13/10/2026
"Une escroquerie généralisée" : un constructeur automobile artisanal au tribunal
Par Agence de presse AFP
(AFP) - Le procès d'un homme soupçonné d'avoir dirigé de facto un constructeur de voitures artisanales qui n'aurait été qu'une vaste escroquerie, trompant une centaine de clients, s'est ouvert lundi matin à Laon (Aisne).
La société Forest Automobile démarre en 2022 avec l'ambition de produire dans un petit atelier de l'Aisne un modèle unique, la Forest, une voiture de loisirs légère et rustique directement inspirée de la célèbre Citroën Méhari, dont la fabrication a cessé à la fin des années 1980.
"Tout le monde a présenté cette entreprise comme une nouvelle success story de l'automobile française", raconte à l'AFP Stéphane Lefebvre, propriétaire d'une Forest et aujourd'hui porte-parole d'un collectif d'acheteurs estimant avoir été dupés.
Car dès 2024, des véhicules ne sont pas livrés, malgré le paiement d'acomptes par des clients allant jusqu'à 10.000 euros, précise Me Gilles Hamadache, avocat d'une vingtaine de parties civiles.
"Malgré les appels téléphoniques, les relances, les énervements, parfois les visites sur le site, ils n'ont jamais reçu leur véhicule", selon l'avocat.
En parallèle, parmi les près de 90 clients qui ont bien reçu leur "Forest", comme Stéphane Lefebvre, la plupart n'ont jamais obtenu le feu vert des autorités françaises pour rouler avec, le véhicule n'étant pas du tout aux normes.
L'ancien chef d'atelier de Forest Automobile est jugé jusqu'à vendredi pour escroquerie, mise en danger d'autrui par violation de sécurité ou de prudence, faux, usage de faux et tromperie, pratique commerciale trompeuse, blanchiment aggravé et banqueroute.
L'homme de 58 ans est aussi soupçonné d'avoir tiré les ficelles de l'entreprise alors qu'il était sous interdiction judiciaire de gérer une société depuis une condamnation en 2019.
Il "a développé une escroquerie généralisée qui a duré plus de deux ans et demi", accuse M. Lefebvre. "Ce qu'on attend, c'est surtout qu'il soit condamné fermement (...) parce que s'il est relâché, il va recommencer".
En raison de la faillite de Forest Automobile en 2025, les clients de Me Hamadache, "très désabusés", ne se font "aucune illusion" quant à la possibilité d'obtenir des dommages-intérêts, mais attendent des "explications" sur ce fiasco.
Le mis en cause ne reconnaît "certainement pas" les faits, selon son avocat Me Emmanuel Ludot, qui martèle que son client "était mécanicien (...), pas gérant de Forest Automobile", et n'est donc "pas responsable" des déboires de l'entreprise.
Il compte demander la relaxe de son client, "un passionné d'automobiles" aujourd'hui "très amer".
Le collectif de victimes de Stéphane Lefebvre a aussi lancé une procédure distincte contre l'Etat. Car les tout premiers propriétaires de "Forest" ont d'abord obtenu l'autorisation d'immatriculer leurs véhicules, avant que l'administration ne s'aperçoive que le modèle n'était pas homologuable et fasse marche arrière.
"C'est doublement ubuesque", déplore M. Lefebvre.

