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09/07/2026 - #Renault

(Dublin) Street’s Regent

Par Jean-Philippe Thery

(Dublin) Street’s Regent
Le Regent à impériale...

Aujourd’hui, je vous parle de géants qui habitent un château. Ou presque…

J’ai vraiment l’impression qu’il me regarde, avec ses petits phares tout ronds logés entre les ailes enveloppantes et la calandre verticale au pourtour chromée ponctuant son gros museau, lequel abrite un six-cylindres en ligne diesel de 9,6 litres délivrant 125 chevaux à 1.800 tr/mn. C’est ce que révèle l’affichette artisanale scotchée sur la vitre du conducteur, lequel occupe une cabine avancée longeant le compartiment moteur, typique des "double-deckers" britanniques dont l’étage forme une mezzanine sur la partie avant gauche. Un bus à impériale donc, majestueux avec sa livrée bleue rehaussée de parements crème, mais aussi par son nom. 

Regent III. 

Ainsi était en effet dénommée la série de bus que produisit l 'Associated Equipment Company (AEC pour les intimes) de 1950 à 1956, en son usine de Southall dans la banlieue Ouest de Londres. Le modèle 538 qui se tient devant moi fait partie des 31 unités qu’exploita la Great Northern Railway à Dublin, mais comme le placard sur la vitre indique qu’il opéra de 1948 à 1968, il pourrait en fait appartenir à la famille des RT dont pas moins de 4.825 exemplaires parcoururent la Regent Street et autres voies londoniennes durant près d’une quarantaine d’années. Comme je serais néanmoins bien incapable de distinguer entre elles les différentes versions du modèle, nous laisserons ce genre de conversation aux "anoraks", comme on désigne les nerds de service en argot Briton. 

En revanche, je peux affirmer sans crainte de me fourvoyer que les omnibus qui l’entourent sont bien des Leyland, puisque c’est écrit dessus. Ces deux-là semblent former une haie d’honneur, comme un clin d’œil ironique en forme de retour vers le futur, puisque le groupe de Farington devait absorber AEC en 1962. On trouve aussi un Bedford de la Poste, plusieurs Dennis et un Timoney de pompiers, un autobus Gardiner, une ambulance Morris, des voitures à cheval sans cheval, des trams, une Renault 4 fourgonnette ayant œuvré pour une compagnie locale d’électricité, quelques blindés et bien d’autres engins. Bref, soyez les bienvenus au National Transport Museum of Ireland de Dublin.

"On dirait un ferro-velho", me dit ma chère et tendre dans sa langue natale, pour le moins peu charitable avec l’établissement qui ne mérite certainement pas d’être ainsi comparé à une casse automobile. Même s’il faut bien reconnaître que son appellation quelque peu solennelle m’avait laissé imaginer un bâtiment un peu plus formel que le hangar où sont imbriqués façon Tetris des véhicules entre lesquels il faut parfois marcher comme un Egyptien en 2D sur papyrus. Et si je n’y suis resté que trois quarts d’heures, c’est parce que je n’ai obtenu mon droit de visite sur la route du retour vers l’aéroport qu’au prix d’âpres négociations avec la "missus" -comme on désigne familièrement une épouse en argot Briton- ce qui explique d’ailleurs en partie la sévérité de son jugement. 

L’entrepôt-musée se situe sur le domaine du Howth Castle, dont nous nous sommes contentés d’admirer les murailles au style médiéval de l’extérieur, les visites n’y étant possibles que pour les groupes et sur rendez-vous. Ses murs -dont les plus anciens remontent à 1177- abritent également une école de gastronomie qui dispense ses cours dans une cuisine au style géorgien, alors qu’un golf 18 trous occupe une partie des 472 acres de terrain -soit tout de même 191 hectares- sur lesquels il est également possible d’effectuer des randonnées. Comme une façon de nous rappeler que nous traitons généralement mieux les vieilles pierres que les véhicules âgés, surtout quand on accorde aux bâtiment une nouvelle vie en leur attribuant de nouvelles missions.

Sans doute parce qu’il nous plaît d’imaginer que si les murs pouvaient parler, ils auraient bien des choses à nous dire. Et pourtant : que n’auraient également à nous raconter bus autocars et tramways s’ils avaient le loisir de s’exprimer, les dizaines de milliers de trajets qu’ils effectuèrent alors qu’ils étaient en service constituant autant de pans de vie. Et si la plupart de ces voyages relèvent forcément de la routine quand leurs passagers se rendent de leur lieu de résidence à celui de leur travail et inversement, de combien de ces moments plus ou moins dramatiques qui ponctuent toute existence ces nobles serviteurs du transport public n’ont-ils pas été témoins ? Combien de confidences partagées entre amis, d’amours naissants ou finissants, de disputes, mais aussi de retours de soirée, de matches de foot ou d’examens scolaires ? Combien de sourires mais aussi de larmes ? Autant de secrets que le Regent et ses semblables n’ont pas manqué d’accumuler alors qu’ils régnaient sur les rues de Dublin, et dont on se dit qu’ils mériteraient sans doute un autre écrin.

Pour autant, don’t get me wrong

Loin de moi l’idée de critiquer l’Heritage Depot où le musée expose une soixantaine véhicules parmi la centaine dont il dispose, et dont il assure l’entretien et la restauration. D’autant plus que ces derniers ne doivent d’avoir échappé au destin funeste de la majorité de leurs semblables oubliés -lesquels ont vraisemblablement fini dans une vraie casse- qu’aux efforts des volontaires qui assurent leur conservation. Et considérant le travail titanesque que représentent les différentes tâches à accomplir, nul doute que ces gars-là ont la passion de ces géants motorisés véritablement chevillée au corps. C’est sans doute aussi pour ça qu’il est impossible pour l’amoureux de véhicules terrestres quels qu’ils soient de ne pas céder au charme poétique de cet éclectique capharnaüm mécanique, avec ses odeurs de matériaux qui en ont vu et celles des fluides vitaux suintant de mécaniques plus tout à fait étanches…

Il n’en reste pas moins que pour attirer un public plus large que celui des amoureux du transport, le musée gagnerait à disposer d’un lieu plus vaste et plus attractif pour le commun des mortels. Encore faudrait-il pour se faire que les autorités locales se montrent sensibles au sort de ces géants motorisés d’un passé pas si lointain, ce qui n’est sans doute pas gagné à l’heure où certains politiques se plaisent à démoniser les mécaniques thermiques, quand bien même historiques. Quoiqu’il en soit, ne manquez pas d’aller leur rendre visite à ces travailleurs à la retraite lors de votre prochain passage à Dublin. Même si la page Facebook du musée semble indiquer qu’il leur arrive encore de partir en balade dans les rues de cette ville qu’ils ont tant sillonnées.

Et surtout, n’oubliez pas de tendre l’oreille de votre imagination lorsque vous approcherez le Regent : quelque chose me dit qu’il aura plein de choses à vous raconter…

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Par Jean-Philippe Thery

Jean-Philippe Thery est consultant et chroniqueur pour Autoactu.com. Chaque jeudi, il propose une chronique décalée qui rebondit sur l’actualité et le... voir plus

Réactions

… Oh quenelle stricte, désolé, O’connell Street, le Trinity College, le marché aux puces, l’inévitable visite de l’usine Guinness … Dans mon souvenir les bus à Impériale avait une livrée beige et verte voire marron, mais peut-être était ce ceux de la « banlieue » ( ?) … C’était un mois de juillet aussi, plutôt mi-figue mi-raisin, celui-là …C’est tellement loin, c'est que « j’ai un peu d’avance » ! … La bande son, en revanche, balance clairement entre Gary Glitter (surtout dans les boîtes du « swinging Dublin ») et les gentilles mélodies de Gilbert O’Sullivan, c’est dire … Merci pour le flash-back à la faveur de cette visite guidée … La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, dix tons ( ?).
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