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28/05/2026

Besonderer Bimmer

Par Jean-Philippe Thery

Besonderer Bimmer
Quand BMW a une Vision... (Crédit: BMW)

Aujourd’hui, je vous parle exclusivement de béhèmes exclusives…

Je l’ai reconnue de loin, grâce au blau 249.

Et pour elle, j’ai planté là ma chère et tendre et l’important sujet dont elle essayait de m’entretenir pour m’en approcher au plus vite, de peur qu’elle ne s’enfuie. Un manque de courtoisie qui s’est avéré inutile puisque mal garée sur le Kurfürstendamm (les Champs Elysée berlinois), l’une des 97 unités du modèle était toute disposée à me laisser admirer sa carrosserie dont l’état proche du neuf traduisait une restauration récente. Si ce n’était la très légère patine du siège conducteur, on aurait même pu se croire au début des années 90, alors que la belle venait de sortir des ateliers de Buchloe. 

Avec son V12 porté de 300 à 350 ch, la B12 5.0 Coupé construite sur la base de la BMW 850i constitue à mes yeux la plus aboutie des Alpina du siècle dernier, même si les râleurs de service ne manqueront pas de me rappeler que la B12 5.7 qui lui succéda disposait de 416 équidés élevés en Bavière, et qu’avec 57 exemplaires (évidemment) elle est encore plus rare. Il n’empêche que je serais bien reparti ce jour-là avec celle qui squattait crânement les zébras de Charlottenburg -quartier huppé de la capitale allemande- souveraine dans sa livrée reprenant l’une des deux couleurs exclusives de la marque, ainsi qu’avec ses équipements de (petite) série. A commencer par les emblématiques jantes à vingt rayons, responsables de l’extermination de bien des brosses à dents recyclées, sacrifiées au nom de la rutilance. S’y ajoutent un bouclier avant subtilement modifié, des rétroviseurs profilés, et surtout l’indispensable signature de la marque que représente la "deco line" adhésive faisant le tour de la carrosserie, dont le graphisme reprend celui des ski Fischer C4 qui remportèrent les JO d’Innsbruck en 1976, réussissant l’exploit de se montrer à la fois dorée et discrète.

A l’intérieur, c’est la sellerie plissée noire qui attire le regard, avec le liseré bleu et vert brodé en bas-relief parcourant les sièges, mais aussi pour l’impression de qualité perçue que même le dernier des néophytes ne manquera pas de ressentir. Il faut dire que le cuir Lavalina délicatement grainé est issu de peaux de bêtes qui paissaient joyeusement de leur vivant dans les Alpes germano-helvétiques, et qu’on lui épargne les mauvais traitements chimiques empêchant habituellement l’épiderme de bovidé mort de respirer. On note encore le type de boiserie qui n’est pas du genre à fréquenter la première planche de bord venue, l’instrumentation discrètement siglée et le logo sur le moyeu du volant, mais pas plus. Leur habitacle définit parfaitement les Alpina, qui à l’ostentation en vogue chez certains "tuners" pour thunés de l’époque préfèrent les matériaux nobles et le savoir-faire artisanal qui les met en valeur. 

Un chouette nom, Alpina, vous ne trouvez pas ?

Même si Buchloe culmine à 627 mètres, et qu’elle se trouve à plus de 250 km du massif montagneux dont le nom inspire celui des voitures qu’on y construit. Comme celui de l’Alpina Büromaschinenwerkevertrieb Bovensiepen KG, fondée en 1949 par Rudolf Bovensiepen à Kaufbeuren -à une vingtaine de km de là - entreprise qui comme son nom l’indique, fabriquait des machines à écrire. En 1962, le fils du fondateur -Burkard de son petit nom- profita des installations de l’usine de papa pour préparer un moteur de BMW 1500 envenimé par deux carbus Weber, avec succès puisque les éloges de la presse comme du patron de BMW en personne justifièrent bientôt une production en série. De fil en aiguille -ou plutôt de carbu en vilebrequin puisque ceux-ci figurent sur le logo créé en 1967- Alpina abandonna l’écriture mécanique pour la mécanique auto, préparant des autos destinées tant à la compétition qu’aux voitures civiles, avec le soutien sans cesse accru de la maison mère. Installée dès 1970 à Buchloe, l’officine devenue usine renonçait aux transformations à l’unité pour la production en série de voitures neuves, ce qui lui valut d’être reconnue comme constructeur à part entière par le ministère des Transports allemand à partir de 1983.

Si je vous raconte tout ça, ce n’est pas juste pour avoir spotté une B12 en ghostant ma compagne sur le Ku’damm (plus facile à prononcer que Kurfürstendamm), mais parce que BMW vient de présenter une toute nouvelle Alpina. Et si la grande maison munichoise annonce le dernier modèle en date du petit artisan, c’est qu’elle en est officiellement propriétaire depuis le 1er janvier de cette année, l’acquisition annoncée en 2022 s’étant concrétisée par un concept-car dénommé "Vision", révélé dans le cadre du très prestigieux Concorso d’Eleganza Villa d’Este qui s’est tenu des 15 au 17 mai dernier. Une Vision qui aurait tout aussi bien pu se dénommer "Fusion", tant s’y mêlent les éléments caractéristiques des deux marques. Avec coté BMW, la calandre en double-haricot prouvant qu’elle peut être de taille en restant élégante, une face avant qui se veut évocatrice du "shark nose" des premières Série 6, alors que la vitre latérale arrière n’oublie pas de reprendre le "Hofmeister Kink", désignant la forme caractéristique du coin inférieur côté panneau de custode. Sans compter que le communiqué de presse mentionne l’influence de la 507 de 1956, incontestablement la plus belle des BMW jamais produites.

Pour ce qui est des ingrédients Alpina, la "deco line" délaisse l’adhésif pour une peinture plus noble, presqu’invisible sous une profonde couche de verni, contrairement au monogramme qui s’affiche en toutes lettres et en 3D sur son emplacement habituel en bas de bouclier. Et bien sûr, on retrouve les bâtons dans les roues à la vingtaine, le dessin réinterprété des jantes ne montrant toujours aucune compassion pour les instruments chargés de les faire briller. Re-deco line à l’intérieur sur les seuils de portes, et joliment surpiquée en ton-sur-ton sur la sellerie qui fait toujours la peau chez Lavina. Le vert et bleu n’a pas non plus été oublié, même si leur présence est pour le moins symbolique avec de discrets tags cousus.

En Allemand, "besonder" signifie spécial. Un mot tellement galvaudé qu’il finit par ne plus l’être vraiment lui-même, mais que méritent amplement les Alpina, qu’il s’agisse de la B12 ou de la Vision. Parce qu’autant vous avouer tout de suite que j’ai adoré cette dernière, même si n’ayant pas encore l’habitude de fréquenter les concours d’élégance transalpins en bord de lac, j’ai pour l’instant dû me contenter de l’admirer par écran interposé. Evidemment, certains grincheux en ligne ne manqueront pas de se gausser d’un aveu aussi candide, puisque la critique systématique est de mises sur les réseaux asociaux.

Pour ma part, si je reconnais que la silhouette affiche quelques lourdeurs et un trois-quarts arrière un rien "Mercedisant", je ne distingue pas moins dans cette Vision-là toute l’élégance qu’on peut attendre d’un coupé Grand Tourisme. Et j’imagine volontiers à son bord quatre passagers voyageant sereinement au long court dans le confort de sièges plus enveloppant que baquets, profitant de la vision vers l’extérieur offerte par les grandes surfaces vitrées, au son filtré d’un V8 se faisant davantage remarquer par son allant et sa souplesse que par les borborygmes issus des doubles sorties d’échappement. Mais me voilà parti sur d’oniriques autoroutes alors qu’il me faut bien évoquer la "Wermutstropfen", autrement dit la "goutte d’absinthe" par laquelle les Allemands désignent plus élégamment que nous la mouche dans le potage. Parce que certains d’entre vous ne manqueront pas de m’expliquer que pour "besdonder" qu’elle soit, la Vision ne correspond pas à celle qu’ils ont d’une Alpina. 

Et sans doute n’auront-ils pas tort puisque la nouvelle venue n’est pas Alpina au sens où l’était la B12, mais qu’elle incarne précisément une nouvelle vision de la marque, et somme toute assez logiquement. D’abord parce que sans l’intervention de BMW, le petit constructeur souabe était à terme condamné, à l’instar de Hartge qui a déjà disparu et Schnitzer qui cessera ses activités à la fin de l’année, entreprises qui officiaient également sur les productions munichoises. C’est qu’en 2026, il n’y a plus guère de place pour des préparateurs soumis à des contraintes légales accrues, pour lesquels il devient très difficile d’extraire des chevaux supplémentaires de mécaniques de plus en plus optimisées de série. Intégrer le giron du Groupe BMW était sans doute pour Alpina la seule façon de survivre.

Mais encore fallait-il que le constructeur ait besoin d’Alpina, alors qu’il dispose avec son Département "M" (pour Motorsport) d’à peu près tout ce dont les amateurs de performances de la marque peuvent rêver, même si sur un mode résolument plus sport. Et c’est là que les marketeux ont levé le doigt, avant de le pointer sur l’espace de marché disponible entre le haut de BMW et Rolls-Royce, qu’Alpina se voit désormais confier la tâche de combler. Voilà certes un positionnement représentant une indéniable montée en gamme pour le petit constructeur qui a déjà délaissé Buchloe puisque les futures Alpina seront construites sur les chaines de BMW. Mais somme toute logique si l’on considère qu’Alpina a toujours davantage visé la performance que la sportivité, avec des bases roulantes privilégiant le confort à l’efficacité ultime. Gageons que les Alpina trouveront dans ces nouvelles altitudes les vents favorables qui sont synonymes de succès commercial.

Quoiqu’il en soit, si la prochaine Alpina de série prévue pour 2027 sur la base de la future Série 7 faisait alors son apparition sur le Ku’damm, je me verrais sans doute une nouvelle fois contraint d’interrompre la conversation en cours avec Madame…

PS : J’apprends à l’instant que mon ami João Veloso qui dirigeait la communication de BMW pour l’Amérique Latine quitte l’entreprise pour de nouveaux projets. Je lui dédis donc cette chronique. 

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Par Jean-Philippe Thery

Jean-Philippe Thery est consultant et chroniqueur pour Autoactu.com. Chaque jeudi, il propose une chronique décalée qui rebondit sur l’actualité et le... voir plus

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