09/07/2026
Au Parlement européen, les défenseurs du "Pacte vert" cherchent un second souffle
Par Agence de presse AFP
(AFP) - Après une vague de chaleur exceptionnelle qui a fait suffoquer des centaines de millions d'Européens, les défenseurs de l'environnement ont tenté de remettre le climat au premier plan lors d'un débat mercredi au Parlement européen.
Les partisans du "Pacte vert", une batterie de mesures environnementales du précédent mandat, sont en souffrance depuis deux ans et le virage
"pro-business" de l'Union européenne, confrontée à la concurrence exacerbée de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.
Mais ils espèrent que la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe fin juin va les aider à retrouver de la voix.
Selon les premières estimations, cette vague de chaleur a provoqué "plus de 2.000 morts en France, 1.200 en Belgique, 1.000 en Espagne et près de 500 aux Pays-Bas", "l'inaction tue", a martelé la présidente espagnole du groupe social-démocrate Iratxe Garcia Perez, dont le pays a vécu l'été dernier les pires incendies de son histoire récente.
A ses yeux, le "Pacte vert" est un "bouclier" pour "défendre des vies" et non le "fardeau" bureaucratique régulièrement critiqué par l'industrie et la
droite de l'hémicycle européen.
Mais les équilibres politiques ont changé à Bruxelles comme à Strasbourg depuis les élections de juin 2024 marquée par le renforcement de la droite et de l'extrême droite.
"On voit depuis une sorte de +backlash+ (retour de bâton), avec un Parlement européen qui est beaucoup plus conservateur et qui, avec des alliances entre la droite et l'extrême droite, a cherché à détricoter le Green Deal (Pacte Vert)", constate la présidente du groupe centriste Valérie Hayer (Renew).
La Commission européenne a érigé en priorité la défense et la compétitivité, avec une politique de "simplification" tous azimuts de la vie des entreprises, qui relègue au second plan les ambitions climatiques.
A droite, Carmen Crespo Diaz, membre du PPE, a appelé à "travailler avec sérieux et sans dogmatisme idéologique", sur des mesures de prévention.
Tandis que Vijay Monany, le porte-parole de l'Europe des nations souveraines (ENS), l'un des groupes d'extrême droite, s'oppose à "toute tentative d'utiliser" la canicule pour imposer "des contraintes" aux Etats européens et aux entreprises.
Son groupe plaide pour des "solutions technologiques", comme la climatisation, afin de "protéger les populations les plus fragiles".
"L'été sera compliqué"
Lundi, dix organisations environnementales ont reproché à l'UE une "vague de reculs environnementaux" durant deux ans dans le bloc européen.
Ces derniers mois, l'UE a ainsi nettement assoupli une loi emblématique sur le devoir de vigilance environnementale des grandes entreprises, en réduisant le nombre de compagnies concernées et leurs obligations, dont celle de fournir des plans de transition climatique.
Et une négociation difficile démarre sur l'électrification du secteur automobile. En décembre, Bruxelles a proposé de renoncer à l'interdiction à la
vente de voitures thermiques neuves en 2035, en ouvrant la voie à des flexibilités pour l'industrie.
A la place, les constructeurs d'automobiles devront réduire de 90% les émissions de CO2 par rapport aux niveaux de 2021 et compenser les 10%
d'émissions restantes.
Les épisodes météorologiques extrêmes vont-ils peser dans ces discussions délicates entre la France et l'Allemagne, qui réclame des concessions
supplémentaires pour son industrie automobile ?
Au Parlement européen, le débat sur la canicule s'est tenu alors qu'une nouvelle vague de chaleur gagnait du terrain, avec une multiplication des
incendies.
"Je viens d'apprendre, il y a quelques minutes, le décès d'un jeune sapeur-pompier volontaire en France qui luttait contre un feu. Nous ne sommes
que début juillet, l'été sera compliqué", a prévenu le centriste Grégory Allione, ancien président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.
Le ministre irlandais des affaires européennes Thomas Byrne, dont le pays occupe la présidence tournante de l'UE, a quant à lui souligné que l'Europe est la "région du monde qui connaît le réchauffement le plus rapide", une "tendance très préoccupante".
Il a plaidé pour des politiques "fortes visant à atténuer le changement climatique et à s'y adapter".
Les Verts réclament aux dirigeants de l'UE de consacrer un sommet européen extraordinaire à cette canicule.
L'écologiste autrichienne Lena Schilling, benjamine des eurodéputés avec ses 25 ans, a proposé de nommer les vagues de chaleur successives "d'après ceux qui les ont provoquées", suggérant les prénoms "Friedrich", "Donald" ou encore "Vladimir" en référence au chancelier allemand, au président américain et à son homologue russe.
