16/04/2026
Chimie : l'Europe toujours plus dépendante d'importations de produits stratégiques
Par Agence de presse AFP
(AFP) - Une chimie européenne de plus en plus dépendante aux importations, notamment de Chine: l'association professionnelle France Chimie a établi mercredi le spectaculaire recul de cette industrie, cruciale pour de nombreux secteurs économiques.
C'est un mouvement "lent mais inexorable" qui est à l'oeuvre, signe de la crise du secteur européen de la chimie : plus de 50% des familles de molécules n'ont plus d'approvisionnement assuré par l'Europe, un seuil désormais franchi pour la première fois, sur l'année 2024, a exposé mercredi Frédéric Gauchet, président de France Chimie.
Malgré les appels répétés au renforcement de la "souveraineté" européenne, "de plus en plus de produits de la chimie doivent être importés" en Europe, autrefois place forte de ce secteur d'activité, a-t-il relevé.
En 2008, la chimie européenne, qui produit engrais, dérivés de pétrole, gaz industriels ou médicaments était encore un leader mondial, avec 23% d'un marché de plus de 2.000 milliards d'euros. La Chine prenait 19% de ce marché et les Etats-Unis 18%, selon des données du syndicat professionnel européen Cefic.
Près de 20 ans plus tard, l'activité a plus que doublé dans le monde, à 5.000 milliards d'euros. Mais les parts de marché européennes se sont effondrées, à 13%, juste devant les Etats-Unis (12%) et désormais très loin de la Chine, qui en détenait 46% en 2024.
Rien qu'entre 2024 et 2025, la chimie chinoise, qui sert par exemple en Chine à produire des batteries électriques performantes ou des composants informatiques, a crû de près de 8%, tirant la croissance mondiale du secteur de 3,8%.
Devant plusieurs médias, M. Gauchet avait auparavant expliqué que le plan d'investissement de la Chine "a débuté par l'amont de la chimie mais il descend de plus en plus, et aucun secteur ne lui échappera en 2030".
L'Europe est "la grande perdante" de cette reconfiguration, regrette France Chimie. Même les clients européens se détournent "de l'offre européenne de la chimie", car elle est "plus chère que ses concurrentes".
En conséquence, les fermetures de sites s'accélèrent et l'Europe a perdu 9% de ses capacités de production en quatre ans, sans pour autant résoudre un problème de sous-utilisation des usines en activité. "On n'a pas fini de restructurer notre chimie européenne", commente M. Gauchet.
Les responsables politiques européens "reconnaissent le danger, mais ils doivent passer aux actes", a-t-il déclaré, regrettant que la guerre au Moyen-Orient percute encore un secteur déjà en crise.
Les conséquences pour la chimie du déclenchement de ce conflit dans une région productrice de pétrole, gaz et divers produits chimiques se mesureront "en mois, voire en années", estime France Chimie, qui s'abstient en conséquence "de toute prévision de la production française en 2026".
En France, le chiffre d'affaires du secteur a baissé de 1,3% en 2025 à 100,7 milliards d'euros. La chimie française compte 4.400 entreprises et 229.000 salariés, alimentant "la plupart des secteurs de l'économie", notamment les produits de consommation des ménages, l'automobile ou l'aéronautique, l'agriculture, la construction ou l'énergie.

