qui viennent juste de fuiter de son iconique Ford Bronco née en 1966. Si vous êtes de ceux qui pensaient que le néo-rétro était mort, c’est peut-être tout le contraire.

La vague de design néo-rétro est-elle toujours d’actualité ?
On pensait le néo-rétro enterré avec l’échec de la Ford Thunderbird en 2005 et la disparition de la Coccinelle l’an dernier. Mais en regardant de plus près, le néo-rétro a trouvé la bonne formule pour influencer une majeure partie des constructeurs. Il suffit de regarder la signature lumineuse des Peugeot, l’arrière rappelle immanquablement le coupé 504 phase 1. Fiat vient de présenter récemment sa 500 renouvelée. BMW serait sur le point de réintroduire une calandre hypertrophiée rappelant la 328 des années 1930. Toyota a ressorti la Supra des archives. Renault a redonné vie à l’Alpine A110. Aux Etats-Unis, les Chevrolet Camaro, Dodge Challenger et Charger ainsi que la Ford Mustang ont repris des traits des modèles de la fin des années 1960 ou du début des années 1970.

Ford a récemment décliné le design et le nom Mustang pour son nouveau crossover électrique. Difficile d’imaginer une meilleure façon de générer une image positive associée aux idées de performance et de sportivité pour ce premier véritable essai de la marque dans le segment électrique (la Focus électrique n’était pas à proprement parler un vrai succès). Les consommateurs nous dirons dans quelques mois si Ford a eu raison de se lancer dans ce mélange de genres. A priori, plus de 35 000 Mach-e seraient déjà réservées ce qui remplit ou dépasse la totalité du carnet de commandes pour 2020

Ces aspects cycliques et ce retour aux formules qui ont séduit et laissé une empreinte n’est pas unique à l’automobile, loin de là. Au-delà du cycle de vie éternel de Coca-Cola, on retrouve la même tendance dans le cinéma par exemple. Les séquelles et les films en plusieurs parties sont devenues légions. Les séries télévisées à succès sont revues et corrigées pour devenir des films (2 flics à Miami, Starsky & Hutch, Chips, 21 Jump street, etc.). Dans l’automobile, certaines personnes chez les constructeurs sont très frileuses quant à l’utilisation de l’image et pêchent par excès de protectionnisme jusqu’à s’apercevoir, souvent trop tard, que leur instinct de préservation n’a pas protégé mais provoqué l’oubli.

Une anecdote, qui remonte à plusieurs années, m’avait permis de comprendre ce type de personnage. J’avais participé à la création d’un projet pour mettre en avant l’histoire du BEREX de Renault. Le projet avait été fort bien reçu par l’ensemble des personnes concernées jusqu’à un échange avec un communiquant du groupe qui a motivé son refus par une phrase que je ne suis pas près d’oublier : "Vous savez l’histoire, ce n’est jamais que du passé". Peu importe les motivations de la personne en question, il y a des arguments franchement maladroits, particulièrement quand on pense à l’aventure du BEREX et à celles et ceux qui en ont écrit les pages.

Pourquoi le Bronco et pourquoi maintenant ?
Ford va introduire non pas un mais deux Bronco, destinés à renforcer son offre dans les crossovers et les SUV (châssis séparé et, dans le cas présent aptitudes certaines en tout terrain). Il y aura le Bronco Sport qui partage sa plateforme avec la Kuga (Escape), la Lincoln Corsair et la Mustang Mach-e. Ce sera un crossover de segment C. Il a été introduit à huis clos lors d’une présentation au réseau fin 2018. Ce look baroudeur hérité du Bronco de première génération (produit de 1965 à 1977) et un peu rétro va lui permettre d’aller faire concurrence au Jeep Compass et éventuellement au Land Rover Range Rover Evoque.

Le second Bronco est un SUV basé sur la plateforme du pickup Ranger, disponible en 3 et 5 portes et découvrable. Il s’inscrit comme le descendant direct du Bronco commercialisé de 1966 à 1977. Son architecture à châssis séparé et son côté versatile avec des portes démontables en font le concurrent tout désigné du Jeep Wrangler.

Pour réussir la réintroduction d’un badge et invoquer la gloire d’un modèle passé, la recette est complexe. Il faut être fidèle à l’original sans pour autant correspondre à l’époque de commercialisation. Si Ford s’était lancé avec le seul Bronco Sport, les chances de succès auraient certainement été plus minces. Mais en l’inscrivant comme une déclinaison civilisée de la version SUV, les deux Bronco justifient leur présence et leur appartenance à des segments et des clientèles différentes.

Pour Ford, ces deux modèles arrivent au moment où le constructeur souffre de la disparition des berlines (toutes sauf la Fusion plus connue sous le nom Mondéo en Europe) et doit étoffer son offre en crossover et en SUV pour contenir les assauts de la concurrence. Par ailleurs, ces véhicules pourraient apporter des marges intéressantes à Ford d’autant que le segment de clientèle qui s’intéresse au Bronco ou au Wrangler dépense, en général, beaucoup d’argent en personnalisation et en accessoirie, deux postes à forte marge.

Un éternel recommencement ?
Il devient très légitime de se poser la question de savoir si la démarche restera isolée ou bien si d’autres constructeurs pourraient revenir avec d’autres modèles. GM a abandonné son projet de modèle concurrent pour les Bronco et Wrangler. Pourtant, le groupe vient de réanimer le badge Hummer pour sa future gamme de pickup GMC électriques. Il faut dire que GM ne sait pas sur quel pied danser avec les modèles à image et les gestions de marques. Le groupe rencontre des difficultés pour positionner Cadillac et a raté ses objectifs avec la 6ème génération de Camaro. La gestion de l’image et de l’histoire est un pion important pour les constructeurs. Seuls Lexus et Tesla sont parvenus à créer une marque de toute pièce sans avoir à souffrir d’un manque d’histoire et de reconnaissance.

On peut donc imaginer que d’autres modèles vont revenir, d’autant que les véhicules électriques vont avoir besoin de prouver leur légitimité à travers l’image. C’est d’ailleurs certainement ce qui a motivé Honda à s’inspirer de certains traits de sa première Civic pour la future Honda E. L’avenir nous dira si Ford a réussi son pari, pour le moment l’accueil est très favorable.
Bertrand Rakoto

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Photos svp

alain boise, Le 13/03/2020 à 04:37

Ya un truc qui s'appelle l'Internet, très pratique, sur lequel en tapant "Bronco 2020" vous avez de belles photos…
;0)

Lucos de Google el Qwant, Le 13/03/2020 à 08:21

Non je suis ecolo

alain boise, Le 13/03/2020 à 08:34

Mais enfin, cliquez sur les liens Alain...
Vous savez ces petits texte en bleu et gras.

Frederic, Le 13/03/2020 à 08:42

Site Jurrasic Park rubrique Broncosaurus…
;-)

clerion, Le 13/03/2020 à 08:49

Voyons Alain... un petit peu de mauvaise foi peut-être ?
Désolé pour la planète, j'ai péché - shame on me - et suis allé surfer sur Internet en tapant Ford Bronco 2020.
Ce n'est pas tant que je sois amoureux de ce type de bagnole mais comme il s'agit d'une famille d'engins particulièrement appréciés par les Ricains, fallait pas mourir idiot (Covid-19 oblige).
Eh bien il a de la gueule, certes une gueule de déjà vu, mais c'est sans aucun doute ce que les designers de Ford ont recherché. Donc il (ils) va (vont) cartonner.

Bruno Haas, Le 13/03/2020 à 10:00


… Effectivement le néo retro est loin d'être mort … Dans un monde où les repères changent voire disparaissent il n'est pas mauvais de pouvoir se raccrocher à des "madeleines de Proust" …
C'est rassurant !

Au rayon « madeleine de Proust » un bon exemple nous est donné avec la Mustang Mach E … Utiliser l'image de la Mustang pour tenter de populariser et vendre un modèle électrique, c'est çà le concept … On pourra regretter que Ford "dilapide" cette image positive pour fourguer une silhouette SUV assez éloignée quand même du fameux coupé "fast back" … D’accord la niche des « muscle cars » ne représentent plus un gros volume de vente … Mais quand même ce sera un plus difficile de fourguer désormais un coupé Mustang « électrifié », le sigle GT étant déjà attribué au bestiau précité …

Restera plus qu’à l’appeler la E-Shelby GT (350, 500… 700 ?) ou quelque chose de ce genre ?

Ford est coutumier … Voir le Puma qui réapparaît sous la forme d’un SUV citadin (plutôt réussi) après avoir été le « petit coupé » qui était déjà développé sur une « plateforme » de Fiesta à la fin des années 90…

En fait la réussite d’une opération de « résurrection d’un modèle du passé » dépend beaucoup du soin apporté au calibrage d’un modèle … Et de sa raison d’être sur le marché … Ainsi la new Fiat 500 fût et demeure une réussite commerciale car il existait une place pour une citadine « glamour » ou quelque peu « premiumisée » …

En revanche, quand bien même VW s’ingénia à multiplier des clins d’œil à la période « peace and love » de la coccinelle, notamment, du fait du médiocre rapport encombrement habitabilité de la new bettle ...Celle-ci ne rencontra jamais une adhésion fantastique des consommateurs (1,2 million de 1998-2011 quand même !)… Et si, après la new bettle, la new coccinelle fût à la fois plus fidèle à l’original et plus aboutie avec l’idée des variantes personnalisées pourtant intéressante, ce fût dans l’ensemble plutôt un échec commercial (450 000 ex. de 2011 à 2019) sous l’effet d’un tarif plutôt salé et d’une finition « rapide »… Sans compter que le format 3 portes dans une compact, après avoir longtemps persisté n’était plus vraiment de saison … Et ce ne sont pas les dernières versions de l’Audi A1 ou de la 208 qui me démentiront … Le monde avait changé et entendait se transporter dans des habitacles plus spacieux et plus pratique …
Au passage, pour les amateurs, une Coccinelle cabriolet dotée du 2.0 TSi 220 ch boîte DSG 6 constitue une proposition intéressante (4 places notamment) … Allez même la version TSI 160 ch DSG7 était déjà pas si mal …

Hum … Pour revenir au Bronco … Aujourd’hui ce qui se vend aux Etats Unis, ce sont les SUV ou les light trucks au détriment des silhouette « sedan » (les berlines quoâ) … Donc le positionnement du new Bronco ne semble pas trop maladroit … Les concurrentes n’ont qu’à bien se tenir si le mix motorisation est bien calibré …

? … Par ailleurs, même si le cas est un peu différent, je suis surpris que le chroniqueur n’ait pas mentionné le cas très récent du renouvellement du Defender qui constituait pour JLR un exercice assez difficile et qui me semble plutôt réussi en attendant les scores de ventes …
;0)

ADEAIRIX , Le 13/03/2020 à 10:52

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